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on vous invite à privilégier les fantômes et les petits humaiiiiiiins
nous sommes présentement en automne 2017 (septembre, octobre, novembre) I love you
RH célèbre ses deux ans ! merci à tous, on vous aime !

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 Beauty reveals everything because it expresses nothing ♛ ft. Mircea

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vampire ○ kill of the night
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MessageSujet: Beauty reveals everything because it expresses nothing ♛ ft. Mircea    Mer 3 Jan - 8:30


Beauty reveals everything because it expresses nothing
Mircea & Thaddeus



Depuis combien de temps n'avais-je pas mis les pieds dans un musée ? Des siècles et ce n'était même pas une façon de parler. Oui, j'en convenais cela pouvait être triste venant d'une personne comme moi, mais au fond, à quoi me servait d'aller observer des toiles ou installations que je n'aimais pas spécialement vu qu'elles ne faisaient pas parties de ma collection personnelle ? Naturellement, il en restait bien quelques unes éparpillées aux quatre coins du monde que je n'avais guère pu acheté et sachez que c'était peut-être ça mon seul regret. Les erreurs apprennent, font évoluer mais ne pas posséder le David de Donatello ou Narcisse de Caravage...je ne saurais dire si mon éternité finira par me faire passer cette douleur de ne pouvoir les admirer chez moi. Le pire étant que j'avais été là, vivant et même été l'un des premiers à avoir pu poser les yeux dessus. Mon respect envers les Médecisis et les guerres de religions, m'avaient éloigné et n'étant guère du genre à utiliser le malheur de mes amis à mes avantages. Voyez comme la loyauté n'est jamais fichue d'être récompensée. Si depuis j'avais changé mon fusil d'épaule ? Je n'avais plus d'ami, tout simplement...d'accord, il n'y avait pas eu que des questions de ce type qui m'avaient amené à renier tout lien amicaux, les situations complexes et les embarras dans lequel plongeaient certains êtres méritaient d'être évité lorsque l'on avait de l'ambition. Tombé à cause de ses approximations, oui; mais des autres, jamais. Je ne connaissais la chute, la réelle celle dont on se relève pas, et j'appréciais assez pour ne pas dévier.

Quoi ? Si je m'égarais ? Oui, probablement mais c'était souvent cela que l'on cherchait dans la contemplation, n'est-ce pas ?

Depuis cinquante ans que je connaissais Blackwater Falls, je n'avais jamais vraiment remarqué ce bâtiment; ne l'avait-on pas rénové récemment ? Dans tous les cas, je devais bien avouer qu'il donnait envie d'y pénétré, il n'avait pas forcément la finesse d'un Louvre mais je saurais m'en contenter. Après avoir pris ma dose d'opium, j'avais pousser la porte en claudiquant avant d'être gentiment contraint à passer un portique de sécurité qui s'était affolé lorsque j'eus passé ma canne. Vu le nombre de lame qui s'y dissimulaient, rien d'étonnant à cela. Sûr que si j'avais été moins présentable, les gardiens ne se seraient pas fendu d'un sourire gêné sans effectuer de vraies vérifications. Je pourrais presque faire parti d'un commando dont le but était de massacré tout le monde que personne ne s'en serait douté. Que pouvait-on craindre venant d'un éclopé ? Une arme, cette jambe vraiment. Avançant jusqu'aux guichets je regardais les expositions proposées...ce n'était pas mes habitudes de ne rien prévoir à l'avance et vu que pour une fois, je m'autorisais à sortir sans escorte, personne pour me servir de répondant. Quoique, s'ils étaient tous particulièrement mignons, aucun d'eux n'excellait dans la connaissance parce qu'en fin de compte, ils n'étaient pas là pour parler. Je ne me plaignais nullement de leur inculture, au contraire ainsi je savais être heureux de croiser des gens partageant les mêmes centres d'intérêts que moi.

Après plus de six siècles, tout était bon pour être encore surpris par l'existence.

Tandis que je me pinçais les lèvres tout en faisant tapoter nerveusement ma canne sur le sol; mon sixième sens de vampire me signala la présence d'un congénère. Je levai un sourcil en tachant de regarder discrètement autour de moi. Il n'était pas loin...tellement proche qu'il vint à me frôler. Circonspect, je l'observais sans bouger. Pourquoi ? Parce que nous nous faisions très discrets depuis le Croatoan et que le jeune homme ne me disait rien; ce n'était pas l'un de mes enfants et cela m'intriguait. Non pas que je sois le père de tous les vampires, mais je connaissais tous les membres de tous les nids du coin et lui ne me disait rien. Un solitaire ? Un orphelin ? Tant de questions que j'aimerais pouvoir éclaircir ou utiliser, ne sait-on jamais. Aussi, quand il prit son ticket, je fis en sorte de le suivre...aussi furtivement que ma démarche me le permettait. Une première information était d'ores et déjà acquise : il avait bon goût en matière d'art et ça, ce n'était vraiment pas négligeable. Laissant une distance raisonnable entre nous, je m'étais arrêté devant un tableau avant de sortir ma pipe à opium en toute détente...tout en le guettant du coin de l’œil dans l'attente du moment propice pour l'aborder. la Nature morte aux trois cranes de Paul Cézanne, fut le parfait prétexte.

- Vanité de l'existence ou contemplation de notre propre finalité ? lui chuchotai-je presque avec un sourire malicieux sur les lèvres.



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vampire ○ kill of the night
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MessageSujet: Re: Beauty reveals everything because it expresses nothing ♛ ft. Mircea    Mer 3 Jan - 18:50

« Beauty has many meanings as man as moods. »
Mai 2017 - Musée - Thaddeus

Le temps est clair. Clair, et pourtant des trombes d'eaux coulent du ciel. Le printemps n'est pas sûr de lui, il ne sait pas choisir entre la clarté et la tempête. Les gouttes arrosent les pavés, les toits, les arbres et les gens. Pourtant le soleil est là, il surveille, mais ne chasse pas les intempéries. Spectateur de sa propre tristesse, il se laisse couvrir, laisse pleuvoir des cordes.
Debout, au milieu de la place, de la pluie. Faut-il y grimper ou s'y pendre ? Le nez relevé vers l'astre brûlant, le laisser happer le peu de vitalité qui brûle dans ce corps froid. Il se tient-là, droit mais désarticulé, courbé comme le corps d'un arc. Son long manteau noir tombe sur ses cuisses dissimulées sous un pantalon trop grand, noir. Chaussé de noir, il se cache derrière ses boucles noires.

Ses pas l'ont mené jusqu'au seul endroit où l'enclume sur ses poumons et son estomac se soulève un peu, légèrement, suffisamment pour octroyer la possibilité de respirer mieux l'espace de quelques heures jusqu'à ce qu'elle se repose de nouveau sur ses organes pour l'oppresser de tout son poids. Il est fantôme, le monde est couloir ; alors il traverse les murs et les portes. On le regarde mal, le condamné à mort qui n'a pas sa place dans ce corridor. Il est étranger, ici, détail futile, parasite insupportable. Sans doute son odeur de clope froide et sa démarche ramassée qui ne donne pas envie de l'approcher. Ses boucles sombres, son air perdu ; particulièrement aujourd'hui, la réalité a brisé son harnais de sécurité. Il se raccroche, phalanges en sang, au mur de la falaise effritée, tant bien que mal pour ne pas sombrer dans ce qui semblerait être une absence totale. Encore conscience, encore présent, pourtant déconnecté.
Il aurait peut-être du attraper les cordes du ciel pour s'y accrocher encore un peu.

Surprise. Léger sursaut perceptible seulement par un souffle, par la raideur soudaine de sa nuque. Un instant. Un coup d’œil par-dessus son épaule, un regard sur l'individu penché vers lui, à distance raisonnable. De la tête aux pieds ses prunelles brunes se promènent. Énergiques, contrariées. Son moment de paix n'avait pas commencé que déjà l'on le lui volait honteusement. Il prend une inspiration silencieuse, une autre, en se demandant qui est assez insensé pour venir lui adresser la parole dans un musée, avec cette attitude fermée et cette gueule d'empeigne.
C'est certainement son joli minois de vampire de merde qui attire encore les mordus de peintures classiques et de beau codifié. Pourquoi venir lui parler à lui ? Un rapide coup d’œil dans la galerie, comme s'il espérait qu'il y ait quelqu'un d'autre à ses côtés et que ce soit cette personne qui intéresse l'individu aux airs de gentleman ; personne. C'est bien à lui que l'on vient chatouiller les nerfs avec une question qui lui sonne néophyte et agaçante. Lasses, ses prunelles sombres traduisent son attitude renfermée, désinvolte, et sa réticence à faire la conversation. Pourtant, en reposant son attention sur le Cézanne, il hoche lentement la tête vers la peinture morte.

Aucun des deux, commence-t-il, le ton sombre. Son accent rom roule dans sa gorge comme le ronronnement d'un chat tranquille et sa voix rauque fait trembler sa trachée. Cézanne est impressionniste. Il n'est pas question de se contenter d'être spectateur, il est acteur de ses sujets, de sa peinture. Ses mains s'accrochent à ses coudes et, sans reporter son attention sur le trouble-fait, il fait quelques pas en arrière. La recherche n'a pas sa place. La mise en scène, peut-être, la technique aussi, mais pas le sujet. Ses doigts s'articulent autour de sa propre mâchoire, comme une araignée qui tisse délicatement sa toile. C'est la structure osseuse qui est importantes. Comment les formes géométriques s'installent et s'imbriquent, comment les traits et les teintes en font une fin en soi. Ses doigts osseux se déplacent sur son visage, désignent, dessinent pour appuyer un propos. Ses gestes semblent à la fois précis et désarticulés, glissent jusque dans ses mèches sombres qui dégagent son visage. La forme du crâne est une pomme, comme celle que Cézanne se plaisait à peindre. Les orbites, le vide dans le plein ; le nez, la bouche, les pommettes, ce sont ces angles naturels de vases ou théières. Lentement, il tourne la tête. Il regarde la silhouette sans vraiment la voir, s'adresse à elle sans vraiment lui parler. Les yeux rivés sur elle ; sa sombre déchirure intérieure reconnaît cette âme en peine. Ses yeux le traduisent, mais rien d'autre dans son corps figé ne le laisse deviner. Des sujets d'études anatomiques. Dissection des formes par le trait et les valeurs et l'air dans le tableau. On les voit parce que le fond est sombre et parce que les couleurs sont telles que les voient le peintre. Ses mains tombes de son visage pour reprendre leur position initiale, plus humaine, comme si elles ne l'avaient jamais quittée. Enlaçant ses propres bras, il pose sur l'autre vampire un regard nébuleux. Giuseppe Arcimboldo faisait plus ou moins la même chose, avec d'autres intentions. C'est la forme qui importe, pas le fond. Quelques gestes de doigts vers le tableau. Il monte, trace des lignes. C'est autre chose de l'analyser de façon académique ; mais si vous voulez mon avis, ça n'a pas sa place partout. À vouloir trop forcer dans les yeux et dans la tête, l'on dénature l'essentiel.

Son attitude, il ne la tient plus ; il ferait peur à n'importe qui, même dans une galerie d'art. Ses propos tiennent vaguement la route, mais font tout le sens du monde pour lui. Un sentiment de doute lui saute à la gorge et vite, il chasse l'autre vampire de son existence, l'espace de quelques secondes. Un congénère, doit-il l'appeler ? Doit-il du respect à cette créature parce qu'elle en est une ou parce qu'est c'est un être vivant ? Doit-il vraiment du respect à qui que ce soit ? Le temps de la chasser visuellement, elle lui est revenue en pensée. Alors il tourne ses yeux de biche vers la créature à ses côtés. Bouleverser ses envies, ses moments, ses repères, voilà la pire des choses qui aurait pu lui arriver aujourd'hui. Cependant, il essaie de rester au moins un peu digne, un peu droit ; l'idée même de bien paraître lui fait ressentir une profonde détresse. Tiraillé. Il ne comprend pas bien : les peintures n'ont pas besoin que l'on se tienne bien droits pour elles. Elles ne visent pas l'excellence, et même le pitoyable peut espérer les caresser des yeux sans crainte d'être rabroué violemment et jeté à la rue. Un pas sur le côté, il ne titube pas, ne vacille pas, et pourtant ses pas sont lourds. Lourds et étranges, imbibés d'une aura curieuse. Lui-même sent les frissons parcourir sa peau, alors il s'éloigne peu à peu de l'autre, les yeux rivés sur le mur de la galerie. Il pose les yeux sur une autre nature morte, Nature Morte de Monet. Un frisson le parcours quand ses pupilles caressent la chaire représentée à l'huile. Vivement, il secoue la tête, envoie valser ses pensées dérangées, ses mèches avec. Elles agissent comme un filet de pêche qui ramène tout sur le navire ; le ferry va se noyer, à force 'être trop chargé.

À deux pas de la catharsis, murmure-t-il pour lui-même, le romani claquant dans sa gorge. Seulement, le monde est parasite dans ses pensées déjà gangrenées ; il n'arrive plus à se détendre comme il l'était à l'entrée, les mains crispées sur les manches de sa veste.
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MessageSujet: Re: Beauty reveals everything because it expresses nothing ♛ ft. Mircea    Mer 10 Jan - 8:03


Beauty reveals everything because it expresses nothing
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Mon apparition soudaine ne parut pas vraiment lui plaire, bien au contraire vu la mine renfrognée qui s'était dessinée sur son visage en se retournant vers moi. Je comprenais qu'il puisse être fort désagréable d'être dérangé dans la contemplation, mais il n'y avait qu'une règle que je respectais et elle me concernait, autant dire que les états d'âmes des autres me servait de divertissement. Je trouvais toujours très intéressant d'observer les réactions de mes semblables tout comme des êtres humains, on en apprenait tellement en une fraction de seconde; c'était tout bonnement incroyable ! Naturellement, en six siècles on pensait avoir fait le tour et la plupart du temps, c'était vrai. Et malgré toute la frustration que je ressentais à chaque fois, je réitérais mes approches avec l'espoir secret qu'un jour on parvint à me surprendre à nouveau. Oui, si je passais le plus clair de mon temps à dire que je me suffisais, il m'arrivait d'admettre que la réalité n'était pas aussi univoque. A force de converser qu'avec soi, inexorablement on finissait par ne plus évoluer, quand bien même ses exigences étaient hautes. La solitude apportait le repos tout comme la stagnation. Ces deux propositions m'étaient tout bonnement insupportables, mon esprit était l'unique chose que je chérissait avec assiduité et même s'il m'arrivait d'être parfois dépassé par ma mémoire qui malgré des efforts forcenée se dégradait inévitablement; j'appréciais de voir que d'autres se chargeaient d'entretenir le souffle de la connaissance autant que de la curiosité.

Et ce jeune vampire paraissait être la parfaite représentation de cet idéal que je croyais avoir disparu depuis des siècles. Seulement, celui-ci semblait bien ne pas en avoir conscience. Toute son expression corporelle tendait à montrer qu'il n'avait pas la moindre idée du trésor qu'il pouvait être. Sans doute, en l'écoutant le trouvais-je quelque peu ronflant dans ses explications, mais il fallait dire que j'avais perdu l'habitude d'être confronté à ce genre de profil. Dans l'art je ne cherchais guère les explications du peintre mais la satisfaction de mon propre esthétisme. Lorsque je regardais Narcisse de Caravage, je ne me posais pas des millions de questions sur ce qu'il avait voulu transmettre, probablement parce que j'avais eu l'occasion de discuter avec le peintre...Oui, mauvais exemple. A force d'avoir côtoyé les plus grands, je n'avais plus à songer car spectateur j'avais toujours été. Il suffisait de connaître l'auteur pour y voir les intentions. C'était à la fois tout à fait plaisant autant que insatisfaisant. Bien quelques artistes s'étaient dérobés à moi mais s'il en avait été ainsi c'était souvent parce que quelque part des choses bien plus intéressantes se déroulaient. Quoi ? Si je venais de médire sur tout un tas de peintre, sculpteur sans éprouver le moindre scrupule ? On aura beau me dire tout ce que l'on veut, Picasso je l'avais éviter comme la Peste qu'il était...et que la mémoire collective avait oublié. L'injustice de l'Histoire, mais il me faudrait rétablir la vérité un de ces jours avant que mon cerveau n'oublie tout comme le reste de la création.    

Dans tous les cas, mon esprit se devait d'être concentré et si je hochais la tête en l'écoutant; je m'efforçais à le fixer dans les yeux, essayant de percé un plus gros mystère encore.

Sa voix tout comme son discours semblait presque automatique ou j'en eus la profonde impression. Il ne paraissait pas réfléchir à ce qu'il racontait, laissant simplement les mots s'échapper de sa gorge sans n'y mettre aucun obstacle. Encore une fois, je trouvais cela incroyable voire inconcevable. Aussi, un sourire se dessina sur mes lèvres, presque à mon insu. Cela ne dura qu'une ou deux secondes, je ne voulais pas le vexer ou quoi que ce soit, or d'un point de vue extérieur tout tendait à le démontrer alors que c'était tout le contraire de l'effet escompté. J'aurais pu l'écouter des heures durant comblant ainsi les cellules qui se faisaient lambeaux. Ça avait toujours été ma plus grand peur et je croyais voir le palliatif sachant remédier à tout cela.

- En voilà un esprit analytique, dis-je avec enthousiasme, je suis tout à fait ravi d'entendre quelqu'un sachant voir plus loin que les évidences. Vous êtes un oiseau rare, sachez-le...bien que j'imagine que vous devez en avoir conscience.

Mes mots ne trahissaient aucunement mes observations, je souhaitais voir comment il allait réagir.

- Avec votre facilité à décortiquer sans tomber dans les écueils des interprétions banales, vous ravissez n'importe lequel de vos interlocuteurs.

Son murmure est presque inaudible...mais c'était sans compter sur mes sens de vampire, à croire qu'il n'avait pas du tout conscience de ma nature. Cette langue, je ne l'avais jamais entendu, elle possédait bien des traits du roumain sans en avoir la forme exacte. Je haussais un sourcil, perplexe.   

- Je vous prie de croire que mon intention n'était pas de vous déranger ou mettre mal à l'aise, déclarai-je en me pinçant les lèvres, entre congénère je pensais simplement qu'il était important de créer du lien. D'autant plus essentiel quand les centres d'intérêts se chevauchent.

Tirant sur ma pipe avec avidité avant de reprendre.

- Vous me rendrez heureux si vous vous prêtiez au jeu du guide; nous manquons cruellement de...vampire d'esprit dans cette ville.




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MessageSujet: Re: Beauty reveals everything because it expresses nothing ♛ ft. Mircea    Jeu 18 Jan - 17:03

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Vous êtes un oiseau rare, le croassement des corbeaux hurle dans ses oreilles alors que le fossoyeur jette la dernière pelleté de terre sur le tas fraîchement retourné et les quelques graviers qui en dégoulinent ; ou encore cet épouvantail qui surprend avec ce grand coup de vent. Les oiseaux s'envolent : ils ont du plomb dans l'aile, leur vol balbutiant dans l'air avant de s'effondrer sur le sol crasseux et leurs becs qui raclent les gravats et leurs plumes secouées par le vent ; ils se piétinent tous pour s'envoler de nouveau en sachant pertinemment qu'ils n'iront nulle part.

C'est comme un charnier dégueulasse qui sort des yeux que les corbeaux épluchent pour en retirer les vers.

Oiseau de malheur, marmonne-t-il dans sa langue natale, la tête rentrée dans les épaules tandis qu'il presse déjà le pas dans l'allée du musée, qu'il passe devant quelques peintures. L'autre le talonne, continue de parler. Oiseau de mauvais augure, il ne traduit pas, il complète.  Sans couper la parole, il commente pourtant à voix basse, de sa voix grave et désabusée, presque rauque à force de fumer et de boire. Ses mèches noir corbeau qui tombent sur son visage et cachent ses yeux le font frémir. Qu'il aimerait disparaître dans cette noirceur et cette obscurité pour échapper à la vision de cet épouvantail, là, derrière. Dommage qu'ils soient tous les deux nyctalopes.

Sa conscience lui hurle d'arrêter, de ne pas bouger, qu'il fait peur à tout le monde comme ça. Ses mots, il ne se souvient même plus à qui il les a adressés : lui-même ? Celui derrière ? Il se retourne, face à la nature morte, fixe son interlocuteur. Lequel des deux est un épouvantail, lequel des deux est le corbeau ? À en juger par la tenue, c'est bien vite décidé. Mais à l'intérieur, qu'est-ce qu'il se passe ? L'habit ne fait pas le moine, dit-on, pourtant ça en a tout l'air pour l'instant. Son trench-coat des années quatre vingt qu'il se traîne depuis qu'il a réussir à sortir de sa cage, déchiré à certains endroits, mais le col toujours relevé pour dissimuler une partie de son visage, le rendre anonyme. Ses habits noirs, constamment sombres ; on peut les voir prendre la poussière à force qu'il reste planté, les pieds enracinés dans le sol, face à cette autre Nature Morte sanguinolante. Son esprit hurle quand il entend un mot, ses yeux suivent le même mouvement rapide et agressif de sa nuque pour s'écraser sur la silhouette à ses côtés.
Congénère, a dit l'épouvantail. Il se sent agressé. Si son corps était couvert de fourrure, on la verrait se hérisser : mais son plumage reste intact. Ils n'ont rien en commun si ce n'est cette chose qu'abhorre le roumain. Cette chose dont se délecte "l'altruiste". Merci, monsieur, de venir placarder votre avis sur les visages de ceux qui n'ont rien demandé, et d'en faire là un panneau d'affichage libre.

Une mine de dégoût se dessine sur ses lèvres, il rechigne cependant à cracher sur les pieds de l'épouvantail. Pas le lieu, pas le moment, pas l'endroit. Ses yeux sont descendu sur les chaussures pour les regarder : elles sont reluisantes. Sans doutes frottées avec le plumage d'autres corbeaux pour qu'elles brillent autant. Il est inadapté, il le sait : son corps lui fait défaut sans qu'il ne puisse rien contrôler, mais il est encore maître - ou presque - de tout ce qui sort de sa bouche. Il tique de nouveau au mot vampire. Dis-le plus fort, vas-y, enfoiré.
Sa main pointe, là-bas, l'entrée du musée. Il déglutit, comme pour avaler le mollard qu'il a tenté tant bien que mal de ne pas larguer sur les richelieus de l'épouvantail. Son doigt osseux, tendu, montre un panneau, un i encadré.

Vous voulez un guide, il y en a là-bas. Son anglais est imparfait, mais il ne se donne pas vraiment la peine de le polir. Il se trouve déjà bien urbain de renvoyer le vouvoiement ; après réflexion, cette mascarade est stupide et il se maudit se suivre les codes sociaux comme un sale clébard attaché à la laisse de sa niche. Si votre but n'était pas de me "déranger" ou me "mettre mal à l'aise", il aurait fallut ne pas m'interrompre, parazit. Cette fois, c'est le roumain qui roule dans sa bouche. Il n'espère même pas que l'autre comprendra ce qu'il veut dire : le mot est transparent pour celui qui pense au moins un peu. Son ton est las, malgré l'insulte, sa voix est franche, grâce à l'insulte. L'insulte n'en est pas une, au fond : il ne sait pas lui-même à qui elle est destinée. Il a un doute, un très gros doute. Ne serait-il pas en train de se projeter lui-même au travers de l'épouvantail ?

Puis il se tient droit, de nouveau, maudissant les fruits de son cerveau de faire pencher son tronc vers le sol ; sa main rejoint sa poche, il penche légèrement la tête en arrière. Mircea n'a pas l'habitude de ce genre de tenue, alors il copie : il projette l'épouvantail sur son propre corps, jouant au jeu du mime pour ne pas jouer à celui du guide.

Ca ne m'intéresse pas de vous parler de ce que je sais, sa voix se fait plus claire, son anglais plus propre. En fait, ça ne m'intéresse pas de vous parler du tout. Je ne suis pas très pédagogue. Il affiche une petite moue de défi, légèrement condescendante, copiant comme le marbre son moule pour en prendre la forme. Puisque vous m'avez contrarié, c'est à vous de devenir le guide. Allez-y, passez devant. Parlez moi de ce que vous pensez savoir.

Cette situation est anormale pour lui, décadente. Il se sent fragile, mais se montre trompe-l’œil : illusion quasi-parfaite d'un corps ferme et d'un esprit sévère. Ça n'a pas pour but de tromper l'éventail, mais de faire gonfler son plumage. Il incite, cependant, plus qu'il n'ordonne. Il ne veut pas parler. Son plan est de laisser l'autre déblatérer de sordides idées sûrement fausses et de ne plus l'écouter, de fermer tous ce qui peut être médiateur entre leur deux êtres. Hochant la tête vers les peintures de la galerie en arrondie, il appuie de nouveau son idée.

Surprenez-moi, donnez-moi envie de vous parler. Pour l'instant, tu as échoué. Mircea le sait et le sent : cette situation est tendue. Il ne l'aime pas, se sent comme dans un sable mouvant. Il compte sur l'épouvantail pour l'en tirer et peut-être, qui sait, lui donner suffisamment d'élan pour s'envoler.
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MessageSujet: Re: Beauty reveals everything because it expresses nothing ♛ ft. Mircea    Jeu 1 Fév - 10:30


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Il n'était guère dans mes habitudes de venir dérangé des congénères, souvent parce qu'ils savaient qu'en ma présence, nul autre chose ne devait attirer leur attention que ma personne. Aussi, il me suffisait de leur jeter un regard même le plus neutre pour qu'ils cessent tout ce qu'ils étaient entrain de faire. Alors j'assistais avec délectation à leurs révérence obséquieuses mais qu'ils tendaient à camoufler derrière de vrai révérence pleine de respect. Sûr qu'ils me craignaient tous, malgré mes défauts physique me faisant passer pour un monstre échappé d'un Freak Show, ma longévité et mes exploits sanguinaires me devançaient toujours. Pour l'heure, je n'avais croisé qu'un seul vampire à peine plus âgé que moi...ou en tout cas qui respirait encore. Dans la région, je croyais bien être l'unique spécimen de six siècles. A l'échelle du monde comme de l'existence, c'était peu en comparaison à quelques démons vicieux dont les bagages s'étaient posées dans cette ville. Rien que de songer à ces yeux noirs de malheur, je me sentais envahit par un léger sentiment de haine. Ma tempérance m'empêchait de sombrer dans la colère mais sachez que j'étais profondément remonté contre eux. Toujours trop parfait, trop ancien et ayant des pouvoirs dont la portée était trop abusive pour être tolérable. A mon avis, il nous faudrait les exterminer, la lie de l'humanité et ce n'était pas qu'une façon de parler. Si j'avais été l'un d'entre eux, oui, j'aurais déjà la main mise sur le continent et il ne m'aurait pas fallu beaucoup de temps pour mettre ma tyrannie en place sur l'ensemble du monde connu. Mais non, j'avais choisi de prendre la voie des dents pointues et si pour le moment, j'avais réussi à m'imposer; jamais je ne saurais être parfaitement serein. Les miens sont lâche, feignent des sourires pour mieux endormir votre confiance. J'usais rarement de ce genre de subterfuge car j'avais beaucoup trop d'estime envers mes capacités intellectuelles et me rabaisser à cette médiocrité me révulsait. Ils ployaient le genoux sans que j'eus rien à dire et pour l'instant, je me satisfaisais de ça. Ils sauraient tous trouver une utilité si tant est que leur désirs de grandeurs ne dépassent pas les miens...je ne laisserais aucun personnage me ôter cet accomplissement.

Six cent cinquante années passées à se rendre parfait; inégalable faut d'avoir été forgé dans les meilleurs matériaux. Peu de personne pouvait comprendre ce genre de démarche...de toute façon, ils s'arrêtaient tous sur le personnage que je m'étais construit et tant mieux, cela signifiait que j'avais déjà réussi le plus difficile. A cette pensée, un vague rictus se dessina sur mes lèvres, je demeurais un éternel insatisfait malgré tout. Rien n'était jamais trop parfait et cette obsession maladive pour la perfection me rongeait depuis si longtemps que je ne me souvenais plus de la dernière fois où en contemplant le vide, j'avais eu d'autres songes que voir des billets imprimés à mon effigie tandis que les fantômes de cette sinistre famille se contentaient de me dévisager avec horreur. Parfois, il m'arrivait de penser qu'il aurait été bien plus impactant de les transformer pour qu'ils puissent assister en chair et os à mon triomphe, moi le monstre, le perdant. Mais la fougue de mes jeunes années en tant que vampire m'avaient fait perdre un peu la tête. Une décennie de massacre sur six siècles d'existence, c'était insignifiant et si je reniais désormais cette folie meurtrière au profit de la réflexion, je me souvenais parfaitement du bien être d'avoir été ce vampire là. J'encourageais quiconque à se faire bête. De toute façon, il ne pouvait n'avoir qu'un maître et j'étais en lice depuis trop longtemps alors je me faisais protecteur et m'engageais à faire disparaître toute choses pouvant incriminé l'un des miens. Echange de bon procédés, d'autant plus remarquable et bon qu'à Blackwater Falls, ce n'était pas les chasseurs qui manquait ! Ma bienveillance était sans limite ni condition...ou en tout cas, dans un premier temps. Et quelque chose me disait que ce jeune vampire qui marmonnait et dont la langue ressemblait vaguement à du roumain, avait besoin d'une personnalité comme moi s'il souhaitait survivre dans ce monde bien qu'il l'ignorait encore.  

- Serait-ce du roumain ? lui demandai-je intrigué, il me semble reconnaître ce charmant accent chantant. Autrefois, j'ai connu une femme qui venait de cette partie du globe, une personnalité très intéressante et pleine de caractère ! Malgré mon âge, je n'ai jamais mis les pieds dans ces régions pourtant en tant que vampire de six cent ans, j'aurais dû faire honneur aux légendes. Il faut croire que je ne suis pas un oiseau de mauvaise augure pour ces populations, tant mieux pour elles, n'est-ce pas ?

Si ma voix s'était faite rieuse, des relents de souvenirs chaotiques me revenaient en mémoire; début des années 2000 et cette chasseuse, Ciulin. Un sacré numéro, un bon élément pour mes affaires mais qui par un malheureux concours de circonstance m'avait glissé entre les doigts. Probablement ne serais-je pas là si j'avais réussi à la transformer à New York en 2009. Les choses auraient été plus simples...mais n'était-ce pas dans l'adversité que l'on parvenait à donner le meilleur de soi ? N'en étais-je pas la preuve vivante ? Oui, assurément. Ceci étant, ses mauvaises manières avaient eu le don de me faire rire et quelque part, cela me manquait un peu. Dans le monde de faux-semblant dans lequel je m'étais reclus, un peu de spontanéité ne m'aurait pas fait de mal. Mais il fallait croire que malgré les efforts fournit dans le sens de la continence, il restait des éléments qui continuaient à échapper au contrôle d'un être aussi exigeant que moi. Incroyable, n'est-il pas ? Sans doute devais-je y voir quelques points d'amateurismes dont le narcissisme de ces années m'avait pousser à sous-estimer mes adversaires. S'il était presque de notoriété public que ce siècle était de loin inférieur aux précédents sur de nombreux points, il ne fallait pas non plus croire que cela valait pour tout et tout le monde. La vision nostalgique que je portais sur les XIV et XVe siècles avait nécessairement embrouillé ma pensée. Désormais, je me faisais vampire de mon temps tout en déplorant les dérives mais sans le mésestimer. Aussi, mon interlocuteur me paraissait être le meilleur élément de ce monde dont je cherchais à me libérer tout en souhaitant ardemment le mater. Il était évident qu'à force de côtoyer des êtres des siècles passés, les vues étaient biaisées et même s'il s'échinait à me rejeter, je persisterais car au fond, je ne connaissais que ça. Persévérance, aurait dû être mon second prénom !

- Je comprend bien que votre avis soit tranché en ce qui me concerne, j'en suis fort désappointé. L'art n'est-il pas propice aux échanges ?

Je laissais planer un court silence.

- A moins que le problème ne soit pas tant le fait que je vous aie interrompu mais que je sois un vampire, tout comme vous ? Ne vous a-t-on jamais dis qu'à force de vous cacher vous devenez le sujet de toutes les attentions ? Je dois avouer que votre apparence générale me rend perplexe...peut-on être moins discret ? Je ne pense pas, déclarai-je sans jugement, peut-être pensez-vous la même chose de moi et si tel est le cas, je vous prie de croire que vous vous trompez lourdement.

Un doux sourire se plaqua sur mon visage dont la fonction première était pourtant d'effrayer quiconque posait son regard dessus. Étonnement, le jeune homme n'avait pas le moindre souci à considérer mon visage tout comme l'ensemble de mon être, rien ne paraissait le rendre très observateur ou critique. Il semblait ailleurs, loin des préoccupations profanes comme j'aimais à le formuler. On aurait seulement dit un alizé, un souffle hantant la surface de la Terre, cherchant sans cesse à échapper au regard d'autrui. Je trouvais ça triste autant que particulièrement intéressant. Bien que n'ayant aucune information sur sa vie de mortel ou de vampire, quelque chose me disait qu'il ne fallait pas le lâcher. Pour une fois, soulignons le, je ne nourrissais aucune arrière pensée, une simple curiosité qui apparemment était partagée vu la proposition qu'il me fit. Me faire guide ? Il n'était pas dans mon tempérament de dispenser mes savoirs au tout venant; bien au contraire je chérissais mes connaissances à moi seul. Ce n'était pas fair-play, sans aucun doute mais pas seulement. Sans mes petits carnets, ma mémoire défaillait et tout comme mes sentiments pétrifiés, je me retrouvais bien insensible à des choses qui pourtant m'auraient rendu bavard. Les affres du temps et de la privation, des dégâts que je savais irréparables mais à mon niveau presque insignifiant. Malgré tout, m'appuyant sur ma canne, je le dépassais et vins me placer devant le tableau le plus proche tandis que claquait dans mon cerveau sa dernière réplique. "Donnez-moi envie de vous parler" Se croyait-il si important ou souhait-il simplement me renvoyez dans les cordes pour mieux se débarrasser de moi ? La seconde option, assurément.

- Je n'ai rien à vous prouver, dis-je en levant un sourcil, mais c'est de bonne guerre.

Devant une toile de William Turner, mon coeur se serra dans ma poitrine. Cette époque, je l'avais connu et si je n'avais pas eu la chance de rencontrer ce peintre, j'avais l'expérience contextuelle.

- Vous êtes très académique dans votre relation aux œuvres et cela est très intéressant. Pour autant, parfois il est important de remettre en contexte les tableaux qui nous font face. Voyez par exemple, Turner un précurseur de l'impressionnisme, un anglais comme on en fait plus; à la recherche du romantisme dont le pays écrasé par le règne infâme de Victoria ne pouvait prétendre. Les jeux de lumières, une lueur d'espoir alors que ses contemporains s'entassent dans des maisons de travail à la campagne comme en ville. Ici, c'est l'incendie du Parlement anglais de 1834; plus qu'une simple oeuvre picturale, c'est tout un symbole. Aucune vision d'artiste, seulement un témoignage et presque un hommage...rassurez-vous il n'y a pas eu de mort.

Je souris a nouveau avant d'ajouter.

- Etant moi même Comte, je devrais être outré par le message que je lis dans cette peinture, mais non; esthétiquement parlant elle est magnifique et je me souviens des drames de cette période. Tout ne se résume pas à la connaissance neutre et insensible, tout comme le beau se décline en plusieurs manières, même les plus laides, l'histoire se fait actrice privilégiée de toute considération. Peut-être que mon âge avancé me permet d'avoir le recul suffisant et en toute honnêteté, j'aurais préférer ne pas connaître les années victoriennes...

Je jetais un coup d’œil faussement désabusé à mon complet.

- Oui, s'il ne faut retenir qu'une chose de cette période, c'est la mode.    



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MessageSujet: Re: Beauty reveals everything because it expresses nothing ♛ ft. Mircea    Sam 24 Fév - 15:23

« Beauty has many meanings as man as moods. »
Mai 2017 - Musée - Thaddeus

Il parle. Il parle tant. Un croassement incessant, l’impression d’une nuée de corbeaux qui fondent sur lui en permanence ; le bourdonnement d’un essaim coincé dans le noeud de serpent de ses cheveux, la sensation des vibrations de leurs ailes et leurs pattes qui se battent pour se sortir de la mêlée, s’en sortir vivant. Les abeilles hurlent leur détresse tandis que les oiseaux descendent en piqué pour les attraper entre leurs becs acérés, pour arracher les mèches frisées et faire leur nid avec, dedans. Sa peau frissonne rien que d’imaginer la scène et l’épouvantail qui les attire. C’est lui le corbeau. C’est lui, il ne devrait pas avoir peur de cette nuée de mots qui vient sur lui directement ; et pourtant. Pourtant son corps entier est tétanisé, pourtant les mots sont comme des aiguilles qui se plantent dans son épiderme. Le roumain, oui, oui c’est du roumain, ferme-la maintenant. Il n’a rien à faire de cette fille, de ces six siècles, de cet oiseau de mauvais augure. Il se retient de renâcler à la mention ; l’épouvantail a compris ce qu’il voulait dire. Pas de subtilités entre eux, très bien.

Tout ce qu’il souhaite, c’est de poursuivre sa route. Poursuivre son chemin entre les allées, aimer et apprécier les peintures en silence. Lui qui, d’habitude, craint cette chose comme une phobie, il a soudainement besoin d’elle. La solitude et le silence lui semblent être une plus confortable compagnie que la forme venue perturber sa quête. Il ne se sent pourtant pas le coeur de le rabrouer, de se battre contre lui pour qu’il déguerpisse et lui fiche la paix. Une profonde inspiration silencieuse au monde mais audible à l’épouvantail lorsqu’est mention d’être “aussi” un vampire. Mircea déglutit silencieusement, n’apprécie pas la tournure que prennent les choses. Au point que, pour une fois, il n’ose pas le regarder. Au point que, pour une fois depuis le début de leur échange, poser les yeux sur lui ferait office de cauchemar. Pas que son apparence globale ne le traumatise ou l’horrifie en quoi que ce soit - simplement, la vérité est parfois trop lourde à supporter. Se retrouver face à un autre vampire est presque comme se retrouver face à son propre reflet sans pouvoir y échapper. En reniflant en silence, le roumain a l’impression de capter la mort sur l’épouvantail.

Il aimerait se défiler, redevenir cet alizé que tout le monde croise sans y prêter attention. Sa couverture est parfaite, d’habitude. On le fuit comme la peste, on l’évite, lui l’étranger, l’immigré probablement illégal. Les gens regardent de travers ses formes dissimulées sous son grand manteau, resserrent leur bras sur leur sac en le voyant arriver, puis l’oublient aussitôt. C’est une bourrasque de vent, violente quand on la croise, puis volatile, oubliable, éphémère. Personne ne pense à lui, et tout va bien. Seulement, cet épouvantail l’a mis dans un bocal. Il a emprisonné le vent dans un bocal de verre et s’amuse à le regarder sous tous les angles, l’empêche de se fondre dans le décor comme il aimerait le faire. Drôle de duo à regarder, tous les deux ; les gens qui passent leur portent une attention particulière, sans pour autant s’attarder sur eux. Ils sont étranges. Et jamais le regard d’autrui a été aussi pesant sur les épaules de Mircea qui s’est arrêté de respirer au moment où ses yeux bruns ont croisés ceux de son homologue. Au moment où il a décidé de le considérer plutôt que de s’effacer.

D’autre déblatérations, d’autres paroles. Une aiguille, encore, en plein dans les quelques miettes d’ego sensible qui traînent dans sa carcasse.

Académique ? Il s’offusque dans un souffle. Touché. C’était supposé être une remarque intelligente, peut-être même flatteuse, mais Mircea sent son plumage de corbeau se hérisser sous l’affront qu’il vient de subir. Jamais de sa vie l’on a osé lui dire que son “style” était “académique”, lui qui crache sur les institutions. Renâclant en silence, il se garde d’ajouter quoi que ce soit. Son homologue commence, de toute façon, déjà à déblatérer au sujet de la peinture devant laquelle ils sont. Son plan initial était de le laisser passer devant, étaler sa science au sujet de l’art et de rester dans ses propres pensées sans l’écouter ; échec cuisant. Sa voix est perçante, elle bloque le passage de sa réflexion. Il est parasitaire, et rien que cette idée fait monter en lui un mélange d’angoisse et de colère. S’il ne peut pas penser en paix, si on l’empêche de le faire, à quoi bon rester ici ? Le verbe cristallise la pensée, ceci dit ; il en a conscience, mais ça impliquerait de faire la conversation à un épouvantail, ce qu’il réprouve.

Le monologue s’étale, semble durer des heures, et malheureusement Mircea ne parvient pas à en décrocher. Les mains dans les poches, il a repris son attitude effacée, se fond comme il le peut dans l’ombre de ce grand épouvantail. Silencieux. Il veut demeurer silencieux. Les yeux rivés sur la toile, sur les mouvements des pinceaux, sur les couleurs ; peu à peu, il ne peut se retenir d’associer les mots aux idées, aux faits. Il voit tout ce que lui décrit l’épouvantail, et il acquiesce. Maître corbeau, sur son arbre perché, tient dans son bec toutes ses envies de réplique. Il se canalise tant bien que mal. S’il venait à montrer trop d’enthousiasme à la conversation, ce serait sa fin.

Vraiment, il n’est pas bon pour gérer les relations sociales.

Un photographe ne prend jamais une photo au hasard. Si cette toile a été peinte, c’est forcément qu’il y a un message derrière, une volonté de parler et de dire quelque chose, il se surprend à acquiescer aux dires du trouble-fait. Mais penser par le prisme du beau est certainement une erreur. Peut-être est-ce là, sa némésis. Penser et analyser pour le pratique, pour la survie à travers l’histoire, l’âge, tout, sauf l’esthétisme et le “beau.” Je déteste le romantisme, il allait poursuivre sa route, abandonner le vampire sur place, mais s’est souvenu - à peine trop tard - que celui-ci devait se faire le guide, non pas l’inverse. Poussant un soupir agacé envers lui-même, Mircea traîne sa carcasse jusqu’à la peinture d’en face, tourne le dos à l’épouvantail. Le corbeau n’est plus effrayé. D’un regard, il capte ses mouvements, s’attend à être suivit dans sa démarche. Par extension, l’époque victorienne aussi.

Il n’était pas né, loin de là, mais n’a jamais aimé cette aspect de l’histoire. Le contexte social, les bourgeois qui s'engraissaient sans gêne sur le dos du bas peuple. Tous ces riches dégoulinant de luxe, et tout ce luxe dégoulinant de faux. L’on lui a trop souvent dit que l’art ne serait pas pour lui, quand il était petit. Que ce n’était pas un luxe que pouvait se payer sa famille et “les gens comme eux”. Ils étaient tellement contrariés, avec sa soeur, qu’ils ont fait tout l’inverse de ce que l’on leur disait.
Et le voilà aujourd’hui.
Une grimace quand il se retourne sur le nouveau tableau. Delacroix.

En parlant de romantisme... Râle-t-il dans sa barbe en marmonnant ces quelques mots. La compagnie de l’épouvantail lui paraît subitement plus supportable face à cette oeuvre élitiste et pleine de symboles qui n’ont de sens que pour une maigre partie du monde.
© 2981 12289 0
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Beauty reveals everything because it expresses nothing ♛ ft. Mircea

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