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 Your silence sounds like deafening screams to me (drakes)

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MessageSujet: Your silence sounds like deafening screams to me (drakes)   Ven 23 Fév - 22:14

your silence sounds like defeaning screams to me
Ismael & Leora

Leora avait fait le tour de la ville sans grand enthousiasme. Pas vraiment le coin le plus charmant qu’elle ait visité jusque là, et rien qui ne lui fasse un déclic particulier. Elle en avait vu des dizaines, des villes comme ça, et puis celle-là lui déplaisait depuis qu’elle avait appris son existence. Par principe, elle l’avait détestée toute son adolescence, juste parce que cette ville participait à sa séparation avec Ismael. Cette animosité s’était un peu estompée à mesure qu’elle avait grandi, mais le sentiment désagréable était resté. Et il s’était fortement accentué depuis qu’elle était arrivée. Après avoir passé une nuit agitée dans un motel pas franchement accueillant, et après avoir assisté à l’enterrement du mari de la marraine d’Ismael, elle était mal Leora. Très mal. La nausée l’avait prise ce matin à l’idée de remettre les pieds à des funérailles, et ne l’avait plus quittée depuis. Après il y avait eu l’odeur d’encens, la petite foule de gens aux mines de circonstance, les vêtements noirs … Avalanche de souvenirs. Pendant toute la cérémonie, elle avait serré la main d’Ismael à lui en faire mal, parce qu’elle avait le visage d’Hazel gravé derrière les paupières. Elle avait bataillé ferme pour ne pas fondre en larmes et s’effondrer là, au milieu de tous ces étrangers, devant le cercueil d’un presque inconnu. Elle n’avait pourtant pas de peine pour l’oncle de son frère, c’était comme ça, elle n’y pouvait rien. Elle ne pouvait pas se forcer à être triste pour cet homme qu’elle connaissait à peine. Mais la cérémonie avait quand même remué des trucs sacrément désagréables en elle, des souvenirs encore trop frais, et elle s’était enfuie dès la fin des réjouissances. Il fallait qu’elle s’en aille, maintenant, tout de suite. Exactement comme elle était partie après l’enterrement d’Hazel … Elle avait filé au motel, elle avait fourré ses vêtements en boule dans son sac à dos, mais elle s’était arrêtée avant de franchir la porte de sa chambre. Partir comme ça, à nouveau, elle ne pouvait pas. Pas tout de suite en tout cas. Elle avait encore une chose à faire, et elle ne partirait pas avant.

Alors, Leora était ressortie et s’était baladée en ville. Elle avait évité sciemment le coin du cimetière, tout en sachant que c’était l’endroit le plus probable où elle pourrait trouver Ismael. Il était en terrain connu ici, il avait des tas de gens à voir, il avait de la famille. Mais elle était sa seule famille, avec Mason, la seule véritable en tout cas, et aujourd’hui elle était prête à lui en vouloir d’avoir noué des liens avec les gens d’ici. Parce que maintenant que les funérailles étaient passées, Leora recommençait à s’énerver envers Ismael. Quand elle avait appris la mort du mari de sa marraine, sa rancœur avait disparu au profit de la compassion et elle revenait de plus belle maintenant. Devant chaque rue, devant chaque café, Leora se demandait si Ismael y avait passé des bons moments, s’il y avait des souvenirs plus forts que ceux qu’il avait avec elle. Est-ce que cette ville était responsable des cachotteries et des faux-semblants qu’il avait mis entre eux durant leur voyage ? Ca la bouffait de ne pas savoir et de multiplier les spéculations. Elle n’avait pas la patience pour ça, aujourd’hui encore moins que d’habitude. Elle était piégée ici à cause des mensonges de son frère, obligée de se traîner dans ces rues sans intérêt, obligée de subir son imagination qui lui montrait Ismael plus jeune et heureux dans cet environnement Canadien. La plaie !

Sans qu’elle ne s’en rende compte, les pas de Leora lui faisaient faire de larges cercles qui la ramenaient petit à petit vers le cimetière, mais elle n’eut pas à y retourner. Avant qu’elle ne réalise où elle se rendait, elle passa devant la petite salle où la famille avait organisé la petite réception après l’enterrement. Leora ne s’était pas renseignée sur ce genre de détails et elle avait oublié que les funérailles comportaient généralement ce genre de petite collation après coup, pour que les gens s’y retrouvent. Un frisson la parcourut à l’idée d’entrer et de déambuler au milieu de ces gens en deuil, mais elle poussa résolument la porte. Ismael devait bien être quelque part là-dedans, et plus vite elle le verrait … Plus vite elle repartirait. Mais elle eut beau scruter les visages, elle ne repéra pas celui de son frère. Il faisait chaud dans cette salle bondée, et l’odeur des petits fours raviva sa nausée – ce qui n’améliora pas son agacement envers Ismael. C’est finalement dans l’arrière cour qu’elle le trouva enfin, et elle explosa. « Bordel Ismael ! Dis-moi si je dérange surtout, je voudrais pas que ma présence t’emmerde encore plus que d’habitude hein ! » Allez, qu’on en finisse. Leora avait trop de choses à lui dire, depuis trop longtemps, pour les contenir une seconde de plus.

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MessageSujet: Re: Your silence sounds like deafening screams to me (drakes)   Sam 24 Fév - 1:28


in the name
of misbehavior
ismael & leora
It's all a game, Avoiding failure When true colors will bleed, All in the name Of misbehavior And the things we don't need. And more than ever, we hope to never fall Where enough is not the same it was before.
▲▼▲

C'est épuisant. Devoir sourire, serrer des mains, remercier pour les condoléances qu'on lui présentait. C'est épuisant, et Ismael n'est plus capable de le supporter. Il s'est levé de table, a abandonné son assiette à moitié vidé. Il a donné un regard à Sally, a posé sa main sur son épaule. Il lui a dit qu'il avait besoin de fumer, et elle savait ce que ça voulait dire. Savait que c'était vrai, mais qu'il avait aussi besoin de s'éloigner. De respirer. D'oublier, un instant, le poids de cette journée.

Le temps s'était quelque peu couvert pendant la mise en terre du cercueil. Les nuages ne s'étaient pas levés, depuis, mais Ismael se prit à apprécier la grisaille qui teintait la journée. Grisaille à l'image de son humeur, et à la hauteur de ce qu'il espérait tirer de son séjour ici. Depuis qu'il avait remis les pieds en ville, il sentait les tiraillements étirer son estomac. Il savait que Rain était là. Sally lui avait dit qu'elle l'avait vu, pensant qu'il était au courant du retour de la Crawford dans les parages. Il avait fait comme si de rien n'était, mais la nouvelle lui avait fait l'effet d'une bombe. Toute la journée, il s'était presque arrivé à la voir apparaître à l'enterrement. Elle avait connu Joe, après tout. Elle avait passé des petits-déjeuners attablée à ses côtés, à glousser le nez au fond d'une tasse de café, pendant que le bonhomme aux épaules carrées racontait quelque ânerie dans sa barbe. Elle le connaissait, Joe. Mais elle n'était pas venu. Il ne savait s'il devait en être soulagé, ou déçu. Sur l'instant, ça n'avait pas eu d'importance. Parce qu'au moment où Leora s'était approchée de lui pour lui attraper la main et la serrer, son coeur s'était arrêté. Toute autre raison que l'amour ou l'impatience, cette fois-ci. Seule l'appréhension recoupait les deux anomalies que son myocarde avait aujourd'hui ressenties. L'appréhension de revoir Rain — l'appréhension de devoir affronter Leora après l'avoir laissée en arrière, il y avait plus d'un an de cela.

Il ne lui avait donné que trop peu d'explications, et il le savait. Savait que ce n'était pas assez, et que, tôt ou tard, elle viendrait chercher ce qu'il lui manquait. Mais il était des choses qu'il ne voulait pas avoir à expliquer. Comme la cicatrice qui se déclinait sur le dos de sa main, en quatre points consécutifs, parfaitement alignés. Comme la raison pour laquelle il disparaissait lorsque la pleine lune approchait. Comme les objets qui avaient bougé autour de Leora, parfois, sans que lui n'ait activé son don de quelque manière que ce soit. Il ne voulait pas rendre ce genre de comptes. Pas maintenant. Et toute la journée, il avait eu peur de la voir exploser. Il n'en avait pourtant rien été. Elle avait serré sa main en silence — serré à l'en écraser, si sa nouvelle nature ne l'avait pas rendu aussi coriace. Et lorsque tout s'était terminé, elle avait filé. Il n'avait pas su s'il la reverrait — mais quelque chose lui disait que oui. Qu'elle n'avait pas fait tout ce chemin uniquement pour lui serrer la main face à la mort. Leora, elle voudrait des explications. Et pas le choix de lui répondre, une fois qu'elle était lancée.

Il a grillé la moitié de sa cigarette, lorsque ses pensées l'ont ramené à sa soeur. Et il essaie de s'en éloigner. D'oublier. De penser à quelque chose qui ne lui donne pas envie de rentrer la tête dans les épaules et de s'en aller. Il a peur qu'elle le retrouve — et il fait bien. Car quand son regard se retourne d'instinct vers les portes qui mènent dans l'arrière-cour où il s'est réfugié, ses yeux se posent sur la petite silhouette enflammée. Il ne sait si ce sont ses pensées qui l'ont ramenée, ou si c'est juste un de ces fâcheux hasards que personne ne pouvait nier. Mais elle était là. Elle lui faisait face, et elle n'attend pas avant d'ouvrir les hostilités. Fais chier.

Il siffle entre ses dents, baissant sa cigarette. Elle rentre dans le vif du sujet, mais ses accusations sont déplacées. Il sent le poids de la journée se muer lentement en irascibilité. Il a envie de ne pas lui répondre, et de s'en aller. De la laisser en proie à sa frustration, et de lui dire de revenir demain. Quand ces putains de funérailles seraient terminées, et que y aurait plus tous les regards curieux pour les dévisager. Pourquoi tu m'fais ça, hein, Leora ? Pourquoi aujourd'hui ? Pourquoi là ?

Il cale sa cigarette entre ses lèvres et lui passe à côté, se dirigeant vers les portes encore ouvertes par lesquelles elle est arrivée. Fermer ça, et vite. « Bon sang, mais de quoi tu parles, hein ?! » Il lui tourne toujours le dos quand il ferme les portes, mais lui fait face dès que c'est fait. Regarde-moi dans les yeux, Leo. Regarde-moi, et dis-moi que j'ai merdé. « C'est pour ça qu't'es venue ? Pour me crier après ? Si c'était ça, t'avais juste à attendre que je rentre chez moi. T'avais juste à appeler pour qu'on se voie, bordel. T'as vraiment besoin de faire ça là ? » Il crie pas, mais il n'en est pas loin. Il s'est finalement décollé des portes refermées, et il s'approche d'elle, ôtant sa cigarette d'entre ses lèvres. « Ta présence m'emmerde pas. Ta petite crise, un peu plus. » Mais faut croire que laver ton linge en public, t'aimes ça, hein Leora ?

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MessageSujet: Re: Your silence sounds like deafening screams to me (drakes)   Dim 25 Fév - 20:18

your silence sounds like defeaning screams to me
Ismael & Leora

C’était pas le jour, c’était pas le moment. Elle le savait, et elle s’en foutait. Quand elle était venue à Blackwater Falls, Leora savait qu’elle arriverait à coincer son frère et qu’elle obtiendrait de lui des réponses. Elle le ferait parler, quelle que soit la méthode qu’elle doive employer. Elle n’y avait pas vraiment réfléchi, elle savait juste que ça se ferait. Il ne pourrait pas l’éviter éternellement, et il n’avait nulle part où s’enfuir si elle venait jusque chez lui. Elle n’avait pas songé qu’elle le confronterait dès le jour de l’enterrement, même pour elle ça paraissait un peu cavalier. Elle comptait lui laisser un peu de temps pour digérer, elle savait un peu trop ce que ça faisait de devoir enterrer un proche. Elle en voulait à Ismael, mais pas au point de l’empêcher de faire son deuil … Croyait-elle. Finalement, elle lui en voulait plus que ce qu’elle pensait, à moins que ce soit juste l’accumulation de trop d’émotions violentes qui avaient réprimé ses états d’âme. Elle ne voulait plus attendre, et elle ne songeait pas du tout au deuil d’Ismael en débarquant au repas. Elle devait se libérer, c’était tout ce qui comptait. Il lui devait une explication, autant la lui donner maintenant.

Elle ne fut pas du tout surprise de la colère de son frère, mais elle voyait ça surtout comme une autre expression de sa lâcheté. Il ne voulait toujours pas lui parler, il la fuyait encore. Le fait qu’elle ait du le chercher jusque là prouvait qu’il cherchait à l’esquiver – quand bien même il ignorait qu’elle était là. Ce n’était pas une excuse. Elle était furieuse et il ne la battrait pas sur ce terrain. S’il fallait qu’elle fasse une scène devant tout le monde, elle en était capable, juste pour qu’il finisse par cracher le morceau. Et il savait bien qu’elle en était capable, vu sa précipitation à fermer les portes derrière elle – elle n’était pas du genre discrète quand elle s’y mettait. Pour l’instant, elle préférait qu’il ferme les portes quand même. S’ils pouvaient régler la question entre eux, ce serait mieux. Mais s’il refusait … Et bien, elle avait tout un public à sa disposition.

Elle croisa les bras sur sa poitrine et le toisa, un rictus narquois aux lèvres. Il se foutait d’elle en plus ! « T’es sérieux ? Maintenant tu voudrais que je prenne rendez-vous pour qu’on discute ? T’aurais peut-être préparé les petits gâteaux pour l’occasion, et le thé aussi ? Et tous les petits mensonges pour aller avec ? » Elle n’en revenait pas de son culot. Monsieur était l’innocence même, la pauvre brebis égarée, la blanche colombe effarouchée … Il faisait très bien semblant de ne pas savoir pourquoi elle faisait sa crise maintenant. Sa crise. Oh, il n’avait encore rien vu, qu’il se rassure. Ca, ce n’était pas une crise, pas encore. Mais le terme lui hérissa les nerfs un peu plus. « C’est trop tard, t’as perdu le droit de choisir quand je te parle ou non ! » A force de ne pas vouloir lui répondre, à force de l’éviter … Elle avait choisi le seul moment où elle était sûre de pouvoir le coincer. Pas de chance pour lui si les circonstances étaient désagréables, mais c’était de sa faute. Entièrement. « L’année dernière j’ai essayé de te parler normalement, et t’as jamais voulu accepter ! Putain, tu t’es même barré ! Fallait penser à ma petite crise à ce moment là ! Moi je t’ai attendu comme une pauvre conne pendant tout ce temps, alors je pense que j’ai le droit de gueuler là, et j’en ai rien à foutre que toute ta foutue famille m’entende ! » Elle pointa un doigt frémissant vers la porte pour illustrer son propos, et bien lui signifier qu’elle n’hésiterait pas. Mais il la connaissait assez pour le savoir, non ? Et elle, elle ne savait plus si elle le connaissait encore … Les doutes avaient eu tellement de temps pour s’installer, pour grandir, pour envahir toute son imagination. Elle laissa retomber son bras le long de son flanc et ses épaules s’affaissèrent. « Je te cours plus après, Ismael, c’est fini. Tu vas me parler maintenant, je te laisse pas le choix. » Son ton s’était un peu calmé à présent, mais elle restait tendue, et la colère était toujours là. « File-moi une clope. » Lâcha-t-elle soudain en tendant une main autoritaire vers lui. Elle ne fumait pas vraiment, juste quand elle avait vraiment besoin de se détendre. Et le voir avec une cigarette à la bouche, ça lui donnait d’autant plus envie de sentir la fumée dans ses poumons. Il lui devait bien ça. « Tu vas me dire pourquoi t’es parti comme ça, et tout ce que tu me cachais quand on voyageait ensemble, et pourquoi tu m’a pas reparlé depuis. C’était quoi, ça, hein ? Ca se passait hyper bien ! Qu’est-ce qui s’est passé pour que tu … » Pour que tu décides soudain que j’en valais plus la peine. « Pour que tu me prennes pour une demeurée comme ça ? » Elle s’était à nouveau mise à crier, c’était plus fort qu’elle. « Je me suis inquiétée pour toi !! »

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MessageSujet: Re: Your silence sounds like deafening screams to me (drakes)   Jeu 5 Avr - 5:05

Il avait fait des erreurs. C'était un fait, et il n'y avait rien à disputer. Leora ne méritait pas d'être abandonnée sans une explication comme il l'avait pourtant fait. Elle méritait qu'on lui parle, méritait l'honnêteté. Celle qui avait toujours existé entre eux, jusqu'à ce que la mort du père ne les sépare. Celle qu'il ne lui avait pas donnée. Et il s'en voulait. Oh, qu'il s'en voulait. D'avoir eu peur d'être découvert et d'être parti — d'avoir choisi de se taire pour lui sauver la vie. Pas un jour n'était passé sans qu'il eût envie de la retrouver pour lui dire la vérité. Pour se reposer sur son épaule, en acceptant que sa vie lui avait échappée. Qu'il l'avait retrouvée une première fois en la sachant capable de l'aider — et que sa peur de la vérité l'avait finalement empêché d'accepter la main qu'elle lui tendait. Il avait fait des erreurs. C'était un fait. Mais se faire lapider en plein repas d'enterrement, il ne pensait pas l'avoir mérité. Et cette erreur-là serait sur elle. Une erreur qu'il ne manquerait pas de lui rappeler, lorsque le moment viendrait.

Bien entendu, qu'elle crie. Bien entendu, qu'elle n'est pas d'accord avec lui. Elle lui parle de thé et de petits gâteaux, et il est obligé de ravaler son venin pour ne pas exploser à son tour. Il ne veut pas gâcher la réception déjà entachée par la soudaine soufflante que sa soeur avait décidé de venir lui passer. Et il savait déjà l'inquiétude de sa marraine dans la salle. Pouvait la sentir comme s'il était encore assis à ses côtés. Mais elle n'interviendrait pas, et il le savait. Personne n'interviendrait. Personne n'était assez fou pour se mettre entre eux — et il leur en était gré. « C’est trop tard, t’as perdu le droit de choisir quand je te parle ou non ! L’année dernière j’ai essayé de te parler normalement, et t’as jamais voulu accepter ! Putain, tu t’es même barré ! Fallait penser à ma petite crise à ce moment là ! Moi je t’ai attendu comme une pauvre conne pendant tout ce temps, alors je pense que j’ai le droit de gueuler là, et j’en ai rien à foutre que toute ta foutue famille m’entende ! » Et il sait qu'elle a raison. Il sait qu'elle a raison, mais ça l'enrage tout de même. Il a perdu le droit de choisir, mais il n'a pas perdu le droit de vivre un deuil en paix. Et tous ceux qui sont là n'ont rien demandé. Inutile d'essayer de lui faire cracher le morceau ici, alors que tout le monde l'entendait. Rien ne sortirait. C'était hors de question — et elle aurait beau se mettre à le gifler, à le griffer, à lui enfoncer son genou dans l'estomac ou dans les couilles, rien n'y ferait. Elle n'arriverait pas à lui tirer ce qu'elle voulait. Pas alors qu'un tel public pouvait entendre et comprendre ce qui se jouait. Alors il la fixait. Les dents serrées, incapable d'en placer une pour le moment. S'il le faisait, il y aurait du sang. Et il ne voulait pas en arriver là. La journée n'était heureusement pas assez avancée pour que la lune ne les mette tous en danger. Et peut-être que pour cela, au moins, elle avait opté pour un bon timing. Même si lui montrer aurait été infiniment plus simple que de lui expliquer, mieux valait ne pas en arriver là.

« Je te cours plus après, Ismael, c’est fini. Tu vas me parler maintenant, je te laisse pas le choix. » Elle s'est un peu calmée ; son ton s'est baissé, ses bras sont retombés contre son corps. Ses épaules se sont affaissées, mais il le sait : au moindre pas de travers, l'enfer recommencera à se déchainer, et les mots pleuvront à nouveau sur lui comme ils l'avaient déjà si bien fait jusqu'ici. Il ne savait pas s'il serait capable de l'éviter. Pas avec les refus qu'il s'apprêtait à lui opposer. Mais il n'aurait pas le choix. Il le savait. Le tout, c'était de rester calme, et de ne pas piquer la louve enragée du bout du bâton. Tu peux le faire, Ismael. Tu peux le faire. Respire un bon coup, et vas-y. « File-moi une clope. » « Non. » C'est sec et sans appel — et c'est un peu trop motivé par son désir à lui de la faire chier comme elle est en train de l'emmerder. Il sait que c'est le pire moyen de retenir les flammes de Leora, mais il ne peut pas s'en empêcher. « Pas là. » J't'en donnerai une quand on sera sortis, t'entends ? « Tu vas me dire pourquoi t’es parti comme ça, et tout ce que tu me cachais quand on voyageait ensemble, et pourquoi tu m’a pas reparlé depuis. C’était quoi, ça, hein ? Ca se passait hyper bien ! Qu’est-ce qui s’est passé pour que tu … Pour que tu me prennes pour une demeurée comme ça ? » Et ça lui crève le coeur, qu'elle se remette à crier. Ça lui crève le coeur, qu'elle pense qu'il la prend pour une demeurée — et ça lui crève encore davantage le coeur de savoir qu'il l'a fait. « Je me suis inquiétée pour toi !! » Et il desserre finalement les dents. Sourcils froncés en une moue embêtée, moue douloureuse et désespérée, il arrête de retenir les mots. « Moi aussi, ok ?! Y a pas une journée qui a passé sans que je m'inquiète pour toi. Pas une putain de journée sans que je veuille faire demi-tour pour revenir et tout t'expliquer. » Et c'est vrai. Ça l'a bousillé, de la première minute à la dernière. Et il en a marre de se laisser asperger de gazoline en attendant pour l'allumette de tout faire brûler. Marre de la laisser décider de l'implication de ce qu'il avait fait. « J'ai choisi de te protéger aussi longtemps que je le pouvais, même si je savais que ce s'rait pas éternel et que ce jour viendrait. » Le jour où tu me renverrais mes erreurs dans la gueule en me traitant de déserteur. « J'veux t'expliquer, et je vais le faire, ok ? Et maintenant, si c'est ça que tu veux vraiment. » La journée est déjà bousillée, de toute façon. Et je sais que tu ne lâcheras pas. Je sais que ça ne servira à rien de s'obstiner, et qu'il vaut mieux obtempérer. « Mais je le ferai pas ici. Désolé. Ça, je peux pas. » Ils doivent pas savoir, Leora. Ils peuvent pas. « J'te donnerai une clope quand on sera partis. » Et joignant le geste à la parole, il frotte la sienne contre la poubelle la plus proche et l'y jette. Débarrassé. Prêt à s'en aller et à régler ça une bonne fois pour toutes. « S'te plait. C'est tout ce que je te demande. J'ai pas le droit, je sais, c'est plus mon tour de décider. J'ai pigé. » Il prend une inspiration. Les dents encore serrées, il se force à calmer ses gestes. À tendre ses mains vers elle, prudemment, infimement, pour lui faire comprendre qu'il ne cherche pas à la brusquer. « Mais je le ferai pas ici. T'auras beau péter toutes les crises que tu veux, t'obtiendras rien de moi si on reste là. » Et c'est vrai. Ça se lit dans ses yeux, et c'est écrit dans la manière dont il se tient — dans la manière dont il parle. Elle pourra hurler, s'obstiner, le bousculer, rouvrir les portes et crier ses fautes au monde entier. Mais rien n'y ferait. « S'il te plait, Leora. Juste toi et moi. Hors d'ici. » C'est mon dernier prix. Après, je te dirai tout ce que tu veux savoir. C'est promis.

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MessageSujet: Re: Your silence sounds like deafening screams to me (drakes)   Mar 10 Avr - 21:20

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Le non d’Ismael, elle le prit comme une claque. Une bonne grosse claque qui la fit tressaillir, et qui lui coupa la chique pendant un bref instant. Sans trop savoir à quoi il disait non, si c’était juste à la clope ou à sa demande globale de passer à table dans les plus brefs délais. Il avait osé. L’enfoiré ! Tous ses muscles se crispèrent sous l’effet de la colère, et elle eut soudain une furieuse envie de se jeter sur lui pour planter ses ongles dans sa peau, pour tirer ses cheveux, pour enfoncer ses dents dans la première parcelle dénudée qu’elle trouverait … Comme quand elle était gosse, quand ils se battaient comme des chiffonniers et qu’il fallait que leur père ou Mason les sépare. Leora, elle avait souvent cherché la bagarre, que ce soit avec Ismael ou avec n’importe qui d’autre, et elle n’avait jamais vraiment perdu ce réflexe. Elle le contenait, souvent, mais pas toujours. On lui disait que les adultes ne se battaient pas et qu’il y avait des manières plus intelligentes de régler des conflits. Okay, mais il n’y en avait pas de plus libératrices. Une poussée de violence, ça lui faisait du bien comme pas possible, et là … Là, elle était vraiment à deux doigts d’y céder. Mais il avait ajouté deux petits mots après son refus et ce fut ce qui le sauva. Pas l’idée qu’il y ait tout un tas de gens en deuil qui allaient assister à leur bagarre, ni le fait qu’Ismael lui-même était pardonnable à cause de sa mauvaise journée. Juste parce qu’il avait nuancé son non, et donc qu’il avait compris qu’elle ne le laisserait pas s’en sortir comme ça. Elle fulminait toujours, mais au moins elle n’avait plus envie de le tuer. Il allait parler, quoi qu’il arrive. Mais il avait intérêt de faire ça vite, parce qu’elle n’avait plus aucune patience. Et il avait refusé de lui filer une clope, ça n’arrangeait pas son état de nerfs.

Elle leva les bras au ciel quand il prit la parole pour lui expliquer que lui aussi avait souffert, bouhouhou, pauvre petit. Il avait vraiment l’intention de renverser les rôles ? Il ne croyait tout de même pas qu’elle allait compatir, non ? S’il s’était réellement inquiété, il serait revenu. Et il aurait du, parce qu’elle en avait bavé et qu’elle n’avait jamais autant ressenti son absence que ces derniers mois. Mais il s’était juste fichu d’elle … Et il recommençait. « Me protéger ?!? Me protéger de quoi ? » S’exclama-t-elle, hors d’elle. C’était quoi ce plan ? En quoi il l’avait protégée en se barrant du jour au lendemain ? Elle ne pigeait plus, il l’avait perdue. Et elle n’aimait pas ça, il la faisait se sentir d’autant plus idiote, elle avait l’impression qu’il le faisait exprès. Depuis quand ça l’amusait, de jouer avec elle comme ça ? Ils s’étaient fait des crasses quand ils étaient plus jeunes, mais ils avaient arrêté il y a longtemps. Même quand il la faisait marcher, avant, il ne le faisait jamais avec cruauté. Là, c’était différent. Depuis leur road-trip ensemble, elle ne comprenait plus, elle ne le reconnaissait plus. Ca faisait mal pour de vrai, bien profondément, et qu’il se défende ainsi ne faisait qu’accentuer les choses. Il ne l’avait pas protégée, loin de là, et il ne semblait même pas en être conscient. Elle en tremblait, et ce n’était même plus de la rage, c’était de la déception, de l’incompréhension, de la douleur. Elle ne comprit même pas sa tentative d’apaisement, elle ne vit que le mur qui se dressait entre eux. « On se casse alors, maintenant. » Elle avait prononcé ces mots entre ses dents serrées après qu’il lui ait dit qu’il ne parlerait pas ici. Elle lui attrapa le bras et ouvrit la porte d’un coup de pied, pour retraverser la salle de réception sans jeter le moindre regard aux convives. Elle tirait son frère derrière elle pour fuir loin, loin d’ici et de ces gens qui les observaient avec curiosité.

Ils sortirent dans la rue et elle continua d’avancer droit devant elle, à grandes enjambées nerveuses, sans savoir où elle allait. Elle y allait, c’est tout. Puisqu’il fallait qu’ils soient seuls, elle allait leur trouver un endroit isolé. « Me protéger, putain … » Marmonna-t-elle, secouant la tête pour elle-même. Ca, elle n’en revenait pas. Ses mots tournaient dans sa tête à une vitesse folle, sans faire aucun sens. Elle ne se demandait même plus ce qu’il avait à lui annoncer qui ne pouvait l’être au restaurant. Ils auraient pu discuter dans l’arrière cour sans être dérangés par personne, mais ça n’était pas suffisant pour lui. L’absurdité de son comportement dépassait l’entendement, alors Leora avait cessé de chercher des réponses. Il allait les lui donner de toute façon. Quoi qu’il arrive. Et ce soir elle repartirait d’ici, parce que clairement elle n’aurait plus rien à faire avec lui. Elle ne concevait pas que ses explications puissent rattraper quoi que ce soit, plus maintenant. Et la déception creusait un trou dans sa poitrine … Elle sursauta quand un pot de fleur bascula alors qu’elle passait à côté avant de s’écraser à ses pieds. Elle écarquilla les yeux et s’arrêta net pour fixer le tas de terre et de poterie brisée, puis elle secoua la tête. Et maintenant elle recommençait à péter les plombs … « Allez, ça suffit. » Elle regarda autour d’elle. Elle ne savait pas où elle était, et elle ne savait plus non plus si c’était elle qui les avait menés là ou si Ismael avait pris l’initiative à un moment donné. Mais ça irait très bien. Et ce pot de fleur, elle aurait juré que … Elle frissonna. Mieux valait se concentrer sur Ismael que sur sa propre santé mentale. « Plus de risque qu’ils t’entendent maintenant, alors crache le morceau. C’était quoi le plan pour me protéger ? » Elle croisa les bras, signifiant bien qu’elle n’accepterait pas de nouveau refus. Il avait dit qu’il parlerait. « Dès qu’on aura réglé ça, je te promets que je m’en irais et t’auras plus à t’inquiéter de mes petites crises. » Elle tendit soudain la main, se souvenant de son envie de fumer. « J’ai le droit à ma clope maintenant ? » Elle l’avait largement méritée. Elle s’était conduite comme une gentille fille bien obéissante et elle lui avait évité le scandale, il fallait bien qu’il le reconnaisse. Ce n’était même pas comme si lui, il l’avait méritée.


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MessageSujet: Re: Your silence sounds like deafening screams to me (drakes)   Jeu 12 Avr - 4:42

Me protéger de quoi ?

Et au travers de la colère, au travers de ses explications embourbées dans la surprise d'avoir été piégé, il n'avait pas réalisé. Pas réalisé qu'il lui était impossible de lui lâcher la vérité sans emballage ni aide pour la digérer. Il n'avait pas réalisé qu'il était parti pour ça aussi, la première fois. Parti pour qu'elle n'ait pas à fricoter avec ce monde où lui s'était retrouvé attrapé sans avoir rien demandé. Il avait fermé sa gueule pour la préserver, s'était enfui pour ne pas la mettre en danger. Et alors qu'il arrête de parler, alors qu'il arrête de la supplier, ça lui revient comme une gifle enragée. Leora ne sait pas. Et il n'a pas la moindre idée de la manière dont il va pouvoir lui donner les explications qu'elle veut sans tout lui raconter. Sans la traumatiser, sans s'attirer ses rires, ses railleries, ses cris. Ses t'aurais pas pu inventer mieux ?, ses t'es vraiment le roi des excuses de merde. Ses j'te déteste, Ismael. Il ne sait pas comment il va faire, mais il garde les lèvres scellées. Ne tente pas de s'esquiver. Pas tant qu'ils ne sont pas sortis du périmètre du restaurant où se tenait la réception de l'enterrement de Joe.

« On se casse alors, maintenant. » Très bien. Au moins, elle n'a pas insisté. Elle a pris l'offre qu'on lui tendait, elle a choisi la garantie de vérité. Et s'il voudrait dégager son bras lorsqu'elle l'attrape, il serre les dents et se retient de l'énerver davantage. Il la laisse le tirer, traverse la salle avec le menton bas et les dents serrées. Un regard pour Sally, qui le regarde de ses grands yeux embués. Attristée de voir la querelle entre les Drake. Attristée de ne pas comprendre, attristée de se voir arraché son filleul, son fils adoptif, le jour où elle aurait le plus besoin de lui à ses côtés. J'suis désolé, Sally. J'suis tellement désolé. Mais j'vais revenir. J'te le promets.

La marche rapide de Leora l'arrache finalement à la vue de sa marraine, et il est surpris de l'amertume qui lui reste collée au palais. Surpris que ses dents refusent de se desserrer, surpris que ses yeux se mettent à le brûler malgré l'absence de larmes. Il a la colère qui bout dans ses veines, et une terrible rancoeur qui réchauffe tout son être. Qui lui donne envie de la brusquer, lui donne envie de lui cracher la vérité, et de la laisser se démerder avec toutes les atrocités qu'elle découvrirait sous la cloche qui cachait jusqu'à lors son assiette. Tu la veux, la vérité, Leora ? J'vais te la donner, moi. T'en fais pas. Pas sûr que tu l'apprécies, par contre. Mais je te préviens : t'auras perdu le droit de te plaindre.

Inspirer. Expirer. Essayer de faire fi des marmonnements énervés de sa soeur, essayer de garder le tempérament d'aîné qu'il avait toujours eu, malgré l'année d'avance qu'elle avait sur lui. Il garde les dents serrées, continue de la suivre. La forçant à tirer sur son bras, pour lui montrer sa réticence à l'idée d'être ainsi traîné à sa suite. Il la laisse avaler les mètres, sans lui faire le plaisir de commencer à parler. Va chier, Leora. Va chier.

Et soudain, un pot de fleur tombe alors qu'ils passent à sa hauteur. Léger sursaut de la part d'Ismael, qui ne peut empêcher ses traits de se contracter. Qui ne peut s'empêcher de se demander s'il a fait ça. Qui est pratiquement persuadé que non, mais qui ne verrait pas ce qui –... Leora. Et ses yeux se reposent sur elle. Les souvenirs de leurs voyages lui reviennent. Les objets qui bougent à leurs côtés, et lui qui cherche à le nier. Qui cherche à se persuader que son pouvoir lui fait faux-bond à cause de sa nature nouvelle de loup-garou, et que ça n'a rien à voir avec elle. Mais là, alors que le pot et la terre sont écrasés à terre, alors que ses yeux ne parviennent pas à le quitter, et que la brunette elle-même s'est arrêtée à côté, il le sait : ç'avait toujours été Leora. Et ça ne s'était visiblement pas arrangé. « Allez, ça suffit. » Il relève les yeux vers elle, bat un instant des cils. Dégage son bras d'un coup d'épaule, ignore la douleur latente qui se répand dans ses muscles. Faut dire qu'elle a serré, et qu'elle ne s'est pas gênée. Mais il ne se plaint pas. Ne dit rien. La colère ayant cédé en grande partie sa place à la confusion, alors qu'il la détaille. Elle ne comprend visiblement pas ce qui s'est passé, et elle a l'air de vouloir l'ignorer. Elle a l'air de se raccrocher à ce que sa raison peut encadrer, et il serait bien mal placé pour le lui reprocher. « Plus de risques qu’ils t’entendent maintenant, alors crache le morceau. C’était quoi le plan pour me protéger ? Dès qu’on aura réglé ça, je te promets que je m’en irais et t’auras plus à t’inquiéter de mes petites crises. » Il serre à nouveau les dents, lève les yeux au ciel. S'apprête à lui répondre, quand elle tend brusquement la main vers lui. « J’ai le droit à ma clope maintenant ? » Et il fixe ses doigts — presque surpris. Surpris qu'elle s'en souvienne, surpris qu'elle réclame son dû pour être sortie sans faire d'histoires. Et alors qu'il hoche la tête et porte sa main à sa poche, il se sent comme un maître acceptant de récompenser les efforts de l'animal sauvage qu'il tentait de dompter. Ça lui fait grincer des dents, mais il se tait. Il lui a promis. Il la lui doit. Tiens, voilà. Ses doigts sortent la cigarette, la tendent vers Leora. Puis il en glisse une entre ses propres lèvres, et attrape son briquet au fond de sa poche. Le lui tend par réflexe — une politesse qu'il ne peut pas empêcher, malgré la colère qui l'agitait. « Le plan, c'était de partir sans me retourner. » Il garde les bras le long du corps, attend qu'elle ait allumé sa clope et reprend le briquet pour faire de même. « C'est ce que j'ai fait. Et d'après ce que je vois, ça a marché. » Le ton est sec, un peu plus cynique qu'il ne le voudrait. Mais il n'y avait que de la vérité, dans tout ça. Et si elle commençait à poser des questions stupides, il ne se gênerait pas pour le lui faire comprendre. Choisis bien c'que tu dis. « Si tu veux les bonnes réponses, pose les bonnes questions. » C'est sifflé alors qu'il expire la fumée de cigarette, fermant un instant les yeux pour frotter l'une de ses paupières du bout du pouce. Ok, calme-toi Ismael. Réfléchis par où commencer.

Il sait qu'il va se faire à nouveau engueuler. S'y attend. C'est de Leora, qu'on parle. Et les années lui ont appris à la connaître mieux que quiconque. Ou presque. « Depuis quand ça t'arrive, hein ? » Il a rouvert les yeux, et sa main s'est pointée vers le pot de terre, sans pitié. Tenant toujours sa cigarette allumée entre l'index et le majeur. Relevant les yeux vers elle. Il sait que ce n'est pas ce qu'elle veut entendre, sait qu'elle risque de cracher les flammes qui s'amassent dans sa gorge depuis quelques minutes déjà. Il peut presque voir la fumée s'échapper de ses narines — et la clope rend l'image plus propre que figurée. Après tout, c'était une manière comme une autre d'aborder le sujet. Et puisque ce genre d'événements se produisaient déjà du temps où il avait voyagé à ses côtés, la question était plus que légitime à poser.

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MessageSujet: Re: Your silence sounds like deafening screams to me (drakes)   Sam 14 Avr - 22:47

your silence sounds like defeaning screams to me
Ismael & Leora

Leora attrapa la cigarette et la porta à ses lèvres avec un petit soupir de soulagement. Ce n’était rien ça, même pas une bataille de gagnée, mais ça faisait quand même un effet agréable. Elle n’avait pas envie de se battre non plus sur ce terrain, d’autant qu’Ismael lui avait promis qu’il lui en filerait une si elle ne faisait pas de scandale. Elle n’avait pas fait de scandale, elle avait droit à sa clope. A ses explications, aussi. Elle les attendait avec impatience, sans s’attendre à rien. Et quand Ismael se mit à parler, elle fut récompensée d’avoir eu aussi peu d’espoir. Encore une fois, elle ne récoltait rien d’autre qu’un foutage de gueule en règle, et cette fois il ne s’en cachait pas. Ce petit con jouait sur les mots, il faisait ce qu’il avait toujours su faire si brillamment quand elle perdait son sang-froid et qu’elle entrait dans des crises de colère. Il la traitait avec condescendance en lui faisant bien comprendre à quel point ses accès étaient puérils. Elle n’avait pas posé sa question assez précisément ? Il répondait donc évasivement. C’était le pire, c’était ce qu’elle ne savait jamais gérer, et c’était ce qui ne faisait qu’amplifier sa rage. A neuf ans ou à vingt-neuf, c’était du pareil au même pour Leora. Elle ne supportait pas qu’il se foute d’elle, et il allait le regretter. D’une façon ou d’une autre, elle allait le lui faire payer. « Putain, tu te trouves drôle ? » Siffla-t-elle entre ses dents. « C’est tout ce que t’as à me dire alors ? Que t’avais envie de partir sans te retourner ? » Son ton avait enflé alors qu’elle répétait ses propres mots, elle s’était tendue sous l’effet de la colère, prête à exploser. Mais à quoi ça servait de poser les bonnes questions, quand il lui donnait ce genre de réponse ? C’était pas assez clair comme ça ? Ce qu’elle comprenait, Leora, c’était qu’il avait finit par en avoir marre d’elle, qu’ils n’avaient jamais passé autant de temps ensemble avant et que ça avait finir par le saouler alors il y avait mit fin. Tout simplement. Finalement elle n’avait pas besoin de plus d’explication parce que c’était exactement ce qu’elle avait compris dès qu’elle avait vu son mot dans sa chambre d’hôtel. Après toutes ces années à vivre loin l’un de l’autre, il ne pouvait plus vivre avec elle comme ça. Ils n’étaient plus des enfants et Ismael avait grandi loin d’elle, il n’avait plus besoin d’elle comme elle avait besoin de lui. « T’avais pas les couilles de me le dire en face ?!? » Elle se sentait tellement mal, ça brûlait à l’intérieur, ça se tordait dans tous les sens. Elle était proche du point de rupture et elle s’apprêtait à cracher davantage de venin pour se décharger un peu, le couvrir d’injures juste pour se sentir un peu mieux, quand il reprit la parole. Et qu’il posa une question, une toute petite question. En pointant le pot de fleurs brisé.

La respiration de Leora se coupa et elle se figea. Tout son être sembla être mis sur pause pendant un instant, à fixer les débris au sol de ses pupilles dilatées. Quoi ? Un blanc total dans la tête, une tempête partout ailleurs. Quoi ? Elle ne comprenait pas. Elle ne savait plus. Elle se dégonfla lentement, la tempête perdit de son ampleur. Elle avait les oreilles qui sifflaient, le cœur qui tambourinait, elle était perdue. Il avait pointé le pot de fleur, il avait vu, il savait. Mais il savait quoi ? Il savait … « Depuis quand … quoi ? » Depuis quand est-ce qu’elle basculait dans la folie ? Depuis quand elle se réveillait la nuit avec l’impression que toute la pièce était en train de s’effondrer ? Depuis quand elle se croyait maudite, à voir les objets bouger du coin de l’œil ? Ismael avait appuyé là où ça faisait mal, sur le seul point où Leora refusait de regarder. Elle préférait encore qu’il lui dise qu’elle était conne comme ses pieds et que c’était pour ça qu’il ne voulait plus la voir, elle préférait qu’il reconnaisse que voyager ensemble avait été une erreur. Elle préférait tout sauf de se pencher sur la démence qui la frappait. Elle ne voulait pas que son frère la voie comme elle était vraiment. Une fille paumée qui perdait la tête … « Il m’arrive rien !! » Elle accompagna ce cri du cœur d’un grand coup de pied au pot de fleur qui fit voler en éclat les derniers morceaux encore intacts de poterie, envoyant de la terre tout autour. « Tu détournes le sujet sur un putain de pot de fleur parce que t’as pas envie de reconnaître la vérité ! » Elle se baissa soudain et attrapa une pleine poignée de terre, qu’elle lança sur Ismael. « Allez, dis-le maintenant, foutu lâche ! » Elle recommença son manège avec la terre, aveuglée autant par la fureur que par une panique dévorante, et elle ne vit pas les morceaux de faïence qui s’élevèrent en même temps pour se jeter sur son frère quand elle lança son projectile boueux.

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MessageSujet: Re: Your silence sounds like deafening screams to me (drakes)   Dim 6 Mai - 4:25

« C’est tout ce que t’as à me dire alors ? Que t’avais envie de partir sans te retourner ? » Comme d'ordinaire, elle déforme tout. Reprend les propos dans sa bouche pour les tourner à sa sauce. Aveuglée par une colère sans bornes, elle se laisse emporter dans sa rancune et dans son désir de lui faire payer la solitude qu'elle a ressenti. Et il ne peut pas lutter. Ne peut rien dire. Il n'a pas le droit de répondre, pas le droit de s'énerver. Et pourtant, il ne peut pas s'empêcher de lever la main pour reprendre ses mots. De marmonner, lui jetant un regard rapide, et détournant tout aussi vite les yeux. « Pas envie. Je l'ai fait pour te protéger. » Et sa main insiste sur les mots. Il sait que ça ne changera rien, dans l'esprit de Leora. Qu'elle ne veut pas l'entendre, et que ne l'écoute probablement plus. Mais il refuse de se laisser malmener. Refuse de la laisser mener la danse comme elle l'entend, alors qu'elle venait de gâcher l'une des seules journées qu'il aurait voulu voir s'écouler sans remous. « T’avais pas les couilles de me le dire en face ?!? » Il secoue la tête, recule d'un pas. Ferme les yeux, frotte sa paupière du pouce en expulsant la fumée de sa cigarette Pas envie de se faire frapper, pas envie d'être laissé à la merci de la fureur de Leora. Mais il relève bien vite les yeux vers elle, décidant de changer d'approche. Ses yeux qui, en fuyant, ont retrouvé le pot de fleur tombé. Et la question qui tombe, question qui tue, question qu'elle ne veut pas entendre mais qu'elle n'aura pas le choix d'affronter. Depuis quand ça t'arrive, hein ?

Et tout de suite, la gifle verbale semble faire son effet. Leora arrête d'hurler, Leora arrête de s'agiter. « Depuis quand … quoi ? » Elle est perdue, et il le voit. Elle ne comprend pas. Comprend ce qu'il lui demande, oui — mais pas ce qui lui arrive. Elle n'est pas capable de lui donner une réponse, parce qu'elle ne sait pas. Ne veut pas savoir. Et les yeux d'Ismael qui fouillent ceux de sa soeur, alors qu'il y voit la même incompréhension que celle qu'il se souvenait avoir vécu, des années auparavant. Il peut revoir son père lui expliquer, son père l'encadrer. Une chance qu'elle n'aurait jamais. « Il m’arrive rien !! » Et bien entendu, l'accalmie ne dure pas. Ç'aurait été trop facile de se calmer et d'accepter de l'écouter. Accepter de comprendre ce qui lui arrivait. Le déni était une bien meilleure option, et le cri du coeur qu'elle lui lance en témoigne. Elle ne s'arrêtera pas. Elle ne faillira pas. Elle est là pour ses réponses, et ne s'attend pas à ce que les questions fassent brusquement changer le sujet de direction. « Tu détournes le sujet sur un putain de pot de fleur parce que t’as pas envie de reconnaître la vérité ! » Il a reculé lorsqu'elle a donné un violent coup de pied dans la terre. La faïence a giclé autour d'eux, et il n'a pu empêcher son pantalon d'en être éclaboussé. Ses dents qui se serrent, sa cigarette qui reste à pendre entre ses doigts. Leora s'est penchée pour attraper une poignée de terre avant qu'il ne puisse répliquer, et il ne peut que lever le bras lorsque le projectile effrité par le vol le frappe. « Fuck, Leora ! » C'est tout ce qu'il parvient à grommeler, alors qu'il se penche pour secouer la tête, passer sa main libre dans les cheveux pour en faire tomber la terre qui s'y est accrochée. « Allez, dis-le maintenant, foutu lâche ! » Lorsqu'il relève les yeux, il voit qu'elle s'est à nouveau penchée. Qu'elle ramasse une nouvelle boule de terre, et qu'autour d'elle les morceaux de faïence s'élèvent dans les airs. Il pourrait très bien faire en sorte de tout arrêter. Que les projectiles retombent au sol avant de les blesser, et qu'elle puisse vivre dans l'ignorance pour quelque temps encore. Mais il n'en fait rien. Il garde les yeux grand ouvert, observe la scène se jouer. Quand la petite boule de terre fusa vers lui, accompagnée par des morceaux de poterie qu'elle n'avait jamais vu s'élever, l'ordre tomba finalement : « Ça suffit. » Puis, plus rien.

Entre eux, la boule de terre reste figée dans les airs, retenue de s'effriter par une force invisible. Les morceaux de faïence sont eux aussi immobiles, suspendus dans leur élan d'attaque. Et d'un côté de cette petite armée de fortune, Ismael observe Leora qui, plantée de l'autre côté, ne peut désormais plus nier que quelque chose est en train de se passer. Sans pitié, sans même prendre le soin de lâcher sa cigarette, il lève les doigts pour pointer l'étrange spectacle qui se tient entre eux, figé dans son élan. « Maintenant tu te calmes, et tu m'écoutes. » Il sait qu'elle ne voudra pas, mais il s'en moque. Son don bloque les lèvres de la jeune femme, et quand bien même elle voudrait s'exprimer elle ne pourrait rien articuler. La bête qui gronde au fond d'Ismael n'est empêchée de se révéler que par la présence du soleil, et il le sait. Mieux valait se calmer avant que la nuit ne tombe — et à ce rythme-là, ce n'était pas gagné. Mais Leora ne supporterait pas une couche de plus, et il le savait. Autant la préserver tant qu'il le pouvait. « On va faire comme quand on était petits : une réponse contre une autre. » Sa main s'est rabaissée un peu, et son regard ne quitte pas le sien. Les projectiles toujours en l'air, il se moque éperdument de savoir si quelqu'un les regarde ou non. « Non, je n'avais pas les couilles de te dire que j'allais devoir partir pour te protéger. Tu ne l'aurais pas accepté. Tu ne l'accepteras jamais. Mais je l'ai fait. C'était ma décision. Je me fiche que tu la comprennes ou non. Mais tôt ou tard, il faudra que tu l'acceptes. » Et alors, il relâche un peu sa pression sur son don. La laisse parler si elle le désire, mais ne laisse pas retomber la preuve du phénomène surnaturel qui était en train de se dérouler. Et son regard s'excuse, murmure Désolé, mais tu m'aurais pas laissé parler. Puis, ses doigts tracent un cercle dans les airs — cercle également tracé par la fumée qui s'élève toujours du bâton de cigarette. À ton tour de me répondre. « Depuis quand est-ce que ça t'arrive ? » Réponds, Leora. Réponds, et on s'en sortira.

Réponds, et je te dirai tout ce que tu voudras.

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MessageSujet: Re: Your silence sounds like deafening screams to me (drakes)   Mer 9 Mai - 0:11

your silence sounds like defeaning screams to me
Ismael & Leora

Toutes les excuses étaient bonnes pour se voiler la face, pour détourner le sujet. Leora ne réfléchissait plus, elle agissait sous le coup de ses émotions, et tant pis si ça lui faisait faire des trucs stupides. Ce ne serait ni la première fois, ni la dernière. Il n’y avait rien à gagner à couvrir son frère de terre, juste peut-être à évacuer un peu de la tension qui la crispait toute entière. C’était la seule chose qu’elle pouvait faire, de toute façon, la seule qui lui soit venue à l’esprit – en dehors de la fuite. Mais la fuite était rarement l’option que Leora choisissait de son plein gré, elle se tournait plutôt vers la confrontation. La plus débile des confrontations, mais tant pis. Parce que la question restait là, en suspens entre eux, toujours prisonnière dans ses oreilles, toujours à lui susurrer qu’Ismael savait. Et pour ça, elle l’aurait couvert de terre des pieds à la tête, juste pour qu’il n’ouvre plus la bouche sur ce sujet, juste pour qu’il oublie, qu’il pense à autre chose, et qu’il réponde à ses foutues questions au lieu d’en poser d’autres. Elle ne voulait pas parler de cette chose qui traînait au fond de sa tête et qui causait des phénomènes étranges quand elle détournait les yeux. Elle voulait savoir pourquoi il répétait qu’il avait voulu la protéger, alors qu’elle n’avait jamais eu besoin de la moindre protection. Elle avait eu besoin de sa présence bien plus que d’être protégée. Elle avait eu besoin de compter sur lui. Et ça ne s’était pas produit. Il avait failli. Tout le reste n’était que conneries.

Ca faisait du bien de le voir s’énerver à cause de la terre sur ses vêtements et dans ses cheveux, c’était pas si mal comme thérapie. C’était tout ce qu’elle avait voulu obtenir, de toute façon. Juste l’énerver, elle ne voyait pas plus loin … Une vraie gamine. Mais elle n’eut pas le plaisir de continuer, elle s’était redressée, elle avait balancé son second projectile, et tout s’était figé. Au beau milieu des airs, comme ça, par magie, la terre s’était arrêtée. Ce fut là qu’elle vit que de la faïence s’était également mise à léviter, prête à se jeter sur Ismael. Seulement plus rien ne bougeait, et Leora fixait ce spectacle avec une stupéfaction mêlée d’horreur. Elle s’était figée elle aussi, comme la terre et les morceaux de poterie, elle retenait même sa respiration. Incapable de penser. Incapable de bouger. Sa cigarette avait glissé de ses doigts sans qu’elle s’en rende compte et se consumait doucement sur le sol. Et quand Ismael prit la parole, si calme, si dégagé, Leora commença à comprendre, petit bout par petit bout. Elle avait commencé mais c’était lui qui avait fini. C’était lui qui avait tout arrêté comme ça, dans les airs. Elle prit une inspiration pour se mettre à crier, mais ses lèvres restèrent closes, sa bouche demeura muette, et Leora jeta un regard furibond à son frère. Comment est-ce qu’il faisait ça ? Elle fut bien forcée de l’écouter, puisqu’elle ne pouvait plus parler, et elle cru pendant un instant qu’il allait tout expliquer. Qu’en quelques mots, il allait réussir à démêler tout ce cauchemar. Son étrange comportement quand ils voyageaient ensemble, puis sa fuite, et maintenant les choses qui bougeaient toutes seules … Il aurait une explication claire et simple, comme il en avait toujours. Et tout rentrerait dans l’ordre, sûrement. Elle le fixait et le suppliait du regard de trouver cette solution.

Mais non. Il n’expliqua rien. Déception intense, elle eut juste l’impression d’entendre un disque rayé qui répétait la même chose en boucle, comme si elle devait y comprendre quelque chose. Et à nouveau cette question insistante. Depuis quand ? Elle ouvrit la bouche et inspira, surprise de retrouver le contrôle de ses lèvres. « Je sais pas. » Sa voix était blanche, mal assurée. Elle regarda la boule de terre entre eux, qui flottait toujours dans les airs, attendant peut-être un signal pour continuer sa route. Ce phénomène impossible, là, devant ses yeux, ça lui donnait envie de vomir. La peur lui faisait des nœuds dans l’estomac, et elle détourna bien vite le regard. « Arrête, bordel ! » Elle n’arrivait pas à réfléchir avec ce truc devant ses yeux, elle était dans un état de panique avancé. S’il pouvait au moins faire retomber tout ça … « C’est à cause de ça que t’es parti ? » Elle avait fini par la poser, cette question, et pourtant elle n’avait pas envie. Elle ne comprenait pas pourquoi il était parti, s’il savait déjà. « Tu voulais me protéger de ça ? Mais ça arrivait déjà avant, et c’était pire après ! Tu m’as protégée de rien du tout, je croyais que j’étais folle, Is ! Je croyais que j’imaginais des trucs et que c’était pas réel, et que j’allais finir complètement tarée, et qu’on allait devoir m’enfermer  dans un asile ! » Sa voix se cassa sur le dernier mot. Cette terreur là, elle ne l’avait jamais avouée à personne, c’était une torture. Elle ne voulait pas qu’on l’enferme, c’était la pire chose qu’elle puisse imaginer. « Ca fait longtemps que ça arrive, mais c’est devenu pire quand t’es parti, et encore pire quand Hazel est morte, et après … » Oh non, elle ne voulait pas parler de tout ça, d’Hazel, de Micah, du bébé, pas avec lui. Il n’était plus son confident, il n’était plus digne de ça. Elle se l’était juré, même quand ça faisait si mal qu’elle avait cru en crever, elle ne lui en avait pas parlé. « Pourquoi tu m’as rien dit ?! Puisque toi aussi tu fais tout ça, pourquoi tu m’as pas expliqué ?!? » Elle secoua la tête et se passa une main fébrile dans les cheveux. Elle était où, la logique ? Tout ça ne faisait aucun sens. « C’est quoi, cette merde ? » Souffla-t-elle enfin, à bout de nerfs.

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