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 "La Maison de l'Oiseau est dorée" [Ange & Ohanzee]

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MessageSujet: "La Maison de l'Oiseau est dorée" [Ange & Ohanzee]   Ven 4 Mai - 17:58





A qui te frappe sur une joue, présente encore l'autre.
A qui te prend ton manteau, ne refuse pas non plus ta tunique.  
A quiconque te demande, donne, et à qui te prend ton bien, ne le réclame pas.

Luc 6:27-36




C'est la treizième rue qu'il arpente, sous un soleil de plomb. Un carte de la ville en main, un annuaire téléphonique dans sa besace, Ohanzee Figtree s'arrête à toutes les boites aux lettres, décrypte chaque patronyme. Il s'abîme dans une quête sans fin que même un postier ne voudrait plus. Il fait une halte passagère sur un banc, pour y boire un peu d'eau dans ces outres de plastique, un matériel moderne bien pratique.
Il renverse sa tête en arrière.
Le ciel est peint de nuages qui paissent tranquillement sur leur bleu. Ils sont aussi pâle et duveteux que la chevelure d'Ange.

Léger frisson.

Le métisse ne s'explique toujours pas ce qui a pu se passer ce jour et cette nuit là. Une alchimie étrange, un tour de magie. Une diablerie, peut-être ? Ange avait chamboulé sa non-vie de ressuscité timoré, trop prudent, trop timide pour vraiment apprécier sa seconde chance. Jamais, il n'avait éprouvé tant de sentiments puissants et contraire.
Pour en être privé aussitôt.
En ouvrant les yeux, Ange avait disparu, ne laissant derrière lui que le souvenir de sa peau et de ses larmes. le souvenir de ses mots et de ses poignards. Ohanzee avait alors appris à se languir. Successivement, la Peine, le Regret, le Manque, la Frustration et même la Colère l'avaient visité. Seule la Détermination s'était logée durablement dans son coeur.

"Je veux le revoir",
avait-il formulé, tout haut.

Difficile de retrouver une apparition tombée du ciel lorsque l'on ne possède qu'un nom et de vagues indications de lieu. Voilà une semaine qu'il écume cette lucarne déstabilisante qu'est internet. Une boite où tout est plus grand à l’intérieur, comme une fenêtre qui s'ouvre sur un espace infini. Kaya apprivoisa l'ordinateur à sa place, il ne s'en approcha qu'avec une prudence extrême.

- La maison de l'oiseau est dorée, est dorée,
la maison de l'oiseau est dorée mais fermée


Ohanzee pivote le regard et dans le même temps, il sent clairement son dos le picoter.

-Un oiseau sur la branche tout joyeux, tout joyeux
Un oiseau sur la branche vole, vole mieux...


C'est une fillette fantomatique qui bat des jambes, assise à coté de lui.

- Bonjour dit-il, elle est jolie ta chanson.

Elle sursaute, surprise.

- Tu me vois ?
- Et je t'entends. Tu chantes très bien. Moi aussi je cherche la maison de l’Oiseau. Mon oiseau s'appelle Ange, Ange le Cerf, tu le connais ?
- L'autre garçon ?! Celui qui me voit aussi ?


Ohanzee se redresse, intérréssé.

- Oui ! C'est bien lui. Il est très beau et très frêle.
- Ça je ne sais pas,
fait-elle avec une moue. Mais en tout les cas , il n'aime pas que je chante près de lui.
- Tu me montrerais où il habite, s'il te plait ?
- Je pourrais te chanter ma comptine ?
- Tu pourras.
- Oh ! la cage s'entrouvr', regardez, regardez !
Oh ! la cage s'entrouvr' l'oiseau s'est échappé !
Deux oiseaux dans les bois s'enfuient s'enfuient
Deux oiseaux dans les bois vont chanter cet'nuit...


Et la petite s'éloigne à cloche-pied, Ohanzee à sa suite.

***

Devant la sonnette, il hésite. mordillement  de lèvres indécis. Il n'est pourtant pas venu jusqu’ici pour reculer. "J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course, j'ai gardé la foi." Il noue ses cheveux pour finalement tout enlever et les laisser à même ses épaules. Il se sent ridicule de ses futiles coquetteries. Il appuie sur l’interphone qui grésille en réaction.

- Oui ?

- B.. bonjour. Ohanzee se colle au boitier, gauchement. Mon nom est Ohanzee Figtree. Je voudrais voir Ange, s'il vous plait...
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MessageSujet: Re: "La Maison de l'Oiseau est dorée" [Ange & Ohanzee]   Ven 4 Mai - 20:13

Allongé sur son lit, il regarde la fissure au plafond. Il se demande si c’est la gueule de bois qui lui fait voir en cette fissure les crocs d’une bête immonde. Il n’arrive pas à dormir. Il n’arrive plus à dormir. Depuis Ohanzee. Depuis Anthony. Depuis la bête. Depuis trop de verres. Depuis trop de personnes sur lesquels il s’est brisé. Aucun soulagement. Juste la solitude.

- La maison de l'oiseau est dorée, est dorée,
la maison de l'oiseau est dorée mais fermée


Il se relève. Elle est là. Petite, assise sur la chaise devant le secrétaire d’un autre âge. Elle aime chanter. Elle chante tout le temps. Il n’en peut plus de l’entendre chanter ses chansons idiotes. Il ne veut pas entendre de chanson. Il ne veut pas d’un fantôme déprimant. Il ne veut pas d’un fantôme mort avant d’avoir vécu. Elle avait quoi ? Dix ans ? Peut-être même pas cet âge… Elle le déprime. Elle ne connaîtra jamais rien. Elle ne connaît que ses chansons débiles.

Va-t-en ! Dégage ! Dégage avec tes putains de chansons d’attardée !” crache-t-il à bout de nerf.

Elle s’en va, l’air triste. Il s’en veut encore plus d’être le connard qu’il est. Il s’allonge à nouveau. Il n’a rien mangé depuis des heures. Il sait qu’il devrait manger. La cuisinière a sans doute préparé des plats dans la cuisine. Elle est adorable. Et pourtant il ne lui a pas adressé la parole depuis des jours. Il ne quitte plus sa chambre. Ou seulement pour sortir la nuit. Il soupire. Il se lève. Se traîner jusqu’à la cuisine. C’était en train de devenir vital. Sa dernière glycémie était catastrophique. Il devait manger. Il devait faire quelque chose. Pour ne pas mourir comme un con.

Il avait mécaniquement avalé le repas froid qui traînait. Ce n’était pas suffisant. Il devait sortir. Il devait vivre. Mais… Il avait peur. Peur de tout. Peur de tout le reste. Peur de ce qui n’avait pas plus de sens que les fantôme. Toute cette merde qui ne tournait pas rond dans cette ville. Et tout ce qui ne tournait pas rond avec lui. Pourquoi rien n’avait de sens ? Pourquoi tout devenait si compliqué ? Pourquoi tout était si difficile à vivre ? Pourquoi c’était difficile de vivre ?

Après la cuisine, la salle de bain avait été tout autant une épreuve. Peut-être que l’eau l’apaisait un peu. Ou du moins, il culpabilisait moins de pleurer sous l’eau. Quoique. De toutes façons, ici, personne en le voyait. Personne ne l’entendait. Même Anthony l’avait abandonné une nouvelle fois. Il n’y avait que des fantômes. Des anonymes. Il sort de l’eau. Il passe de nouveaux vêtements. Ils sentent bons. Pourtant, il ne se reconnait pas dans le miroir. Il n’est plus personne. Est-ce qu’il a déjà été quelqu’un ?

Sa main se pose sur le chapelet qu’il a emporté dans la précipitation. Il n’arrive pas à s’en séparer. Il n’arrive pas à le renvoyer par la poste. Il n’y arrive pas. Alors après chaque douche, il le glisse sous son haut. Le fer le rassure. Ohanzee reste un peu avec lui.

Le son de la sonnette le sort de cette drôle de méditation. Il cache l’objet de culte. Il avance vers l’interphone. C’est probablement anodin. Un livreur. Ou un réparateur. Un jardinier. Il écoute distraitement. Mais la voix. Il la reconnaît à la première seconde.
Ohanzee. Ohanzee. Ohanzee.
Ohanzee est là.

Il panique. Il ne sait pas quoi dire. Il raccroche l’interphone. Pris d’un vertige. Ohanzee ne doit pas le voir comme ça. Mais… Ohanzee l’a retrouvé ? Ohanzee est là tout proche. Il ne pourra jamais le revoir s’il ne prend pas sa chance. Il ne sait pas pourquoi, ni même comment il s’est retrouvé sur le pas de la porte. A marcher pieds nus jusqu’au portail. Il l’ouvre. Et se fige. Qu’est-ce qu’il fait ? Il fixe l’amérindien. Il sent son coeur se torde, son estomac se nouer.

Ohanzee… Qu’est-ce que tu fais là ? Je…

Il réalise l’état dans lequel il est. Avec ce débardeur qui tombe de son épaule. Avec ce pantalon trop ample, mal ajusté. Il porte une main à son cou. C’est pour cela qu’il est venu. Pour son dû. Il retire le chapelet. Il lui donne.

Je… Je ne voulais pas m’attirer la colère… De Kawanee… En te l’amenant… Je suis désolé… Je ne voulais pas te le voler… Je… Je ne m’en étais pas aperçu…

Il reste là. A le regarder, comme un mirage. Il est là. Pour lui ?

Tu veux… Tu veux prendre… un café ?” finit-il par dire.

Sans doute que ses bonnes manières reprennent le dessus sur son angoisse.
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MessageSujet: Re: "La Maison de l'Oiseau est dorée" [Ange & Ohanzee]   Sam 5 Mai - 3:39

Le portail grince. Une longue plainte infernale. Ce n'est que pour souligner la lumière qu'il dissimule. Ange se trouve là, plus dépenaillé et perdu qu'à leur première rencontre. Le coeur d'Ohanzee bouillone et fond en l'espace d'une poignée de secondes. Plic. Ploc. Son palpitant s'égoutte clairement un peu partout dans sa cage.
Le regard effrayé d'Ange le foudroie. Il lui fait de la peine et , en même temps, sa proximité cause sa joie. Que de sensations aigres et douces.

Peu importe le geste du Bel Oiseau.
Peu importe ses paroles.

Ohanzee ouvre les bras, s'approche et enlace le déplumé. Une de ses mains soutient la tête d'Ange, s’égare dans sa chevelure limpide. Il est plus maigre, plus fragile qu'il y a quelques jours. Le cri le sert contre lui avec une effusion qu'il peine à juguler.

- Trouvé, souffle-t-il simplement, tel un enfant ayant égaré la main de sa mère.

Finalement, il recule -juste un peu, juste pour le regarder. Il repousse le poing contenant le rosaire contre la poitrine de son ami. Les mots s'écoulent tels des rivières.

- Je te l'ai offert, il est à toi. Pour te protéger. Je... Je sais que tu ne m'aime pas comme Anthony ...
Son regard fuit un peu sur le coté. Il sent la blessure encore vive. Mais cela ne signifie pas que je faille à ma promesse. Je suis là pour toi, Ange. Pour t'aider.

"Pour te suivre comme ton Ombre"
Ses rétines chutent vers les pieds nus.

- J'accepte volontiers ce café, mais.... Sourire-soleil un poil malicieux... Faut-il que je te porte comme une princesse, jusqu’au perron de ton foyer ?

Il rit  - libération nerveuse - avant de comprimer l'espiéglerie de sa bouche d'un mordillement de lèvres.  Il voulait le revoir, il le voit. Il a bien fait. Il réalise à quel point Ange emplit un espace concret dans sa vie.
Et cette vie, il veut la vivre tissé à lui, d'une quelconque manière.
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MessageSujet: Re: "La Maison de l'Oiseau est dorée" [Ange & Ohanzee]   Sam 5 Mai - 8:28

Les bras de l’amérindien autour de lui le réchauffent tellement. Il se sent tellement bien. L’espace de quelques secondes. Il aimerait rester lover contre lui. Il aimerait se serrer toute sa vie dans ses bras. Il ne peut pas. Il ne doit pas rester là. Trouvé. Oui, il l’a trouvé. Il a trouvé la pire personne qui soit. Il garde le rosaire dans ses mains. Il le dévisage. Pour lui ? Mais… Il serre l’objet entre ses doigts. Il est tellement touché. Mais les mots d’Ohanzee l’écorchent. Bien sûr qu’il ne l’aime pas comme Anthony. Il était prêt à mourir pour Anthony. Pour Ohanzee, il serait prêt à vivre. A vivre longtemps. Il ne veut pas le blesser. Il ne peut pas le laisser croire qu’il n’a pas déjà pris de l’importance dans sa vie. En une seule journée. En une seule nuit. Il a envahi sa vie. Il l’a submergé de sa présence. Il l’a inondé de sa gentillesse.

Ohanzee… Ne…

Sa voix se bloque.

Ne dis pas ça. Tu n’as… Tu n’as pas à m’aider… Et puis… De toutes façons… De quelle aide je pourrais avoir besoin ?

Ce n’était pas ça qu’il voulait dire. Mentir était si difficile. Pourtant, il savait le faire. De façon convaincante. Il ne cillait pas. Il ne voulait pas le perdre. Mais il savait que s’il restait dans sa vie, il ne finirait pas de le blesser. Toujours. Il baisse lui aussi le regard. Vers ses pieds nus. L’un d’eux est toujours bandé. Il a du mal à bien cicatriser. Sans doute parce qu’il fait n’importe quoi. Ses mains ne sont pas en bien meilleur état. Il a encore des traces de sa lutte dans la forêt. Il remet le rosaire autour de son cou. Cachant ses mains par la même occasion.

Non… Non…” Il a un rire nerveux. “Je peux marcher… C’est bon…

Il se décale pour laisser entrer son invité. Il marche à côté de lui. Mais il boitille un peu. Sa démarche légèrement changée par sa blessure. Il entre. La maison sent le propre. Tout est affreusement propre. Pourtant les rideaux sont tirés. Les volets fermés. Tout est sombre. Vide. Renfermé. Une belle cage dorée. Rien de chaleureux ne se dégage de cette maison. Rien n’est personnel. Tout est beau, mais presque trop pour être vrai. Ange avance dans le couloir. Il arrive dans la cuisine.

Ses mains tremblent un peu quand il attrape les tasses. Il est nerveux. Il ne devrait pas laisser Ohanzee revenir vers lui. Il devrait lui demander de partir. Et pas lui préparer un café. Pourtant, il met la capsule dans la machine. Il regarde le café couler, perdu. Il pose les deux tasses sur la table. Il regarde Ohanzee.

Ton dos… Est-ce que… Est-ce que ça va mieux ? Je… Je ne voulais pas… Je ne savais pas… Qu’il… Qu’il reviendrait… Je…” il baisse la tête. “Je le croyais… disparu. Je n’aurai… Je n’aurai jamais cru… Qu’il puisse… Faire cela…

Il regarde leurs tasses. Il se détourne.

Pardon… J’ai oublié le sucre… Tu dois vouloir du sucre…

Il attrape la boîte de sucres. Il la pose sur la table. Il s’en veut tellement.

Tu veux manger quelque chose ? J’ai peut-être quelque chose… Je dois bien avoir quelque chose…

Il bouge dans la cuisine. Il n’arrive pas à se stabiliser. Il n’arrive pas à rester face à lui. Il n’arrive pas. Il ouvre les placards. Quelle ironie de ne même pas savoir ce qu’il y a dans les placards de sa propre maison. Étranger partout où il va.

Pardon… Je… Sais même pas… Où sont les biscuits… Je… Je suis désolé…

Il continue de chercher. Instable. Erratique. Pourquoi se met-il à pleurer en vidant son placard par terre ? Il aimerait pouvoir vider sa vie de la même manière. Se débarrasser de son passé. Le foutre au feu.
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MessageSujet: Re: "La Maison de l'Oiseau est dorée" [Ange & Ohanzee]   Sam 5 Mai - 11:32

Il n'échappe pas à Ohanzee qu'Ange est blessé. Néanmoins, il se fustige mentalement de ne rien en dire, s'impose de ne pas s'imposer. Il ne brusquera pas le jeune garçon plus qu'il ne le fait déjà par sa présence. Ô Seigneur, il s'était préparé à une certaine froideur, peut-être un rejet, mais pas cet état de fragilité. Ange semble sur le point de se briser au moindre frôlement, au moindre souffle.

- Ohanzee… Ne… Ne dis pas ça. Tu n’as… Tu n’as pas à m’aider… Et puis… De toutes façons… De quelle aide je pourrais avoir besoin ?

Le métisse le relâche à contre-cœur mais à pour-raison. Patience et longueur de temps doivent être ses métronomes.

- De celle d'un ami ? précise-t-il alors qu'Ange refuse son assistance et claudique à son flanc.

Ohanzee réprime l'envie souveraine de l'attraper par la taille et de l'aider à s'envoler, son petit Oisillon. non, il n'est pas "son". Il est "leur". En cela il n'a aucune préséance ni aucun droit.
La maison est grande, propre, clinique. Sa parfaite décoration n'apporte pas de charme ni d'âme. Il n'y a pas cette vie, cette profusion d'objets qui anime le foyer de Sara et sa mère, et qui rend la vie d'Ohanzee si chaleureuse.
Alors qu'Ange prépare leur fameux café, le cri obéit à l'impulsion d'ouvrir les rideaux et les fenêtres de la pièce, de laisser entrer un peu d'air frais. C'est autant pour apporter une lumière que pour occuper ses mains. Il obéit à son commandement de ne pas violenter le quotidien de son hôte.

- Ton dos… Est-ce que… Est-ce que ça va mieux ?
- Oui, ne t'en inquiète pas, rassure Ohanzee, j'ai l'habitude de ces manifestations.
- Je… Je ne voulais pas… Je ne savais pas… Qu’il… Qu’il reviendrait… Je…Je le croyais… disparu. Je n’aurai… Je n’aurai jamais cru… Qu’il puisse… Faire cela…

Le métisse bat des cils, observe le visage émacié de son ami.

- Ange... essai-t-il d'amorcer en tendant une main vers lui. Vite éludée et fuie.
- Pardon… J’ai oublié le sucre… Tu dois vouloir du sucre…
- Si tu veux, mais... Ohanzee tente de capter son regard. Peine perdue.
- Tu veux manger quelque chose ? J’ai peut-être quelque chose… Je dois bien avoir quelque chose…
- Ange, s'il te plait...

Il ouvre tous les placards, farfouille, sort une multitude de boites, bocaux et bouteilles inutiles. Il bat des ailes frénétiquement sans parvenir à décoller de terre. Ohanzee se lève lentement, s'approche comme on approche un animal craintif.

- Pardon… Je… Sais même pas… Où sont les biscuits…

Les sanglots sont le signal d'alarme de trop. Ohanzee se décide à agir plutôt qu'à contempler. Il attrape les épaules tremblantes, pause son menton dans son cou, le presse posément, calmement contre lui.

- Ange... Tout va bien... Shhhh.... Tout va bien, berce-t-il de sa voix tendre.
- Je… Je suis désolé…hoquette-t-il.
- Tout va bien, cesse de te tourmenter... répond l'indien en lui embrassant la tempe, puis le front. Je suis là, il n'y a rien à craindre.

Il lui essuie les joues du pouces, d'un air désolé. Sa bouche s'égare une dernière fois sur cette peau mouillée. La tentation de l'embrasser est grande mais il s'en préserve. Là n'est pas son rôle.
Il n’est pas Anthony.

- Qui t'a malmené ainsi... Est-ce que c'est "lui" ? Il lisse ses cheveux blond. Je suis là pour t'écouter.

Et posément mais fermement, il affirme :

- Tu as besoin d'aide.
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MessageSujet: Re: "La Maison de l'Oiseau est dorée" [Ange & Ohanzee]   Dim 6 Mai - 7:23

Savoir qu’Ohanzee va mieux ôte peut-être un peu du poids sur les épaules d’Ange. Cela ne rend pas la situation simple et limpide mais… Il est un peu rassuré. Il s’en serait voulu éternellement si ses plaies n’avaient pas pu s’apaiser après… Après cette tornade. Cette violence. Lui-même n’arrivait pas à ôter les images de sa mémoire. Le sang. Tout ce sang sur ses mains. Le sang semblait lui coller à la peau. Celui d’Ohanzee. Le sien. Celui de ce loup. Du sang. Trop de sang. Trop de violence inarrêtable. Irrationnelle. Ange n’entend même pas les tentatives du brun pour capter son attention. Les images sont trop proches. Gravées dans sa tête. Les cris. Les bruits. La détonation du fusil. Il sursaute quand les mains se posent sur ses épaules. Il se laisse faire. Son corps se fondant contre celui du brun. Cherchant un rempart pour le protéger de toute cette folie sourde.

Il n’en croit pas un mot. Non, Ohanzee, tout ne va pas bien. Rien ne peut aller bien pour des gens comme eux. Comment les choses pourraient aller bien alors qu’ils n’ont de cesse de voir l’horreur de ce monde, la cruauté des hommes ? Comment dire que tout va bien alors qu’un enfant mort chante des comptines à ton réveil ? Comment dire que tout va bien quand tout ce monde appelle à la mort et plus à la vie ? Ohanzee ne peut pas les protéger. Ohanzee finira juste broyé comme lui s’il reste là. Et pourtant, sa présence lui fait tellement de bien. Ne plus être seul pour affronter tout ce qui se bouscule dans sa tête. Dans sa vie. Il ferme les yeux. Les lèvres d’Ohanzee sur sa peau. Il ne devrait pas le laisser faire. Il devrait le repousser. Mais il n’en a pas la force. Il a tellement besoin de lui. Besoin de vivre. Il se laisse toucher. Il se laisse apprivoiser.

Il relève un peu la tête. Il regarde Ohanzee. Il ne veut pas l’inquiéter. Pourtant, il l’inquiète déjà. Il ne peut pas vraiment faire meilleure figure avec ces larmes sur ses joues. Il croise son regard. Il s’en veut de l’avoir laissé entrer. C’est trop difficile de ne pas accepter son aide maintenant qu’il est dans ses bras. Trop dur de le repousser.

Non… Il n’est pas revenu…” souffle le blond.

Anthony l’a une nouvelle fois abandonné. Laissé seul, désemparé. Prêt à mourir à nouveau. Mais il n’est pas mort. Pas encore. Il n’est pas très vivant pour autant. Il agonise. Il se laisse lentement mourir. Il ne se bat plus vraiment pour vivre. Il n’a que des soubre-sauts de volonté de vie.

“C’est… C’est arrivé… En forêt… Un loup…” explique-t-il d’une voix hachée. “Je… je voulais aider ce fantôme… Je l’ai suivi… Je suis beaucoup trop con…

Il baisse la tête. Il ne sait jamais choisir qui aider, qui aimer. Il tremble à l’évocation de cette nuit là. Sans ce chasseur. Il serait mort. Dévoré. Déchiqueté. Eparpillé.

Comment… Comment… On fait… Pour vivre… Dans un monde pareil ?” questionne-t-il avec un nouveau sanglot.
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MessageSujet: Re: "La Maison de l'Oiseau est dorée" [Ange & Ohanzee]   Dim 6 Mai - 16:58

- Non… Il n’est pas revenu…

Ohanzee digère cette information sans commenter. En son sein, une petite étincelle c'est allumée, une once de colère pour cet amant jaloux qui traite Ange comme sa propriété. Un Oisillon dans une cage invisible. C'est injuste.
Pour Ange qui aime à en mourir.
Pour Lui, qui aime à se sacrifier.

- C’est… C’est arrivé… En forêt… Un loup…Je… je voulais aider ce fantôme… Je l’ai suivi… Je suis beaucoup trop con…


Un Loup.
A Blackwater Falls, cela ne signifie qu'une chose : un Loup-Garou. L'inquiétude d'Ohanzee monte d'un cran.

- Est-ce qu'il t'a mordu ? fait-il en manipulant ses bras et en soulevant son débardeur en quête de trace de morsures. Il n'en voit pas de prime abord.

Ange ne répond pas, il s'affaisse sur lui même pour pleurer à nouveau. Il est si épuisée, si brisé... Le Cri n'a de cesse de ramasser son palpitant à la cuillère.

- Comment… Comment… On fait… Pour vivre… Dans un monde pareil...

Ohanzee l'enlace d'avantage, le pétrit pour qu'il se rappelle que le sang circule dans sa chair vivante et saine. Ses blessures, le sang versé, les larmes écoulées, sa peine et son toucher, autant de preuve qu'il est réel, concret, aimé.
Et qu'Ohanzee le tient pour ne pas tomber.

- "Je devance l'aurore et je crie; J'espère en tes promesses." Ce monde est violent, il l'a toujours été, de tous temps. Nous devons nous armer, si ce n’est de foi, de convictions solides et de connaissances. Je t'aiderais comme Sara m'a aidé.

Il lui tient le visage en coupe, son regard est franc comme jamais.

- Si tu ne crois en rien, crois au moins en moi. Je me tiendrais debout à tes cotés pour affronter cette vie, à ... voix hésitante... La place que tu voudras bien me donner. C'est un pacte scellé et sacré entre nous.

Il attrape une serviette en papier qui trône en pile bien ordonnée sur le plan de travail, puis lui essuie doucement le visage.

- Viens, nous avons beaucoup à discuter.

Il lui prend posément la main, le fait rasseoir à la table où leurs cafés refroidissent. Plutôt que de prendre place devant lui, il préfère s’agenouiller en lui tenant les deux mains.

- Le loup que tu as rencontré n'en était peut-être pas un. Le monde du surnaturel ne se limite pas aux errants. Il existe bon nombre de créatures qui pullulent dans la nuit. Des bêtes de contes qui ont pourtant une traduction réelle dans notre existence. Mais il existe également des hommes bons investis par la mission de protéger les innocents et les ignorants. On les nomme "Chasseurs". Ils chassent les vampires, les change-formes, les loups-garou, les wendigos et d'autres créatures folkloriques. Ils exorcisent les Démons. Et ... Ils savent renvoyer un spectre vindicatif de l'autre coté du Voile.

Ohanzee prend une inspiration, sachant que la suite sera difficile à évoquer.

- Sara, ma "cousine" est une Chasseuse. Elle m'a enseigné comment rendre la paix à un fantôme furieux et aussi comment s'en prémunir. Je peux te transmettre tout ce savoir et te permettre de reprendre le contrôle sur ta vie et tes choix. Ma question est la suivante...
Il sert tendrement les mains du jeune homme. Que souhaites-tu pour Anthony ?
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MessageSujet: Re: "La Maison de l'Oiseau est dorée" [Ange & Ohanzee]   Lun 7 Mai - 14:23

Ange n’empêche même pas Ohanzee d’inspecter son corps. De toutes façons, quelle importance ? Il se sent tellement las. Il a besoin de dormir. Mais ses nuits ne sont plus que cauchemars. Plus encore. Cela ne s’arrêtera jamais. Il a tellement besoin de quelqu’un. Pour chasser ses peurs, ses démons. Faire une place dans cette vie horrible. Faire un peu de place pour quelques instants de paix. Ohanzee pourrait-il faire ça ? Il sanglote contre lui. Pathétique. Il s’en veut d’être si fragile. Si vulnérable. Si faible.

Non… Non… il n’a pas réussi…” finit-il par répondre.

Ohanzee recommence à citer de grandes phrases. Ange s’en agacerait s’il n’était pas si las. Quelles convictions pourrait-il avoir ? Les connaissances lui fit peur. Connaître ce monde-là, il n'en a pas vraiment envie. Mais une fois de plus, la vie se fout bien de ses envies. Il aimerait remettre des œillères. Ne pas avoir peur de quitter sa cage dorée.

Son regard observe l’amérindien. Il est si sincère et si assuré. Ange ne pourra jamais le repousser. Il a besoin de lui. Mais lui, il n'a aucunement besoin d’un poids mort dans sa vie. Pourquoi l’aider ? Pourquoi après ce qui s’est déjà produit ?

Ohanzee… Je crois déjà en toi… Je…” murmure-t-il désemparé.

Il se laisse guider. Comme un enfant. Ces derniers temps, tout semble l’infantiliser. Mais face à Ohanzee, il n’arrive même pas à faire semblant, il n’arrive pas à fanfaronner, il n’arrive pas à se moquer de tout ça. Non. Ohanzee le désempare. Il n’arrive pas à se cacher de son regard. L’indien lit au travers de lui. C’est affreusement déroutant. Il s’assoit. Il laisse sa main enserrée entre les siennes. C’est étrange cette position. Ohanzee est tellement beau, vu comme cela. On pourrait croire qu’il le prie. Cette idée arrache un sourire rêveur, à demi-effacé. Il écoute. Il sait déjà. Presque tout. Il a parlé avec Johann. Il n’est pas idiot. Il comprend les non dits. Il sait. Mais il ne dit rien, il écoute. La voix d’Ohanzee est agréable à entendre. Même pour énoncer toutes ces choses terribles. Il reste silencieux.

Les véritables nouveautés arrivent finalement. Lui apprendre ? A lui ? Pense-t-il vraiment qu’il a les capacités pour faire fuir un fantôme ? Non, pour l’apaiser ? Il fronce un peu les sourcils. Cela lui paraît bien au dessus de ses forces. De ses capacités. Et… Anthony. Il fixe Ohanzee. Lui demande-t-il ça ? Il lui demande vraiment ça ?

Tu… Tu me demandes vraiment ça ?

Sa main se cripsa entre les siennes. Pourquoi lui demandait-il ça ? Il le regarde interdit.

Tu crois vraiment que je pourrais…

Il inspire difficilement.

Je ne peux pas le… Le faire disparaître. Où ira-t-il ? Qu’est-ce qui lui arrivera ? Tu me demandes de… Le tuer à nouveau ? Est-ce que… Est-ce que tu te rends comptes… De ce que tu me demandes, Ohanzee ?

Il ne peut pas décider de ça. Pas comme ça. Il retire sa main de celles d’Ohanzee. Il ne peut pas rester assis. Il se lève. Il s’éloigne. Il boitille, nerveux. Il s’appuie contre le plan de travail de la cuisine. Il se sent vraiment perdu.

Ne me demande pas ça, Ohanzee… S’il te plaît…” souffla-t-il douloureusement. “Je peux pas… Je peux pas choisir…
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MessageSujet: Re: "La Maison de l'Oiseau est dorée" [Ange & Ohanzee]   Lun 7 Mai - 17:08

Ohanzee contracte les muscles comme on se prépare mentalement à sortir au dehors en plein orage. La tempête souffle à lui en décrocher mâchoire et cœur.

- Tu… Tu me demandes vraiment ça ?

Déglutition douloureuse.
Ange s'agite. Il se sent perdre le peu de prise qu'il avait sur lui.

- Tu crois vraiment que je pourrais…
- Ange...
- Je ne peux pas le… Le faire disparaître.


L'affirmation est brutale. Même préparé à l'entendre, le métisse l'encaisse avec difficulté. Les poignards égratignent de nouveau les croûtes de ses plaies.

- Où ira-t-il ?
- Auprès de Dieu.
- Qu’est-ce qui lui arrivera ?
- Il trouvera la paix.
- Tu me demandes de… Le tuer à nouveau ?  


Ohanzee se redresse, choqué et interdit.  C'est un blasphème qui heurte si puissamment ses convictions qu'il se sent giflé.

- Est-ce que… Est-ce que tu te rends comptes… De ce que tu me demandes, Ohanzee ?

L'Oiseau s'échappe à tir d'ailes.

- Ne me demande pas ça, Ohanzee… S’il te plaît…Je peux pas… Je peux pas choisir…

Le Cri sert les poings. La contracture de ses dents fait saillir l'angle de sa mâchoire.

- L'aimes-tu à ce point ? Lui demande-t-il d'une voix sourde. L'aimes-tu au point d'assumer ce que tu lui as promis et de mourir pour le rejoindre ?

Ce sont des mots durs, qui ne lui ressemblent guère. C’est un sentiment toxique qui l'enserre. Il ne connait que trop mal les ravages de la jalousie.

- Ne puis-je être lui... ? murmure-t-il à peine audible, avant de s'ébrouer.

Il ne doit pas faillir à la mission qu'il s’est fixé. Ange est sa priorité, en dépit de ses propres envies.

- Ange, fait-il les poings joints sur la poitrine, la véritable question n'est pas de décider du sort d'Anthony, mais de ce que tu souhaites toi pour ta propre existence. Et c’est un choix, ne t'en déplaise, que tu dois faire. Tu peux mourir avec lui ou vivre sans lui.

Il imagine Ange, son corps pâle et sans vie, mollement avachi sur le carrelage même de cette cuisine, et le visage satisfait d'Anthony. Son âme se révolte. Ohanzee comprime ses lèvres et les mots se précipitent dans sa bouche.

- Il est mort, Ange ! Il est déjà mort et tu n'y peux rien. Il te laisse t’abîmer dans ta mélancolie pour le seul plaisir de t'anéantir. Il te réclame jalousement quand il se sent perdre son emprise sur toi, comme on s'agace de voir son sens de la propriété bafouée, et t'abandonne ensuite à ta solitude sans la moindre compassion. Je... je ne peux pas permettre cela ! Ce n'est aucunement de l'amour, c’est de la maltraitance et du vice.

Il en tremble d'une colère rentrée qui tempête en lui. Ce sentiment trop extrême pour sa composition d'ordinaire si calme, le pousse à saisir la table dans son dos pour s'y retenir.

- Il te tourmente. Je ne le supporte pas ! Moi, je...Je...
sa voix s'étrangle dans sa gorge.

"Moi, je te chérirais tous les jours."
Ne franchit pas ses lèvres
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MessageSujet: Re: "La Maison de l'Oiseau est dorée" [Ange & Ohanzee]   Mar 8 Mai - 6:50

Auprès de Dieu… C’était une stupidité. Dieu était mort depuis longtemps. Ange ne croyait pas en son existence. Encore moins à présent. Alors, non, il ne pouvait pas envoyer Anthony dans les bras de Dieu. Vers la paix de l’âme. Comment aurait-il pu ? Rien ne lui prouvait qu’il ne ferait pas juste que désintégrer l’existence même de son amour. Il ne pouvait pas se résoudre à une telle chose. C’était trop dur. Comment aurait-il pu vivre avec ce poids-là sur ses épaules ? Ce choix.

Il sent la colère dans la voix d’Ohanzee. Il l’observe. Presque surpris de le voir se mettre dans cet état. Lui qui avait été si calme. Si doux à leur rencontre. S’était-il trompé ? N’était-il finalement qu’un homme comme les autres ? Sans doute. Ange le regarde, attristé. Il ne répond pas. Il se contente de rester immobile, silencieux, son regard planté dans celui de l’indien. Ses yeux parlent sans doute pour lui. Sa détermination se lit dans ces deux lacs d’une eau troublée.

L’énervement d’Ohanzee se transmet à lui. Il sent sa respiration s’accélérer au fil des paroles. Au fil des accusations. Il n’a plus qu’une envie, c’est de lui demander de partir. De quitter sa maison. De le laisser mourir en paix. De quel droit ? De quel droit se permet-il de le juger ? De les juger ? Que sait-il d’eux ? Que sait-il de leur amour ? Que sait-il ? Ses poings se crispent. Il ne peut pas le laisser dire tout ça. Mais il attend. Il attend la trève pour parler. Il le laisse vider toutes ces paroles. Toutes ces accusations.

Ange s’avance vers lui. Lentement, les poings serré le long de son corps frêle.

Je ne peux pas le permettre. Je ne le supporte pas. Moi, je…” répète-t-il froidement, insistant sur les pronoms.

S’est-il rendu compte ? Sent-il l’égoïsme de ses mots ? De son jugement ?

Tu ne peux pas le permettre, tu ne le supportes pas, hein ? En fait, il n’est question que de toi. Tu te sens plus légitime que lui ? Pour dicter ce qui est bon ou non pour moi ? Tu crois que tu sais mieux ? Tu connais mieux l’amour ? Tu sais mieux que nous ?

Son ton s’est durci. Il se sait cruel. Qu’importe. Il n’a jamais promis d’être une bénédiction. Il a mis en garde. Qu’importe si cet idiot veut se faire une mission de sa détresse. Alors qu’il ne comprend rien. Il ne sait rien d’eux. Il ne sait rien de ce qui les lie.

Que sais-tu de l’amour ? Ton Dieu, il n’a jamais été là pour moi. Tu n’étais pas là. Tu ne sais pas. Lui, il était là. Il était là…

Sa voix se brise.

Alors oui… J’étais prêt à mourir pour lui… J’ai essayé… On m’a jamais laissé réussir…

Ses lèvres tremblent.

Pour lui, j’étais prêt à mourir… Et… Quand je t’ai rencontré, je pensais que… Que j’avais trouvé quelqu’un pour qui j’étais prêt à vivre… Mais tu es exactement comme lui. Tu me prends pour acquis. Je ne t’appartiens pas plus qu’à lui.
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MessageSujet: Re: "La Maison de l'Oiseau est dorée" [Ange & Ohanzee]   Mar 8 Mai - 7:22

Les mots pleuvent comme des lames acérées, elles se plantent en lui, le déchiquettent, le meurtrissent. Il ne reste que les os, blanchis à la chaux vive. Ange parle et ses paroles touchent. Il y a une part de vérité crue dans tout cela. Mise à nu, lavée par son propre sang, son âme se polie, son esprit devient plus clair.
Tout comme sa détermination.

- Oui, répond-t-il simplement. Oui, il y a cette part de moi, crasse et faillible qui jalouse Anthony. Oui, il y a ce que je désire pour moi seul. Je demeure un homme mortel et soumis à la tentation.

Il s'avance, lentement, de nouveau paisible, de nouveau maître de lui.

-Pour autant, tu te trompes. Ce n'est pas moi qui importe. Ce n'est nullement ma décision qui constitue la clé de voûte de ton existence. J'ai amplement saisi, que tu ne m'aimeras jamais, que je ne suis qu'un être transitoire dans ta vie. C'est... sa voix se module, grêle. L'émotion la craquelle. Non, il se doit d'être plus vaillant. Ceci est une épreuve et il se doit d'en franchir les écueils. Je n'ai nul haine, ni regret. Et je ne suis pas là pour te posséder. Ton cœur n'est pas prêt à m’accueillir.

Il lui attrape les épaules fermement.

- Je souhaite t'accompagner dans ton choix, te tenir la main quel qu'il soit. Si tu veux vivre, nous tâcherons ensemble de raisonner Anthony, de l'apaiser pour qu'il trouve le salut, sans violence, mais avec acceptation. Si tu veux vivre pour moi, alors je serais le plus heureux des êtres de la création.


Sa paume rencontre la joue du Bel oiseau, son regard ne cille pas.

- Si tu veux mourir, je resterais auprès de toi, jusqu'à ce que ta vie s'éteigne et que tu puisses le retrouver. Et je prierais pour vous et votre bonheur.

Sa lèvre tremble alors, ses larmes lui échappent malgré sa puissante résolution.

- Tout ce que je sais de l'amour, c'est toi qui me l'a donné.... Souffle-t-il émue. Et je t'en remercie.
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MessageSujet: Re: "La Maison de l'Oiseau est dorée" [Ange & Ohanzee]   Mar 8 Mai - 8:59

Est-ce que c’était ce qu’il voulait entendre ? Cet aveux ? Cette confession de faiblesse humaine ? Il n’en sait rien. Peut-être qu’il voulait idéaliser Ohanzee à l’extrême. Mais personne n’est un saint. Personne n’est parfait. Pas même lui. Alors c’est ce qu’il est, une tentation dans la vie d’un saint. Leur rencontre n’aurait pas dû avoir lieu. Sans lui… Sans lui, il aurait continué de vivre en paix. Loin des tumultes de ces passions contraires à ses convictions. Ange s’en veut presque de tout ça. Et puis l’instant d’après sa colère égoïste lui fait dire que si ça n’avait pas été lui, ça aurait été un autre gars paumé dans son genre.

Pourtant, sa colère s'effrite. Il croie vraiment… qu’il ne l’aime pas ? Qu’il ne l’aime pas déjà comme un fou ? Ange est comme foudroyé par ces mots. Ses sentiments sont-ils à ce point incompréhensibles ? Son coeur autant une énigme ? Ohanzee aurait pu le gifler que le choc n’aurait pas été plus violent. N’a-t-il pas compris ce qu’il disait ? Qu’il était prêt à vivre pour lui ? N’a-t-il pas entendu ? Comment doit-il lui dire ? Il reste coi. Rendu muet par la surprise, par l’effarement. Ohanzee semble aveugle. Doit-il lui crever les yeux pour qu’il voit enfin ?

Il se laisse saisir par les épaules. La suite des mots le secoue. Bien sûr qu’il le voulait. Il veut vivre. Il a survécu à un putain de loup-garou. S’il avait voulu mourir, ne l’aurait-il pas fait à ce moment-là ? N’avait-il pas songé à se laisser tomber de cet arbre, une fraction de seconde, avant que l’image d’Ohanzee ne s’impose à son esprit, ne ravive sa volonté de vivre ? Il devrait lui dire. Le couper. Ne pas le laisser dire autre chose. Pourtant, il le laisse parler. Ces mots. Ils sont si durs, mais aussi la preuve d’un amour si fort et si désintéressé. Personne ne l’a aimé ainsi. Ange le sait. Personne. C’était tragiquement beau. Les larmes d’Ohanzee le brûle comme un acide. Il essuie ses joues. Sans rien dire encore. Trop abasourdi par ses mots peut-être.

Si j’avais… Si j’avais voulu mourir…” murmure-t-il hésitant. “... Ne crois-tu pas que ce loup m’aurait dévoré ?

Il plonge son regard dans celui d’Ohanzee.

C’est toi… C’est toi qui m’a donné la force de… De tenir… De ne pas me laisser mourir.

Aveux sincères. Il ne peut pas dire mieux. Il ne peut pas traduire mieux ce qui se passe dans sa tête depuis qu’il l’a rencontré. Depuis qu’il a retrouvé une once d’espoir. Pourtant, cela ne rend pas forcément la solution plus claire pour lui. On ne se défait pas si facilement du passé. De son amour passé.

Comment… Comment fait-on ? Pour rendre à un fantôme sa liberté ?” demande-t-il d’une voix mal assurée.
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MessageSujet: Re: "La Maison de l'Oiseau est dorée" [Ange & Ohanzee]   Mar 8 Mai - 10:02

Le contact d'Ange est si tendre, si doux, un contraste avec la cruauté râpeuse de ses précédents mots. C'est si déstabilisant qu'Ohanzee en frissonne.

- Si j’avais… Si j’avais voulu mourir... Ne crois-tu pas que ce loup m’aurait dévoré ? C’est toi… C’est toi qui m’a donné la force de… De tenir… De ne pas me laisser mourir.

Le Cri est secoué d'un sanglot, qu'il avait jusque là contenu. La tension le quitte avec brutalité. Il se trouve submergé par le soulagement et l'amour -terriblement concret- qu'il porte au jeune garçon.

- C...C'est vrai ?!
balbutie-t-il éperdu, en maintenant les mains d'Ange sur son visage.

Soupir.
La suite lui donne confirmation.

- Comment… Comment fait-on ? Pour rendre à un fantôme sa liberté ?

Ohanzee embrasse brusquement le jeune garçon dégingandé, le pressant contre lui à pleine bouche. Il se gorge de sa carcasse dépenaillée qui s'agite malgré tout d'un appétit de vivre certain. Ange va vivre, béni soit le Seigneur ! L'Oiseau ne donne pas une réponse franche et affirmée, mais c’est une réponse tout de même. C'est suffisant pour le moment à rendre à sa foi à Ohanzee.

- P.. pardon, s'excuse-t-il. Il colle son front contre le sien avant de finalement refluer. Je.. Je ne sais pas très bien encore.... Sache que je ne lui veux aucun mal. Je veux l'aider, le guider. Il souffre, lui aussi et cela me peine. Il faut pour cela que nous sachions où il est parti se cacher. Et pourquoi il le fait.

Il lui caresse  les boucles, en remet certaines en place, avec attendrissement.

- Parle-moi de lui, de vous et peut-être que nous dégagerons davantage d'éléments pour résoudre cette énigme. Ensuite... Ensuite il faudra sans doute faire appel à un médium pour le convoquer.
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MessageSujet: Re: "La Maison de l'Oiseau est dorée" [Ange & Ohanzee]   Mar 8 Mai - 13:48

Doit-il vraiment confirmer ce qu’il vient de dire ? Il regrette déjà de l’avoir dit. Parce qu’il sait que maintenant, il ne pourra plus s’enfuir. Il ne pourra plus prétendre que l’indien n’a aucune importance pour lui. Il ne pourra plus faire semblant qu’il n’espère rien de la présence d’Ohanzee. Il ne pourra même plus songer mentir. Il acquiesça. Si c’était nécessaire.

Le baiser le surprend. Il ne s’y attendait pas. C’était presque trop franc. Trop direct. Trop vrai. Il répond mollement à ce baiser. Il ne sait pas bien quoi penser. Il ne sait pas ce qu’Ohanzee attend de lui. Il ne sait pas ce qui va se passer maintenant. Il a peur. Il n’a jamais songé à tout ça. A faire partir un fantôme. Les seuls qu’il fait fuir, ce sont ceux qui ne supportent pas sa mauvaise humeur. Il n’a jamais songé qu’il pouvait y avoir une autre méthode. Il espère qu’Anthony pourra trouver le repos. Même s’il sait qu’il n’est pas question que du fantôme dans leur relation. Il est aussi question de lui. Lui qui n’a jamais lâché prise. Qui n’a jamais tiré un trait sur ce pan de vie.

Il est secoué par les réactions trop vives d’Ohanzee. Baloté. Il se recule un peu.

Je sais… Tu ne lui veux pas de mal…

Il a besoin de s’asseoir. Tout va trop vite. Il a la tête qui tourne. Il se pose sur la chaise. Il prend un sucre, qu’il croque. Il a besoin de sucre, son corps le lui réclame. Il fait n’importe quoi. Il a fait n’importe quoi.

Il inspire un grand coup. Parler d’eux ? C’était horrible. Parler d’eux à Ohanzee ?

Le café va être froid…” murmure-t-il peut-être un peu déconnecté.

Il se passe une main dans les cheveux. Sabotant involontairement tout ce que l’indien venait de réorganiser dans ce bazar capillaire. Il soupire. Il ne sait même pas par où commencer.

Tu veux vraiment entendre ça ? Que… Que je te parle de lui ? De… De nous ?

Il se sent mal à l’idée d’exposer tout ça. Et même pour lui. C’était… Douloureux de parler de ça. De ces moments de joie révolus. Il regarde Ohanzee. Il prend la tasse de café devant lui. Comme s’il allait trouver dans ce liquide obscure le courage de parler. Il boit rapidement. Trop vite peut-être. Il en avale un peu de travers. Il tousse. Il repose sa tasse. Il essuie ses lèvres. Il regarde la tasse.

Je sais pas quoi dire… C’était… On s’est rencontré chez lui… C’était pendant une fête… Après… On s’est revus… Presque tous les jours… Il me surprenait toujours à arriver au moment où je m’y attendais pas… On a marché des heures ensemble dans Manhattan. On avait même pas besoin de parler… Il aimait le cinéma… Il rêvait de devenir scénariste… Il disait toujours que je serai la meilleure des muses…” commença-t-il incertain.

Un sourire naissait sur ses lèvres à ces pensées. Ses yeux s’embrumaient. Il s’arrêta.

Je suis obligé de te dire tout ça ?” demanda-t-il d’une voix faible. “Je sais pas quoi dire… C’est… A quoi ça sert de savoir ça ?
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MessageSujet: Re: "La Maison de l'Oiseau est dorée" [Ange & Ohanzee]   Mar 8 Mai - 19:49

Le comportement en demi-teinte d'Ange glisse sur Ohanzee sans qu'il s'en aperçoive. Il est concentré sur la mission qu'il s'est fixée, sur le salut de l'âme d'Anthony. Les deux jeunes gens retournent s’asseoir là où leurs tasses se languissent.

- Le café va être froid…

Ohanzee attrape son sac à dos et en extirpe un carnet de dessins.
C'est une chasseuse, habituée du Qaletaga's den qui l'a inspiré. Autrefois, il tenait des carnets semblables qu'il couvrait de dessins, de textes et de pensées; Des réflexions sur les écritures, des prières bien à lui, des sermons qu'il préparait parfois pour son père; Des portraits des villageois, de Chenoa, du lac et de la forêt. Caohime peignait, il dessinait modestement à son coté, les quelques fois paisibles quand ils ne se chamaillaient pas.
Repoussant son café, il ouvre son calepin, armé d'un crayon. Il n'y a que quelques pages griffonnées de visages qui ressemble à Ange, un tickets de cinéma épinglé, quelques mots illisibles dans le mouvement.

- Tu veux vraiment entendre ça ? Que… Que je te parle de lui ? De… De nous ?
- Oui, dit-il de son ton de confesseur, c'est important.

Alors, Ange amorce une plongée en apnée dans son passé. Les souvenirs s’enchaînent, l’entraînent au loin, vers des lieux qu'Ohanzee ne visitera jamais. Le ressuscité prend de plein fouet et en pleine conscience, la profondeur des sentiments du Bel oiseau pour son fantôme. Il note, pourtant, posément chaque élément qui le rapproche d'Anthony.
Ange s'interrompt soudain.

- Je suis obligé de te dire tout ça ? Je sais pas quoi dire… C’est… A quoi ça sert de savoir ça ?
- A mieux comprendre celui que tu as aimé.
Et une part de lui crie "plus que tu ne m'aimeras jamais". Il la fait taire d'un frémissement de paupières. Je veux mieux le cerner, définir ce qui lui cause du tourment. As-tu son nom complet ? Avait-il de la famille ? De quoi est-il mort ? De quoi parliez-vous le plus souvent...? Y-a-t-il un souvenir qui vous lient plus marquant que les autres ?

Ohanzee marque une pause.
Il inspire et expire.

- Pourquoi toi et pas un autre ?


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"La Maison de l'Oiseau est dorée" [Ange & Ohanzee]

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