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 J'ai fait des choses que j'regrette suffisamment, suffisamment pour y penser tout l'temps. || Vesper Renaud

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MessageSujet: J'ai fait des choses que j'regrette suffisamment, suffisamment pour y penser tout l'temps. || Vesper Renaud   Lun 4 Juin - 17:21


Les doigts qui semblent prêts à se briser, contre la porte d'un appartement que j'aurais jamais cru visiter un jour. De l'autre côté de ce bout de bois malingre, y'a une partie de moi que j'aurais jamais voulu voir. Un morceau d'ADN, perdu pendant longtemps dans la nature. Moi qui m'inquiétais plus du sang qui me coule dans les veines, y'a eu cet appel, terriblement trop violent.

"Gabriel, tu es père."
"..."

Non.
Gabriel, il est rien.

J'ai eu envie de lui répondre ça, à ta mère. J'ai juste eu les jambes sciées sur place et aucun alcool assez fort pour encaisser correctement la nouvelle. Je savais que Maya ne plaisantait pas. Elle rigolerait jamais sur ce genre de conneries, elle me connaissait déjà bien trop à l'époque, quand j'avais vingt-cinq piges, le monde encore à conquérir et les envies absentes.

"Fonder une famille ? Jamais."
"C'est dommage, t'as un sourire qui vaut le coup."
"Un sourire, ça suffit pas, Maya."

D'autant plus aujourd'hui.

Je nous revois à la moitié de ma vie, vautré l'un contre l'autre, à te concevoir sans en avoir conscience. J'étais jeune et insouciant, loin de savoir me procurer un préservatif dans cette période de ma vie. On avait la naïveté de se dire que si je me retirais avant de jouir, ça irait. Faut croire que non.

"T'es sûre que..."
"Y'avait que toi pour moi, à cette période."

Y'a jamais eu personne, pour moi.

Ça m'a stressé quelque part, de pas avoir la même vision qu'elle. J'ai pas osé lui demander pourquoi elle m'en avait pas parlé à l'époque. Sans doute qu'elle me portait plus d'intérêt que je l'aurais cru, pour m'écouter un tant soi peu. Pour respecter la volonté de pas m'imposer quoi que ce soit du genre. Sauf qu'aujourd'hui, auprès de toi, je sais pas tellement quel rôle je peux bien avoir. Géniteur démissionnaire ou ignorant ? Je sais même pas lequel je préfère, dans le fond. Parce que je sais que j'aurais pas su assumer, à l'époque. Alors, l'un est vrai, l'autre aurait pu être la vérité aussi.

"On te change de patrouille ?"
"Ouais, peut-être pour repartir au front."
"Aussi peu de temps après la Somalie ? Tu cicatrices encore."
"J'en sais rien. À une prochaine, soldat."

Un silence de vingt-quatre piges.

Alors, ouais. J'ai l'impression que mes doigts sont sur le point de tomber en miettes. Dès l'instant où ils toucheront le bois pour signaler ma présence. Je sais pas à quoi tu ressembles. Tu sais pas non plus à quoi je ressemble. On s'attend à tout et à rien, je crois. Peut-être que tu ressembleras énormément à Maya. J'ai peur du contraire. De me retrouver dans tes traits. De le retrouver, lui, dans le visage qui me fera face. Un regard derrière moi, vers la possible fuite. Et puis, ma pogne se brise, quand le son de celle-ci qui tape se fait entendre. Un frisson me parcourt, le bruit se prolonge à toi, tandis que tu viens à m'ouvrir. Je ferme un instant les paupières, inspire, avant de baisser la main pour la fiche dans mon cuir. L'autre tient mon vieux sac militaire. Alcool et photos dedans. Tout ce que t'as pu me réclamer. La porte s'ouvre.

Et merde.

... Vesper ?

Le doute est pas permis. Je le sais déjà, que c'est bel et bien toi. Et je sais plus si je suis terrorisé ou non. Je me contente de sentir ma glotte rouler, tandis que je ravale ma salive. Parce que t'es face à moi. Et que c'est assez fort, ce qui me passe en tête. Dans le coeur. Tu sais, fillette... J'aurais mieux fait de me barrer.

Salut. Gabriel. Ton géniteur, à ce qu'il paraît.

Le connard qui pourrira ta vie si tu décides de le garder dedans. Désolé par avance.
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MessageSujet: Re: J'ai fait des choses que j'regrette suffisamment, suffisamment pour y penser tout l'temps. || Vesper Renaud   Mar 5 Juin - 16:56

« [...] Merci de rester avec nous pour la suite de notre programme ! A suivre, le nouveau tube des Rockin'Hell ! Mais en attendant, nous accueillons la délicieuse Amy Farson qui va nous présenter la météo de la semaine ! Alors Amy, quel temps fera-t-il demain ? » - « Eh bien Denis, on prévoit du soleil sur toute la côte Est du Canada, quelques éclaircies mais le climat restera globalement au beau fixe ! »

Au beau fixe, hein. Tu fixes le beau, toi ? T'es tarée pauvre Amy, ça fuit, ce genre de chose, ça reste jamais en place bien longtemps. On sait que le soleil finit par se couvrir de nuages, pour arrêter d'éclairer les visages. J'me demande à quoi tu ressembles, d'ailleurs. Tu dois avoir ce look de gamine sage, avec un brushing impeccable et des fringues criardes, façon fifties qui décalquent la rétine. D'toutes manières j'te vois pas et je te verrai jamais. J'entends que ta voix pleine d'onde qui résonne dans le mini salon que je burine de mes cent pas. Mais t'as tord, Amy, avec tes prédictions. Fais moche, chez moi. Chez moi ça flotte, madame, ça flotte grave. Pas dehors, mais ici, dans l'appart, alors y'a pas une goutte qui coule du plafond pourtant. Fort, pas vrai ? Attends de connaître la suite.

Ça pleut dans mon cœur. Tout au fond de la crevasse. Ça pleut, et y'a l'orage qui gronde, qui tremble au fur et à mesure que le temps passe.
Coup d'oeil vers la table basse.
Mon paquet est quasiment fini. J'ai le pessimisme d'une marmotte, à peine réveillée d'une sieste réparatrice à défaut de trop stresser. J'attrape une nouvelle clope, l'allume façon experte qui s'en fout plein les poumons, et me pose pour souffler. J'en aurai pas assez jusqu'à c'qu'il arrive. Et j'ai acheté ce foutu paquet ce matin en allant bosser.
Ça craint. Ça craint. Tout craint.

Même lui, il craint.

Posée sur le canapé, j'ai le regard vitreux, les yeux qui disent merde au reste et qui ne regardent plus rien à travers la fumée qui s'élève du bâton. Y'a rien d'autre que mes pensées qui glissent vers ce qui va se passer. Il va arriver. Il va débarquer, chez moi, dans ma vie aussi.
Il va se pointer, ce père que j'ai réclamé un jour, comme ça, comme on demande un nouveau tee-shirt ou une paire de chaussures. La différence, c'est que j'me suis déjà mise à chialer et à me rouler par terre pour avoir des creepers.

La radio continue de déblatérer son train train quotidien, et moi je l'écoute plus, j'entends pas grand-chose. J'finis pourtant par l'éteindre en silence, la main lourde. Le silence, justement. Drôle de concept. Ça m'a toujours fais flipper, pour de vrai. C'est pour ça qu'elles sont réconfortantes, quand elles me collent. Les voix. Les vies des trépas.

Mais cette fois, j'ai peur d'un vivant. Je t'entends frapper. Et je sais que c'est toi.  Et je sais qu'en me levant pour écraser ma clope dans mon cendrier avant de t'ouvrir, j'te dois déjà peut-être trop de respect. Je sais pas. J'en sais rien, en fait. J'l'ai voulu, et je voudrais déjà reculer.
Une inspiration, une expiration, et t'apparais. Et tu dis mon prénom, avec une forme d'accent que j'arrive pas à capter. Et j'voudrais me cacher, là, tout de suite. J'fixe le beau, comme elle a dit la dame de la radio.

« … Ah, ouais. »

La main contre la porte comme si j'allais tomber, j'te fais pas le coup de te dire que Vesper est pas là et qu'elle rentrera plus tard. Nan, ça marcherait pas, clairement pas. J'ose pas, en réalité, parce que j'ose déjà pas parler. J'ai l'air d'une petite fille effrayée. La tienne, à ce qu'il paraît.

« … A c'qui paraît, ouais. »

Bis repetita. Je t'observe, trop longtemps. Je marmonne un truc pour moi, l'évidence qui me colle à la peau déjà. Maman a dit que j'avais ton sourire. Elle a manifestement oublié que j'avais tes yeux, aussi. Salut, les onyx jumeaux, j'crois que je vous ai attendus un bon moment sans même le savoir.

« C'sûr que sur ce coup-là, M'man a pas couché avec le facteur, hein... », que je glisse dans ma barbe inexistante, le regard planté au sol pour plus le graver dans le tien.

Je finis par la lâcher, la porte, elle a pas besoin de moi pour tenir debout après tout. Je m'écarte un peu, te laissant le loisir de faire la causette avec mon paillasson ou bien, à tout hasard, d'entrer pour te poser là où je fumais juste avant. Je te suis des yeux, quand tu me regardes pas. T'es immense, bon sang. Tu fais la taille de mon salon. Je sais déjà pas où te foutre dans mon appart' minuscule, alors me demande pas comment ça va se passer dans ma vie. Bras croisés, je te laisse déambuler à l'intérieur de ma demeure, presque craintive. Non, en fait, j'suis carrément mal, mais hé. Faut bien commencer quelque part.
Ongles qui grattent mon avant-bras nerveusement, lèvre mordue, rougie, je cherche mes mots, qui se sont barrés dés ton arrivée.

« D'solée je, uh. J'sais pas trop comme réagir, en fait. Mais... c'cool que tu sois v'nu. J'crois. »

Je crois. Je crois. Bah putain.
C'est encore pire que ce que je croyais. J'ai besoin d'inventer un mot au-delà de minable pour me définir présentement. Enfin plutôt que de me creuser la tête, je retourne sur le canapé, t'invite à faire pareil, comme si tout était normal. Ça promet, j'te jure, ça promet.

« … T'es... mon père, alors. Woh. »
No Shit, Sherlock. Ca fait juste trois fois qu'on se le confirme en quelques minutes. Faudrait passer à autre chose, c'est acté, entre ça et les appels, j'suis fixée. Allez, on change de sujet. Enfin... on essaie. « … T'as ramené de quoi boire pour fêter ma naissance, alors ? »

Blague de mauvais goût, mais les priorités avant tout. Viens, on se lamine la gueule pour oublier les vingt-quatre ans où t'as été pénard, sans chiard.

M'man, pourquoi c'est plus facile de taper la causette avec les trépassés ?
Et pourquoi toi, t'es pas là pour m'aider ?
Vous étiez deux pour me créer...
'Fais chier.
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MessageSujet: Re: J'ai fait des choses que j'regrette suffisamment, suffisamment pour y penser tout l'temps. || Vesper Renaud   Lun 11 Juin - 8:07


T'as l'air de te tenir à la porte comme si j'étais prêt à te faire un croche-patte. Peut-être que c'est un peu le cas, que t'as aussi le souffle coupé, celui discret, qu'on capte qu'en prêtant attention tout particulièrement sur les choses. Mais moi, tu sais, je remarque rien, y'a que le voile devant les yeux, qui me prend les tripes pour les tordre entre elles et peut-être qu'au final, ça te fait une sorte de noeud qui englobe le cadeau empoisonné. Dans ma pomme, le poison, celui que j'ai partagé sans le vouloir, le savoir. Et c'est trop tard pour l'avortement, visiblement. Alors t'as le venin dans l'âme aussi. Plus qu'à prier fort pour que ta mère ait su compenser. Mais vu que t'as le même regard que moi, que le vieux, je crois que l'espoir s'effrite déjà de nouveau.

Ça aurait été préférable, je crois.

Je hausse une épaule, suite à cette réflexion. Pour toi, ça aurait été mieux que ce soit le facteur, le voisin, n'importe qui, tant que c'était pas moi. Une paluche qui remonte jusqu'à ma gorge, pour racler du bout des ongles courts les mots au travers de la peau. Ceux, plus aimables, qui faudrait que je sorte. Mais rien ne vient, je frotte le vide des empreintes tandis qu'en ma gorge, tout s'est éteint. Alors je rentre plutôt, quand tu te dégages de la place, que tu m'invites en silence à rentrer comme une fois de trop dans ta vie. J'ai du mal à te lâcher du regard, moi, avant de consentir à tracer la route, graver dans ma mémoire cette pièce, celle qui abrite la vie, trop précieuse, trop pernicieuse aussi. T'es une hantise qui se concrétise, une matière à cauchemars en plus. L'inquiétude qui pourrait me dévorer la cervelle, réveiller l'instinct que j'avais enfoui à force de coups. Je laisse mon sac tomber à terre, doucement, pour pas briser le verre, qu'il rejoigne pas les esprits écorchés.

Je suis pas mieux.

Je sais foutrement pas comment réagir. Si toi t'avais pas voulu voir le vieux cabot, j'aurais sans doute jamais voulu te voir non plus. Au fond, je sais même pas si je le souhaite réellement, quand je viens à m'écraser dans la place la plus proche, sans grâce ni plus aucune délicatesse. Parce que je me brise pas comme le verre, ou que c'est déjà fait peut-être. On s'en fout, de tout ça, après tout. Que je sois de chair ou de poussière, ça revient au même. Je t'observe, le regard noir dardé sur toi, trop curieux, pas assez sombre. T'éveilles une lueur qu'aurait jamais dû se faire voir, fillette.

Hum... Père, c'est un bien grand mot, tu sais. Géniteur aussi. Mais c'est déjà plus proche de la base. Si tu recherches un père, je sais pas si je saurais capable de porter le rôle. Me donne pas le premier encore. Ouais. Je me penche, étends le bras à défaut d'aligner plus de mots. Je ramène le sac, l'ouvre, le pose entre nous. Tu comprendras vite que je suis pas l'exemple à suivre. Du pied, je le pousse vers toi, là où la bière semble prête à se coller une race avec la vodka. Et au milieu de la mer à boire, la boîte qui contient toute ma vie. Les photos, les médailles désuètes. Y'a des clopes, aussi. Je savais pas si tu fumes. Elles auraient pas été perdues, mais vu l'odeur de tabac qui règne, pas encore tout à fait froid, je peux me dire que ça ira. Sers-toi.

Je t'avise faire, me demande si tu commenceras par l'alcool fort ou le plus léger. Moi, je sais pas tellement ce qui me fait envie. Je crois que c'est pas assez fort pour tout ça. Alors, je me contente d'ouvrir mon cuir, pour extraire mon zippo et mon propre paquet de clopes entamé, pour en extraire une, la caler entre mes lèvres. Et dans la profondeur du silence échangé, la pierre roule jusqu'à embraser le bout de la cancerette. Illumination du visage, des traits qui semblent plus en creux encore, avant de revenir à la quiétée du moment présent. Mon regard qui t'a lâché que le temps de voir ce que je faisais. Et y'a de nouveau toi. Juste toi, face à moi. Ma fille. Bordel.

J'imagine qu'il faut se poser des questions. Faire connaissance, ce genre de bordel. Mais je déteste répéter les choses et perdre du temps, alors, on va commencer simplement : ta mère t'a dit quoi sur ma tronche ? Cela sera plus rapide. Je pourrais te demander comment elle va, au passage, mais je suis trop occupé à la maudire un instant, intérieurement, pour y penser. Je sais juste ton prénom, ton âge. Parce que j'ai pas su demander le reste, au téléphone, auprès d'elle. Qu'est-ce que tu veux savoir de moi, surtout ?
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MessageSujet: Re: J'ai fait des choses que j'regrette suffisamment, suffisamment pour y penser tout l'temps. || Vesper Renaud   Mer 13 Juin - 10:36

Mon appartement m’aura jamais semblé aussi minuscule. Tu prends déjà toute la place, alors que t’es à peine posé. T’as l’air paumé, tout comme moi. T’es immense, contrairement à moi. Et je te regarde, j’arrive pas à te quitter des yeux, parce que y’a que toi qui occupe mes pensées, et mon modeste habitat. Hyper modeste, on peut le dire. C’est pas un palace que j’ai pour t’accueillir, mais on s’en fout de ça. Si tu me ressembles un peu, tu t’en fiches que ce soit là ou ailleurs. Si on est pareils, c’est qu’au fond, c’est la rencontre qui compte, pas le cadre. Et que le malaise vient gâcher tout ça.
Je cherche à creuser tes yeux sombres des miens, les tenir en joug pour y sonder la vérité. J’en mène pas large, tu sais. J’fais le roc alors que je m’effrite, je m’érode sous l’impulsion de la volonté qui t’as faite arriver jusqu’ici.
Je me mets à regretter, alors que je l’ai voulu. J’ai même emmerdé Maman avec ça sans savoir que j’aurais p’tèt jamais l’occasion de lui raconter.
C’est… con, pas vrai ?
T’es enfin là, et on est rendu comme des glands, à chercher le nez en l’air des réponses qu’on attend pas forcément. Le silence étouffe. Ma gorge est serrée, sèche à en crever. Mes yeux te délaissent, alors qu’on est deux sur le canapé. Ils fixent le sac alors que mes oreilles prennent le relais, plus aiguisées. Tu me parles d’exemple, mais faut que je t’arrête. J’cherche juste à savoir d’où je viens, moi. Le reste, on verra. J’ai pas encore la tête à ça. C’est suffisamment le bordel, là-dedans.

« J’ai pas b’soin d’autres exemples. Qu’on soit clair, j’te d’mande pas d’en être un. » Mes poings se resserrent sur mes cuisses, les yeux quittent le sac pour se perdre à la fenêtre. J’y arrive pas. J’y arrive pas. « Après 24 ans, c’serait trop d’mandé... »

Le sac entre nous, tu finis par en dévoiler les contenu, qui m’arrache un sourire, le premier. « Hm. T’assure sur c’coup. »
Pas de merci. C’est la rencontre père-fille la plus saine du monde, entre clopes et alcool comme témoins de nos retrouvailles. Quoique, c’est pas bon le terme, parce que pour que ça en soit, faudrait qu’on se soit quitté. Et pour toi, j’existais pas, jusqu’à y’a peu de temps. J’ai conscience de ça. Et j’ai aucune putain d’idée de pourquoi j’suis en colère, alors.
Ma main sur une des bouteilles, je la sors de sa prison, avec la fumée du salon on se croirait à une réunion de gangs de rue ou j’sais pas quoi. Enfin, ça nous aidera à être plus honnêtes, peut-être. Parce que là, parti comme c’est, on est plus proche du glaçon d’un bon whisky qu’autre chose. Je me lève, me saisit d’un paquet, autant en taxer un gratis, cadeau pour la vingtaine d’anniversaires que t’as raté. Je reviens avec deux verres qu’on saura remplir, c’est l’instinct qui me le dit.

Tandis que je verse le liquide transparent, y’a tes mots qui me parviennent, et le début maladroit est là, entre nous. Presque tangible. Je pousse vers toi ton verre, avant de réfléchir. Les billes braquées vers le recipient, je finis par me rappeler de la voix de Maman.
Je dois pas l’oublier. Jamais.

« … Elle m’a pas dit grand-chose, en fait. Juste que vous étiez ensemble à l’armée. Que vous vous étiez rencontrés dans le même régiment… ou bataillon ? Tu sais mieux qu’moi les termes exacts. ‘Fin bref, que vous étiez soldats tous les deux quoi. Et que t’avais un putain d’accent espagnol à couper au couteau. »


Je ris, quelques secondes, avec nostalgie. Tête penchée au-dessus de mon propre verre, je cherche ce que je pourrais bien te raconter. La vérité, c’est qu’elle savait qu’on était bien, juste toutes les deux. Que c’est moi qui ait cherché tout ça. Pourquoi ? J’sais toujours pas.
J’sais même pas si je compte sur toi pour me le dire.

Je poursuis, bougeant lentement le verre, faisant des remous avec l’alcool comme ceux qu’on trouve dans la mer. « Elle me parlait pas beaucoup… d’avant, en fait. Fallait que je pose des questions et encore… elle voulait pas tout m’dire. »

Elle parlait que de l’essentiel, Maman. Elle parlait, parfois longtemps, parfois jamais, elle avait les yeux bordés du ciel qu’elle arrêtait pas de regarder. Y’a que des nuages dans les miens depuis qu’elle n’est plus là. Tu les verras, toi ? Ces monticules de coton qui me scient le cœur, qui demandent qu’à être crevés pour verser leur pluie battante. J’me d’mande ce qu’elle dirait si elle savait qu’on s’est retrouvés, finalement.
Le nez dans mes souvenirs, je me surprends à nous imaginer, tous les trois. Ce que ça aurait pu donner. Et pour chasser l’idée, je bois cul-sec le fond de vodka. La bouche en feu, l’éclair sous la peau, l’épiderme qui tressaute. J’suis prête pour la suite.

« Sur toi… J’sais pas. Y'a beaucoup d'trucs à aborder. Commençons par les trucs de base, J'en sais rien moi d’où tu viens, ta série préférée, c’que t’aimes prendre au p’tit dèj ? » Haussement d’épaules, sourire factice. « T’es prêt à m’dire quoi sur toi ? Tu veux me parler comme à une pote ou à une inconnue ? Fais comme tu veux, tant que t’évite de m’prendre pour une gosse. »

Mon sourire s’affine. Mes jambes se croisent. Je deviens joueuse, derrière la clope que j’allume finalement, avant de saisir la boîte du sac et de la mettre sur la table basse. L'ivresse me rend conne, beaucoup d’ex me l’ont dit. J’ai l’alcool qui flamboie, celui qui crache, et qui me permet, déjà, de ne plus lâcher ton regard.

« Mais puisque tu veux que je pose des questions… Elle comptait pour toi, ma mère ? »


Mens pas.
Mens pas.
J’suis pas en état.
Réponds, et à défaut de retrouvailles, je vais te convier à ses funérailles.

« T'étais amoureux d'elle ? »
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MessageSujet: Re: J'ai fait des choses que j'regrette suffisamment, suffisamment pour y penser tout l'temps. || Vesper Renaud   Mer 13 Juin - 12:19


Tu veux pas d'exemple. Tant mieux, j'en aurais pas été un, aurais pas su l'être. J'ai jamais cherché à être lui qu'on admire, loin de là. Juste le vieux qui se pète la gueule après trop de verres. Et on a l'air bien parti pour que ce soit le cas ce soir, parce que tu débutes par la vodka et qu'ainsi, ça annonce la couleur. Aujourd'hui, on est pas là pour faire semblant. Pour faire croire l'un à l'autre qu'on est beaux. T'as un côté qui semble me crier une évidence, que t'as été aussi écorchée par la salope qu'est la vie, celle qui t'a été donnée dans le plus grand des secrets. Et finalement, quand tu me dis que ta mère voulait pas tant parler de moi, c'est qu'elle aussi, peut-être, elle m'avait un peu oublié. Ou qu'au contraire, elle voulait pas que tu saches le connard que je pouvais être déjà. Du genre à jamais rappeler. Jusqu'à cette année. Je hoche à peine, attentif à tes mots, à ceux que tu peux utiliser, la franchise faisant office d'acier. Je hausse les épaules à mon tour, face à tes primes interrogations, parce que j'en sais pas grand chose de plus que toi, sur la question de la série. Alors je me contente de sourire, quand tu me dis de te prendre pour ce que t'es.

T'es qu'une fillette, pour moi, tu sais. Et le sourire qui se creuse davantage, moqueur et railleur. Faudra mériter de devenir autre chose, parce que picoler et fumer, ça suffira pas.

J'annonce la couleur, directement, me penchant pour extraire une des bouteilles du sac, me passant du verre parce que c'est rien de plus qu'un palliatif pour te faire croire que tu sais maîtriser sa consommation. Sauf que le résultat final est toujours le même, que tu termines la bouteille, sans avoir su mesurer rien du tout. Alors, santé fillette, parce que bois à la tienne. Pas à cette rencontre, pas à nous. Juste au fait que tu me survives, que tu m'enterres un jour. Ou t'auras qu'à vomir sur mon cadavre avant de l'enflammer, dans un coin sordide et paumé. On s'en fout. Je tire sur ma clope encore, tout en ouvrant la bouteille. Et tu me fais relever les yeux vers toi, avec ta question. Tes, même. Alors je sonde le fond de tes eaux sales, je tente de lire en toi, sans y parvenir. J'ai pas l'habitude de mentir, tu sais. Alors, pardonne moi de pas faire l'effort, encore une fois.

Non. Je me redresse, pour prendre une gorgée, l'indifférence vissée au visage avant de reprendre la parole. J'ai jamais été amoureux d'elle. J'aurais pu l'oublier, comme d'autres. Elle m'a marqué parce que je sortais d'une opération quand je l'ai rencontré. C'était à croire que le côté blessé de guerre lui plaisait. On a fraternisé, comme ils disent à l'armée. Et puis j'ai oublié quand j'ai changé de garnison. Je termine ma clope, en tirant trop longuement dessus, le regard dans le tien, la vérité tranchant l'air. J'ai jamais su aimer. Pas fait pour moi. Mais ça, elle le savait déjà, à l'époque. Alors, je sais pas bien pourquoi elle t'a gardé. Sans doute pas pour moi, donc. Sans pour toi, donc. Déçue ?

T'en as pas l'air, de l'être. C'est plus théorique, comme question. Plus pour t'écouter, savoir à quoi m'attendre avec toi. Je sais pas jusqu'où je dois pousser la confession. Peut-être que ça va te faire mal, de m'entendre dire les choses ainsi. Mais j'ai pas la gueule de celui qui raconte des jolies histoires. Pas la gueule de celui qui veut t'embobiner. J'ai le visage marqué la connerie des autres, qui se vautrent dans le mensonge et les horreurs. Alors, tu comprendras, très peu pour moi à force.

Je l'aurais sans doute laissé tomber à l'époque, si elle m'avait dit, pour toi. Ou dit d'avorter. J'ai jamais voulu de responsabilités. J'en veux toujours pas, au fond. Alors, je sais pas si je pourrais être un père, même rien qu'un peu, avec toi. Je sais pas comment me comporter. J'ai jamais connu, eu l'envie. Jamais ressenti les conneries qui disent à la télé, dans les journaux. T'as Gabriel face à toi, fillette. Pas vraiment ton géniteur, pas un père. Juste Gabriel. Attends de moi qu'une possible fuite un beau matin. Qu'un connard auquel c'est périlleux, de s'attacher.

Au moins, tu sauras à quoi t'attendre. Tu pourras pas être déçue. Et peut-être qu'un jour... Peut-être que je saurais te surprendre, dans le bon sens. Tout comme ça ne pourrait jamais arriver. On le saura jamais en avance. À peine désolé si je fais le mauvais choix, un jour.

C'est quoi, ta date de naissance ?

En attendant, je ferais des efforts.
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MessageSujet: Re: J'ai fait des choses que j'regrette suffisamment, suffisamment pour y penser tout l'temps. || Vesper Renaud   Lun 25 Juin - 8:24

Fillette.
Fillette.
Fille putain de iette.
Bordel. Ça sonne trop, ça sonne faux, ça me donne envie de te cogner, peu importe le sang qui va sortir de tes plaies. Si c’est le même que le mien, ou pas, même si vu tes yeux de roublard y’a peu de chance qu’on ne soit pas fait du même moule. Il bout, celui qui glisse dans mes veines, il s’effrite, il voit rouge. Il a envie d’irriguer mes muscles pour les activer et les décocher.
Tu dis que j’suis qu’une gosse pour toi.
Mais elle t’emmerde, la fillette. Et bien profond, avec ça.
Tu sais pas.
Tu sais rien.
J’suis même sûre qu’au fond t’as jamais voulu savoir.

Pas un mot, pas un appel, pas de considération pour ta partie de baise entre deux guerres. C’est bien beau les hommes, on se demande pourquoi j’ai hérité de ton défaut d’attachement. J’donne pas mon cœur non plus parce que y’a rien à prendre, j’l’ai laissé à la case départ, dés que j’suis née. J’fais comme Papa, j’reste pas.

Le jeu prend fin quand tu me réponds. Quand t’es honnête parce que je te l’ai demandé. Non. Cette journée est composée de regrets. J’ai voulu jouer et j’ai échoué. J’ai du mal à encaisser. J’ai du mal à te regarder.
J’te cherche plus.
J’ai plus envie. J’fais la meuf alors qu’au fond y’a qu’une gosse qui chiale, qui se demande ce qu’elle va faire sans ses parents. Il paraît qu’être orpheline c’est tendance, et j’avais pas envie d’être dans les normes. J’ai songé à toi, mille fois, j’ai pas voulu espérer, de peur d’être blessée. Mais t’étais un peu le héro qu’au fond j’attendais, qui m’aurait sauvée, un père à défaut de mieux, pour me protéger des monstres et des dieux.

Alors j’écoute, sans boire. Recroquevillée. A l’affût. Et tu balances la vérité sur ton plan-cul.

« Ok. »


Franc, froid. Franchement gamine, tu t’attendais à quoi ? Tu fais pitié Vesp’, à te raccrocher comme une enfant aux figures sacrées, aux intouchables, alors que ce sont eux qui déçoivent le plus. Maman. Maman. J’t’aimais Maman, de toute mon âme, et t’es partie comme ça, t’étais pas plus forte qu’une autre. Papa, toi, t’as quoi à m’offrir pour me rattraper, pour éviter de tomber ?
Rien. Rien encore. Une simple question rhétorique alors que j’allume une nouvelle clope, que mes jambes me démangent.
Moi, déçue ?

« Nan. M’en doutais. »

Ouais, à en crever.

Je souffle la fumée. Et je tiens plus. Je me lève, commence à marcher. En te regardant plus, en arpentant le salon. Ca m’aide à me concentrer, à essayer de comprendre, ces mots vides de sens pour moi. Tu me les balances, comme ça, comme si tu parlais de toi. Comme si t’avais rien d’autre pour te définir que l’horreur que tu t’es placardée sur la tronche. C’est pas tes cicatrices que j’vois en premier chez toi. C’est le regard qu’on partage, toi et moi.
Tu veux que je te déteste.
D’emblée.
Mais ça marche pas comme ça, désolée.

Tête secouée, soupire chargé de nicotine. Tu vas trop vite et j’ai du mal à te suivre. Et le sang bouillonne, encore, palpite d’un éclat qui m’est propre. Je vais exploser.

« T’as fini ton laïus là ? P’tain tu parles trop, juste pour t’en foutre plein la gueule… »

La cigarette rougit, je marque une pause le temps de la goûter, de m’emplir les poumons pour tenter de te calmer. Je sais pas qui de nous deux est le plus apeuré, au final.

« Merci pour tes consignes d’utilisation. Mais on verra bien, ok ? Gâche pas la fin du film ou j’t’en colle une. »

Je plaisante qu’à moitié. Et tu continues, encore, tu nous affliges de toutes ces choses, comme si tes vannes étaient pas fermées. Comme si elles refusaient de m’épargner. T’as décidé de tout balancer. Que t’aurais préféré qu’elle avorte, que t’aurais fui de toutes façons. Plus je fume, plus je m’emballe. Ta gueule. Ta gueule Gabriel. Arrête ça. M’fais pas mal. J’ai rien fait. J’ai rien fait. J’ai cherché, je sais. Mais j’suis en mal de repères. De père.
Le regard détourné, les cent pas entamés, les idées sont plus si claires, si formées. J’ai peur. Peur de m’être trompée. Et une nouvelle question fuse, je te réponds en regardant par la fenêtre. La ville fait peine à voir. Tout est flouté dans mon regard.

« 16 Février 1993. »

Silence.
Pesant.
Lattent.
Rien d’autre, et un grognement. Je te fixe, finalement.

J’ouvre les vannes, moi aussi, prête pour le déluge.

« … M’man est morte, si ça t’intéresse. J’ai bien compris qu’apparemment t’en avais rien à foutre d’elle, qu’tu joues au mec détaché, qui veut pas qu’on l’approche, parce que j’en sais rien, tu portes malheur ou une connerie du genre p’tèt ? Mais crois-moi putain, on t’a pas entendu pour en chier, oh qu’non Gabriel. T’es pas le seul à avoir vu la putain de Mort en face, y’a pas un jour où j’y pense pas, où ça m’grille pas le cerveau. Moi si j’suis là c’est uniquement pour retrouver son tueur et lui régler son compte, c’te ville c’est une affaire de vengeance sordide, c’est sale de partout dans l’coin. Mais j’sais pas, à un moment, juste un tout p’tit moment, j’ai cru à autre chose en t’retrouvant. T’es juste la seule famille qui me reste et si tu veux pas compter comme tel, bah tant pis pour ma gueule, ça m’apprendra à rêver. »

Gorge sèche, clope cendré, j’approche de la vodka pour la descendre aussi sec. Coup d’œil vers le géniteur, le père, le rien, le tout, le songe qui s’tient pas, les fracas avec les pertes, de tout ce qui n’est, et ne sera pas.

« Alors santé, connard auto-proclamé. »


Laisse-moi seule juge. Décide pas pour moi. La vodka se fait désaltérante. Elle glisse, brûle l’œsophage, cette fois. Je bois sans plaisir, juste pour la soif, j’vais mal finir. Mais qu’est-ce que j’peux dire ? J’suis qu’une fillette.

Les yeux vers la boîte, ah, c’est vrai. Ca. C’est sans doute plein de morceaux de toi. De cette personne que je ne connais pas et que tu veux enterrer.
Dis Papa, est-ce que t’avais l’air aussi seul que maintenant ?

« Y’a des photos d’elle, là-d’dans ? »
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MessageSujet: Re: J'ai fait des choses que j'regrette suffisamment, suffisamment pour y penser tout l'temps. || Vesper Renaud   Lun 25 Juin - 14:02


J'ai tout laissé à ta portée. Je me cache derrière aucun leurre, je te dis tout ce qui aurait pu être. Et si c'est trop brutal pour toi alors c'est qu'on était pas fait pour s'entendre, qu'il fallait arrêter les frais tout de suite avant qu'on s'attache potentiellement l'un à l'autre. Je te fixe alors que tu me fuis, que tu m'ordonnes presque d'arrêter. Et parce que t'ordonne, je le fais pas. Parce qu'il faut que tu saches ce qu'il pourrait t'en coûter. Que c'est qu'un bleu aujourd'hui, dans le poitrail. Mais que ça pourrait devenir une plaie purulente dont tu voudras arracher les contours pour faire comme si j'avais jamais existé. Alors, autant que tu saches tout fillette. Parce que même si on a le même regard, ils sont peut-être pas faits pour se comprendre. T'as le même que ton grand-père. Entre lui et moi, c'était foutu de chez foutu. Alors ça pourrait finir tout aussi mal. Je connais déjà tous les refrains de cette foutue chanson, quand ça hurle les horreurs, quand ça les murmure aussi. Et si je te demande ta date de naissance, c'est pas tant pour réellement la connaître que pour faire le calcul, me dire que a dû réussir dès le premier coup entre deux baraquements. Ça n'avait rien de romantique, rien de bien sensuel, rien que le goût de l'interdit qui nous excitais. Ta mère a aussi était une gosse, que tu le veuilles ou non.

Hein ?

Je réagis directement, à la nouvelle qui vient de tomber. Mais tu continues, bien décider à me rendre coup pour coup. Mais moi, je retiens juste que Maya est morte. Est-ce qu'elle savait que ça arrivait et que c'est pour ça qu'elle a appelé, pour te confier au dernier bout de sang qu'il pouvait te rester ? Ça me scie un peu sur place et là où tu buvais plus, je reprends une gorgée, en t'écoutant. Et je te fixe, toi la vipère qui crache tout son venin en ma direction. Est-ce que ça me touche ? J'en sais foutrement rien. Y'a pas grand chose qui s'agite en moi, parce qu'on se connaît pas et faut croire que j'ai bien hérité de mon vieux. Parce que ma propre gosse arrive pas à m'atteindre. Et ça m'effraie, cette pensée. Alors je te fixe durement, boire cette gorgée de cyanure liquide, me souhaiter la santé après avoir tenté de m'enterrer. Sauf que je suis increvable et que je laisse personne me foutre sous terre sans réagir. Je parviens à garder les nerfs calmes et je m'impressionne à moi-même.

Ouais. Une.

Et on avait rien d'amoureux. Juste deux personnes qui jouaient à des jeux pas même dangereux. On aurait pu faire taper sur les doigts, peut-être une suspension pour pas avoir suivi les règles. Mais je crois que ça nous aurait fait marrer, de se faire prendre. Je soulève une botte pour pousser la boîte vers ton côté, regard dur. Parce qu'il faut que je digère encore que dans cette boîte, y'a presque plus que des morts. Plus que des foutues tonnes de regrets et de morosité. Alors je me lève à mon tour, après avoir bu une nouvelle gorgée. Et je viens à me ramener les cheveux en arrière, après t'avoir fait dos. Tu fais chier, gamine. Tu me fais déjà tellement chier. Parce que les nerfs restent rarement sur une ligne fixe et que je sens déjà que ça tremble.

Fais chier.

J'inspire une gorgée d'air, avant de me tourner de nouveau vers toi, laissant mes pognes retomber le long de mes flancs. Et puis ça éclate d'un coup. Je viens prendre la boîte, pour tenter de la broyer de mes cinq doigts, avant de la balancer avec fureur dans un mur.

FAIS CHIER.

Son contenu s'éclate contre, se répand, les médailles tintent et ont l'air ridicules. Parce qu'elles le sont, en fait. Et la rage me fait toujours voir rouge. Je sens les veines dans mon cou qui se tirent, gorgée du sang qui me manque à la cervelle pour parvenir à être rationnel. Et je tends un doigt vers toi, presque accusateur, avant que ça ne soit la main entière qui me désigne.

Je suis venu ici pourquoi ?? La gueule froncée, pleine de plis, naturels ou non. Pour être un substitut de la famille que t'as plus ?! Je jouerais jamais à ce rôle, ferais jamais semblant d'être le père dont t'aurais rêvé que je sois avec ta mère. Parce que si c'est, compte pas sur moi fillette ! Compte pas sur moi pour t'empêcher de faire tes conneries ! Pour te dire de te raccrocher à je sais pas quelle connerie qu'on pourrait balancer à sa fille pour qu'elle se casse pas trop la gueule. Moi je fais les choses de travers, je brise tout et je recolle que si ça en valait vraiment le coup, si j'ai pas fui avant. Pourquoi tu me l'as pas dit avant, qu'elle était morte, putain ?? Contrairement à ce que t'aurais pu me croire, ça me touche quelque part. Ça me donne ce sentiment que les meilleurs partent toujours en premier tandis que les pourris restent. Tu sauras jamais à quel âge ton grand-père est mort. Va te faire foutre, Vesper ! Je reprends une gorgée de vodka, avant qu'elle finisse éclatée dans le mur aussi, arrosant du reste de son contenu celui qui gît à terre, les photos de guerre, de morts en pagaille. Va te faire foutre...

J'ai encore les mèches qui sont venues trouver refuge autour de mes traits. Qui encadrent le tout. Et cette fois, je les chasse pas. C'est juste la fatigue que je viens étaler un peu plus, de ma pogne qui s'écrase sur le visage. Et je frotte sans le faire réellement, avant de consentir à te regarder encore. Si t'attends des excuses, tu peux te les foutre au cul et touiller ce dernier avec.

T'as aussi le sang qui bout rapidement, dans ton paquetage ?

Je m'en fous, j'assume tout. Même le fait que je pourrais te perdre, avec mon coup de chaud. Faut que je m'en grille une.
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MessageSujet: Re: J'ai fait des choses que j'regrette suffisamment, suffisamment pour y penser tout l'temps. || Vesper Renaud   Ven 13 Juil - 10:26

C’est là.
C’est là.
Ça sonne.
Ça tonne.
J’ai mal.
J’AI MAL !!
Et ça ne fait que commencer.

Elle est là, elle hurle, la tempête, face au vent qui la croise et la cogne. Ils sont là, les putain de souffles contraires qui ne savent pas dans quelle direction s’orienter. Alors ils tournent, tournent encore dans un espace clos, jusqu’à manquer de nerfs, d’air, d'espoir. La fureur qui se mêle à la peine, la frustration et les non-dits.
Et moi, au-milieu, j’étouffe.

J’ai le cœur qui explose dans les photos qui s’envolent, quand les hostilités débutent sans que j’pige que le temps a pris une autre tournure. Le fracas, le bruit, tout me ramène à toi alors que t’as changé, que ton visage a pris ces couleurs que je ne connaissais pas. Le morne est devenu chatoyant, perturbant, éclatant, sous l’enfer qui se dessine sur ta gueule. T’as les yeux qui ressortent, la main lourde et les mots durs. Ça m’cloue. Ça m’tue. Et ça m’fait revivre, le temps du choc, le temps que mon corps s’anime sous le reflexe. J’suis cet animal en danger qui lutte pour sa propre vérité. Et si tu veux pas la voir, alors je m’occuperai de te crever les yeux.

Tu hurles, t’insultes, encore. T’inquiète, je mords.

Mes poings levés s’écrasent sur son torse, chair contre carcasse de métal vu la rigidité. J’ai pas ta carrure, j’ai pas ton allure, j’suis une naine face au géant de fer, mais là, tout de suite, j’en ai rien à faire. J’empoigne ta veste pour te repousser, attrape un verre à mon tour pour le balancer. On peut être deux à aboyer, tu sais.

« Tu veux jouer à ça ?! Bah vas-y viens, viens, j’t’attends !! Tu m’fais putain de pas peur Gabriel !! T’as que d’la gueule !! »

Les éclats de verre et d’alcool inonde mon parquet. Les voisins pourraient rappliquer, vu le bordel qu’on fait et honnêtement, eux aussi j’voudrais bien les défoncés. L’état d’alerte est là, les sirènes hurlent dans ma tête sans possibilité de les arrêter.
C’est là. Ça tonne, ça déraisonne. Ça mord et ça saigne. Tout est là. Les invités sont au complets.
C’est l’heure de la danse macabre de l’horreur familiale et de la culpabilité.

« Pourquoi j’te l’ai pas dis ?! Parce que t’étais pas dans ma vie enfoiré !! Et c’était pas le genre de chose à te balancer au téléphone en sachant même pas si j’allais un jour voir ta sale gueule ou pas ! T’aurais voulu quoi, hein ?! Que j’te mente, que j’te balance que tout va bien, qu’elle est restée en ville et que j’me dise que t’allais la remplacer ?! Mais tu pourras jamais l’faire !! T’es pas elle, tu s’ras jamais elle !! Alors TOI va te foutre, et ferme ta grande gueule !! »

J’ai les mains qui tremblent, la bouche en vrac à force de gueuler, l’envie de fumer alors que mes clopes sont trop loin. J’suis debout, face à toi, petite gamine face au grand monsieur colérique qui n’arrivera peut-être pas à se contrôler. J’te connais pas. J’ai voulu savoir. Je t’ai devant moi. Et on se déchire. Elle est belle, notre vie, papa chéri.

J’recule, te fixe toujours, la respiration au bord des lèvres et les poumons encrassés qui se compriment. Y’a quelque chose de terrible au bout de ma langue, une supplication, un cri d’enfant qui s’est éteint depuis trop longtemps.

« J’voulais juste une FAMILLE !! »

Et pas une bande de méchants de contes, un satané groupe d’inconnus qui se sont amusés à m’accoler leur nom au cul sans que je sache ce que ça signifiait de le porter. J’ai hérité de leur malheur sans y être mêlée. Maintenant, Renaud signifie Démon, et j’ai ouvert les yeux, après les avoir clignés. En un battement de cœur, tout avait changé.
C’est vrai.
J’ai jamais rien demandé.
Même pas de naître.
Et encore moins de la voir crever.

« J’voulais… Pas que maman… s’en aille. J’avais encore besoin d’elle. Mais c’est terminé. J'peux rien y faire. Et j’suis là pour comprendre. J’suis là pour retrouver les sous-merdes qui ont fait ça et les buter d’mes mains s’il le faut. »

Cassure dans la voix, dans les explications, qui donnent le ton. Il se calme, se fait plus ferme, plus dur, plus âpre. Plus vrai. Elle est là, la fêlure, le rayon de lumière qui vient transpercer le discours de gamine galvanisée.

Ça tonne, ça déraisonne. Regarde Gabriel, t’as couvert de tes ailes la tempête qui gronde pour la transpercer par la suite.
Et quand les nuages éclatent, c’est la pluie qui se verse, silencieuse, insidieuse, sur les plaines d’un visage trop bronzé, trop proche du tiens.
Les larmes, glissent
Une à une, dans le secret
Abandonnées, depuis trop années.
Petite fille au sourire cassé
Qui se rattrape au rivage pour ne plus se noyer.

« Alors putain me fait pas l’coup. Te barre pas. Pas toi, ça m’crève, mais t’es tout c’qu’il me reste. »

Coup de pogne sur mes joues, comme un effaceur qui voudrait se débarrasser des preuves. Ma gueule est un lieu de crime, le témoin sordide de mes faiblesses. J’avais oublié, c’que ça faisait, de se laisser aller.
Tu fais chier.
Tu fais chier de me faire réaliser qu’on a le sang pour nous relier.
Tu fais chier, à trop compter, Gabriel.

« Putain de merde. »


Je finis pas les attraper, ces foutues clopes délaissées. Le silence accompagne le bruit du briquet, tandis que mes chaussures écrasent le verre un peu plus. La pierre roule, n’allume plus rien. Le feu m’a abandonné. J’ai trop jeté d’eau sur mes braises ardentes. J’ai retrouvé l’âge de pleurer comme une enfant.

Va t’faire enculer Rodriguez, cordialement.
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MessageSujet: Re: J'ai fait des choses que j'regrette suffisamment, suffisamment pour y penser tout l'temps. || Vesper Renaud   Ven 13 Juil - 11:33


Vas-y, frappe sale gosse, frappe, repousse, casse, aboie. Montre que t'as des crocs, fais croire que t'as du mordant, fais croire au monde que t'es le genre de connasse qui est atteinte par rien. Fais croire que t'es forte alors que tu te brises sous mes mots. Ca se voit dans ton putain de regard. Dégueule la haine, on est bon qu'à ça dans la famille. Tu voulais connaître tes origines ? Alors regarde moi t'ouvrir les bras, quand t'approches, le menton jeté en avant, la gueule prête à te rendre chaque mot. Chaque attaque, je te la fais au centuple. Tu crois que tu vas abîmer qui dans l'affaire ? J'ai trop vécu pétasse, trop vu pour me faire avoir par ton petit jeu. J'étais dans la même catégorie de marmots, j'avais cette même lave intérieure jeune, celle que rien calme, qui s'écrase sans se soucier de la montagne. Alors, vas-y ouais, frappe, repousse, casse, aboie. Fais l'adulte, fais la gosse. Imite, joue de tes propres règles. Je suis prêt à te recevoir, prêt à te montrer le chemin vers le terrible. Les bras ouverts dans un air de défi, dans cet affront qui te dit d'essayer encore.

VAS-Y, FRAPPE GAMINE !

Ça tonne, dans l'abribus qui te sert d'appartement. Vise le visage directement, j'ai déjà les couilles de perdues façon, pour être venu jusqu'ici. Alors frappe fort dans la mâchoire, frappe de toute ta force, de toutes tes phalanges. Frappe et mets à terre. Paye ta réunion de famille de merde, y'a qu'à croire qu'on est vraiment destiné qu'à ça, dans la famille. Franchement, j'ai plus aucun doute possible quant à ton côté mexicain. Bienvenue fillette, éclate-toi bien avec cette merde-là, pleine de poison.

Et finalement, tu frappes enfin.
Avec tes putains de mots.

Autant le premier couplet me laisse assez indifférent, autant tu me fais perdre toute rage, quand tu me gueules que tu voulais qu'une famille. Déstabilisé, le vieux Chunk. Il vient de se retirer dans la réserve de mon esprit un instant, l'air de claquer la porte en me disant de me démerder avec cette merde là, l'air de dire qu'il est pas fait pour cette merde là, lui. Et le truc, c'est que je suis pas plus doué que lui. Que le bouclier et le cabot, ils savent rien de ça. Qu'ils font que les bâtards, ces deux-là. Qu'ils construisent rien. Je détruis gamine. J'ai toujours fait que ça. Suffit de te voir céder face à moi, me dire que tu veux encore de ta mère, là où j'ai jamais pleuré aucun de mes parents. Que j'ai souhaité ardemment aux deux de crever, surtout à ma mère si elle avait pas été déjà crevée dans un coin.

Ferme-là.

Je veux juste que la ferme, gamine. Parce que t'as pas idée de ce que tu peux dire, que tu mesures rien, que t'as aucune balance dans le crâne pour peser le poids de tes mots. Alors, putain, juste ta gueule. Et pleure pas, putain. Arrête de me faire croire que ça te touche. Arrête de faire croire que ça te crève, comme tu dis, qu'on partage un truc. Me dis pas de rester alors que je t'ai annoncé que je partirais un beau jour. Laisse moi mes miettes de liberté, celle que j'ai trop entretenue à grand coup de lance-flammes. Sur les gens, leur sentimentalismes, leurs beaux mots et leurs idéaux pleins de putain de chiot et de marmots. Me fais pas croire qu'on pourrait ressembler à quelque chose. Te le dis pas, espère rien de moi, je te l'ai dit. Je suis que le bâtard qui se barrera un beau jour, quand il en aura plein le cul. Et tu sais quoi, j'en ai déjà marre, je vais me casser, te laisser mon bordel et tu pourras dire que c'est ton papa qui a foutu le bordel.

Tu fais chier.
Tu fais chier à me faire croire que je pourrais avoir un truc important dans ma tête.
Tu fais chier, à vouloir compter, Vesper.

Et voilà, gamine. Regarde. En plus des couilles, t'as descendu le coeur aussi. Regarde-le, ce fumier, qui se fait la malle pour se laisser atteindre en plein dans le mille. Comme s'il avait attendu que ça, pendant des années, de trouver une connasse qui mériterait qu'il sorte de sa cage pour dévoiler un bout de veine. Je t'avais dit de frapper ma gueule, parce qu'elle en a déjà vu des biens pires. Pas de viser les couilles, parce qu'elles étaient déjà plus là. Mais fallait pas viser l'entre-deux non plus. T'es un putain de point de côté suite à une course effrénée. Le genre de truc qu'on déteste, parce que ça nous fait ralentir.

Puis qu'on apprécie, parce qu'on regarde le paysage.
Et qu'il est putain de pas si mal, finalement.

Me faut pas plus de deux pas pour bouffer la distance, sans mesurer qu'elle t'avait semblé immense. Et j'en ai rien à foutre que tu sois en train de chialer, t'essayer d'allumer ta clope avec un briquet de merde que t'as dû acheter deux dollars à une épicerie et qui tient pas trois paquets. Rien à foutre que tu voulais... Que tu voulais quoi, d'ailleurs ? J'en sais plus rien. Je comprends plus rien, Vesper. Y'a juste que t'as mes yeux, et pas que. Putain. Laisse moi juste te cueillir entre mes bras, te soulever ainsi, pour que tu chiales sur cette putain d'épaule que tu peux pas atteindre autrement. Et te plains pas que je serre comme un bourrin, parce que je sais pas faire autrement, moi. Que je j'ai jamais pris cette peine-là, bordel. Allez, chiale gamine, chiale pour deux, parce que je sais plus faire quand je suis à sec. Chiale que je t'écrabouille, entre mes bras. Je m'en bats les couilles.

Ferme ta gueule, putain.

C'est soufflé, contre ta propre épaule, d'un souffle trop chaud, trop vrai. Je crois qu'on sera jamais rien faire poliment. Façon, faut pas compter sur moi non plus pour les ronds de jambe, je te les brise directement si t'essayes de me faire ployer le genou. Tu veux m'arracher la gueule avec un "merci" ? Je t'arrache les rotules en retour. Donnant donnant.

Ferme ta gueule et serre...

Étouffe-moi, crève moi à mon tour. Montre à quel point t'es forte, gamine. Montre, vas-y. Parce que pour le moment, mes pognes, elles paraissent trop gigantesques contre toi, contre ce flanc que j'entoure presque d'une seule. Dans ce dos où l'autre s'étend, pour venir te grappiller ta tignasse qui ressemble à rien. Là aussi, je crois que c'est le côté mexicain. Putain, t'as que les tares, sale gosse. Façon, ta mère avait pas beaucoup de qualités non plus, pour ça qu'on s'entendait si bien. T'étais mal barré dans la vie dès le départ, même si j'avais été là au début de ta vie. Juste que t'aurais plus touché terre plus de fois encore.

Je sais pas ce que c'est, qu'une famille, bordel.

Alors comment tu veux que j'en sois une, gamine ? J'ai connu que le bled pourri, que les poussières sous le canapé, à les fixer pendant qu'il se défoulait, l'autre connard. Merde, tu veux que je fasse quoi, Vesper ? Je suis déjà foutu, putain de foutu, je t'aurais détruit dès le départ, en fait. Et peut-être que t'aurais connu plus que prévu le sol, aussi. J'en sais trop rien, je connais pas ma patience avec les gosses.

Apprends-moi, gamine.

Et je serre encore plus. Parce que je crois que t'es précieuse, déjà. Alors, je voudrais déjà te briser, quelque part. Que tu me foutes la paix, que t'arrête de m'effrayer. Je suis qu'un putain de sale cabot, qu'un putain de connard qu'a trop fait dans sa vie pour se laisser emmerder encore.

... Je crois que je te serre si fort, parce que t'es trop précieuse.
Merde, Vesper, qu'est-ce que tu m'as fait ?
T'aurais jamais dû compter.

C'était déjà trop tard.
Dès la première minute.

Je t'interdis de chialer, à l'avenir.
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MessageSujet: Re: J'ai fait des choses que j'regrette suffisamment, suffisamment pour y penser tout l'temps. || Vesper Renaud   Ven 13 Juil - 12:39

J’ai rien vu, rien entendu.
Mon briquet m’emmerde, mes yeux sont plein de mer, d’amer, sans mère, devant le père. Ma clope reste désespérément seule, à la recherche du brasier pour la consumer. Et moi je perds patience, incapable de me résoudre à penser.
Tout est sorti.
Plus rien n’agit.
L’océan se repose après les remous.
Tout est silencieux.
Sauf toi, que j’ai planté là.
Sauf tes bras, qui m’empoignent.
Je m’attendais à une claque, tu sais. Je m’attendais au pire après tout ça, limite, j’étais prête à crever en paix, rejoindre maman d’un coup de nuque brisée. Trois tours sur moi-même et puis s’en va, adieu petite nana. J’en sais rien, une connerie du style, rapide et passionnée, sans trace à déplorer. A croire que j’ai pas réussi à deviner ce que tes yeux portaient, l’un et l’autre, comme sentiment véritable.
Parce que mes clopes en tombent, silencieuses et graves. Dans un mouvement, j’ai ta chaleur qui me saisit à bras le corps, mes pieds qui s’envolent, et le cœur figé dans un rebond soudain.

J’ai rien vu, rien entendu.
Rien d’autre que le vent qui se calme dans une dernière bourrasque. Que la tempête qui retombe après avoir fait ses frasques.

Rien d’autre que des larmes de gamine quand elle laisse tomber le masque.

J’ai les yeux grands ouverts. Le souffle coupé. Pas par l’étreinte, du moins, pas réellement. En parti seulement. C’est juste l’instant, soudain et immédiat. Tout s’enchaîne, tout éclate. Rien ne se passe comme il le faudrait. On peut pas y arriver, ni toi, ni moi, à s’imaginer quelque chose de calme et de posé. Parce qu’on est comme ça, que le sang a transporté beaucoup trop de merdier pour ne pas m’en donner un peu. J’suis toi. En plus petite, plus nerveuse, et avec les couilles sur le torse.

J’prends le temps de réaliser ce qui se passe, de t’entendre râler, les bras autour de moi. Tu me tiens. Je bats même pas des jambes, paralysée. J’m’y attendais pas. Pas venant de toi. Les câlins, je sais pas, ça colle pas avec ton images de vieux dur gueulard. Faut croire que je te connais vraiment pas. Que j’ai cru pouvoir te juger, comme tout les autres, que j’ai cru vouloir t’éloigner, comme tout les autres, que j’ai cru que t’allais m’envoyer chier. Comme tout les autres.
Les mains tendues je les mords, d’habitude. Et pourtant là, elles m’étreignent sans un mot de ma part, les yeux flous tournés vers le ciel. Mon plafond parait trop près. Ton cuir schlingue et ta barbe pique.
Tu fais chier, Gabriel.
Tu fais chier, à me faire pleurer.
Tu fais chier, à me faire pleurer, et que ça fasse autant de bien.

Alors je la rend, cette étreinte, comme tu me l’a demandé. Je la rends même si mes bras sont trop petits pour faire toute ta circonférence. T’es grand comme une planète, tu m’ferais presque tourner la tête, tu m’dérouilles avec rien, t’es forcément quelqu’un de bien, sous tes airs de tocard, et sous tes maux de connard.

Je la rend parce que j’ai subitement cinq ans, pas un de plus, l’âge où j’ai demandé pourquoi j’avais pas de papa à maman.
L’âge où j’ai compris que j’étais trop petite pour les affaires de grands.
L’âge où j’ai voulu me délaisser des problèmes des vivants.

Les morts, eux, ne peuvent pourtant plus embrasser.
La chaleur les a quittés.
Et la tienne accourt vers moi, tandis que je ne respire pas, mais que les larmes continuent leur course folle.

Y’a tes paroles qui glissent, à leur tour, sporadiques et plaintives. Tu doutes encore, quand moi je comprends de moins en moins. Tu ouvres tes faiblesses quand tu as éventré les miennes, c’est malin. Mais je sais pas, ça te rend plus humain. Mon image de toi tangue, un milliard de possibilités qui se muent en un seul homme. Toi. Et t’es bien comme ça.

Parce que j’ai besoin de toi, qui que tu sois.
Me laisse pas.
Me laisse jamais.
Padre.
C’est comme ça qu’on dit chez toi, pas vrai ?

Mes bras ne sont pas assez forts. Y’a que mes pleurs qui résonnent. Je la ferme, comme t’as demandé, car j’ai plus rien à baver, plus rien dans le cœur qui s’est vidé au milieu des morceaux de verres et de fierté. On est un beau duo d’éclopés. Tout plein de choses qu’on arrivera jamais à se dire, tout plein de moments où on voudra encore s’étriper, tout plein d’insultes car on sait pas comment communiquer.

Mais j’crois que ça vaut peut-être le coup d’essayer. Et tu sais, j’en manque pas, de la volonté. J’suis une pro pour m’accrocher et emmerder, j’crois que tu l’auras peut-être deviné.

Gabriel. Môssieur Rodriguez.
Tu veux savoir c’que c’est, une famille ?

« Une famille… c’est ça. »

Tu l’es déjà. C’est ça que tu comprends pas. Alors mes bras de gosse te serrent encore, et ma figure se perd dans le col de ton blouson que je viens de maltraiter. C’est comme si rien ne s’était passé. Et qu’on vient de tout détruire pour tout refaçonner. C’est comme si j’étais de nouveau née.
Que tout recommençait.
Que c’était écrit qu’on pourrait le faire, si on y croyait.
Comme un putain de conte défait.

« J’t’attendais. J’attendais qu’toi… »

Et peu importe que tu es au fond, ça compte pas.
On s’en bat les couilles, de tout ça.
Alors d’accord, c’est passé par de la cassure et des émois.
Mais tu sais, c’est plus fort que moi.
T’as pas fini de gueuler après moi.
T’as pas fini de te rendre compte que j’suis pire que toi.

Mais tu sais, on y arrivera
T’es l’premier à qui j’dis ça
Les mecs c’est pas mon style
Mais j’crois qu’toi, ça ira

Parce que tu sais quoi ?
J’t’haine, papa.
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MessageSujet: Re: J'ai fait des choses que j'regrette suffisamment, suffisamment pour y penser tout l'temps. || Vesper Renaud   Mer 18 Juil - 14:51


Arrête, gamine. Arrête de croire que c'est ça, une famille. Que ça se crache de la colère à la gueule sans se soucier des dégâts, de pas les regretter, d'assumer droit et presque fier le tout. De dire de frapper, de recevoir les coups dans la gueule comme on irait commander un gâteau d'anniversaire. J'en ai raté trop de toi pour savoir comment faire. Parce que je suis le genre qui pour ton prochain planterait juste une clope dans un truc acheté à mac do, à l'allumer en te disant que la date importe pas, au final. Qu'un anniversaire, c'est rien de plus qu'un pied dans une tombe à moitié faite. Que tu creuses juste un peu plus, comme on le fait avec les cigarettes. Que fumer ton paquet, c'est comme se prendre une nouvelle année dans la gueule.

Finalement, on va en fêter des anniversaires.
À deux, en refaisant le tour du monde.
De nos pieds crades et nos idées sales.

Ta gueule...

Je pensais avoir été assez clair. Mais finalement non. Faut que tu continues de la ramener, hein ? Alors je te serre encore plus, quitte à te briser sur place, ça fera joli dans le journal. "Un père tue sa fille parce qu'elle parlait trop, la gamine." Ils auront même pas de photos de nous deux à mettre, seulement des solos à accoler.

Côte à côte, sans jamais s'être réunis.
T'as plus intérêt à me lâcher.
Morveuse. Bordel.

La gueule qui dévie contre toi aussi, qui va se perdre entre tes mèches à la con. Qui ferme les yeux encore plus fort, parce que jamais je chialerais devant toi, tu captes ? Jamais. Même si tu me mets à l'agonie mille fois, j'ai versé bien assez de larmes pour que t'aies pas à voir ça. Que plus personne ne le voit, en fait. Doigts sur ton crâne, qui caressent.

Stupide chiot que t'es, va.
Tu ne vaux pas un clou.
À chialer pour deux.

Si tu te mouches sur mon cuir, je te bute...

C'est soufflé près de ton oreille.
Avec un sourire. Juste pour te faire rire.
Alors souris, gamine. Ris.

J’t’haine, fillette.
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MessageSujet: Re: J'ai fait des choses que j'regrette suffisamment, suffisamment pour y penser tout l'temps. || Vesper Renaud   

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J'ai fait des choses que j'regrette suffisamment, suffisamment pour y penser tout l'temps. || Vesper Renaud

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