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les créatures sont présentement surpeuplées ! on vous invite donc à privilégier les petits humains (ainsi que, toujours, les fantômes).
nous sommes présentement en hiver 2017-2018 (décembre, janvier, février)

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 Sanctuary || ft. Kaelig

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Amon El-Hadji
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MessageSujet: Sanctuary || ft. Kaelig   Dim 22 Juil - 5:45

Sanctuary
Kaelig & Amon

« In you and I, there's a new land, a sanctuary where fears and lie melt away.  »
« Mathilda Hemsworth. Séance numéro cinq. » Une pause dans le récit, la voix cherche les mots exacts pour exprimer le ressenti. Doigt pressé contre le bouton de l’enregistreur, les yeux dans le vague remplis d’images, il se prépare, comme à chaque fin. Début de la retranscription. « Elle m’a souri, pour la première fois depuis nous nous voyons. C’est un véritable pas en avant dans la thérapie. Elle n’accepte pas encore de parler, cependant ses dessins deviennent de plus en plus explicites, je commence à retrouver le fil de son histoire. » Son histoire d’enfance cassée, de feuilles déchirées, de mots frappés, sur les joues et dans le crâne. « J’ai bon espoir qu’en continuant sur cette voie, le mutisme finisse par disparaître. Je suis optimiste quant à la marche à suivre. » Malgré l’horreur. Malgré les souvenirs à démêler, mis sous clés, rejeté des pans de mémoire de l’enfant. C’est le rôle du bon docteur de parvenir à les ouvrir pour les trier, les montrer, les confronter. Les exorciser de leur valeur paralysante, qui empêcherait quiconque d’avancer.
Parce qu’il peut comprendre, lui, la terreur d’être enchaîné, du corps au coeur.
Alors il est de son devoir de sauver son patient, qu’il ait 5 ans ou 500 ans.
« A la séance suivante, je tenterai d’aller un peu plus loin dans mon approche, je pense que son anniversaire la semaine prochaine sera un bon point de départ pour entamer l’échange. Penser à chercher un cadeau pour une enfant de sept ans. Terminé. »

Bouton pressé, voix mise à l’arrêt. Coup d’œil vers le dossier ouvert, rempli en grande partie de formes sur lesquelles travailler. De dessins abstraits, de plus en plus précis, près de notes précieuses, fruits de réflexions profondes. De plus en plus d’enfants côtoient le cabinet, de plus en plus d’âmes sont entachées bien trop tôt par les proportions terribles du traumatisme. Et malgré le recul exigé par la profession, il y a cette pointe qui perce la sienne quand les langues se délient et que ces petits choisissent la manière d’exprimer le passé. Echos funestes de cycles d’horreurs qui se répètent inlassablement. Lui, lors d’un autre temps. Sa fille, également. Les épreuves sont impartiales, et personne ne leur échappe.

Il dénoue ses muscles dorsaux dans un étirement, ouvre un bouton de chemise, fixe le plafond quelques instants pour réfléchir. Le temps est avec lui, quand les yeux se portent à l’éternelle montre à son poignet. Toujours une heure de battement entre chaque patient, en cas de débordement, ou pour se laisser le temps de rassembler ses pensées, ce qu’il est ressorti de ces morceaux singuliers d’histoires éclatées. Mais le dossier refermé, c’est l’esprit de la créature qui a besoin de s’aérer. L’agenda présente, d’une écriture cursive, le nom inconnu qui devrait se présenter d’ici une demi-heure. Kaelig Taur. Une voix d’homme imposante, tel en est le souvenir laissé par la brève prise de rendez-vous téléphonique. Une âme emplie de vécu, d’après les sons entendus. Amon en sourit, alors que le corps bouge hors de son bureau, les pensées envolées.
Et il revient, cyclique à son tour, cet instant de flottement enthousiaste à l’idée de rencontrer une nouvelle psyché. Cette rêverie inexpliquée dans les yeux sombres qui fixent l’eau en train bouillir avant de remplir une théière de feuilles séchées. La tasse est à peine portée à ses lèvres que la sonnette de l’entrée résonne déjà. L’heure de la solitude est décalée dans le programme de la journée. Bienvenue, Kaelig.

La porte du cabinet est poussée, le sourire en place, sincère, profond, face à l’homme qui attend dans le couloir.

« Monsieur Taur ? Bonjour, je suis Amon El-Hadji, enchanté de vous rencontrer. »


Pas de titre explicité. Le docteur restera sous-jacent, pudique. Tout le monde n’admet pas le simple fait de consulter. Il recule, le soignant, laisse son patient entrer, non sans l’observer quelques secondes avant de refermer la porte. Enveloppe immense. La notion s’imprime dans sa mémoire au premier coup d’œil. Trop de temps sur cette terre pour comprendre que toutes les montagnes finissent par s’éroder sous la violence du vague à l’âme. Les épaules larges ont tendance à être celles qui portent le plus de poids. Enveloppe immense, peut-être trop.

« Installez-vous, je vous en prie. »

Main tendue pour désigner les deux fauteuils en vis-à-vis, au-milieu de la pièce chaleureuse. Il reste planté, le sourire, il ne fane pas, quand bien même la routine le voudrait.
« Installez-vous, détendez-vous, faites comme chez vous. »
Les mots se répètent, monotonie apaisante.
Les mots se ressemblent, pour des têtes nouvelles, toutes chargées jusqu’à se noyer.
Déborder.
Les mots sont les mêmes, pour autant de clés qu’ils représentent.

« J’ai fais du thé. En voulez-vous ? »

Petit esprit, je suis ici pour t’aider. N’aie aucune crainte, tu es en sécurité. Ma porte t’est ouverte, pour toi et tout tes maux. Laisse-les ici avant de repartir quand tu le souhaiteras.

Kaelig Taur. Séance numéro une.

(c) DΛNDELION
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Kaelig Taur
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MessageSujet: Re: Sanctuary || ft. Kaelig   Lun 23 Juil - 8:02



Mother Used to say
if you want, you'll find a way
Bet mother never danced through fire shower


Les hommes naissent en vagissant de douleur lorsque le monde leur déferle brusquement dans les poumons. Les hommes naissent et meurent en se préservant de cette souffrance et des déconvenues de sa découverte.
Les Taur se tiennent debout quoi qu'il en coûte. Leur carcasse s'épanouit dans la violence et le scoups. Nous ne nous couchons jamais, nous crevons sur nos deux jambes, solidement ancrées dans la terre qui nous porte. L'horizontalité est une faiblesse. Le verbe l'apanage des couards. Tu es fort. Tu n'as pas besoin de mots pour le faire savoir.
Ainsi parlait mon père.
Tu n'est pas une brebis diurne.
Non, père.
Tu es un Noctambule.
Oui, père.

Ne flanche jamais.
Je ne l'ai pas fait, en te plantant cette machette dans le bide.

Voilà quelque temps que ce vieux souvenir remonte et se joue en boucle à chaque fois que je cherche le repos.

Je... Je te maudis Kaelig Taur.  
A.. A ce jour tu n'es plus mon fils.
Je.. te... renie.

A.. A partir d'aujourd'hui, chuis plus une Taur...
Et... t'es plus mon père....

Tes enfants ne.. te sur...vivrons... jamais.

Nelu, Iulan. Morts.
Ciulin, Johann. Partis.
Cristian, Mihaï. Défiants.

Tu resteras seul avec ta putain... Seul......

Tu empestes la culpabilité.






Des fois, faut juste accepter que ça ira pas mieux
et que la seule chose qu'on maîtrise,
ben c'est « quand ».
C'est tout.



Quand.
Le visage d'Elie flotte devant mes yeux. La Gamine du barage avec ses grand yeux et ses joues qui mériteraient de sourire. Son visage vibre trop près de mon vieux palpitant.  Le fait qu'il me soit d'un plus grand réconfort que celui de ma femme me terrifie. Son corps malade fait écho à ma forteresse effritée.
Quand...
La Nuit ne me protège plus.
Quand...
Le Jour m'échappe.

J'ai entendu clairement le ricanement de mon père en composant le numéro du psychiatre dans l'annuaire.
J'ai senti la poigne d'Andres sur mon épaule pour m'empêcher de raccrocher.
J'ai vu Oana sourire pour m'encourager.
J'ai puisé en Elie -pardonne-moi- pour ne pas me débiner au dernier moment.



C'est pas comme si ça allait nous rendre moins mortel.


Je choisis "Quand".
Je pousse la porte du cabinet. C’est un endroit propret et décoré avec gout mais sans ostentation. La salle d'attente n'est pas bondée, mais j'ai choisi mon heure pour cela. Je ne souhaite pas être vu ici.

- Monsieur Taur ? Bonjour, je suis Amon El-Hadji, enchanté de vous rencontrer.

Petit gars buriné au sourire blanc dentitifrice. Solaire. Le contraste sans doute. Il a l'air avenant, cela me rend d'emblée méfiant. Ne jamais se fier aux gens qui débordent de sociabilité. J’apprécie néanmoins qu'il escamote de lui même son statut de docteur.

- Installez-vous, je vous en prie.


J'obtempère. Ma carcasse immense remplit étroitement le fauteuil désigné.

- J’ai fais du thé. En voulez-vous ?

Tu n'as pas plutôt du café ? De la gnôle? Un bon verre de vin, au moins ?

- Je n'en suis pas adepte. Mais ma filleule m'a appris à apprécier cette anglaiserie. Allons-y pour un thé.

Regard en biais au décor. Tout ici me fout le malaise, de l'odeur herbacée apaisante à l’ameublement zen. Je ne suis pas là pour faire une sieste, Rahat.

- Vous pratiquez depuis longtemps ?
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Amon El-Hadji
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MessageSujet: Re: Sanctuary || ft. Kaelig   Mar 24 Juil - 6:02

Sanctuary
Kaelig & Amon

Les regards se croisent, deux qui se jaugent, deux qui attendent, choses différentes et complémentaires. L’un qui recherche la confiance en l’autre qui n’attend que la libération. Il y a toujours ce petit temps de latence entre nous lorsqu’une nouvelle âme choisit de venir me voir. Ce moment presque tendu où elle-même cherche à comprendre les raisons exactes de sa venue ici, presque en panique sous des airs renfermés. Cet homme ne fait pas exception, et il n’y a aucun mal à ça. C’est à moi de faire comprendre que tout ce qui sera dit ici n’en sortira jamais.

C’est pour cette raison que le sourire demeure, en bon allié. Que mes mots se veulent doux, pondérés, comme tout autant d’outils pour approcher un animal effrayé, car au fond il ne s’agit de rien d’autre qu’une sorte d’apprivoisement à sens unique. Nous ne savons rien encore l’un de l’autre et pourtant, j’ose espérer que vous choisirez de me livrer un peu de ce qui vous pèse. Ce serait un honneur, vous savez ? Votre regard est bien trop lourd, Kaelig.

Je hoche la tête lorsque vous acceptez mon offre. Sans le savoir, il semblerait que votre filleule m’ait ouvert une voie d’accès pour briser la glace. Une minuscule fissure dans l’iceberg, mais c’est déjà mieux que rien.

« Nous pouvons la remercier dans ce cas, elle a été bien inspirée de vous y initier. » Le breuvage coule dans une seconde tasse, de ce bruit caractéristique invitant à la soif. Je finis par la poser devant vous sur la petite table nous séparant, avant d’aller m’asseoir à mon tour. « C’est un thé vert chinois Long Jin, directement importé des rives du lac de Hangzhou. »

J’attends que vous en découvriez la saveur unique par vous-même. L’ironie veut que ce thé précis ait une forme de dualité intéressante. Une forme de rugosité en première note, corsé et torréfiée, presque proche d’un café fumé. Et ce premier contact passé, des notes fruitées qui palpent le palais pour l’enrober de douceur. L’âpre caractère avant le soulagement. Presque comme certaines de mes séances. Ou la vie de mes patients.

Tandis que vous buvez, votre question me revient. Je voudrais être honnête et vous répondre que mon véritable diplôme est jauni de plus de quarante ans. Mais les circonstances me poussent à rester prudent. Je divise ma vie par dix tout en vous souriant.

« Quatre ans. J’ai fais mes armes en arrivant ici. »

Tu mens, Amon, face à tout ceux de qui tu voudrais la vérité. Tu la détournes dans les épaisses fumées qui composent ta trop longue vie. Mais face aux humains, que faire d’autre ? Certains ne sont pas encore aptes à m’entendre. Certains préfèrent le confort des œillères face aux histoires trop anciennes, peut-être trop effrayantes. Ce que je comprends. Et de toutes manières, je ne suis pas l’intérêt du jour, je n’existe que comme fil conducteur de votre propre récit, Kaelig. Mes compétences sont secondaires, tant qu’elles amènent à votre bien-être.
Le dos droit, les jambes croisées, je suis prêt à vous écouter. J’ai le sentiment qu’il ne s’agira peut-être pas de ma session la plus simple, mais aucune ne l’est, au fond. Tendres humains et leur complexité...

« Y’a-t-il un sujet que vous souhaitez aborder en particulier ? Votre famille, peut-être, puisque vous avez évoqué votre filleule ? »

Aiguillage léger sur des rails flexibles.
Tu peux à tout moment changer la direction du train, petite âme.

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Kaelig Taur
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MessageSujet: Re: Sanctuary || ft. Kaelig   Jeu 23 Aoû - 5:13

-  Nous pouvons la remercier dans ce cas, elle a été bien inspirée de vous y initier. M'initier à l'eau parfumée à l'herbe. Donc. Si je fais sécher mon gazon ça me revient moins cher. C’est un thé vert chinois Long Jin, directement importé des rives du lac de Hangzhou.

Haussement de sourcil circonspect.

- Si vous le dite. De la pelouse, ça reste de la pelouse, qu'importe que de petits chinois triment dans une rizière pour la ramasser.

Quatre ans.

Quatre ans, c'est tellement rien à l'échelle de mes soixante ballets. J'éprouve le besoin de me lever et de prendre la porte. Ce n’est que ma bonne éducation qui me retient à mon siège.

Et le visage d'Eli,
sa joue cherchant ma paume,
comme un chaton dépenaillé.

- Vous êtes un blanc-bec en somme, sauf votre respect. Je vais être franc, je n'ai aucune confiance ni en vous, ni en votre engeance. On m'a inculqué dès le plus jeune âge que recourir à un psychiatre signifiait deux chose s: qu'on était fou ou sous l'emprise d'un charlatan, parfois les deux.


Bases posées de but en blanc, sans pincette ni courtoisie. C'est son boulot, après tout, de m'écouter parler de mon ressenti.
Bouffe-le donc, mon ressenti !
Étouffe-toi avec ! Régurgite-le si tu peux !
Prouve-moi que quatre années ça suffit !


Pour faire de toi le rempart
et le remède à mes tourments.

Tu ne te démontes pas le moins du monde. Calme et maîtrise de soi. J’apprécie. Tu n'as pas encore mon adoubement, mais sache que je suis sensible à toute forme de résilience.

- Y’a-t-il un sujet que vous souhaitez aborder en particulier ? Votre famille, peut-être, puisque vous avez évoqué votre filleule ?

Silence.
Je me renfrogne.

- Hum....

Nouveau silence, plus étiré, comme si je cherchais par quel bout prendre le sujet. Pelote de laine et d'épingle. Meli-mélo. Bordel et Chaos qui se roulent des galoches

- ... Non.... C'est... Oana, Johann, Andres..... Ciulin, Rihannon, Cristian, Mihaï... Nelu, Iualan...... Mon père. Écoutille du cœur fermées à double tour. Voie sans issue. Non, je regrette.

Il faut bien que je parle de quelque chose. C’est le jeu. La partie de ping-pong. Si je ne lui laisse rien à moudre, passer cette foutue porte n'aura strictement servi à rien.

Et de nouveau, ton visage s'impose, et ta voix m'enveloppe.
"J’espère que t’iras pas en Enfer. T’es gentil avec moi."

-..... J'ai rencontré une jeune fille. Ton laconique, phrases brèves. Elle n'a même pas trente ans. Elle est atteinte d'un cancer généralisé. Elle voulait se suicider et... et je l'ai empêchée...

Émotion brusque qui m'étreint. Regard qui fuit vers le parquet. Je me lisse la barbe sans m'en rendre compte, comme pour occuper mes doigts agités.
Mon coeur agité.

- Elle avait choisi son moment et son lieu, elle s'était préparée mentalement. J'ai tout foutu en l'air. Je me suis foutu en l'air. Je... je ne sais pas si j'aurais du...

Lui donner de l'espoir.
Et de cet amour que je n'avais pas prévu.

Mutisme de nouveau.
Je comprends soudain la vertu du thé qui passe mes lèvres et dévale ma gorge. Occuper le vide entre chaque mot. Merci petits fermiers chinois...
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Amon El-Hadji
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MessageSujet: Re: Sanctuary || ft. Kaelig   Ven 7 Sep - 5:19

Sanctuary
Kaelig & Amon

Vous n'êtes pas le premier, monsieur Taur, loin de là, à vous méfier à coeur ouvert des guérisseurs de la psyché. Je vous comprends, sans vous l'avouer, juste un sourire nouveau qui prend place sur mes traits. Vous savez, j'étais comme vous. Il y a bien longtemps, où tout ça n'existait pas. Il y eut une époque où moi-même, je n'y croyais pas, à ces formes de manipulations trop insidieuses qui venaient se loger au fond de moi pour me transformer. Trop de souvenirs terribles liés à cette pratique tordue par des humains sans foi ni loi. Trop de pertes, de moi-même et des autres, dans les affres sans fin d'un tourbillon aliéné. Se confier, c'est perdre un peu de soi, un peu du mal-être qui nous construit malgré nous. C'est donner à l'autre un aspect qui nous dégoûte parfois. Et l'on redoute, évidemment, qu'il en fasse le pire.
Je vous comprends, Kaelig. Mais n'ayez pas peur. Ne fuyez pas. Pas maintenant que vous avez fait le plus dur pour vous, à savoir, venir ici.

« Je ne vous demande pas encore votre confiance, ce serait bien présomptueux de ma part. Et j'ai conscience que la démarche de vous rendre dans ce genre d'endroit n'a rien de simple. Mais je peux déjà affirmer que vous n'êtes pas fou, et que je ne suis pas un charlatan. Ce n'est déjà pas si mal, qu'en pensez-vous ? »


Le thé se hisse jusqu'à mes lèvres. Je ne suis pas certain que vous apprécierez le vôtre, tout du moins, si vous consentez déjà à le humer, ce sera déjà un bon début. Ne jamais précipiter les choses. Laisser les pistes devant l'autre, et le laisser choisir. Il n'y a qu'ainsi que je pourrais savoir qui tu es. Je demeure silencieux après l'évocation de la famille. Tu la réfutes. C'est déjà quelque chose. Et tu choisis, finalement, comme je l'escomptais. Tu te diriges toi-même sur tes propres rails. Mes yeux t'observent, éloquents, alors que tu te livres.
Bien. Débutons donc, Kaelig Taur.

Ravisé dans mon fauteuil, la posture se veut professionnelle, quand ton discours me touche déjà. L'affecte qui s'érige en moi, face à la montagne qui s'effrite, petit à petit. Des évocations plus profondes, des souvenirs qui n'appartiennent qu'à toi.
Tu me laisses un peu de tes véritables couleurs, petite âme. Merci.

« Pensez-vous qu'il s'agissait d'une erreur, de l'avoir détournée de sa propre décision ? »

Les mots sont choisis, pondérés. Mes interventions ne servent pas te donner la vérité que tu cherches, malheureusement. Elle doit se trouver au bout de ton propre chemin.
Je te vois boire, enfin. Nouveau sourire, sans joie marquée. Simplement présent, pour t'apaiser.

« Peut-être avez-vous vu en son sauvetage une forme de pardon. Il s'agit souvent d'une voie de rédemption, d'accorder ce geste aux autres. Geste que vous auriez peut-être aimé que l'on vous accorde, autrefois. »


Crois-moi, je sais ce que c'est.


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Kaelig Taur
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MessageSujet: Re: Sanctuary || ft. Kaelig   Jeu 13 Déc - 9:33

-  Pensez-vous qu'il s'agissait d'une erreur, de l'avoir détournée de sa propre décision ?
-... Chais pas. C'était égoïste, irresponsable peut-être. J'avais pas à imposer mon bon vouloir sur un truc si... personnel. Mais... Je l'ai fait.
- Peut-être avez-vous vu en son sauvetage une forme de pardon.
- De "pardon" ?


J'ai un ricanement grinçant.
Allez, face de toast, balance-moi ton préchi-précha new-age qui , au final, ne sera qu'une resucée de catholicisme indécrottable. Prier, pardonner, tendre l'autre joue par culpabilité... Regarde-moi bien dans les yeux, gamin. Je distribue les mandales, je ne les reçois pas. Et si c’est le cas, je ne le montre pas. C'est ainsi que l'ont m'a fait...

...Plier et rentrer dans le rang.

- Il s'agit souvent d'une voie de rédemption, d'accorder ce geste aux autres. Geste que vous auriez peut-être aimé que l'on vous accorde, autrefois.
- Non.. Non on va arrêter directement avec les bondieuseries de merde !
Que je coupe, sec comme une lame de machette. La Rédemption n'a jamais été programme de mon éducation, ce ne sont pas les valeurs dans lesquelles ma lignée baigne depuis des siècles. Oui, nous fûmes de vrais et bons chrétiens, mais lorsqu'il a fallu se salir les mains pour bouter l'envahisseur hors de nos terres afin d' empêcher viol et rapt d'enfants, massacre de villageois sans défenses et familles entières démembrées, les Taur n'ont pas hésité à éteindre la lumière. On ne connaîtra jamais la rédemption. JAMAIS ! Nous sommes né dans le sang, nous mourrons par le sang, et toujours DEBOUT !

Je reprends mon souffle en avarie. Je regarde le psychiatre, interloqué. Les derniers mots je les ai vociférés avec une hargne brutale, une perte de retenu totale. La pierre s'est fendue, laissant une vapeur brûlante de colère et de frustration s'en échapper.

- .. V... Veuillez m'excuser... que je dis à voix  basse en me renfonçant dans son siège.

Comment expliquer à un total étranger que cette jeune femme est aussi prisonnière de sa vie que je ne le suis moi même ? Tout ce que je voulais... Tout ce que je voulais....

- Je ne voulais pas qu'elle parte en étant toute seule...
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Amon El-Hadji
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MessageSujet: Re: Sanctuary || ft. Kaelig   Mer 2 Jan - 8:47

Sanctuary
Kaelig & Amon

Prévisible. Salvateur. La carrure et l'attitude ne trompent en rien, monsieur Taur est détrempé d'une évidence touchante. Pauvre homme rompu à l'exercice de tout cacher, le bon comme le mauvais, figure de marbre taillée dans le granite qui s'expose à l'érosion. Je m'attendais à une réaction. Elle fût accueillie, dans toute sa violence et sa verve explosive, boursouflée d'informations qui ne manquent pas de m'interpeller. Le patronyme sonnait déjà comme une attention particulière à la prudence, et le reste suit son cours naturel. L'Homme, l'humain, chasse, persuadé d'être proie. Tuer avant de finir entre les crocs et les griffes. Un instinct prisé d'une survie nécessaire face à certains de mes congénères prompts à imposer leur terrible nature. C'est une démarche humaine que je peux comprendre, mais je ne cautionne pas. Aussi, Kaelig Taur, tu resteras un patient comme un autre. Je ne suis pas ici pour juger tes actes, mais voir à quel point tout cela t'impacte. Dépose donc les armes au Sanctuaire.

Les excuses fusent devant mon expression neutre, certainement teintée d'une forme de tendresse. Pas de pitié face à la douleur évidente. La compassion prend le dessus.
Je vous en prie. Vous êtes ici pour ça. Sourire entendu, humidifié du breuvage chaud. Une pause pour collecter mes pensées, et tenter de le rassurer. Rien ne sortira d'ici, soyez-en sûr. Vous êtes simplement là pour vous épancher sans remords, alors ne vous excusez plus. Ici, vous avez ce droit de parler librement. Sans peur aucune que l'on vous le reproche.

Je finis par déposer la tasse sur la table basse. Jambes croisées, mains nouées, les yeux qui cherchent à faire passer ce message clair et précis. Il n'y a aucune honte à se sentir libre, quand bien même le sang a imbibé les maillons des chaînes que l'on brise.

J'entends bien que votre famille reste un sujet délicat. Faille à creuser, plus tard, quand la terre de la montagne se fera plus meuble. Souhaitez-vous me parler d'elle, dans ce cas ? De cette fameuse jeune fille ? De quelle manière voudriez-vous la qualifier ? Je me rattache à la seule parcelle de lumière que tu m'offres, jeune homme. Difficile d’appréhender la terreur que je peux lire dans tes yeux. Partir seul est la peur de grands nombres. Rien d'autre que la solitude au moment de la dernière heure, après avoir passé une vie entière à la construire. Il est bien normal de redouter l'idée que les sacrifices personnels ne laisseront, finalement, rien d'autre que du vide. Regard qui ne dément rien, face aux pensées qui dérivent. L'heure tourne lentement, tic tac tranquille. Ce que vous prenez pour de l'égoïsme ressemble beaucoup à une forme d'amour filial. Familial.
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MessageSujet: Re: Sanctuary || ft. Kaelig   

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