Revenir en haut Aller en bas



 
AccueilAccueil  TWITTERTWITTER  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

on vous invite à privilégier les fantômes et les petits humaiiiiiiins
nous sommes présentement en automne 2017 (septembre, octobre, novembre) I love you
RH célèbre ses deux ans ! merci à tous, on vous aime !

Partagez | .
 

 crimes passionnels. (ren)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Auteur
Message
avatar
newbie ○ take me to church
messages : 198
double-compte(s) : aucun.
crédits : self.
MessageSujet: crimes passionnels. (ren)   Jeu 2 Aoû - 18:48

« Through every forest above the trees, Within my stomach scraped off my knees I drink the honey inside your hive. You are the reason I stay alive. » n. i. n.

— Ξ —
Le rideau en fer du semi-remorque valdingue en grinçant de tout son soûl. Sont vomies à la sorgue huit pâles anatomies qui, aussitôt éblouies par le rai d’une lampe-torche, gigotent et piaillent. « Elles sont toutes là. » Le faisceau fait flamboyer les minois apeurés des jeunes-femmes que l’on toise une à une comme des ovins prêts pour l’abattage. La seconde silhouette, qui rejoint l’évident geôlier, lève phalanges puis abaisse le bras inquisiteur ; d’emblée, la lumière quitte les étoiles amassées pour clarifier les godasses masculines. « Ça ira, merci. » Lapidaire, la soudaine phonation du Comptable rompt net le zèle du chauffeur — moins par indulgence envers les agnelles que pour s’éviter la peine de devoir lénifier leur angoisse. « Éteignez. » L’olibrius s’exécute tandis que son interlocuteur glane au portefeuille l’oseille tant attendue. « Il manque soixante balles…! » Nullement émues, les serres du rapace rangent le pécule après avoir légué la somme alestée. « Elles sont déshydratées. Et effrayées. Je serais curieux de connaître leur version du voyage, m’est avis que leur opinion vous concernant serait des plus instructives. » Ça renifle. « Vous m’payez pas pour leur offrir une croisière de luxe. » Les lippes du Maure se fendent et sourient. La disharmonie créée avec ses orbes orageux produit un masque affreux, particulièrement laid. « Nous vous payons pour que les colis arrivent en bon état. Ça, ça n’est pas ce que j’appelle une transaction scrupuleuse. Ménagez vos passagers, la prochaine fois, je serais désolé de devoir mettre une fin abrupte à notre partenariat… » Coup de canif dans les esgourdes. Suffisamment âcre pour qu’on ne rétorque rien. L’initié achève son labeur en transférant les ondines dans la bétaillère garée à moins d’un mètre et s’esbigne sans plus attendre. Al-Rahman chemine jusqu’au convoi tandis que les pneus de l’autre crissent sur le gravier du parking sauvage, et s’arrête à hauteur des putains — filles pour la plupart sans papiers, mômes à pouvoirs exploitées par un cartel du grand ouest canadien. L’un des angelots aux ailes brisées jette à Umar une prunelle reconnaissante ; articule un merci aphone. Mais Umar n’en veut pas, de la gratitude du monde. Sa pogne rabat vigoureusement la portière arrière et le silence se fait.

Trois heures du matin. Le frimas s’est emparé des vitres, il durcit la chair et s’étend dans le creux des souffles. Le Maure n’a pas bougé d’un iota — continue de fixer la route. À son âge, on ne compte plus les heures ; sa nature toute entière tracasse Chronos. Agréable et fortuite, une euphorie, somme toute décadente, perle à la surface de son flegme à mesure que l’heure H approche. Il est comme un gamin. Un ogre. Un vide. Dans les trois cas, son caprice, sa proie, son tout, va, après plus de trente piges à le leurrer, enfin succomber. Quitte à devoir l’effeuiller, le Lotus sera sien, définitivement. C’est une promesse qu’il se fait, à lui, et à son orgueil, pauvre plaie purulente que l’épouse a assaisonné là de railleries, là d’affronts — là de factures exorbitantes. Certes, l’onéreuse insolence de Ren ne l’a jamais vraiment dévasté ; et, de même qu’elle s’est toujours satisfaite de son rôle de teigne, lui-même s’est plu à jouer le mari disgracié. Point trop n’en faut, cependant. Assez ri. Assez gueulé. La dispute n’a que trop duré. S’il est vrai que le Temps n’a plus pour lui guère d’importance, celui passé loin de sa harpie affadit une existence morne depuis déjà quelques siècles.

Une bagnole tranche la poix nocturne et dérange ses songeries. Les phares inondent son faciès, trahissent sciemment sa présence et puis, après une lente avancée, la caisse finit par faire halte. Il est le premier à sortir, à se planter là, en plein no man’s land, mains encaissées dans ses poches de jean, rangers, blouson et casquette ne flattant que mieux sa panoplie de pécore. Ses babines ont la gaule, risette cette fois franche, quoique moqueuse. « Montre-toi, chérie. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
newbie ○ take me to church
messages : 81
double-compte(s) : none.
crédits : by sarasvati
MessageSujet: Re: crimes passionnels. (ren)   Ven 3 Aoû - 10:52

Pour seule escorte, besace et carte routière sont bazardées sur l'siège passager du pick-up – mosaïque de tôles oxydées qui n'a, soupçonne le Lotus, jamais connu d'jours sensiblement plus radieux à celui-ci, pluvieux et gris. D'humeur suicidaire, et pour cause, l'astre diurne ne s'trahit que pour s'empaler aux cimes raides de la pinède ; morne déclin, que les quinquets bridés scrutent au revers de bésicles fumées, en poireautant après le bon-vouloir de Jim – gros lard asthmatique en bleu d'travail, garagiste sur le papelard, receleur à ses heures. Le voilà qui s'radine, au détour d'un pilastre de moteurs crevés, badigoinces moites de régal ; c'est qu'il a fini par lui dégoter un pigeon, à son foutu cageot d'rouille. « Il roule, au moins, ton tacot ? » Haletant, tel quelque galeux coyote, le salopard flatte le postérieur cabossé d'la gimbarde. « Comme le cul d'une ribaude ! » Un sourcil cabre, au-delà des montures noires. « Vous les usez tant qu'ça, vos putes aussi ? » Au clown de s'esclaffer, en s'rossant la bedaine. « C'pas dans les vieux pots, qu'on fait la meilleure confiot' ? » Il marque un point ; elle opine, fauche la clef pendue à son sauciflard de majeur et à rebours, allonge, au recto d'la pogne jaspée d'fuel qu'il éploie, la poignée d'dollars promise – fraction du budget alloué à la besogne, tantôt exhumé d'son craft, sitôt après les maigres détails qu'on a jugé bon de lui confier ; à savoir lieu, et heure. Suspicion avec laquelle la Contrebandière a, au demeurant, l'habitude de composer. Au moins, n'a-t-elle cette fois-ci pas à couvrir les frais relatifs à la mission de ses siens honoraires – largesse d'autant plus estimée qu'elle n'a pas été sollicitée. La non-affaire à peine conclue, que déjà, cylindres et pistons se font la nique ; direction les confins d'Alberta, par ses ombrages. Torves sentes sylvestres, dont les pneus ne se déchausseront pour n'aborder la voie rapide qu'au dernier moment – sait-on jamais, que l'usuel itinéraire soit fliqué.

Une enseigne caviardée signale une vingtaine de miles à survoler encore, avant contact. Quinze piges, qu'elle risque ses miches à arpenter le (plus si) Nouveau Monde, à la rescousse des persécutés, et pourtant. Toujours c'même frisson d'insanité lui ramone les lombes. Éréthisme que taquine le danger ; sa motivation dominante, quoiqu'elle argue narguer le Fatum par seul appât du gain. Bobard indolore qu'elle s'plaît autant à gober qu'à dégorger, lubrifiée qu'est sa gouaille, sous sirupeuse lampée d'déni. De la dextre, éventre alors le cuir brun de la sacoche, l'allège de son phallique artefact – un trapu Smith & Wesson lesté d'plombs – ainsi que d'un d'ces clous d'cercueil au filtre blafard, labellisé Davidoff, qui s'en vient s'nicher sous canine. Manœuvres aux allures de rituel, exécutées d'instinct ; car les pensées sont, elles, déjà focalisées sur les abords désertés du rencard. Il est trois heures tapantes, lorsque, phares braqués tels deux lances au travers du ventre nocturne, la bagnole pénètre la lice, allure réduite au pas.

Plantés, à s'y fêler, dans le plastoc' du volant, les ongles cramoisis égrugent un spasme ; et la nuque, percutée par la brutalité du choc, se brise dans un juron nicotiné, comme pour esquiver la plissure narquoise du regard familier s'en venant la souffleter. Car, chancelant à l'orée d'une inepte conviction, la Proie se persuade encore que le Prédateur ne la voit pas –  supposément ébloui qu'Il est, par l'écume incandescente que lui glaviote la paire de spots. Bulle d'absurdité qui lui pète à la truffe, nonobstant, tandis qu'elle frôle la contorsion incisive des lippes impérieuses, débitant syllabes au couteau. « Montre-toi, chérie. » Il sait ; pire, il triomphe, le bel Enfoiré. Mais Chérie, elle n'obtempère pas pour autant ; ravale un mollard de furie pure, fait durer le plaisir, suçant sa tige jusqu'à la racine, songeant qu'elle pourrait. Broyer l'accélérateur, pulvériser sa putain d'risette exultante. Elle pourrait, si elle ne sacralisait pas tant sa fieffée gueule de loup. Par la lucarne, estropiée d'son vitrage, l'épouse expulse le fumeux mégot d'une chiquenaude, entre l'pouce et l'index ; et de l'autre main, s'en vient s'fourrer le calibre entre les reins. Enfin, impose silence à son tas d'ferrailles grondant ; et puis, hors de l'habitacle, débusque sa dégaine à la désinvolture putassière, émanant d'audace mal placée, tous azimuts. Des arpions au museau, elle le reluque de traviole, en contournant la proue du véhicule, phalanges grippées aux creux de ses hanches. Blâme muet, visant mêmement la cocasse défroque et le décor de leurs retrouvailles, coloré d'une criarde ironie – car de la peine, la garce se doute qu'il s'en est donné, afin d'orchestrer tel guet-apens. Au demeurant, s'en cogne, de ces quelques détails dénigrés ; n'ayant d'yeux que pour lui tenailler l'effigie, entre étau d'hargne et d'ardeur. Portrait qu'elle débarrasse, parvenue à hauteur, de son couvre-chef amorphe, et sur le masséter hispide, n'dépose rien que le souffle d'un baiser mutin – rien qu'un murmure, à l'indécence furibonde, à peine voilée. « Je ne t'ai pas trop fait poireauter, j'espère, mon amour ? » Puis, battant en retraite pour mieux le déborder, désigne du menton la bétaillère, comme si de rien – ou presque – n'était ; et ainsi rafler à l'urgence de quoi ossifier sa si chétive contenance. « Qu'as-tu là ? »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
newbie ○ take me to church
messages : 198
double-compte(s) : aucun.
crédits : self.
MessageSujet: Re: crimes passionnels. (ren)   Lun 6 Aoû - 18:31

Ren ne décanillera pas. Il sait, dans le fond, combien sa garce aime les duels – cramoisis et sans sutures. Ça n’est pas le sursis qu’elle offre à leur tendre bagarre qui, par ailleurs, inquiète la fièvre de l’époux. Chaque seconde écoulée apporte au contraire son lot de jouissance tant le Lotus suggestionne, à l’instar des ribaudes calfeutrées dans la bétaillère lorsqu’à leur art elles s’adonnent, la promesse d’un régal paresseux mais violent. Les commissures hispides ne décroissent pas ; narguent ; ameutent ; maudissent – pieusement. Ce ne sont pas deux yeux qui la matent au sortir de sa caisse, mais une horde entière de calots qui rivent leur attention sur la muse nécrophage du salaud – pour qui rien n’est jamais suffisamment beau, d’habitude. Le ramassis d’esprits hantant l’Ignare se rebiffe, heurte les flancs de sa femelle qui, à toute blinde, percute langoureusement la carcasse immobile, sans non plus faire état de ce plan mitoyen qui la hait au moins autant que son pivot noirâtre. Il l’inhale. Flaire son parfum de débauche. Sa fragrance d’insolence. Manque la serrer entre pinces pour sévir et reprocher l’insulte perpétrée. Mais la punition attendra ; car, forcément, elle tombera, chaloupant entre reins, de préférence. Mutique par choix – celui du silence qui, blotti à revers de sourire, condamne – le Maure gire sur ses appuis une fois l’interrogation articulée. « Des brebis égarées. » S’amusant de la formule à ce jour tant et tant râpée par les poncifs contemporains, il poursuit, davantage stoïque. « Huit filles du Réseau Rouge », n’aura pas échappé à la Contrebandière la mainmise russophone exercée sur le proxénétisme de l’ouest, aussi enchaîne-t-il, « Huit anomalies qui inquiètent leurs tuteurs. Achetées au préalable pour leur don, qu’elles ne maîtrisent somme toute pas. C’est une rengaine que tu connais bien, on les déifie, les convoite, et puis c’est l’accident, la chute, et enfin le rejet. Il y en avait deux autres. La première a été éviscérée. La seconde noyée. Aucun passeport, personne pour s’inquiéter ou les pleurer. »

Tout, dans le disgracieux tableau qu’il lui exhibe, et ce malgré l’apparent naturel du malheur de ces mômes, a été poli pour bluffer les entrailles de celle qui fut Courtisane. Un appât de choix. Dont il ne cherche même pas à épointer l’épineuse flagrance ; puisqu’à tout jeu, ils se devinent. « J’ai besoin que tu les caches à Blackwater. » Un sourcil s’arque. « Ils ont besoin que tu les caches. » Rectification faite, la phonation rocailleuse se défrusque de ses fleurons professionnels et rauque plus pesamment, ouvertement possessive. « Ce dont j’ai besoin, moi, c’est que tu ne dévisses plus ton cul d’ici. » Ou d’ailleurs. Tant qu’il peut avoir un œil, et une griffe, sur sa tempête de femme.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
newbie ○ take me to church
messages : 81
double-compte(s) : none.
crédits : by sarasvati
MessageSujet: Re: crimes passionnels. (ren)   Lun 13 Aoû - 16:29

Cillant de biais sur les reliefs cloîtrés des femmes-objets, innocents rouages de la mécanique amoureusement huilée pour la bâfrer, la Contrebandière opine. Frénétiques nutations d'caboche déguisant, en fait, l'agonie de ses nerfs, brides tiraillées par les ruades d'un monstre de honte, que les jubilations d'Umar éperonnent. C'est qu'elle devine enfin, quoique trop tard, les fils blancs cousus au revers de la sordide mise en scène ; entrelacs d'chaînes et d'sangles, tendus rien que pour la ligoter à ce traquenard, au canevas trop familier. C'est que tout y est, pour la contraindre à se souvenir ; pire, à s'apitoyer. Depuis ces quelques détails morbides qu'il lui relate, jusqu'aux regards à la douloureuse fixité que les infortunées lui larguent, par delà le galandage de ce qui ne s'apparente à rien d'moins qu'un sérail monté sur châssis. En effet, la magouille est efficace, et d'autant plus outrageante ; puisqu'enfin, c'est avec la Catin que l'Enfoiré converse là, et avec nulle autre des pourtant multiples identités de celle en qui il prétendait, naguère, distinguer une égale. Ramenée brutalement à son rang de courtisane, l'Humiliée titube encore sur quelques foulées, museau hissé pour pomper l'air froid que crachine l'empyrée, en vain ; la brise se débine, lui file entre les lèvres, sans parvenir à forcer sa gorge étroite, que l'ire strangule.

Nonobstant, c'est l'orgueil de l'épouse qui morfle, encore ; pas celui de la pute, qui au contraire préfère les francs soufflets aux spécieuses caresses. Aussi, et puisqu'on invoque cet envers le moins louable de son personnage, c'est la Damnée qui pivote, vers l'Impérieux, le bout d'son si joli petit nez d'albâtre, rompu à l'art d'asphyxier avec charme. « Tu ne m'as cependant payée que pour satisfaire un seul de ces deux besoins, chéri », qu'elle gouaille, sourire en coin, en visant la cargaison du regard. « Toi, mieux que quiconque, sait que la charité n'figure pas au nombre de mes petites vertus. » Ce sifflant, la cynique simule une moue navrée, aussitôt sabrée au fil d'un rictus incisif, redoutable. « Mais l'une d'entre elles t'accordera, sans doute, dans un généreux élan d'gratitude, la faveur de jouer gratis les Mrs. Al-Rahman. Un cul est un cul, n'est-ce pas ? » Elle hausse les épaules, feint de s'en foutre, puisqu'ainsi sont les radasses ; indifférentes, et remplaçables. « Tu n'feras pas la différence. » Chaloupant alors derechef vers lui, le menton fièrement dressé, en guise de mise au défi d'acquiescer, elle le toise de toute sa hauteur, qui n'a soudain plus rien d'la basse hardiesse dont sont dotées ces vulgaires simulacres, amassés dans la bétaillère ; reflets tordus auxquels il a voulu croire qu'elle s'assimilerait. « L'as-tu jamais faite ? » Question rhétorique, ponctuée d'un ricanement las – sincèrement désolé, celui-là.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
newbie ○ take me to church
messages : 198
double-compte(s) : aucun.
crédits : self.
MessageSujet: Re: crimes passionnels. (ren)   Mar 21 Aoû - 15:44

Un sourire à la pâleur exsangue vient narguer sa gueule. Tout au contraire noirs, les rires étouffés dans l’écrin de ses pensées meurent à la surface de ses yeux – dardés sur la bétaillère. S’il est vrai que des culs sont des culs comment expliquer les trente piges passées à chasser le sien dans toutes les villes que cette contrée recèle ? Dix ans de terrain. Vingt d’investigation. Une moitié de vie pour certains, une éternité pour lui ; en disparaissant cet automne chaud et capricieux de 1985, Ren a emporté avec elle tout ce qu’il restait de son épave à lui. L’existence est redevenue insipide, difficilement tolérable, un déjà-vu à peine plus épicé que les siècles précédents. Même la colère, pourtant vive, bouillonnante et douloureuse, a flétri avec le reste. Quelques interrogations ont cependant subsisté, survivant à grand-peine sur le tas d’ordures que sont devenus les émois de l’Ombre ; parmi elles, celle qui fâche, intuitivement nocive, délibérément corruptive, fille facile qu’un rien enflamme. Et la voilà qui s’excite, d’ailleurs, à l’entente du sarcasme, déliant ses ardeurs dans l’esprit qui l’a vue naître. Combien de substituts ont pris la place de Mr. Al-Rahman ? puisque celle de Mrs. Al-Rahman est amovible, dégradable, à peine plus tangible que le serment l’ayant bâtie. Vague à l’âme insignifiant pour ce qui est inhumain, pour ce qui a tant vu et vécu, néanmoins persistant La concernant. « Tu n'feras pas la différence. » Elle est pourtant faite et l’insulte le diffame. Une lippe frémit, grimace, articule l’exaspération. Puis un soupir profond trouble l’ultime quinte du laïus lors même que sa dextre extirpe du jean les clefs du véhicule. « Épargne-moi ta semonce. Je me suis donné un mal de chien pour te retrouver, tu en conviendras, ne me gâche pas le plaisir en récitant trois décades de reproches ravalés. » Les orbes dégringolent contre le minois revêche. Difficile de dire si quelque chose, chez elle, a changé, difficile aussi de vouloir s’en assurer. Il pourrait ne pas apprécier le constat. « Tu peux bien m’accorder quelques heures. On installe les filles dans la planque de ton choix et je t’offre le dîner. » Un éclat fulgurant altère l’ébène de ses yeux, affolant le sens moral sur la nature dudit repas. Il approche d’un pas. Tend le trousseau rouillé.

* * *

Bessie Smith berce les carcasses au rythme des kilomètres avalés. Nobody Knows You When You're Down And Out grésille dans la radio comme une vérité indigeste qu’on prend toutefois plaisir à savourer. Un air froid siffle à travers vitre – suffisamment baissée pour souffler une partie de l’atmosphère que la bagnole fend. Le froid ne lui a jamais convenu. Sans pour autant l’exécrer, sa présence est un malaise qui l’éloigne de ses repères : séquelle malheureuse de toute sénescence, quel que soit le déclin, aucune vieillesse n’est belle à voir. Le passé est plus prégnant, la mémoire assoit son règne et les souvenirs contagionnent tout. Il ne sait plus pourquoi les noroîts l’agacent – ses réminiscences n’ont ni poids, ni mesure, rien qui puisse être simplement contemplé. Tout n’est qu’images et impressions évanescentes. Tout n’est que substances familières bien qu’étrangères dans les sensations qu’elles provoquent.

Tout. Ou presque.

Son nonchaloir meut à peine lorsque son regard décide de lécher la silhouette qui conduit. Un coude sur le rebord de la portière, ses phalanges caressent de leur dos rêche les brins de barbe portraiturant son menton. Il se fout de savoir si elle le voit. Tant mieux si c’est le cas. C’est après tout à elle qu’il pense ; cette môme anémiée trouvée sur les galets. De tous les récits jonchant Sa Période il n’y a que celui-ci, qui lui est limpide ; l’aube tremblante ; l’odeur des embruns furieux traînant sur les peaux salées ; le bruit de l’accalmie s’étirant dans les remous ; les lignes rubigineuses des sangs naufragés ; ce visage poupon bercé par la terreur, et le silence valeureux de sa petite bouche muette. Leur toute première rencontre est une parenthèse intemporelle adorée avec soin et dans laquelle, plus d’une fois, l’homme s’est réfugié.

Alors pourquoi cette déception ?

Imperceptible, elle croît à mesure que les minutes s’écoulent et que la nuit avance, cruelle dans sa lenteur, solide par sa justesse ; tout objet de désir finit par désoler. Il l’a tant voulue, il l’a tant cherchée, que Ren est devenue le plus pur et puissant fantasme jamais créé par ses soins. Rien n’aurait pu, par définition, égaler les espoirs que le Maure avait placés en elle et en leurs retrouvailles ; encore moins le mépris aboulique dont elle a fait preuve. Il attendait une rixe, une guerre, l’autodestruction complète de leurs deux charognes – la passion, en définitive, et sous quelque forme qui soit. Pas ces fades calomnies ruminées par défaut. Il n’espérait raviver aucun amour ; de sa haine, il se serait contenté. Mais existe-t-elle encore seulement ? « Internet », comme ça, brusquement, calmement, grogné après avoir croisé ses bras et abandonné ses rêves pourrissants, « comment est-ce que tu t’y es prise ? » L’annonce et ses plans putassiers ; mais surtout le fond de cette mascarade. C’est à peine s’il sait commander une scie en ligne. Le prodige mérite son élucidation.

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
newbie ○ take me to church
messages : 81
double-compte(s) : none.
crédits : by sarasvati
MessageSujet: Re: crimes passionnels. (ren)   Lun 27 Aoû - 16:49

Là-haut, les ténèbres ont pris d'assaut l'empyrée, étreint ses nues, fait butin de ses rivières d'astres ; et l'ont comme laissé pour mort, entre deux horizons, sur lesquels ne cligne qu'à grand peine son unique quinquet, à moitié crevé. C'est ainsi que Ren préfère la nuit. Sans lueur, sans clarté. Le monde tel qu'il est ne lui devient tolérable que lorsqu'elle ne l'voit plus. Lorsqu'il s'estompe, amorphe, dans les sombreurs. Lorsque, telle une erreur, elle peut le rectifier à sa guise, l'imaginer différent, l'aimer pour ce qu'il n'est plus – mais a été. Te souviens-tu, Umar ? Alors, la tenture obscure se lève, comme au théâtre, sur l'un des milles actes de cette pièce sans titre, s'étant jouée autant de fois qu'il y eut de tristes soirs, en trente-et-une années, onze mois et... un sourire cabriole, d'une commissure à l'autre, avant de s'en aller caracoler au détour d'un virage. Là-bas, jadis. Dans les prairies cramoisies de Chine. Une prunelle distraite le talonne et puis s'envole d'un battement de cils, se dorer la paupière sous le doux soleil d'avril. Le vent, par la vitre ébrasée, dérange la fleur de pavot qu'Il lui a tantôt glissée à l'oreille, en épongeant des lèvres la fièvre de leurs ébats qui perlait à ses tempes. À côté d'elle, l'Époux somnole à présent, cigarillo fiché au coin des lippes. Elle va pour le lui subtiliser, et d'un baiser le soudoyer. Toupine minois en sa direction.

« Internet. » Elle cille. Il ne dort pas, la dévisage, au contraire. Médusée, un instant, interroge son regard ; froid, comme l'ondée qui, au même moment, dégringole depuis les cieux, délavant les tons chauds de son rêve éveillé. « Comment est-ce que tu t'y es prise ? » Son flegme, tout japonais qu'il soit, peine à lisser les contours boudeurs de ses babines. Le silence lui convenait mieux que ces small talks, qu'il fait mine d'initier. Quelques heures..., elle songe. Quelques heures, à quoi bon ? à s'prêter au jeu des causeries décontractées, à souffrir sa tiédeur presque désabusée ? Ça n'était pas cela, qu'elle s'imaginait devoir affronter. « Un Cornu d'Vegas... », qu'elle maugrée néanmoins, en s'logeant le filtre d'une de ses siennes sèches, sous canine. « Il possède c'bordel en ligne, le Golden Boy. » C'est ainsi qu'on négocie les filles – les précieuses – aujourd'hui. Les écrans ont remplacé les vitrines. Allume-cigare entre deux ongles, elle marque un temps. « Ce salopard m'en devait une, et j'avais besoin d'une couverture.. Deux-trois clichés et un blase de pute plus tard, c'était fait. En ligne, comme ils disent. » Une nouvelle identité. Meredith, #teen #asian #bigbutt. Le strict nécessaire. « Le seul soucis, c'est qu'mon téléphone n'filtre pas la clientèle. » Autrement dit, le job s'résume souvent à refouler le pieux chaland, et ses prières libidineuses. « C'est comme ça, qu'tu m'as retrouvée ? », elle s'enquiert, fronçant un sourcil ; pas inquiète, pas sereine non plus. « Ou bien, par eux... ? », ceux-là même dont il mentionnait tantôt les volontés. Deux biais se valant l'un l'autre ; elle s'en fout. N'relance la conversation que pour n'pas perdre la face, et feindre à son tour être dotée d'un cœur endurci, d'un cœur apte à pulser du sang-froid.

* * *

Il est quatre heure et demie, lorsque les phares, enfin, braquent les parages de Blackwater Falls. Bourgade en laquelle la bétaillère n'hasarde cependant pas son hure ; l'engin contourne, longe et puis soudain, s'enfouit à la faveur d'un sentier à peine esquissé sous les denses frondaisons. Toutes lampes éteintes, désormais. Cahin-caha, le fourgon progresse au pas, secouant méchamment sa charge en cognant racines et souches. Plus pour très longtemps. Index pointé. Désigne nulle part. Et là, une cabane. Sordide masure, que la glèbe n'a pas eu l'estomac d'engloutir. Le fiacre de ses dames est avancé, ainsi, jusqu'au palier, que lichen et chancissures ont rongé jusqu'aux clous. « Je reviens », promet à demi-mot la conductrice qui, aussitôt, s'arrache de sous la carlingue, rejoint la poupe de l'épave, et libère les sirènes ruisselantes ; du menton, indique le seul refuge à la ronde. Sans mot dire, ça s'empresse de gravir les degrés d'bois pourri et par l'accès qu'on leur fissure, d'entrer à la file, docilement, Ren fermant la marche silencieuse, à l'instar de quelque sombre bergère.

Et de fait, le tour du propriétaire achevé, la voici qui rebrousse chemin, claquant porte à sa suite. Le perron piaule, sous ses talons, lorsqu'en lenteur, elle le dévale, en considérant les pluvieux environs. Fouets de flotte lui cinglant bientôt les flancs, sans que ça n'semble lui déplaire, puisqu'elle se fige là, de front au pare-choc. Calme. Et puis, tempête. Des poings, cogne la tôle, et puis rugit de concert à l'orage qui n'tonne qu'entre ses tempes. C'est à coups d'grole hargneux, à présent, qu'elle s'attaque aux pneus, et puis d'un mouvement d'humeur, s'éloigne, bat en retraite. Cheveux collés au portrait, naseaux expulsant fumées. Laide, sans doute. Bras en croix, implore pardon, souffle court. « J'peux pas... », qu'elle articule alors, « J'peux pas. » Secouant convulsivement caboche, recule encore. « C'est un jeu, pour toi ? Ça t'amuse ? » Il y aurait d'quoi. Risible est le spectacle qu'elle lui donne à moquer – la Misérable n'en est que trop consciente. « Moi aussi, tu sais. J'me suis donnée un mal de chien, pour... » Disparaître ? Du tout. A-t-elle seulement essayé ? « Pour ça », elle conclue, plus bas, sans trop oser détailler sur le champ, même en pensée, c'qu'elle insinue. « Tu vois, moi j'préfèrerais qu'tu m'craches des reproches à la gueule, des insultes, même... » Le phonème s'esquinte, tiraillé qu'il est, entre colère et douleur. « N'importe quoi d'autre, plutôt qu'ces regards... à peine moins glacés qu'ce putain d'déluge. T'as vraiment plus qu'ça, Umar ? Pour nous, t'as vraiment plus qu'ça ? »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
newbie ○ take me to church
messages : 198
double-compte(s) : aucun.
crédits : self.
MessageSujet: Re: crimes passionnels. (ren)   Mer 29 Aoû - 20:00

Il entend sans écouter. Miettes de vie dont il se repait mollement, sans conviction, pourléchant la saveur tiède des syllabes. N’est retenu que l’essentiel ; et encore. Point trop ne lui en faut pour que la bile monte, essentielle à tout chagrin un tant soit peu féroce – Vegas, facture numéro cent soixante-sept, excès de vitesse sur la 515. On se demande ce qu’elle pouvait bien y foutre, là-bas, un jeudi à 4h53. Et en même temps, dans la citadelle de tous les vices, les prétextes ne manquent pas. Un casse raté. Un éthylisme hagard. Une pipe mal placée. On se le demande, une fois, deux fois, et à la millième spéculation, on abandonne, par confort, peut-être, survie, c’est certain, celle des autres, surtout, ces inconnus sans visage dont il éclaterait bien, et sans autre forme de procès, les ignorants squelettes. « C’est comme ça, qu’tu m’as retrouvée ? Ou bien par eux ? » Du chef, il opine, branle cette cabèche où tournent en rond d’aigres fauves, omettant d’abord de rétorquer, et puis avec autant d‘éloquence, lâche. « Ouais. » Sans plus en dire. Voyant probablement l’écran de fumée s’ébrécher ; Ren n’est pas gonzesse à babiller. On ne la fait pas jaser – humeurs impératrices qu’elle a toujours eues, qui lui siéent. Tous ces fils qu’il a dû tirer, toutes ces pattes qu’il a dû graisser, sa fierté qu’il a humiliée, ce groupuscule intégré, ces costumes, ces masques, ces panoplies toujours plus emmerdantes à porter. Elle ne se doute de rien. N’imagine même pas. Il a tellement perforé les landes pour l’y dénicher que le monde est à présent disloqué. « Ouais, c’est ça. » Paresse à peine déguisée. La fatigue est soudain terrible, quasi fatale.

* * *

« Je reviens », et aux orbes masculins de la mettre au défi, embusqués dans l’obscurité de leur méfiance. La carlingue remue, puis s’immobilise, et trotte dans la poix primitive des alentours la grappe d’agnelles. Bergère zélée, l’épouse pénètre la cahute et disparaît avec elles ; pour les briefer à propos du piètre et nouveau chapitre qui s’ouvre dans leur existence maudite, sans doute, ou leur montrer où glaner les rouleaux de papier toilette. La dextre d’Umar s’approche de la boîte à gants, ouvre, fouille, écarte un pied de biche, repousse des papelards rongées par les mites, glisse sous une écuelle qui n’a pas connu que des textures digestes, et finit par saisir un paquet de chewing-gums. Goût menthe. Fragrance de plastique. Une langue verdâtre est gobée, mâchée, aussitôt suivie par la gravité des traits faciaux qui, lorsqu’ils grignent, creusent le cuir tanné de sa peau. Comme toutes les richesses dont ce siècle regorge, celle-ci est à vomir. Pour autant et parce que l’ennui est assurément préférable aux évasions pensives, les maxillaires continuent de ruminer – sans parvenir à dompter les naseaux et les yeux du Maure qui, alternativement, hument le parfum du Lotus resté clandestinement auprès de lui et contemplent l’ondée larmoyée par l’Éden. Les hivers parisiens s’installent calmement sur le pare-brise, ballotés par l’opacité nocturne qui les emmitoufle de nuances grises ; venelles, cieux et quidams s’y morfondent sans trop de réalisme, davantage entassés, comme le sont les souvenirs négligés ; l’arôme fleuri transpirant du corps nu enlacé au sien n’a cependant rien perdu de ses notes capiteuses, et sa chaleur, inique, détrône l’ode humide chantée sur les toits qui les surplombent. Roues de fiacres et hennissement remontent jusqu’à eux dans un brouhaha assidu, mais ils sont seuls, dans cette piaule sans vitres, alanguis sur des draps moites et des promesses véhémentes.

C’était il y a des millénaires.

La porte de la cabane claque. Ses paupières, lourdes d’être ailleurs, découvrent les pupilles noires qui cherchent aussitôt leurs consœurs. L’attente est moins interminable pour lui qui ne croit plus en rien ; mais Ren éructe soudain des orages de psaumes et c’est toute la chair masculine qui frissonne – extatique. Les canines se suspendent au-dessus de leur gomme, sensibles au fracas extérieur qu’il ne faut surtout pas saboter. Chaque heurt vrombit sur la tôle, franchit les sièges puis parcoure sa carcasse roide comme du marbre. Il les sent, ses coups, il les vit : les savoure. À peine s’éloigne-t-elle qu’il sort, grisé par les chœurs tumultueux l’ayant convoqué, soupant la rincée de l’exacte manière qu’elle endure ses flots en reculant. Les semelles du pasteur pourchassent tout au contraire ces grolles malhabiles qui s’enfoncent dans la glaise, se joignent au sillon qu’elles laissent, traînée de poudre menant à l’explosion. Chacun de ses mots grandit l’ombre qui avance, menace moins tacite qu’elle n’est franche. « (…) Pour nous, t’es vraiment plus qu’ça ? » Les babines recrachent le hachis de menthe – et par là même, prohibent le mensonge. Arriver à sa hauteur n’est pas suffisant. Certains actes n’ont de brave que leur audace. La sienne est puissante, éveillée d’un long sommeil, peut-être même ressuscitée. C’est Elle, qui provoque ça, l’ignition brûlant ce for qui ne répond qu’à Sa voix. Une main attrape l’un des bras croisés, l’attire et, avant qu’un son de plus ne puisse s’échapper, bouscule la silhouette jusqu’au capot de la bétaillère. Les reins y sont écrasés. Le faciès est harcelé. « T’avais qu’à revenir. Je t’en aurais vomi, des couleuvres, je n’avais même que ça en bouche. Mais t’as préféré aller à Vegas, à Detroit, à Phoenix, dans les plus petits patelins de ce foutu pays, pourvu que t’aies pas à m’affronter. » Sa senestre éclate contre menton, bout de minois qu’il saisit méchamment. « Devine quoi chérie. J’te hanterai jusqu’à la mort. Et si aujourd’hui je n’ai plus rien à te dégueuler, demain, j’inventerai des anathèmes cousus sur mesure pour qu’ils ne quittent aucun de tes cauchemars. » Les ongles s’arrachent et agrippent à présent les nippes qu’il malmène, découvrant l’encre christique et l’énorme stigmate en forme de pétales. Sous le tatouage, la cicatrice. Sous la couche de rancœur, leur souvenir. « Il doit bien rester une place, là-dedans, où loger ma vengeance, » une griffe s’enfonce dans la blessure, manque la rouvrir, « puisque tu m’as exilé d’ici », en déchirant cette fois le tissu couvrant sa poitrine. Sans que les portraits, jamais, ne se quittent, se soufflant dessus comme des fournaises.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: crimes passionnels. (ren)   

Revenir en haut Aller en bas
 

crimes passionnels. (ren)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Énigme 124 : Chambre close 2
» PODCAST ET EUROPE 1
» [kit de démonstration] Premiers pas dans l’univers de Crimes
» roos {nine crimes}
» le coin lecture

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
≡ RAISE HELL. :: FAR FROM ANY ROAD :: out of the furnace :: alberta-