Revenir en haut
Aller en bas



 
AccueilAccueil  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
on vous invite à privilégier les fantômes, les djinns et les petits humains
nous sommes présentement en hiver 2017-2018 (décembre, janvier, février) I love you

Partagez | .
 

 nowhere to run (amon)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Auteur
Message
avatar
shapeshifter ○ leave my body
messages : 299
double-compte(s) : nope.
crédits : self, siren charms, vocivus.
MessageSujet: nowhere to run (amon)   Sam 11 Aoû - 1:31


Is it possible that existence is our exile
and nothingness our home?

@amon el-hadji

Le rituel de lavage antiseptique des mains achevé, un soupir quitta les lèvres du Dr. Galaroza. Le battement dont il disposait avant la prochaine intervention était d'une heure et demie, et il tombait bien, très bien même. Antelme ne rêvait plus que de deux ou trois espressos, bien serrés, pour tenir le coup jusqu'à midi. Cette nuit de garde avait été particulièrement intense. Pour commencer, deux alpinistes français leur avaient été rapatriés d'urgence dans un sale état. Galaroza n'avait eu aucune difficulté à distinguer les lacérations toutes semblables à celles d'un wendigo sur le torse des malheureux. Aussi, quand les autorités locales étaient venues lui demander son rapport, il leur avait offert un grand sourire ainsi qu'un : Féroce, cet ours ! Ils ont eu de la chance. Car oui, les deux alpinistes s'en étaient sortis. Avec des souvenirs made in Blackwater Falls, mais des souvenirs tout de même. S'en était suivi un homme victime d'un traumatisme crânien à la suite d'une chute, puis d'une hépatotomie pratiquée pour l'exérèse d'un abcès hépatique chez une sexagénaire.

Antelme poussa un nouveau soupir en retrouvant les couloirs de l'hôpital. Protéger la communauté surnaturelle de cette ville était avant tout un jeu de mensonges et de cachoteries, et cela ne serait pas près de changer. De sa démarche toute féline, Antelme gagna la salle de pause, vidée de ses stagiaires partis décéder quelque part, ailleurs, dans l'hôpital. Apercevant une poignée de gobelets empilés les uns dans les autres mais traînant sur une des tables, il les attrapa et les jeta à la poubelle en levant les yeux au ciel, agacé. Ça n'était pourtant pas si compliqué. Cette chose faite, il se tourna vers le distributeur de boissons chaudes. Il se fit couler un espresso, le premier d'une, il le sentait, très longue série. C'est qu'il n'était pas bien difficile en matière de café, Antelme. Il fallait dire qu'il n'était pas non plus un grand amateur de caféine. Elle l'aidait seulement à rester éveillé. Il était plutôt thé, l'Andalou, mais l'effet sur l'organisme était loin d'être le même. Debout face à la machine, Antelme attendit patiemment que sa boisson tiédisse, puis il siffla le gobelet d'un trait. Cela avait beau être du pur jus de chaussette, c'était un jus de chaussette particulièrement revigorant. Antelme coinça une touillette entre ses dents, puis tendit une main squelettique vers la machine afin de faire couler un second espresso. Il ne mangeait pas beaucoup, le bougre. Pas assez. Tant et si bien qu'il nageait presque dans sa belle blouse blanche. Pas par désintérêt. Pas non plus par dégoût. Par manque de temps, principalement. Antelme aimait la bonne cuisine, la belle gastronomie, et rechignait généralement à taper dans tout ce qui s'apparentait à des sandwichs. Il ferma les yeux le temps que le café coule, s'octroyant ainsi vingt-cinq secondes de micro-repos, essayant de chasser de ses oreilles les grondements de son estomac. Il se promettait d'aller manger quelque part en ville en sortant de l'hôpital lorsqu'il entendit des bruits de pas dans son dos. Il se retourna de moitié, et sa mine alors pensive s'éclaira à la vue d'un visage plus que familier. Amon se tenait à quelques pas de lui. Cela lui arrivait de passer à l'hôpital pour quelques consultations, mais c'était occasionnel. Antelme, un large sourire greffé sur la trogne, attrapa son gobelet d'espresso tout juste rempli et se dirigea vers le djinn. « Allons bon, mon cher psychanalyste, vous voici tombé du lit et rendu jusqu'ici. » Il posa une main chaleureuse sur son épaule, réellement content. La plupart des sourires d'Antelme n'était que des façades pour éviter de s'attarder sur des détails sans intérêt à ses yeux, mais celui qui ornait ses lèvres à ce moment précis était d'une sincérité sans égale. « Amon, » ajouta-t-il, « comment vas-tu ? » Le vouvoiement railleur n'avait plus lieu d'être, aussi Antelme était revenu à ce tutoiement qui était le leur depuis plus d'un siècle.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
djinn ○ heaven can wait
messages : 162
double-compte(s) : Vesper, Paul, Selen & Oliver
crédits : (ava) Anesidora (signa) anaphore
MessageSujet: Re: nowhere to run (amon)   Mar 14 Aoû - 17:45

Nowhere to run
@Antelme Galaroza & Amon El-Hadji

Petite Maria s’est faite discrète, la mine basse et les yeux vides.
Petite Maria s’est faite guerrière, la conscience combative pour vaincre les paupières closes.
Petite Maria s’est faite témoin, bien trop jeune, d’un accident bien trop grave, pour des prunelles bien trop innocentes.
Mais petite Maria s’est réveillée, petite Maria s’est faite vaillante contre les portes du mutisme qu’elle a poussé de ses petits doigts fins. Petite Maria a ouvert la bouche et le cœur, pour parler à sa façon, de la triste horreur. Et le corps se remettant entre des mains compétentes, c’est au bon Docteur qu’on confia le soin d’aller chercher les ressentiments de l’enfant.
Ainsi la séance se termine, dans coin de l’hôpital spécialement dédié à cet effet. La mère est présente. Le père est absent, définitivement. C’est ce qu’explique la petite fille en triturant les fils de sa peluche de loutre bleue. Elle fixe l’animal improbable à défaut de la réalité, mais le travail s’opère, les mots se libèrent. Elle raconte, Maria, le grand « boum » des deux voitures. Elle raconte que tout est allé trop vite et qu’elle n’a rien vu. Elle dit le Rien pour tout exprimer, comme elle le peut, de sa voix haute perchée.
Et il sourit, lui. Il voudrait tendre les bras pour la serrer contre son coeur, hurler que le monde l’épargnera, qu’il fera tout pour qu’elle se remette de tout ça. Rien ne bouge chez le docteur El-Hadji pourtant, rien ne transparaît d’autre que sa compassion sur ses traits relâchés. Son visage comme témoin de son altruisme, faible pour sa propre âme, quand il ne s’octroie qu’une poignée de main en guise de contact pour débuter ou clôturer les séances.
Il voudrait, Amon, qu’il suffise d’une étreinte pour effacer le pire.
Il voudrait, Amon, qu’aucun enfant n’ait à grandir trop vite et trop durement.

Le matin file à vive allure. Maria n’a été que la première d’une longue série de consultations, infantiles ou non. Des vies à découvrir, cloîtrées dans des lits trop blancs, le temps que les faiblesses physiques s’occupent de cicatriser.
La pause, enfin. Même la tolérance de la créature arrive parfois à des termes qu’il ne soupçonne plus. Fatigue accumulée ces derniers jours, peu d’occasions de se repaître proprement et satisfaire le djinn avant la peau d’humain. Il aurait besoin, ici, maintenant, de dévorer quelques inconscients. Son reflet le lui dicte, cernes creusés sous le visage passé à l’eau froide dans les toilettes de l’étage du pôle psychiatrique.
Mais il s’y refuse. Pas ainsi. Pas comme avant. Les choses doivent être faites dans le respect et le consentement. Peu importe qu’il doive se contenter de nourriture plus traditionnelle jusqu’à ce qu’il trouve de l’énergie à s’offrir en partage. Il fera tout simplement une orgie de sucre jusqu’à ce qu’il ne tienne plus.

Les billes obsidiennes se perdent sur la montre dépassant de la blouse. Encore du temps avant le prochain patient. Il marche, le doc des mémoires, vers une salle de repos hors de son territoire dans l’espoir de caser dans son emploi du temps une sieste ou deux avant d’attaquer le reste de la journée.
Ce n’est qu’une fois la porte passée que toutes traces d’épuisement semblent se dissiper, que les yeux viennent à la poursuite d’autres plus profonds encore. Et que le djinn mime son sourire, éclatant, comme à l’accoutumée, comme la sincérité qui explose quand il est profondément heureux. L’Ami est là. Le chirurgien. Visage des temps anciens, d’autres lieux, d’autres contes.  

« En effet… Il faut croire que l’on aime me sonner aux aurores pour aller à la rencontre de quelques âmes perdues. », qu’il répond, dans un rire à peine plus doux que son ton.

S’approchant, presque attiré, par l’élève que ce grand homme a été sous son instruction. Des entremises de jadis qui furent plus qu’inspirantes, des mots et des sourires qui lui réchauffèrent le cœur. Antelme, Antelme… brave être d’autrefois, retrouvé au Canada. Le hasard n’existe décidément pas.
« Je vais bien… », réponse concise, véridique sur l’instant. Revoir le polymorphe de temps à autre a ce don étrange d’apaisement sur sa personne. Comme une chanson perdue, dans un recoin de Paris, fredonnée au-dessus de traités d’anatomie. « Et toi-même, Antelme ? Il y avait bien longtemps que je n’avais pas remis les pieds ici… »

Le djinn mime le mouvement, sa main rejoint l’épaule pour la flatter, le saluer. Et le naturel revient vite, presque paternel devant l’homme en apparence plus âgé. En apparence, seulement. Car la main se glisse sur la joue, la pulpe des doigts détournent les traits un peu creux. Les pupilles se parent d’un voile d’inquiétude face à l’état de son vis-à-vis. Les sourcils se froncent légèrement, c’est qu’il serait prêt à le réprimander, l’élève borné. Il n’a jamais terminé, Amon, de s’inquiéter pour les enfants de ce siècle, ni même ceux du précédent.

« … Tu es un peu pâle. Et tu sembles fatigué. La matinée a dû être particulièrement riche, je suppose ? Prends-tu soin de toi ? »

Les habitudes ont la peau dure. L’affection, plus encore, revêt l’armure.


(c) DΛNDELION
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
shapeshifter ○ leave my body
messages : 299
double-compte(s) : nope.
crédits : self, siren charms, vocivus.
MessageSujet: Re: nowhere to run (amon)   Sam 18 Aoû - 18:12

Le familier était légèreté dans cette salle de pause où bourdonnaient d'ordinaire les tourments de la sphère médicale. Antelme ne pouvait nier tout cela. Ses prunelles traînèrent sur la figure d'Amon et alors, toutes sortes de souvenirs s'en vinrent lui rappeler les années qui s'étaient écoulées depuis la première fois qu'ils s'étaient croisés. Mais si le temps n'avait pas épargné Antelme, il semblait rechigner à s'attaquer au visage du djinn. La magie, toujours présente dans le quotidien d'Amon, pouvait parfois se montrer d'une cruauté sans nom. Antelme n'était toutefois pas de ceux se souciant excessivement du passage du temps sur son manteau de chair. Ses traits avaient adopté l'allure d'un homme mûr et bien que la quarantaine fut loin derrière lui, elle ne lui déplaisait pas et n'était pas non plus dénuée d'un certain charme. Les souvenirs continuaient d'affluer devant les yeux du polymorphe, grand nostalgique à ses heures. Ces souvenirs-là étaient pourtant heureux. Mais comme tout un chacun, liés à ceci, à cela, et très vite, Antelme mit un terme à ce flux sans fin. Il s'agrippa au présent comme une tique à sa parcelle de peau, perdant dans cette mécanique intérieure le sourire radieux qui ornait ses lèvres jusqu'à présent. Amon lui répondait et cela permit au chirurgien de se concentrer pleinement sur le présent. En effet… Il faut croire que l’on aime me sonner aux aurores pour aller à la rencontre de quelques âmes perdues. Antelme acquiesça d'un hochement de tête. Pour une bourgade comme Blackwater Falls, les âmes perdues ne se résumaient pas vraiment en quelques, mais plutôt en légions. Il porta son gobelet de café à ses lèvres et but une longue gorgée en fermant les yeux. Mais le liquide chaud ne faisait que lui rappeler un peu plus que son estomac était vide. L'instant d'après, Amon s'enquérait de son état, et tactile, glissait ses doigts sur son visage quelque peu émacié. Antelme, s'autorisa un soupir face à son compère et mentor. Tu es un peu pâle. Et tu sembles fatigué. La matinée a dû être particulièrement riche, je suppose ? Prends-tu soin de toi ? Même avec toute la subtilité du monde, l'Andalou n'aurait su mentir à son ami, si déjà il en avait ressenti l'envie. De sa main libre, il saisit celle du djinn. « Je n'ai rien qui vaille la peine de se plaindre, » souffla-t-il dans un premier temps. « J'ai du travail, et un vieil ami dans les parages. C'est bien là tout ce qui compte. » Antelme était loin d'être insensible face à l'inquiétude d'Amon, mais il n'était pas de ceux confiant tout de go ce qu'ils avaient sur le cœur, même aux personnes qu'il considérait comme étant ses proches. Encore moins dans un lieu aussi banal que cette salle de pause. Antelme n'avait vécu que trop longtemps de manière hermétique, à ne jamais piper mot sur ce qui pouvait le tourmenter, et il fallait croire que l'habitude lui était restée. Relâchant la main d'Amon, il désigna son gobelet de café du regard. « Je te sers quelque chose ? » Changer de sujet de cette manière était autant une manœuvre d'évitement que la véritable courtoisie dont Antelme faisait toujours preuve.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
djinn ○ heaven can wait
messages : 162
double-compte(s) : Vesper, Paul, Selen & Oliver
crédits : (ava) Anesidora (signa) anaphore
MessageSujet: Re: nowhere to run (amon)   Ven 7 Sep - 18:27

Nowhere to run
@Antelme Galaroza & Amon El-Hadji

Je te connais, Antelme. Une partie seulement, qui sait. Mais je me souviens d'un toi d'un autre temps, comme souvent chez les amis délaissés qu'on ne retrouve que des années plus tard. Notre histoire se compte en siècles, ciselés au scalpel.
Mais je reconnais lorsque cette partie que j'ai connue ment ouvertement. Cela ne m'empêchera pas de m'inquiéter, tu sais ?

Tu restes, sur ce point, un enfant.


La main du djinn demeure calme, au creux de celle de son ami polymorphe. Les iris brunes se rencontrent, celles du psychiatre parlent quand la bouche se tait, visiblement close par les dires appuyés. Amon comprend, sans l'avouer, ni à lui-même ni à son vis-à-vis, qu'il y a sans doute plus important que l'état que lui présente Antelme. L'avis diffère, s'il ne tenait qu'à lui. Ses protégés se doivent d'être dans une santé parfaite, des pieds à la tête. Et malheureusement, l'idéal ne rejoint parfois que peu la réalité. La candeur d'un maître face à son élève qui grandit trop vite. Elle n'a que peu de poids sur le cours des choses.

« Soit. » Déception légère, passagère. Elle s'estompe bien vite déjà lorsque les mots se font plus sincères. Sentiment qui toujours le pouvoir de l'émouvoir, peu importe sa provenance.
« Je dois dire que je te rejoins sur l'appréciation de ces bonheurs simples... Mais ne te tue pas à la tâche, d'accord ? »

Dernier avertissement paternel, déformation du petit être qui a tendance à ne voir les efforts que comme une somme trop éreintante pour le commun de ses proches. Il les sait capables, là n'est pas la question. Mais c'est plus fort que lui. Le moindre signe de fatigue trop présente le cloue sur place, l'empêche de voir objectivement que ce n'est pas forcément grave. Reliquat d'un conditionnement trop brute. De bleus d'âmes névrosée, au fond.

Le nez se relève quand le sujet est changé. Un sourire éclaire le visage et la suite est apposée. Très bien, Antelme, mais je finirai par savoir ce qui te tracasse.

« Un café, ce sera parfait. »

La machine émet son ronronnement habituel, son qui agace certains de leurs collègues mais qui manquerait s'il venait à disparaître définitivement. La tasse bien vite en main, portée aux lèvres après un léger souffle sur le liquide brun. Adossé au dossier du sofa trônant près d'eux, le djinn observe, le goût âpre en bouche, celui qui fût autrefois d'une candeur semblable à celle que l'ancien professeur affiche en ce siècle. Les yeux brillants d'envie d'apprendre, dans des temps parfois peu raccords avec ce désir. Peut-être qu'encore, dans cet hôpital, des années après, Amon cherche cette étincelle. Vérifier qu'elle est toujours présente, au centre des trous noirs, perchés sur le visage vieillissant.

« As-tu encore beaucoup de patients aujourd'hui ? »

Question lâchée, après un silence ponctué d'un bruit de boisson. Demande à la dérobée, tout autant que son idée soudaine. Un morceau de l'après-midi est creux, pour une fois, et c'est suffisamment rare pour être soulevé.

« Car je me demandais si tu n'aurais pas voulu que nous allions dessiner. Comme autrefois. »

Comme d'autres temps où tu exprimais la vérité à travers le graphite et le papier.



(c) DΛNDELION
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
shapeshifter ○ leave my body
messages : 299
double-compte(s) : nope.
crédits : self, siren charms, vocivus.
MessageSujet: Re: nowhere to run (amon)   Mar 25 Sep - 16:37

Le temps se figeait sans cesse, autour d'eux ; et Antelme avait beau détourner la conversation, l'éloigner de sa personne, il sentait bien que la préoccupation d'Amon pour sa personne n'en était aucunement atténuée. Il n'y avait pourtant pas de quoi et le djinn aurait dû le savoir, mais l'attention toute paternelle qu'il lui avait toujours accordée depuis qu'ils se connaissaient ne changerait pas de sitôt. Et ce quand bien même, aujourd'hui, c'était Antelme dont les traits se rapprochaient plus de ceux d'un père, et Amon ceux d'un fils. La jeunesse mystique qui émanait de son ami était douce à observer, car après tout, si bien maîtrisée. Antelme ne gardait de la jeunesse que les visages qu'il empruntait aux croquants, la sienne s'étant évaporée il a plus d'un siècle déjà. Une fine existence en comparaison à celle qu'avait mené Amon, déjà considérablement fournie lors de leur rencontre sur les bancs de la Sorbonne. Antelme, il repensait volontiers à ces années-là, et toujours avec quelque nostalgie. Lui que ni l'amour ni le malheur n'avaient encore frappé, épanchait son insatiable curiosité dans une science médicinale encore incertaine et balbutiante. Et elle en avait parcouru du chemin, la science. Un peu comme eux.

Je dois dire que je te rejoins sur l'appréciation de ces bonheurs simples... Mais ne te tue pas à la tâche, d'accord ? Ramené à la réalité par les palabres toutes affectueuses d'Amon, Antelme ramena ses prunelles alors parties vagabonder ailleurs sur la trogne de ce dernier. Un sourire facétieux étira ses lèvres. « Tu me connais, » se contenta-t-il de répliquer. Il ne s'arrêtait que rarement, Antelme, emmené par une endurance supérieure à la moyenne, qu'il prenait pourtant soin de camoufler même en ce lieu de sûreté. Il tourna alors sa face émaciée vers le distributeur, et à sa proposition lancée pour changer de sujet, Amon finit par capituler. Un café, ce sera parfait. D'un hochement de tête, Antelme tendait un index interminable de pianiste en direction de la machine à café, et quelques minutes plus tard, tendait une tasse fumante à son vieil ami qui s'était posé sur un sofa. Le chirurgien, quant à lui, prit nonchalamment place sur un fauteuil au modernisme de mauvais goût, qu'un petit coussin rendait toutefois plus confortable. Il poussa un soupir de bienêtre, tandis qu'Amon prenait la parole. As-tu encore beaucoup de patients aujourd'hui ? Car je me demandais si tu n'aurais pas voulu que nous allions dessiner. Comme autrefois. Le regard d'Antelme s'éveilla subitement à la mention de l'activité de prédilection. Il se permit une gorgée de café avant de répondre : « Ma dernière opération devrait se terminer aux alentours de midi. » Bref silence, ponctué d'un léger bruit de boisson comme Antelme terminait son gobelet. Ses yeux brillèrent d'une lueur qui était propre aux plaisantins. « En voilà, une proposition bien séduisante. J'accepte grand volontiers. Cela ne pourra être que bénéfique. » Il s'y voyait déjà, Antelme. Débarrassé de cette blouse beaucoup trop conformiste et surtout trop blanche à son goût, un de ses sempiternels carnets ouvert sur une page vierge qu'il ne tarderait pas à noircir de fusain ou de graphite. La fatigue du polymorphe semblait s'être volatilisée à la mention de cette activité qu'il chérissait tant. Il passa une jambe par-dessus l'autre.  « Où souhaites-tu aller, alors ? » Impatient qu'il était à présent, Antelme. Amon avait-il lu en lui un quelconque besoin de laisser s'exprimer son génie créatif, quand cette nécessité lui était alors dissimulée par d'autres problèmes ? Le polymorphe n'aurait su dire. Il avait presque envie de quitter l'hôpital, maintenant, tout de suite. Mais ses obligations et son métier le retenaient ici. Quel désir de coucher sur papiers des formes et des visages Amon avait-il réveillé ! Il lui faudrait ne pas y penser pour les opérations qui suivraient. Se concentrer sur les organes à préserver, les chairs à réparer.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: nowhere to run (amon)   

Revenir en haut Aller en bas
 

nowhere to run (amon)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Amon Amarth
» Je suis content de m'être accroché à mon rêve - Jean-Marc
» La Légion d'Ark'Amon

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
≡ RAISE HELL. :: BLACKWATER FALLS :: upper town :: hôpital-