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  Nature is not mute, it is man who is deaf ○ Ilya

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Ansel Llewellyn
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MessageSujet: Nature is not mute, it is man who is deaf ○ Ilya   Dim 16 Sep - 12:05



Tall oak cree. Ce nom sonnait délicieusement étrange aux oreilles d'Ansel. Pour une fois, le poète avait passé la soirée dans son chalet. La lune n'eut pas la chance d'apercevoir sa silhouette vagabonder le long du lac cette nuit-là. Il avait préféré se replonger dans les ouvrages qui encombraient sa table de travail et relire les résultats de ses recherches. Tout cela en vue de se préparer au lendemain et à la visite de la réserve. Ces derniers temps, sa poésie était devenue le cadet de ses soucis, tout son esprit était tourné vers ce don récemment découvert. Il attendait un signe de vie de Janek Blomqvist, qui était censé le mettre en contact avec des âmes comme lui et capables de lui apprendre à renforcer son étrange capacité. Septembre et octobre étaient passés et la vue des arbres se parant de leurs flamboyantes couleurs n'avait nullement ravivé l'inspiration du poète.

Lorsque le soleil se leva et éclaira de ses rayons l'intérieur du chalet, Ansel se trouvait toujours à son bureau, une tasse de thé fumante au milieu des livres partout éparpillés. Des feuilles volantes couvertes de l'écriture penchée du poète s'étalaient devant lui. Il regarda sa montre. Il n'allait pas tarder à se mettre en route pour la réserve et y rejoindre une nouvelle connaissance, un dénommé Ilya. Le poète avait rencontré le jeune homme durant l'une de ses nombreuses promenades et la conversation s'était naturellement engagée entre les deux hommes. Le hasard voulait que Ilya manie la plume lui aussi. Mais Ansel avait cessé de croire aux coïncidences depuis qu'un rêve étrange l'avait amené jusqu'ici. Chaudement vêtu - le mois de novembre était loin d'être clément, ici, dans cette province d'Alberta - l’Écossais se mit en route.  

Il arriva aux abords de la réserve amérindienne et se remémora ce nom intriguant, Tall Oak Cree. Il observa les alentours, essayant de percevoir un quelconque changement dans l'atmosphère. D'après les légendes, la ville de Blackwater Falls fut construite sur des terres maudites. Il était curieux d'explorer la réserve et d'en apprendre plus sur ces terres. Il tâta la poche de son long manteau noir pour s'assurer que son fidèle carnet était bien là. Avec un peu de chance, cette journée réveillera en lui l'inspiration qui, depuis bien longtemps, l'avait quitté. Il avait écrit quelques vers ces derniers jours, mais cela avait été une expérience quelque peu déplaisante. Presque comme si les idées qu'il couchait sur le papier lui étaient étrangères, mais pour il ne savait quelle mystérieuse raison, il ne pouvait s'en empêcher. Et il n'était pas dans l'habitude du poète de consacrer une part de sa prose à un mortel. Même s'il devait bien se l'avouer, Saul Vargas était un mortel bien particulier.

Des bruits de pas retinrent son attention et le tirèrent de ses pensées. Il se retourna et aperçut au loin Ilya, le jeune homme récemment rencontré. Ansel alla au-devant de la silhouette familière.

« Quelle joie de vous retrouver, Ilya ! Le temps est particulièrement adapté à notre projet, ne trouvez-vous pas ? Une belle journée s'annonce et j'espère que vous repartirez l'esprit empli d'éléments à inclure dans votre roman ! »

Il sourit et serra vigoureusement la main du jeune homme.

« J'ai en tête toutes les légendes entourant ces terres et il me tarde d'en apprendre plus à ce sujet ! », ajouta-t-il.


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MessageSujet: Re: Nature is not mute, it is man who is deaf ○ Ilya   Mar 25 Sep - 2:36

On a qu’une seule occasion de faire bonne impression. Aussi, me rappellerai-je toujours avec un sourire amusé des circonstances de ma rencontre avec Ansel Llewellyn, l’écrivain Ecossais.

Harnaché d’un sac de randonnée à bretelles rembourrées, la tête bien emballée dans une casquette doublée en fausse fourrure et équipée de cache-oreilles, ma gourde bringuebalait dans ma marche d'exploration autour du lac de Coldlake. Ce n’était pas la première fois que je me payais une petite escapade en nature depuis un an, mais j’étais loin d’avoir épuisé tous les circuits. Et il restait si peu de temps avant le frimas polaire de l’hiver Canadien.
Qui sait, peut-être pourrais-je puiser dans l’atmosphère brumeuse de ce panorama une source d’inspiration pour mes histoires de revenants ?

Cette résolution en tête, je tentais de me hisser sur un promontoire rocheux au dessus du lac, afin d’avoir une vue d’ensemble sur l'eau, étale, ses chalets et quelques lieux nichés dans des alcôves de verdures froides à l’abri des regards : une église détruite, un entrepôt abandonné, autant de lieux titillant le goût du mystère.

Alors que je me penchais pour mieux voir les contours d’un manoir, mon pied crissa sur le gravier et je me rattrapai de justesse, à demi suspendu sur une pente lisse et raide qui n’offrait aucune prise à mes pieds. Ce n'était pas passé loin.
- « Bonjour ! Vous avez besoin d’aide ? »
Pire que d’être en danger, être humilié.
« Non, non. Ca va. Tout va bien. Je faisais juste un peu d’exercice, je fais tout le temps ce genre de choses ! » marmonnai-je les dents serrées d'un délicieux accent Castillan, en espérant ne pas me rompre le cou, mort indigne.

Une fois redescendu du promontoire, je cheminai avec cet inconnu et appris avec intérêt qu’il était poète ! Je ne pus m’empêcher d’échanger avec feu sur toutes les légendes des nations autochtones que l’on pensait âgées d’au moins 7000 ans dans la région ; une mémoire supérieure à la notre, transmise par voie orale au gré des mythes et du chamanisme.

Transportés par la double passion commune pour la région et l’écriture, nous avions promis de nous retrouver à Tall Oak Cree pour tenter de remonter au plus près de la source des légendes chasseresses. Pourtant ce jeudi, j’avais failli m’abstenir. Depuis des nuits, je ne pouvais fermer l’œil sans entendre des râles terrifiants et des coups portés dans les murs. Je hurlais, me réveillant en nage, persuadé qu’une foule furieuse allait faire irruption dans ma chambre pour me dévorer en vomissant un son hideux : « Croatoan ». Tremblant, je partais vomir dans la salle de bain, humecter mon visage blanc d’émotion d’un linge humide.
Je réalisais en retournant me coucher que la chambre était sans dessus-dessous, comme si une tornade avait fait rage au centre de la pièce. Ma télékinésie s’était déchaînée. J’étais au moins rassuré sur ce point : dans mon rêve, je ne pouvais plus rien faire bouger, et j’étais incapable de me défendre pendant qu’une femme au visage déformé me plaquait au sol et se penchait sur moi pour….
La lune montante. Ce devait être la lune montante. Voilà tout !

Bon, il était temps que je me mette en route si je ne voulais pas manquer mon rendez-vous. Pour une fois que je parvenais à me motiver pour visiter dans ses moindres recoins la réserve.
Dans le 4x4, néanmoins, je ne parvenais pas à me rassurer. Des ombres traîtresses semblaient épier ma progression. Je me hâtais de me garer sur le parking de Tall Oak Cree et marchais d’un pas vif et décidé vers mon compagnon d’aventure.

-"Ansel! Nous avons de la chance, c'est vrai."

Je lui rendis une poignée de main ferme. Personnage intriguant que ce monsieur aux traits solennels et aux manières joviales quoique parfois contenues. Une vêture soignée. Quelque chose de très britannique.

"Je suis très excité aussi. Il nous faudra peut-être persévérer avant de trouver matière à écrire. Quoiqu'il en soit, il faut bien commencer un jour et croire en sa chance."

Nous nous tournions tout deux vers la lisière arborée qui découpait une silhouette noire face à la route, comme une frontière invisible séparant deux mondes.

-"Je ne peux pas m'empêcher de penser à ce livre sur les pratiques chamaniques que j'ai dévoré l'autre jour. Je vous le montrerai, je l'ai mis dans le coffre. Cet endroit a quelque chose d'anodin et en même temps d'insistant, je lui trouve une pointe de Miyazaki. Vous connaissez le Voyage de Chihiro?"

Je soupirai. "Je ne sais pas par où commencer. Peut-être tout simplement par la zone la plus accessible aux visiteurs et aux guides?"
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Ansel Llewellyn
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MessageSujet: Re: Nature is not mute, it is man who is deaf ○ Ilya   Sam 29 Sep - 10:29


« Je suis très excité aussi. Il nous faudra peut-être persévérer avant de trouver matière à écrire. Quoiqu'il en soit, il faut bien commencer un jour et croire en sa chance. »

Croire en sa chance. Une expression qui ne signifiait désormais plus grand-chose pour le poète. Il avait cessé d'accorder foi à de pareils concepts. La chance, le hasard,... Tout cela n'avait plus de place dans un monde où tout semblait connecté et où le destin de chacun semblait écrit à l'avance par une main invisible et toute puissante. Comment allait-il mourir ? Quelle trajectoire allait prendre sa vie ? Voici des questions qui, ces derniers temps, nourrissaient sa réflexion. N'en plaisent aux mauvaises langues, l'attrait qu'il ressentait pour ces sujets ô combien existentiels était nouveau. Mais il devait bien avouer qu'il commençait doucement mais sûrement à coller au fameux cliché entretenu par l'imaginaire collectif : celui du poète solitaire et torturé.

Les paroles d'Ilya tirèrent Ansel de ses sombres pensées. La mention d'un livre que son compagnon avait apprécié lui rappela une des lectures qu'il avait effectuée quelques mois plus tôt, alors qu'il venait à peine d'arriver dans cette province d'Alberta.

« Je serais ravi de jeter un œil à cet ouvrage ! Ce sujet m'est encore inconnu, mais je ne doute pas que cette lecture fût fascinante. Il y a quelques mois de cela, j'ai emprunté à la bibliothèque de Blackwater Falls un ouvrage retraçant l'histoire de la ville. Quelle lecture intéressante ! Je fus fort étonné d'apprendre tous les évènements que ces terres ont traversés. Il n'est pas étonnant que de la ville se dégage cette atmosphère si particulière. »

Ansel s'interrompit quelques instants pour sonder les profondeurs de sa mémoire.

« Quant à ce dénommé Miyazaki, vous m'en voyez désolé mais je n'en ai jamais entendu parler. Serait-ce à tout hasard un artiste ? Son nom m'indique qu'il doit provenir d'une partie du globe qui m'est malheureusement inconnue. Le Voyage de Chihiro est-elle son œuvre la plus emblématique ? »

Portant son regard au loin, Ansel fit mentalement la liste des lieux qu'il avait rencontré au cours de ses nombreuses lectures.

« La zone la plus accessible aux visiteurs et aux guides ? Cela me semble être un excellent point de départ. Peut-être pourrions-nous suivre le chemin menant aux commerces ? De nombreux touristes doivent s'y rendre, je pense que notre présence ne sera pas perçue comme intrusive. J'ai également entendu parler d'une boutique spécialisée, vendant des articles de magie et d'occultisme. Seriez-vous d'humeur à aller y faire un tour ? Je dois bien avouer que la curiosité m'envahit face à ce genre de sujet. »

Emporté par l'excitation qu'il ressentait à l'idée d'explorer des terres inconnues, le poète n'avait pas remarqué la fatigue qui se lisait sur les traits de son compagnon. Il observa attentivement le jeune homme et un pli soucieux barra son front :

« Pardonnez-moi, loin de moi l'idée de me montrer désobligeant mais force est de constater que vous avez une petite mine. Nous pouvons reporter notre excursion si vous le souhaitez. »

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MessageSujet: Re: Nature is not mute, it is man who is deaf ○ Ilya   Mer 3 Oct - 0:55

C'était au delà de toute raison. Un frémissement, une exhalaison. Je sentais presque bruire les fleurs des cerisiers au bord de l'éclosion sur les versans d'une colline japonaise, alors que le printemps était encore si loin. Une joie intense, la satisfaction d'accomplir un de mes rêves, la conviction d'être parfaitement à ma place et en accord avec les parties de moi-même, dussent-elles évoluer ultérieurement. Pour le présent, j'étais uni dans une confiance sereine que je réalisai ma mission de vie, la tâche pour laquelle j'avais une valeur ajoutée à apporter à l'humanité, en qualité de modeste écrivain de fantasy. La promenade aboutirait-elle simplement? Qu'importe le résultat, le voyage était la clef.

 Ce petit rien baignait mon visage d'une lumière paisible ; offrant un sourire sincère, comme si j'ouvrais tout mon monde à Ansel en une fugitive seconde.

-"La ville a un passé chargé qui fait froid dans le dos. Je n'ai pas la prétention d'en connaître plus sur le sujet, mais si le cœur vous en dit, Ansel, ce serait un grand plaisir pour moi de vous voir lors de l'une des visites guidées que je conduis parfois au Musée de la Ville. Le contact avec les visiteurs est mon élixir." 

L'expression d'Ansel devint brumeuse, inteloquée. Il avait tout à fait la pause d'un personnage de Sherlock Holmes. Malgré son érudition, il ignorait donc tout du grand Miyazaki!

-"Un artiste? Et comment! Dans son domaine, c'est l'un des plus grands. C'est un dessinateur et réalisateur de films d'animation japonaise. Il a façonné un univers cohérent de fables très touchantes et chères à mon coeur, tout en y incluant toute la cruauté et l'ambivalence de la nature humaine. C'est un monde onirique et très satirique sur les travers de notre époque. Je comprends que l'on n'apprécie pas les animés, je le recommande néanmoins."

En parlant, je ne me rendais pas compte que je commençais à former de grands gestes avec mes mains, comme pour donner corps aux sentiments poétiques contrastés que m'inspirait l'oeuvre de Myazaki. Pourquoi le bassinais-je avec tout ça? J'étais sur ma lancée de partage sans filtre. Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu d'ami avec qui partager l'une de mes passions. Aligné avec mes valeurs, je ressentais comme un petit soleil irradier depuis mon plexus.

"Je ne sais pas vraiment si Le Voyage de Chihiro est son oeuvre majeure. Peut-être plus Princesse Mononoké. En tout cas, celui-ci me parle énormément."

Mon regard se voila de tristesse, tourné vers l'intérieur. Comme si mon esprit venait de répercuter consciemment une corélation enfouie entre mon parcours et celui de la jeune héroïne. Trahie par ses parents qui l'entraînent dans le royaume des esprits après avoir ignoré ses avertissements, ils se condamnent à de grandes souffrances. Chihiro est dépossédée d'une part intime d'elle même, son nom, abusée et violentée, tout comme je l'ai été par le prêtre et par le monde du show-business avant de trouver des alliés pour y prendre appui et forger mes propres armes.

-"C'est idiot. Mais je crois que la magie vient du fait qu'il montre les pires vices tout défendant l'amour comme force ultime de l'univers. Je suis un romantique patenté." avançai-je, comme une excuse.

Je crois qu'après ma tyrade posée, Ansel avait compris qu'avec moi, il fallait aimer Myazaki. Changeons de sujet avant de passer pour un illuminé.  Je commençai imperceptiblement à avancer vers l'entrée du village, nous n'allions pas stationner sur le parking toute la journée.

"Nous sommes bien d'accord. Les petits commerces sont un premier contact en douceur. Je ne vous cache pas que les arts occultes sont un de mes violons d'ingre, bien au delà de la simple recherche pour mes romans. Ils ont baigné une partie de mon enfance."

Que je me plaisais à châtier mon langage en la compagnie d'Ansel. Ce n'était jamais trop. Rien de dissonant. Et il savait appréciait la beauté de la langue à sa juste valeur. Les Américains pouvaient paraître un peu rustauds de ce point de vue là.

-"Oh. Ca se voit tant que ça? J'espérais un peu que mon anticernes ferait illusion. Je ne dors pas très bien en ce moment. Je trouverais cependant regrettable de sacrifier notre programme sur l'autel d'un cauchemar. Ce serait l'encourager. Autant lui imposer mon enthousiasme. Nous sommes déjà rendus, en plus. C'est vraiment très gentil de votre part en tout cas. Peu de gens prêtent autant attention à ceux qui les entourent. Vous avez vraiment le sens de l'observation et la sensibilité du métier!"

 Nous arrivions peu à peu aux abords du panneau-totem, où bruissait déjà un début d'activité humaine, fait d'allers et venues des locaux mêlés aux premiers visiteurs.
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Ansel Llewellyn
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MessageSujet: Re: Nature is not mute, it is man who is deaf ○ Ilya   Dim 14 Oct - 13:48


Ansel sourit. « Je viendrai avec joie vous rendre une petite visite au musée. Je ne me suis encore jamais rendu dans ce temple du savoir, honte à moi. Je connais fort bien la bibliothèque de Blackwater Falls, en revanche, et je serai ravi de vous conseiller quelques lectures, mais je pense que vous avez déjà parcouru plus d'une fois les rayonnages et que ce lieu n'a plus de secrets pour vous... »

Le poète garda le silence tandis qu'il écoutait le jeune homme disserter sur ce dénommé Myazaki avec un enthousiasme qui faisait plaisir à voir. Soudain, une ombre passa sur le visage d'Ilya. Un sentiment de profonde tristesse sembla envahir son ami. Le poète se demanda quels terribles souvenirs avaient bien pu refaire surface dans son esprit. Il connaissait bien peu de choses au sujet du jeune homme, mais Ansel commençait à comprendre qu'il était loin d'être le seul à avoir souffert dans son âme et son être. Le poète prit la parole, d'un ton qui se voulait le plus chaleureux possible :

« Eh bien, ce Myazaki m'a l'air d'approcher du pur génie... Je veillerai à me procurer ses œuvres et je me ferai un plaisir de les visionner ! » Il ajouta, plus joyeusement : « et ne vous excusez donc pas d'être un romantique. C'est un état d'esprit que je trouve tout à fait charmant, et qui est d'autant plus précieux ces derniers temps. »

Tous deux se mirent doucement en marche, quittant le parking pour s'aventurant vers l'entrée du village.

« Je ne vous cache pas que les arts occultes sont un de mes violons d'ingre, bien au delà de la simple recherche pour mes romans. Ils ont baigné une partie de mon enfance. »

Dans sa poitrine, Ansel sentit son cœur manquer un battement. Comment ! Ainsi donc son ami entretenait un rapport étroit avec le surnaturel ? Décidément... Existait-il une personne sur cette Terre qui ignorait l'existence de créatures inhumaines errant parmi les mortels ? Ansel se demandait comment il avait pu être ignorant de tout cela aussi longtemps. Lui qui se croyait un exemple d'observation et de sensibilité... Il n'avait rien perçu, rien déceler, avant que tout ne lui tombe sans prévenir sur le coin de la figure. L’Écossais regarda subrepticement Ilya et lâcha avec une nonchalance feinte :

« Vous voulez dire que votre famille était adepte de ce genre de pratiques ? »

Ansel mourrait d'envie d'en savoir plus, mais se demandait s'il n'était pas allé un peu trop loin. Quelque chose dans l'esprit du poète venait de se réveiller. Son obsession pour le surnaturel venait de refaire surface. Toute information était bonne à prendre pour mener à bien ses insensés desseins.

« Ah, le sommeil ! », répondit-il au jeune homme. « Il me cause bien du souci à moi aussi. Une promenade à la tombée de la nuit, vous devriez essayer. Cela calme les sens et l'esprit. ». Le poète se rembrunit en entendant la référence faite à son métier. « Observation et sensibilité... Je suis surpris que vous m'en pensiez toujours doté. Je croyais que ces qualités m'avaient depuis longtemps abandonné. »

Il regarda au loin, le regard perdu dans le vague. Ils venaient de s'arrêter aux abords de la réserve, et quelques locaux et touristes vaquaient déjà à leurs occupations.

« Je vous laisse prendre la direction des opérations, mon ami ! De quel genre d'informations avez-vous besoin ?», dit-il en se tournant vers Ilya, un sourire feint aux lèvres.

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MessageSujet: Re: Nature is not mute, it is man who is deaf ○ Ilya   Jeu 6 Déc - 18:11

Un gloussement coupable s’échappa de ma gorge.
- « Vous avez une idée très flatteuse de moi. Cela m’intéresse bien sûr… mais je suis un vrai petit cancre qui ne tient pas en place. J’ai passé mon diplôme de fin de lycée il y a peu en candidat libre d’ailleurs. Hum. »

Un léger sourire lissa les crispations de mes traits tandis que nous reprenions notre marche. Attention Ansel, ou je pourrais bien croire que vous me draguez. Lorsqu’il chercha à creuser la question de ma famille, je me demandais si je n’en avais pas un peu trop dit, quoiqu’il n’y aie pas de mal à se donner une aura mystérieuse. Les gens prenaient ces choses là au sérieux par ici.

- « Je commence à penser que nous allons devoir nourrir le feu de notre conversation de petits beignets ! Ils ont peut-être un pub ou un petit restaurant pas loin... » dis-je en relevant le menton pour chercher au dessus des passants une enseigne accrocheuse.
« Pratiques, c’est un mot-valise dans lequel on peut faire entrer beaucoup de choses et d’autres très différentes. Disons que j’aimais déjà les histoires et qu’on m’en racontait plein depuis l’enfance, j’ai fini par apprendre le Tarot… mais je refuse d’en dire plus avant de connaître l’événement qui a fait naître en vous un intérêt sur ce chapitre. On a tous une histoire là-dessus, pas vrai ? » renvoyai-je en prenant volontairement le regard de celui qui en sait plus qu’il ne le dit.

Mon compagnon ne posait-il que des questions de politesse ou le sujet titillait-il une forme d’obsession littéraire ou beaucoup plus personnelle ? Il n’avait pas paru réprobateur au moins. Si c’était le cas, il masquait à merveille son mépris pour les superstitions. J’étais à présent très curieux de débusquer les secrets de ses investigations, après lui avoir livré sans réserve tant de jalons de ma personnalité.

« Je promets de suivre ce conseil. En prenant garde de ne pas me faire attaquer par des loups. Vous savez comment a fini la famille du maire ? Je n’habite pas si loin que cela de leur demeure. »

Je ne faisais pas exprès de tartiner une nouvelle couche d’énigmes sanglantes par dessus mon passé nébuleux. Mais, l’inquiétude était plus que légitime compte tenu de la cadence effrénée de faits divers qui sortaient dans les feuilles de chou locales. « Oh. Aller. Ne soyez pas si ronchon. Vous voyez bien que vos qualités n’ont rien perdu de leur superbe si un inconnu les remarques au premier ton de voix. »

Sitôt dit, sitôt fait. Ansel n’aurait pas besoin de m’inviter deux fois à prendre la tête de l’expédition. Je me tournai vers l’enseigne de bois du Blackwolf ‘s Magic shop avec une moue hésitante avant de pivoter à 90° en direction d’un petit pub qui avait l’air rabougri sous la grisaille du matin.

- « Je ne sais pas exactement ce que je cherche mais je sens que je vais dévaliser la librairie ! Un de mes personnages, Lyrio, est d’origine Amérindienne. Comme je cherche à tisser une intrigues assez alambiquée je vais commencer par bien m’imprégner de son univers afin de trouver une idée séduisante autour du folklore de la ville. … mais je crois que je ne ferai rien sans avoir pris un bon café ! »

Et vous avoir un peu tiré les vers du nez ! L’étude de terrain passe après l’appel de l’estomac. Je m’élançai vers le pub, attrapant au vol un dépliant touristique emporté par le vent. Même si je me sentais respectueux du patrimoine local, je faisais un peu la grimace en constatant la manifeste assimilation culturelle des habitants, quant à leurs habitations, à leurs vêtements, aux produits consommés. Mais l’esprit Cri devait se cacher sous ce vernis, bien vibrant.

Je poussais la porte du pub et m’installais sur une banquette de cuir rouge cramoisi, plus que craquelée sur le bombé de l’accoudoir. La serveuse nous escorta poliment avec une prestance discrète et je dus me retenir de hâter la commande d’une demi douzaine de donut au nappages criard blanc, chocolat et rose, saupoudrés de bâtonnets de sucre. J’en salivais par avance.

- « A vous les hostilités, Ansel »
, souris-je avec angélisme.
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Ansel Llewellyn
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MessageSujet: Re: Nature is not mute, it is man who is deaf ○ Ilya   Dim 23 Déc - 10:23


Le poète sourit amicalement à son compagnon. « Je ne vois aucun mal à cela. J'ai dans l'idée que la sagesse et l'érudition n'ont pas grand-chose à voir avec les diplômes obtenus et la scolarité suivie. Je trouve que le système éducatif n'est peut-être pas le plus approprié pour former des individus dignes d'intérêt et aptes à se frayer un chemin dans le monde qui est le nôtre. Mais ce n'est là qu'un avis purement personnel, bien entendu. »

Il s'arrêta un instant, puis demanda :

« Quelle fut votre motivation pour reprendre votre scolarité récemment, si cela n'est pas trop indiscret ? »

Ilya se révélait être un individu surprenant, impossible à cerner et cela lui plaisait. Il allait approuver l'idée lancée par le jeune homme de se restaurer, mais il fut coupé net dans son élan lorsque le surnaturel revint une nouvelle fois sur le tapis, faisant remonter en lui de douloureux souvenirs. « On a tous une histoire là-dessus, pas vrai ? » Pendant quelques instants, leurs regards se croisèrent, puis l’Écossais tourna la tête, feignant de contempler les visiteurs qui découvraient la beauté des lieux. Lorsqu'il rompit le silence, le ton était froid et empli de tristesse.

« Je vous comprends, Ilya. Pourquoi vous livrerez-vous à moi si je ne me découvre pas un tant soit peu. » Il sourit faiblement. « Vous avez raison, nous avons tous une histoire là-dessus. La mienne m'est encore douloureuse à évoquer. Voyez-vous, je ne suis pas habitué à évoluer autour de toutes ces choses, comme vous semblez l'être. Elles sont venues à moi alors que je n'avais rien demandé, d'une manière qui a bouleversé ma vie et laissant de nombreuses questions sans réponse. Pour faire court, disons que quelque chose - quoi, je ne sais pas, une entité, un esprit, je n'en ai aucune idée - est entrée en communication avec moi et a chamboulé mon esprit. Et ensuite, elle a pris la vie d'un de mes plus chers amis. »

Évoquer ces évènements à haute voix était étrange et désagréable. Ansel préférait garder tout cela bien au chaud dans son esprit et se laissait gagner par l'insoutenable tristesse que ces souvenirs provoquaient en lui. Il aurait pu mentir, inventer quelque chose, raconter des banalités, travestir la vérité. Et pourtant il avait choisi d'être honnête et, pendant quelques instants, d'afficher la vulnérabilité qui lui collait à la peau depuis son arrivée à Blackwater Falls.

« J'ai le chic pour mettre l'ambiance, dites-moi ! », s'exclama le poète, un sourire feint sur les lèvres. Ansel se laissa guider par Ilya et sa bonne humeur communicative. Il entra à sa suite dans le pub et s'installa face à lui sur la banquette au cuir usé. Ansel ne put se retenir de sourire. Ilya lui faisait penser à un jeune chiot fou découvrant le monde. C'était attendrissant et fatiguant à la fois. La journée s'annonçait palpitante.

« Lyrio, quel magnifique prénom ! Ainsi donc, vous n'avez pour le moment aucune idée quant à la direction de votre intrigue ? Je m'étais toujours imaginé, pour je ne sais quelle raison, que les histoires venaient aux auteurs toutes faites et que tout ce qui leur restait à faire était de les coucher sur papier. Dites-moi tout Ilya, comment fonctionnent donc les rouages de votre esprit ? »

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MessageSujet: Re: Nature is not mute, it is man who is deaf ○ Ilya   

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