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on vous invite à privilégier les fantômes, les djinns et les petits humains
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 2XGM || ft. Gabriel

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MessageSujet: 2XGM || ft. Gabriel   Lun 17 Sep - 22:20

J'ai les pensées enfouies au fond du lavabo. Elles coulent en tourbillon sur la faïence, trop sombres quand ma gueule prend l'eau. Les gouttes qui tombent quand la télé crache depuis l'autre pièce, pas encore infestée, pas encore appréhendée. J'viens d'arriver.
Les mains trempées ont essayé de noyer mon visage, quelques millisecondes pour m'attraper au réel, pour m'empêcher de respirer et pour réaliser. La flotte trempe ma face qui se reflète dans le miroir du motel que j'ai cassé. Excès de fuite de sommeil, le trajet m'a pas bercé. Les kilomètres se sont enchaînés, je les ai tous regardé, les heures m'ont pas vues flancher. L'habitude de veiller, rien de plus. Rien de plus.

L'eau fraîche fait son job. La figure reprend pied, mais mon poings saigne encore. Lentement, sans mot, j'estompe le rouge qui se montre trop souvent, à croire que j'ai les veines qui sont devenues trop petites pour contenir tout le liquide qui bouillonne constamment. Ca ressort, par tout les pores. Tout ce que j'ai brisé, que je brise, et que je briserai encore.
Pourtant j'les fixe, ces bouts de moi fracturés. Le verre qui se canne en des milliers de possibilités, qui me renvoie ma gueule en charpie. Elle est là. Au Canada. Pour tout grappiller comme un charognard avant d'imploser.
Tout, absolument tout. Les morceaux de moi qui se divisent. Les morceaux de temps que je dois rattraper.

Les morceaux de
                                                           
vie
                                                                                                             
éclatée.

La télé se fait plus forte, soudainement. J'dois avoir un problème, ou alors c'est juste l'eau qui a finit de faire son creux dans mes oreilles. La tête secouée, ébrouée, retour vers le côté du lit où les infos dégueulent de mauvaises nouvelles. J'éteins la face trop proprette des présentateurs de JT, la main lourde que je dois bander. Le silence m'accompagne, comme de juste.
Comme par habitude, lui aussi. Comme si je n'avais plus que lui, au fond, pour me tenir compagnie.

Toutes les pensées ne sont pas parties. Il en reste quelques unes qui se battent pour me rappeler pourquoi je suis ici. Sur le lit, mon sac, jeté à la dérobée, vomit lui aussi son contenu sur la couette. Des fringues, un vieux portable daté, des photos, des médocs et des lettres. Beaucoup de lettres. Toutes présentes, au garde à vous, empaquetées. Pas une seule n'est oubliée. Elles sont toutes ici, toutes avec moi, des talismans de ces dix ans entre l'extérieur et l'ombre. Des fragments, des témoignages.
Et je te reconstitue, grâce à elles. Je t'imagine, grand, comme tu l'as toujours été. Je t'imagine paumé, toi aussi, dans cette neige qui ne veut pas s'arrêter.

Je t'imagine. Je t'ai imaginé. Chaque jour faisant depuis qu'on s'est rencontrés. Et maintenant c'est l'heure de se retrouver, de venir t'encombrer, de nouer à la tienne la vie que j'essaie de singer, pour respirer, pour virer l'eau stagnante des poumons abîmés.

Je sais que ça fait longtemps
Je sais que ça fait dix ans
Qu'autant de secondes ça ne laisse pas de première place
Quand on l'a perdu depuis un bail au profit des chagrins
Mais laisse-moi revenir, juste un peu, juste une trace
Juste un "rien" qui a été autrefois
Juste un peu, Gabriel.
A nouveau, toi et moi.


L'horizon est bordée de lumière. Je crois ni aux signes, ni à l'enfer. Mais je sais pas, j'le ressens, c'est le moment d'y aller. J'embarque rien d'autres que mon cuir, l'une des dernières lettres que tu m'as envoyée pour chopper l'adresse, mes clopes et une conviction soudaine pour me dire que je suis pas en train de faire une énorme connerie. Je suis infoutu de savoir l'heure qu'il est, et au fond, j'm'en fous pas mal. Si t'es pas là, je t'attendrais. Des jours, ou des années.

Ca devient
une foutue habitude

de t'aimer comme ça.

[...]

A la réception, on m'a engueulé pour l'histoire du miroir. Je crois que c'est pour ma pomme, forcément. Faudra que j'en parle à Terrence, que j'invente un bobard, n'importe quoi. Il doit pas savoir pour la violence, juste que j'ai besoin d'argent. Mais j'pourrais pas faire de lui une pompe à fric, c'est désolant...
Mm. J'sais pas pourquoi ça me trotte, là, de suite, alors que ça fait cinq bonnes minutes que je me les gêle devant ta porte. Je crois que la conviction n'a duré que pendant le trajet, salope qui se barre dés que les choses sérieuses commencent. Infoutu de lui faire confiance sur ce coup-là. J'attends, je vérifie, pour la troisième fois peut-être, que les chiffres correspondent à ceux marqués par tes pattes de mouches. Et malheureusement, j'me suis pas gouré.
Y'a que ces murs là qui me séparent de toi.
C'est moi dehors, cette fois.

J'ai la bile qui montent. L'estomac qui se noue. Assume un peu, gueule la tête, toujours là pour me foutre dans l'embarras.
Pour me faire rater des coches qui m'auraient sauvé.

Finalement, c'est mécanique. C'est le poing qui se lève pour frapper, c'est comme inscrit dans mes gênes à ce stade-là.
Une fois.
Deux fois.
Trois fois.

Et quand le chambranle crie, que ça grince, que tu me vois, que je te vois, que je serre contre moi les morceaux et les talismans, je peux rien dire, Gabriel.

T'es au-delà des mots.
Au-delà des imaginaires.
Au-delà des guerres et des morts qui nous ont fichu en berne.

Putain.
PUTAIN.


Ça hurle dans ma tête de m'en aller, de fuir, de rester, de t'embrasser. Trop de directions à choisir pour trop de mots qui se répondent, se claquent, se fondent. T'es là. Et ça ne fait pas dix ans. Ça fait un million de questions que je veux te poser.

... Salut. J'ai la voix qui colle, engluée dans la peur. J'suis surpris autant que toi, c'est incroyablement con, quand on y pense. Mais faut arrêter de penser. Se lancer... Se lancer, c'est bien aussi. 'Fais un bail...

J'ai le coeur maladroit. Encore plein d'eau. Les mains froides et les yeux luttant pour trouver les tiens. J'ai l'âme qui reprends corps, Gabriel, l'âme qui vague et tangue.

Tu... m'laisses entrer ?

Juste une fois, une dernière, sors moi de ce perron, accueille-moi pour parler. Promis, j'reste pas longtemps, et je m'en irais si t'es occupé, si t'as mieux à faire ou n'importe quelle excuse qui nous viendra, à ce moment-là.

Tu sais, j'ai cette dernière image, fugace
Qui traverse ma tête trouée pleine de formol
Je me demande, et c'est horrible,
Je me demande si elle est heureuse que je sois là.
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MessageSujet: Re: 2XGM || ft. Gabriel   Mar 18 Sep - 0:53


Une décennie, qui est tombée à coup de gouttes dans l'évier. Petit à petit, faisant ce bruit sourd contre le métal. Spécifique. Juste ce qu'il faut pour éprouver la patience tout en la faisant évoluer vers tout autre chose. Une forme de résignation, quand sur le papier on lit que l'autre veut pas nous voir. Et qu'on comprend, dans le fond. Parce que pas te voir pendant dix ans, c'était aussi te cacher la vérité amère et trop crue. Te cacher la gueule qu'on a pris pour du lardon bien trop facilement. C'était te cacher des angoisses nées sans toi, face à ce connard qui nous as tué pour une seconde fois Lua. Lui et son briquet bien trop moderne, bien trop américain. Des principes qu'ils clament mais sur lesquelles ils pissent pour s'allumer une clope. Parce que les briquets, c'est plus pratique qu'une foutue allumette, ouais. Et il m'a regardé en souriant, alors que j'avais déjà la gueule défaite, déjà une joue barrée de conneries, à pisser le sang comme des larmes trop salées que je pouvais plus offrir. Et je me souviens encore de tout, tu sais. Je me rappelle de la lueur contre ses traits flous, en arrière-fond de la scène principale. De sa bouille à elle que le noir a graillée, au milieu de l'orangé. C'était comme un coucher de soleil, tu vois. Comme si on venait de tirer à ma place un trait sur tout ça. Comme si on me disait de faire mon deuil. Et la photo a disparu, me rappelant que trop cruellement qu'elle était déjà morte. S'il avait pu, il l'aurait recramé un millier de fois. Parce que parmi tout ce qu'ils avaient pu faire, je crois que c'est là où il m'a vu le plus brisé.

Il a supposé que c'était ma gosse.
Il était un peu dans le vrai, Selen.

Je saurais plus dire si je rêve encore de toi. Ou d'elle. Beaucoup trop d'eux, ça, c'est sûr. Les nuits sont pas les plus câlines par ici. Elles me laissent rarement reprendre des forces, sur tout ça. Elles me rappellent que trop la fatalité. Que j'ai fui un jour et que j'ai payé le plus fort des prix. Que t'en as perdu ta gosse et que le mort t'as amputé de bien plus encore que dix ans. Il t'a tout pris, en la renversant. J'aimerais remonter le temps, trop souvent, pour renoncer à l'engagement, pour arrêter de croire que je protège qui ce soit, à bouffer du sable à longueur de journée. J'en ai tellement eu dans les bronches que je suis sûr que j'en chie encore des grains. Qu'ils se diluent encore dans le sang qui coule, même après six ans passé. Je peux encore les entendre crisser sous mes dents, quand je mâchonne parfois dans le vide, pris dans le tourbillon des pensées. Je fais juste pas attention que ce sont souvent mes ongles que je dévore pour tenter de calmer la peur qui me reste au creux du bide. Mais y'a autre chose aussi désormais. De plus terrible. J'ai la haine qui est revenue, qui coule dans tous les pores de ma peau. Les muscles qui se tendent de nouveau, qui retrouvent vie après avoir été charcuté à grands coups de vices à la con. Trop d'alcool, j'expie encore et tente de me limiter mais c'est plutôt compliqué. Je dirais pas ce que c'est dur, parce qu'on a vu pire que ça. Juste compliqué, ouais. Parce qu'accepter de me raccrocher à des gens, c'est faire peser sur leurs épaules des poids que j'ai trop longtemps porté pour songer à les donner réellement.

Parfois je me sens coupable, Selen.
Quand je regarde ma gosse à moi.

Et je peux l'offrir à personne, ce sentiment-là. Je ne peux et je ne veux pas, surtout. C'est à moi, juste à moi. Et aussi un peu à toi, faut bien se l'avouer. Raconter le pourquoi du comment, c'est consentir à raconter une histoire qui a un début qui débute par ton prénom. Et c'est trop douloureux. Et ça entretient le feu qui me dévore les tripes. L'âme entière. Qui me pousse à suer sang et eau sur le ring, plus encore même. Qui me fait plus sentir les douleurs qui me tiraillent parfois dans le dos, dans les mains. Qui me font continuer de frapper, jusqu'à en perdre haleine, qui me fait continuer de m'entraîner jusqu'à plus rien sentir. Je pense plus à l'instant d'après, comme ça. Et surtout, je pense plus à l'avant non plus. Je vis juste un instant, au travers de ce souffle qui se fait charcuter les poumons sous des douleurs vives, de celles qui te maintiennent bel et bien en vie, ouais. Pas de celles que le temps accentue. Pas de celles que d'autres ont pu faire par le passé. Mais faut pas se leurrer, dans ces moments-là aussi, c'est juste la haine qui me fait bouillir les veines. Et si t'étais là, je crois que tu pourrais te foutre de ma gueule un peu, me parler de Star Wars, prendre une voix à la con et me dire que j'ai basculé du côté obscur de la force. Je rigolerais un instant, sans te dire à quel point je pourrais craindre que t'ai raison. Parce que j'ai perdu la mienne, Selen. Je sais plus où je vais. Droit dans le mur, sans doute. Le monde qui s'est écroulé déjà alors ça peut être que ça. Le gouffre est béant et je fonce dedans. Peut-être qu'il a un fond, qu'il est plein de merde et que sans le savoir, je patauge déjà dedans. Je sais plus, je me suis rendu aveugle.

Ce soir, y'a pas de Vesper. Y'a pas de Thony. Y'a personne d'autre que moi et ma vieille carcasse. Qui se tire dans des lentes sensations. Qui me fait regarder mes mains avec un soupçon d'appréhension. Je suis trop jeune pour vieillir, tu saisis ? Et trop vieux aussi pour plus m'imaginer jeune. C'est un âge bâtard, la cinquantaine. Ça tire tout doucement vers autre chose. Je crois que j'aurais pas la même vitalité que Kaelig à son âge. J'ai trop tiré sur la corde déjà, trop joué de ce corps qui n'aurait jamais dû me porter jusque-là déjà. J'étire les doigts et je souffle à peine, avec comme excuse que j'avais la fumée de ma clope à expirer. Mais c'est le poids des années que je déguste plutôt que la nicotine. Mais tu sais comme je peux rien dire. Alors je me plains pas. J'évoque rien. Je me contente d'expulser le reste comme je peux. Mais ça revient, ça afflue sans cesse. Trop de rage qui bouillonne, trop de vécue pour un corps qui ne pouvait pas en supporter la moitié. Trop de nuits à dormir sans plus la moindre d'alcool pour noyer le terrible, dernièrement. Alors je revois les flammes, j'entends les coups qui éclatent dans les airs, je ressens le sang qui revient s'éclater en des gerbes dégueulasses quand le fouet revient pour mieux s'envoler. Et je me sens serrer les poings, jusqu'à m'en éclater les phalanges. Jusqu'à m'entendre dire que ça aurait pu être pire. Jusqu'à me souvenir de la photo qui tombe en cendres. Qui me rappelle qu'on est plus là, l'un pour l'autre. Alors je crève.

Trois coups qui me sortent de mes songes. Ceux où je m'étais plongé, sans plus avoir besoin de dormir. Ce sont trois coups qui me font grogner un peu sur place, à me demander qui de la bande de joyeux lurons que je me traîne peut bien frapper comme ça. Je reconnais personne, au travers de ses trois coups. Je tire une latte encore, avant de poser la clope dans le cendrier à portée et que je me lève enfin, le pas lent et traînant, à maugréer déjà par réflexe. Et quand j'ouvre la porte, je suis déjà prêt à faire croire que je suis encore vivant. Prêt à étaler les mots devant moi, pour voir la gueule se décomposer ou éclater dans un sourire. Mais sur la mienne, y'a rien qui vient. Y'a juste mes yeux qui se plantent sur toi. Et je sens mes joues qui se font tirailler. Comme si je redevenais du beurre soudainement. Comme si j'avais toujours été que friable. Que du sable qui coule entre les doigts d'une main. Qui retourne rejoindre un désert immuable mais pourtant bien déplaçable. Une dune qui va aller se former ailleurs, au gré des vents et des besoins de la nature. Je reconnais même pas ma voix, tu sais. Elle est un filet qui rassure personne. Une ancre qui se jette dans une mer trop profonde et qui sert à rien à part m'entraîner vers le fond plus rapidement.

... Selen ?

Je sais même plus depuis combien d'années j'avais pas prononcé ton prénom. Tellement que j'y crois même pas. J'ose pas. Je reste juste figé, à te fixer, persuadé que j'ai rendu l'arme à gauche pour de bon, que l'âme s'est envolée alors que le corps est resté dans le canapé. Alors j'ose un coup d'oeil en arrière. Mais y'a plus rien, dans ce dernier. Juste devant, y'a le cendrier avec la légère volute de fumée qui s'échappe encore, de celle que j'ai pas fini de griller. Alors j'en reviens à toi, halluciné. Et tu me dis juste que ça fait un bail. Tu me laisses bouche bée. Et pourtant, il en faut beaucoup pour parvenir à me faire taire. Même la gorge à moitié déchiquetée, je parle encore. Ou à défaut de mots, je crache encore ma verve d'une autre manière. Mollard sanglant. C'est le tien que je reçois, sans que t'es besoin d'user de la moindre bave pour ça. T'as juste à me demander si tu peux entrer. Et j'ai envie de t'insulter, directement. Et de pleurer aussi. Je crois que j'ai les yeux qui tremblent. Ca tressaute, devant moi. Hey, vieux frère, je crois que je me souviens de comment on respire.

... Putain de merde...

Et je sais pas terminer, parce qu'il y a une pogne qui te ramène directement à l'intérieur, l'autre qui claque la porte sans se soucier du bruit que ça peut faire, de ce que ça pourrait heurter dans la mémoire mise à sac. Je m'en fous de tout, parce qu'il y a juste toi. Et mes bras déjà autour de ta carcasse aussi. Tu m'excuseras, j'ai un trop plein qui vient se prendre un coup et t'es carrément pas la goutte de trop. T'es le barrage qui vient de céder pour finir de remplir le vase. Alors j'éclate en sanglots contre toi, le visage niché dans ce cou que j'ai plus vu depuis plus de dix ans. Et je te porte aux éloges à ma manière, fils de..., accroché à toi comme j'ai jamais pu le faire par le passé. C'est plutôt à toi de me chialer dessus. T'as tout un deuil pas fait à déverser contre cette épaule affaissée, je le sais bien. Mais j'y peux rien. Y'a ce besoin oppressant de vérifier que t'es bien là, que tu vas pas t'évaporer sous l'acidité des larmes qui affluent, qui me secoue de part en part. Que sous mes doigts, ce sont bien tes cheveux que je sens, depuis que la main est remontée dedans pour te maintenir au plus près de la montagne érodée. Je suis désolé hermano. Parce que de celle-ci, il ne reste plus que quelques pierres.  Tout le reste a été bouffé par les regrets, les remords. Reste que l'espoir dans une touffe d'herbe que tu viens de faire renaître. Foutu engrais.
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MessageSujet: Re: 2XGM || ft. Gabriel   Mar 18 Sep - 17:07

Là. C'est cet instant-là. Ce moment pour lequel j'ai tenu jusque là.
Je savais pas d'où venait mon semblant de force
Si ce n'était pour retrouver tes bras.


Elle se fait bouffer autant qu'elle m'a mordu pendant des heures, des jours, des années. En un instant, engloutie, dépecée, ramenée à l'état de vermine inanimée. Elle supplie, l'angoisse, d'exister, de continuer de me parasiter si délicieusement, de vivre en moi comme une partie vitale. Comme un tout, sans lequel je pourrais même pas respirer, sans lequel je pourrais même pas me lever.
Elle hurle, putain, elle souffle d'agonie quand tu me regardes.
Tes yeux la butent en une fraction de seconde, Gabriel, quand je lis en eux ce que j’espérais y voir.

Tu me rejettes pas. T'es surpris, autant que moi, mais c'était le but. Pardon de t'avoir fais ça, de débarquer sans un mot autre qu'une simple salutation. J'sais à quel point on est nuls à chier pour ça, toi comme moi. On se ressemble, tu sais. J'crois qu'au fond ça n'a échappé à personne. Peut-être qu'ils savaient déjà tous ce qu'on aurait pu devenir.
C'était évident.
Sauf pour nous.
Le Nous, qui s'est éteint avant même de naître.
Elle revient, la pensée, elle court, ranime l'angoisse au bouche à bouche. Elle la sauve, l'horrible, à coups de blessures d'ego et de non-dits maladifs.
C'est encore là. Les mots que je ne parviendrais pas à te dire, au bord de mes lèvres qui s'entrouvrent en t'observant. Trente-cinq ans qu'ils pourrissent sur les commissures, à gangrener ce qu'il reste du coeur.


Tu dis rien, toi non plus. Rien d'autre que mon prénom soufflé. Et je crois que j'ai jamais autant aimé l'entendre, en fait. Dix ans, si c'est pas plus, sans ce son caractéristique. Ta voix qui part en couille, ces intonations hispaniques, cette façon particulière de le prononcer. Personne ne l'avait. Personne à part toi.

Personne n'était toi.

J'me fais poupée molle quand tu m'embarques dans ton univers, que tu me serres comme un rêve auquel on voudrait se raccrocher pour ne pas se réveiller. Pour échapper aux cauchemars hantés. Mais j'suis là. Cette fois, c'est pour de vrai, c'est pas des cursives qu'on se balance en s'imaginant le meilleur pour ne pas voir le pire. Pas de papier, rien que de la peau tannée. On pourrait s'y écrire des milliers de choses. Mais ce sont tes larmes qui servent d'encre, pour cette fois. Pour marquer le coup de nos retrouvailles. Elles glissent, sans bruit, sans mesure. La montagne s'effrite et me retient.
Et moi...
Moi...
Moi, je l'écoute ta mélodie des pleurs. Moi je l'entends, je la subis, je la laisse me tremper, me noyer, cette eau-là.
Plus terrible que celle du motel, pleine d'éclats de miroir. Plus terrible que celle qui me reflète.
Et y'a cette chose qui me pique, éclats pilés dans ma gorge, dans mes yeux, dans mes mains, dans mon âme.
Une sensation qui vient foutre son grain de sel sur une plaie qui s'est rouverte.
Elle vient, elle aussi. Elle vient quand j'ai ton corps contre le mien, tressautant de sanglots, que ta chaleur s'insinue, que les paroles sont mortes elle aussi. Que mon âme, ou ce qu'il en reste, fond à ce moment précis.
Comme si elle avait compris que c'était aujourd'hui ou plus jamais.

Gabriel... Est-ce que c'est la première fois que je te vois pleurer ?

Pardonne-moi.
Pardonnez-moi.

Tu-

Inutile. Les mots font mélasse, sirupeux et gluants. Je ne bouge pas, ni des membres, ni des paroles, tout est stable, paralysé. Le corps qui meurt, qui revit sous ta chaleur.

Et Gabriel, je vois trouble. J'ai l'impression que toutes les larmes que j'avais rejeté, toutes celles que j'ai versé pour nourrir la terre retournée d'une petite tombe paumée, toutes ces eaux nourricières pour y faire pousser de belles fleurs, tout ça, tout ça ça revient contre moi.

On se baptise de ces flots retrouvés. Tout les deux, sans retenus, face au monde.

Tu m'as...

Ça se délivre, petit à petit.
Les cordes tremblantes qui dansent dans gorge, compressées contre toi. Ta paume dans mes cheveux trop longs qui m'arrachent un frisson.
Tu sais peut-être pas, Gabriel, à quel point c'est important.
A quel point c'était tout ce dont j'avais besoin.

Alors, je sais pas d'où ça vient. Si c'est toi ou moi, ou nous ensemble, d'une certaine façon, qui fait bouillir mon ventre jusqu'à la bile, comme pour déglutir, et cracher ce qui me pèse. Le primaire, ce qui gît au fond de tout, ce qui jaillit d'une voix de gosse chevrotante, toute petite face à toi.

Tu m'as putain de manqué...

J'appuie le tout en libérant une main, en la laissant prendre place contre ton crâne elle aussi. La pulpe abîmée contre tes cheveux si gris, qui a imaginé leur texture pendant trop longtemps. L'autre la suit, t'enlace, t'embrasse autant qu'elle peut, te donne tout ce que je ne peux pas te dire. Tout autant de protections, de promesses, de serments vers le seul sacré qui acceptera deux tocards comme nous.

J'suis là. Je partirai plus... promis.

La voix saccadée, le visage ravagé par la cascade. Plus de digue pour retenir quoique ce soit. Plus de barrages, de barrières infondées. Plus de barreaux pour me protéger de la réalité. Plus de prison quand j'en éclate les murs, un à un. Un homme ça chiale, un homme ça aime, un homme ça peut crever à force de s'oublier. Et que Dieu le veuille ou pas, on restera que des hommes, droits et fiers, devant l'absolu.

J'me détache, pas complètement, juste pour te voir, pour grappiller lentement ces dix ans de vide. Mes yeux lourds sur ton visage, à le détailler, à le questionner, devant ces entailles que je ne connais pas. Sourcils froncés, inquiets, y'a la blessure dans ton cou que je remarque seulement maintenant. Et puis tout ton toi, qui me saute à la gueule, subitement. Bordel de merde...

Gab... ?

Il s'est passé quoi, pendant toutes ces années ?

Et pourquoi t'es venu t'enterrer là ?


Allez, c'est le moment de parler. Pour toi, comme pour moi. On se fout ce bon coup de pied au cul et on balance.
L'essentiel, au moins. De quoi renouer avec demain.

Prends mes mots pour acquis, je t'en prie.
Peu importe ce qu'il se passera. Peu importe ce qu'il adviendra.
Je serai l'ombre de ton ombre.
L'ombre de celui que tu es devenu.

Je m'en fous du reste, Gabriel
Si tu n'en fais pas parti.
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MessageSujet: Re: 2XGM || ft. Gabriel   Mer 19 Sep - 8:44


Tu sais, je suis encore à me demander si c'est bien toi. Bel et bien toi. Je me pense peut-être encore dans le désert, la pleine sentimentale tellement vide et terrible que j'en viens à halluciner, à me souvenir du seul visage qui me prend encore aux tripes, que je revois quand même bien trop souvent, quand on me demande ce qu'il en est. Quand on me désigne une femme pour me dire qu'elle est mignonne, avec le sous-entendu qui va avec, avec l'insinuation qui va bien dans le ton. Et y'a juste mes épaules qui se haussent en guise de réponse, l'air de dire que ouais, sans doute. Je regarde et c'est déjà terminé. Avant même de commencer. C'est peut-être un de ses instants. Peut-être que j'ai mal regardé, pour le canapé. Peut-être que c'est autre part que je me trouve, la conscience qui a dérivé jusqu'à toi que j'inonde de mes regrets. Et d'un vif soulagement aussi, quelque part. Même s'il sera amer ensuite, si c'est pas vraiment toi. Au fond, je suis plus vraiment à ça près, n'est-ce pas ? Alors on verra bien si t'es soluble, si sous l'eau salée, tu vas t'évaporer. Si ta voix qui fait des trémolos en écho à la mienne va disparaître sous les gravats. Si même toi, t'étais devenu trop petit pour supporter le poids de quelques cailloux amoncelés. Y'a tes larmes qui se mêlent aux miennes. À croire qu'elles sont plus douées que nous. À croire que n'importe qui l'est plus que nous. Alors excuse-moi de te broyer un peu plus encore. C'est que ça me fait comme un électrochoc. Tes mots, avec la situation. Le tout qui me fait dire que c'est bel et bien vrai.

Yo también te extrañé...

Excuse-moi, je sais plus parler anglais là. C'est à peine si j'arrive à parler espagnol. Remercions l'espagnol qui s'accroche à moi comme un mac à sa putain. Je l'accepte entièrement à cet instant, si ça me permets de te transmettre un peu plus encore cette émotion qui me foudroie sur place, qui m'ouvre les tripes pour les exposer à la face du monde. Fort heureusement qu'il y a que toi, pour le voir. Parce que j'ai refusé tout ceci à n'importe qui d'autre. Même à Vesper. Elle pouvait me chialer autant qu'elle voulait dessus, j'ai résisté. Parce que, souviens-toi, hermano. Y'a que toi qui peut voir quand l'ombre faiblit, qu'elle sait plus te cacher au reste. Alors, constate que le temps a été putain de dur. La vie pas clémente du tout. Je parle même pas de moi. C'est ton histoire que je chiale. Ce sont les larmes que j'aurais voulu te canarder dessus déjà y'a dix piges. Et que je pouvais pas. Et que tu voulais pas. Alors elles sont restées en soupape, à fermenter pendant sacrément longtemps. À te dire pour moi que t'as intérêt à plus songer à partir du tout, ouais. Parce que tu me dois dix ans, Selen. Et moi, je te dois une vie entière.

T'as putain d'intérêt...

Faudra attendre que les compteurs soient remis à zéro avant de songer à te barrer. Et je crains que ça sera à ma mort que tu seras libéré. Tu viens de mettre le pied dans un piège à loup particulier. Piège à lune. Tu te recules et alors, je peux voir pour de vrai cette fois tes traits. J'essaye, parmi le vague. Alors j'inspire comme je peux, j'expire comme un buffle, souffle trop chaud, avant qu'une pogne vienne me barrer les yeux pour effacer les foutues larmes. Et je te regarde comme je t'ai jamais vu auparavant. Comprends que je te vois tous les jours pratiquement, t'es sur ce foutu fond d'écran du téléphone. Mais y'a bien vingt ans pratiquement. Alors forcément, faut que je me refasse à ta face de maintenant. Et quand ma main en a terminé avec le niagara personnel, elle vient s'écraser contre une joue à toi, pour tenter d'endiguer les sillons que tes propres flots ont laissé. Et je te souris, vieux frère, je te souris comme je peux le faire qu'avec toi. Avec mille et une cassures dans les lèvres, des fragments que personne d'autres ne doit voir. Faut que j'ai l'air vaillant, pour les autres. Y'a ta chaleur, dans le creux de ma paume. Putain, ce qu'on doit suer sans s'en rendre compte, à chialer comme deux ados qui se retrouvent après trop d'horreurs. Mais je m'en fous, là. Je me fous du reste, quand t'es juste là.

Ouais... Je sais...

T'en fais pas, je connais ma gueule. Je sais à quoi je ressemble désormais. Je sais que j'ai caché ça aussi longtemps que je pouvais. Sans jamais rien évoquer, dans les lettres. À envoyer chier, quand ça pouvait parler de photo. À te demander si j'étais vraiment photogénique. Te dire qu'il fallait attendre la sortie pour revoir ma sale gueule, que c'était au bout du tunnel. Je me disais qu'éventuellement, ça pourrait te motiver à pas faire de conneries en taule. J'en sais trop rien. Sans doute que c'était présomptueux quelque part. Mais en toute franchise, je m'en fous de si ça l'est ou non. Je me dis juste que c'est là, quelque part. Que t'as fait gaffe à ton cul juste pour voir ma gueule vieillissante. Pour mesurer à quel point j'ai déjà les cheveux blancs qui se pointent, à quel point je me fais gris. Plus de couleurs dans le bouc déjà, tu t'imagines ça ? Mais c'est pas ce qui t'intéresse, là tout de suite. Le semi mensonge te saute aux yeux, pour le coup. Plus besoin de sourire, avec ça de gravé dans la chair. Alors je me penche vers toi, pour t'embrasser le front, pour oublier le reste. Pour réfléchir à comment te dire les choses. Et j'inspire, après avoir replongé le nez dans ta tignasse. Putain, ce que tu m'as manqué, Selen.

Va t'asseoir, je sors les bières...

Je dis ça, mais je reste comme ça une longue minute encore sans doute. Trop proches. Et ça me déchire sur place, de finir par te relâcher, de plus avoir sur la surface de mes mains ton visage, tes cheveux. Mais faut faire avec, paraît que c'est la vie qu'est ainsi faite. Je relativise, en me disant qu'on est à deux minutes près, après tout ce temps-là. Je me bouge vers la cuisine, te laisse prendre place dans le lieu, avant de sortir du frigo deux binouzes. Et j'inspire l'air frais, avant de me tourner pour actionner l'eau dans l'évier et m'arroser un peu la gueule avec le tout. Je m'essuie la gueule dans la manche du t-shirt. Et je reviens vers toi. Ce qui est sacrément bizarre, comme pensée. J'aurais pas cru revivre ça un jour, à force, tu sais. Mais t'es là et nos regards se retrouvent immédiatement. Alors je viens m'écraser à tes côtés, te donnant ta bière, pour ouvrir la mienne. Les pensées qui filent à toute vitesse. Et puis, je décide de faire au plus simple.

L'armée. Pas mon père. Et je trinque ensuite, les yeux plantés toujours dans les tiens. À ton putain de retour. Bordel.

Je nous souhaite pas la santé, à ce stade-là, c'est foutu. Y'a un rire sacrément trop joyeux qui s'échappe de moi, à cet instant, malgré le début de conversation. Lampée, presque douloureuse. Et je me tais déjà de nouveau, à la recherche de la suite, du trop plein de mots qui veut pas sortir pour autant. Toutes des salopes. Alors je reprends une autre gorgée, après une première déjà. Je me penche vers le cendrier, vers cette clope qui s'est consumée toute seule, pour terminer ce qu'il peut rester.

On a été pris en otage. Ça a duré neuf mois et quelque. Je pose mon coude sur le rond d'un genou, la main à la bouche, le pouce qui caresse le bouc alors que je te fixe. Me prends surtout pas en pitié, Selen. Surtout pas. Le pays a mis du temps avant de négocier ce qu'il lui semblait convenable pour nous sortir de ce merdier. Mieux que rien, pas vrai ? Parce que j'aurais pu y être encore. Alors, on est plutôt chanceux, dans le tas. Baueur y est passé, dès les premières semaines. Blake est ressorti avec le dos totalement lacéré, des muscles atrophiés à jamais. Il s'est suicidé, y'a deux ans. Je te parle des noms évoqués dans des lettres du passé, des noms dont tu avais vu les têtes sur les photos envoyées à l'époque. Et qui aujourd'hui ont disparu. Hasta la vista, hermanos. M'en suis bien tiré, au final. Et je hausse les épaules, l'air de balayer tout le reste. Les joues en bernes, le dos en compote, la mémoire en détresse. T'es sorti quand ? T'as pu voir ton frère ?

Et elle, t'as pu la voir ? La question me brûle l'être.
Mais jamais plus je la poserais.
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MessageSujet: Re: 2XGM || ft. Gabriel   Ven 21 Sep - 15:51

Je sais pas si tu réalises tout ce qu'il se passe. Tout ce que tu me fais, sans t'en douter. Je sais pas si tu entends le rythme, si tu comprends le décalage que tu éclates dans ma poitrine à ta simple présence. C'est si con, Gabriel, qu'on soit trop sourds à nos dilemmes. Parce que ta chaleur, elle, c'est comme si elle grandissait au fur et à mesure des minutes contre moi, qu'elle faisait en sorte de hurler tout ce qu'on ne dira jamais.
Elle se pare de beauté avec ton espagnol de vieux cador cassé. La langue de la silhouette qui t'a toujours menacé. Quand il gueulait, c'était, horrible, amer. Chez toi, j'ai jamais vu autre chose qu'un voyage. Un putain de beau voyage.

Et tu me relâches, juste un peu. Pour m'assassiner. Bien malgré toi, vieux frère, j't'en garde la volonté, j'sais bien que t'as pas voulu que ça en arrive là.
C'est pas ta faute à toi si j'suis vrillé, si je déconne depuis mon premier cri.

C'est pas ta faute si je t'aime et que tu le sauras jamais.


Mais malgré tout, et ça j'y peux rien, j'implose.
Ta bouche, c'est la balle qui creuse mon front. J'implose sous ces lèvres qui se veulent fraternelles, j'implose sous ces années passées à mentir qui n'ont pas l'air de vouloir me laisser, j'implose sous celles d'isolement que j'ai tenté de combattre. J'implose sous ce contact, que je voudrais encore et encore, autrement, à d'autres moments. J'implose sous le passé qu'on s'est évertué à gâcher.
J'implose sous ce lien qui me maintient en vie, qui me pousse à respirer, à me nourrir de ce qu'on a été.
Parce que c'était beau, malgré tout, tu t'souviens ?
Ce mensonge qui était devenu notre vérité.
L'amour, qui se vêtit d'une autre forme, pour exister.


Tu t'éloignes. J'ose pas dire "enfin", ce sera malvenu, parce que putain, si y'en a bien un dont je supporte les bras, c'est toi. T'es le seul qui me reste. Le seul à qui je l'accorde. Les autres, ils sont trop petits, trop pleins de terre. Trop inertes. Ils enlacent à jamais les promesses que je n'aurais jamais tenu.

Tu parles de bières, j'opine du chef, sourit un peu, parce que ça fait flamboyer nos jours d'avant. La bière partagée par les deux gosses du voisinage, à parler de rien, surtout de tout. Tout ça c'est teinté en sépia, comme cramé par le temps. J'en profite pour regarder l'appart', comprendre où tu vis, zieutant la sobriété toute carrée du truc. Et bien vite, j'reviens vers toi. Et je repense à l'étreinte, d'y a une seconde. Ca tourne en boucle.
Le chaud, ton parfum. La rigueur des muscles qui m'enserrent. Y'a pas à dire Gab', tu fais un putain de beau bûcher.
Je meurs à petits feux dans ton brasier.

J'me pose, attrape la bière, arrache un sourire dont j'ai pris l'habitude au trou. Pas trop imposant, juste le coin d'une lippe qui se hausse, comme pour prouver que ça bouge encore à ce niveau-là. Que ce truc ne sert pas qu'à gueuler des insanités ou mordre les mains tendues. J'crois qu'il me faudra un moment pour apprendre à nouveau comment c'est, l'extérieur, ses coutumes et ses progrès. Il en est où, le monde, quand on a la sensation qu'il ne tourne plus ?

Mais au fond, hein. Qui se soucie du monde quand je trinque avec toi ? Enfin. Enfin. Là, je peux le dire. Ça signe quelque chose. Je ne sais pas de quoi. Mais quand je te regarde, quand je capte ton sourire qui élargit le mien trempé de prudence, je crois que j'ai une idée.

A mon r'tour, ouais. Et à nous. Parce que j'veux t'inclure dans l'équation. C'est grâce à toi si j'ai voulu en sortir, de ce trou à rats. Épitaphe qu'on partage quand le verre s'exprime. Je trinque pour toi, avant tout. Et pour ce cœur qui s'enduit de baume quand l'alcool me grise. J'aurais jamais cru pouvoir partager ça avec toi à nouveau, Gab. J'ai attendu, mais la récompense, elle est là.

Mais, hé. Faut croire qu'chaque médaille a son revers. Tu dois l'connaître, toi, tout ce cérémonial qui tourne au vinaigre. Ce rire qui se transforme en flèche pour transpercer les beaux moments.

Parce que l'ambiance tourne quand finalement les blessures s'expriment. Ça arrive vite, comme un coup de poignard qui interdit d'être heureux. Même pas létale, car ce serait trop facile.
Tu parles.
Et je te regarde, toi.
Et puis ton visage.
Et puis tes mots.
Balancés comme de l'acide.
Qui me détrempe ma gueule qui s'efface.
Mes yeux livides, qui te fixent.

Boum.

Le sens commun vient de se faire lapidé. Grosse pierre qui vient lui étouffer la gorge pour une agonie lente et douloureuse.
On a été pris en otage. Ça a duré neuf mois et quelque.

Non.
Non, non, non.
Ça colle pas. Y'a rien qui va. C'est pas possible. C'est putain d'impossible. Ça ne veut pas, ça ne peut pas le concevoir. Mon cerveau doit être atrophié, parce qu'il refuse d'y croire, j'ai jamais été intelligent tu sais. Mais j'crois que là, c'est trop.

Toi.
Torturé, pendant des mois. Coup d'oeil vers ton visage. Ouais, à ce point-là. Toi, qui t'en sors, qui dit rien, qui endure, qui en crève. Sans rien me raconter.
Pour te protéger ? Pour me protéger ? J'en sais rien. Je m'en fous. C'était pas... la bonne chose à faire.
Parce que de toutes façons, que ce soit aujourd'hui ou avant, j'vois que toi. Là-bas.
Toi, dans le tourbillon de l'horreur que j'ose à peine imaginer.
Toi.
Toi.
Toi qui meurt.

C'est beaucoup trop, Gabriel Rodríguez.


Je t'écoute, religieusement, bien la première fois que j'm'y perds dans ces conneries là. Je t'écoute et je sais pas quelle gueule je tire, mais j'sens. J'sens que ça pique, partout sur ma figure, que ça se tend sur la bouteille, que ma main blessée saigne à travers le bandage à force de se contracter. Putain. Faut que je bouge. Je bois une lampée avant de poser la bouteille peut-être un peu trop violemment sur la table basse. Pas soif, juste besoin de taire le gosier brûlant de haine. Je bondis, me lève, marche, cent pas alors que je cherche une clope, que je mâchonne nerveusement en l'allumant. Il me faut ma dose. Et bouger, bouger pour ne pas frapper. Le sol, les meubles, moi.
J'dis rien, Gab, parce que j'ai pas de mots assez forts. J'ai l'esprit qui hurle pour moi, les images qui se veulent trop vraies avec ta peau comme preuve. Mais merde, t'en as pas assez chié dans ta putain de vie pour qu'il te tombe ça au coin de la gueule ? Ta bonne étoile s'est pas assez foutue de toi ? C'est ça ? T'es condamné à en chier ?

Mais merde, Gabriel, t'as pas le profil du martyr, t'en as rien à foutre de te sacrifier pour un pays qui t'a rejeté, putain de merde Gabriel pourquoi, pourquoi, pouRQUOI T'ES PARTI LE DÉFENDRE ?! T'Y AS LAISSE TA PEAU, TON SANG, TON ÂME DANS DU SABLE ET TOUT CA POUR QUOI ?! T'AS JAMAIS FINI DE TE FOUTRE DE TA PROPRE GUEULE A CE JEU-LA ?! T'AS FINI DE CROIRE QUE TU MÉRITES QUE D'ÊTRE PIÉTINÉ ?!
CE PAYS, CE FOUTU MONDE, TOUT CA C'EST DE LEUR FAUTE
ET A CES PUTAINS DE FILS DE CHIENS
ET A CES CONNARDS DE POLITICARDS DE MES COUILLES QUI EN ONT RIEN A BRANLER DE LEUR CHAIR A CANON !!
LEUR FAUTE
A TOUS
TOUS... !!

Putain...

Et...
La mienne aussi, au fond...

Pourquoi ?
Pourquoi...
Pourquoi... j'ai pas pu... te retenir ce jour-là sur le quai... ?


Les pensées se cognent et se crachent dessus. Ça me sort par les yeux, littéralement, alors que je me cache pour chialer. Le regard vers une fenêtre où s'élève ma fumée. Marrant comme les larmes signifient trop de trucs à la fois. Comme elles parlent, quand moi j'peux pas.

J'suis... J'suis désolé...

De t'avoir poussé à t'engager. De pas t'avoir demandé de rester. De pas avoir combattu à tes côtés.
De t'avoir abandonné.

J'aurai... pas cru, p'tain... je... j'savais rien...


J'bredouille comme un gosse, incapable. C'est triste pour tout le monde, pour tes camarades, la nation, et toi. C'est affreux et ça n'a aucun prix. C'est fait pour être ainsi, et on ne pourra rien y changer.
Et il faudra continuer. C'te fois, j'y veillerai.
J'te laisserai pas t'faire dévoré par les erreurs du passé.

J'laisserai rien.

T'embrayes, part vers ailleurs. Vers des choses auxquelles je peux répondre. Auxquelles je dois répondre. Apporter ma pierre à notre tombe.
'Fait une semaine, p'tèt un peu plus. C'tait fin octobre. Et ouais... J'suis resté chez Terry quelques jours avant d'venir ici. Il m'a donné du fric, d'quoi partir à peu près sereinement. J'voulais... t'voir au plus vite... et tout rattraper.

Inhalation. Le tabac, ce vieux pote, toujours là, toujours présent. Les mots se délient, presque trop naïfs pour ce genre de conversation. Je finis par revenir, lentement, me poser. Reboire un coup et repartir, avec mes yeux rouges qui finissent par te retrouver.

J'suis allé voir Lua, aussi. Pas le cimetière. Pas sa tombe. Elle. J'suis resté longtemps. J'ai pas compté les heures. Et puis j'lui ai dis que je partais te voir. J'devais l'faire. C'tait... important.

Ma puce, j'ai plus de mal à dire ton nom. Et en plus, je l'ai retrouvé, oncle Gaby. Tu le vois ? Est-ce que tu es fière de moi ?
J'ai encore la sensation de tes cheveux blonds, la rondeur de tes joues, les éclats de ton sourire.
Je les vois encore, quand j'arrive à dormir.


Nouvelle gorgée, tremblante. D'autres questions qui me brûlent la gorge à coup d'éthanol, même si c'est pas cette bière qui parviendra à me mettre K.O.

... Tu d'viens quoi, Gab ? Et pourquoi t'paumer au Canada, sans déconner ? Ça f'sait pas deux, le froid et toi ?


J'en ai marre, là, du passé. Balance du présent, que j'arrive à imaginer le futur.
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MessageSujet: Re: 2XGM || ft. Gabriel   Sam 22 Sep - 8:16


T'écoutes au départ, sans autre réaction que ta gueule qui se décompose. Respire hermano, c'est passé. Alors ça me va, je me contente de te conter les faits comme ils ont pu être, y mettant même les formes, sans rentrer dans les détails. Je signale qu'il y a pire, dans le fond de mes mots. Parce qu'il y a eu des morts et que je me tiens sur le haut de la pile au final. Oublie les cadavres et le goût de terre dans la bouche, Selen. C'est fait, on pourra plus revenir là-dessus. Alors, ça me va que tu réagisses pas d'abord. Mais finalement, tu te lèves. Et ça me blesse, je crois. Pas toi, Selen, je t'en supplie. Mon regard qui se pose sur ce dos qui s'éloigne. Reste, sale cabot... Mais t'es déjà plus là. Dans ton monde, à refaire le monde d'un millier de pas qui l'ont déjà que trop foulés et qui n'y changeront rien. La vie est une salope, ouais. Et ? Reviens, Selen. Alors je finis par baisser les yeux et ça me déchire un peu plus, intérieurement. Je sais pas ce que tu dégages, Selen. Mais j'aime ni la pitié, ni la culpabilité. J'inspire, me rallume une clope, l'envie de te te dire qu'on s'en fout. Remue pas le couteau dans la plaie, Selen. Reviens. Et je fume désormais en silence, question suspendue sur ce vrai frère pour toi. Je lorgne sur la bière sans plus parvenir à y toucher. Je préfère m'intoxiquer les poumons, je crois que c'est le plus efficace à ce stade-là. Et tes excuses tombent. Putain. C'est le pire pour moi, tu sais. J'ai le pouce qui vient me gratter le dessous de la lèvre, rapidement, alors que j'ai les mâchoires crispées. Que je tire sur ma clope comme on pourrait appuyer sur la gâchette d'un barillet finalement vide. Ça fait le bruit, ça percute l'esprit, mais ça laisse le corps en vie quand même.

Ta sortie ? Et ton frère ?

J'ai rien d'autres à dire. Pas envie de rebondir sur tout ça. Dégage cette putain de culpabilité moisie, cette putain de pitié qui te scie les traits en des larmes qui n'ont pas besoin d'être. Tombe pas à ma putain de place, je te l'interdis Selen. J'inspire longuement, avant d'expirer, avant de retrouver un soupçon de raison et de la dignité qu'on vient de me voler. Je renifle, m'écrase un oeil du même pouce qui me sert qu'à ça pour l'instant, avant de faire voler en arrière mes mèches d'un mouvement de pogne, affalé plus amplement dans le canapé, après avoir ramené le cendar contre une cuisse pour y laisser tomber la cendre sans plus avoir à me pencher. Je t'écoute me parler de Terry, de ta sortie. Une semaine, donc. J'ai tellement pas vu le temps passer à force, ici. Dans cette espèce de routine que je déteste franchement mais qu'il faut faire avec. Je souffle ma fumée, acquiesce à peine, pour te dire que c'est compris. Même si tu sais, on pourra jamais tout rattraper. Je me racle la gorge, bifurque mon regard sur toi de nouveau quand tu te poses de nouveau sur ce foutu canapé. Et y'a ce prénom qui tombe, qui m'arrache bien plus volontiers les tripes que tout le reste. Et si moi aussi je m'excusais pour elle, tu réagirais comment, sale con ? Je ravale une goulée viciée, nicotine qui me brûle l'oesophage presque aussi efficacement que la douleur. Faut que je me concentre, retrouve le goût des mots que j'ai asphyxié tant de fois. Que je me souvienne comment on dit aux gens qu'on est encore là, qu'on est toujours vivant, même lorsqu'on est étouffé soi-même par autre chose.

Je suis allé la voir, aussi. Même que je lui ai laissé un cadeau que seul le temps saura éroder. On a jamais su s'ennuyer avec elle.

Parce que moi non plus, j'ai pas vu passer les heures. À fixer une pierre qu'avait pas assez d'elle pour prétendre savoir lui rendre véritablement honneur. Alors avec ce que j'avais sur moi, me suis permis d'écorcher le tableau trop propret, de rajouter un croissant de lune sur le côté, le genre de détail que jamais personne verra vraiment ou qu'on se dira que c'est qu'un putain de vandale qui a fait de la merde. Mais je sais que ça l'aurait fait rire, que c'était comme tailler le bois de son lit et d'y foutre des dessins sculptées dans la matière première, pour qu'elle dorme au milieu des étoiles à défaut d'avoir sa bouille sous celle-ci, à désigner les constellations du bout d'un doigt et raconter ce qu'elle est, dans son imagination. Et je suis sûr que même à vingt piges, elle aurait continué à le faire, à me conter l'avenir et à me faire rire avec ces conneries. Alors elle l'a, sa lune, sur sa demeure rien qu'à elle, sur cette pierre qui sera son dernier berceau. T'inquiètes pas fillette, ton parrain n'oubliera jamais. Mais faut déjà revenir au présent, dans celui où elle n'est plus là comme il faudrait. Je porte un regard lourd, sur toi. Même si tu m'as foutu la haine, tu mérites pas ce qui va arriver. Mais encore une fois, c'est ainsi. Je réfléchis à comment t'annoncer la nouvelle parce que ça fait depuis des mois que je sais toujours pas comment faire, que j'ai beau me triturer l'esprit, ça veut pas trouver de réponse. Alors soit.

Elle s'appelle Vesper. Le prénom qui tombe, directement. Nouvelle lampée sur la cigarette, les prunelles plantées dans les tiennes. Je suis venu pour elle. Je me bouge à peine, pour sortir mon téléphone de ma poche, de naviguer rapidement sur ce vieux modèle parmi les rares photos, jusqu'à tomber sur sa gueule. J'aurais pu repartir, mais... Je te balance le téléphone ensuite, pour te laisser voir cette sale gosse. J'ai pas su. Elle est jeune mais te fie pas à ça. Elle a un sacré mordant. Elle a tout pris de son père. Une putain de chieuse. Tu comprends, n'est-ce pas ? Je t'observe, gravement encore. Elle s'appelle Vesper, Selen. Retiens-le. Vesper Rodríguez.

J'ai jamais été du genre très délicat, pour annoncer les nouvelles. Bonnes ou mauvaises, elles tombent et puis c'est tout. Y mettre des formes, je sais pas faire. Je parle et c'est ainsi. J'y pourrais quelque chose sans doute, si j'essayais. Mais je ne sais pas faire alors autant laisser tomber directement. Je tapote sur ma clope, pour que les cendres s'étalent parmi les autres.

Je voulais te l'annoncer en face. Pour ça que j'en ai pas parlé, dans les lettres. Et en toute franchise, je pensais pas que j'allais rester. Je lui ai dit, tu sais. Mais elle a pas voulu l'entendre. Voilà pourquoi ce putain de Canada.

Je suis prêt. Pour la tempête que je viens de provoquer. Je dirais bien que je suis désolé, mais je ne peux pas l'être sans paraître hypocrite, Selen. J'ai choisi de rester. Alors j'assume. Tu peux épancher ta douleur, j'écouterais, je resterais là. Moi aussi, j'ai attendu. Alors, exprime-toi. Je sais que si t'as la rage, ça sera pas contre moi. Mais je peux être le support de celle-ci. Je m'en fous, en fait. Tu peux me haïr, si ça te file la rage de vivre. La vie nous aura fait un doigt d'honneur jusqu'au bout. Alors je lui renvoie, en restant debout, malgré tout. Alors frappe si t'as besoin, chiale si t'as l'amertume qui doit te couler des yeux encore, rigole si tu te dis aussi que c'est qu'une putain de blague. Tant que tu respires.
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MessageSujet: Re: 2XGM || ft. Gabriel   Sam 22 Sep - 9:30

Y'a ces instants de malaise au creux du bide. Ce genre de truc qui vient se tapir comme une bête et te dévorer les entrailles dés lorsque tu fais la moindre connerie. T'as la sensation de perdre pied, bouffé de l'intérieur, à pas savoir quoi faire pour rattraper le temps que tu viens de gâcher.
J'ai vécu avec pendant dix putain d'années. Avec le parasite qui venait me gangréner. Et j'croyais qu'au dehors, ça allait l'faire partir, que la lumière de la liberté lui ferait trop peur.
Mais j'crois que rien ne marche ainsi, hein, vieux frère ? Les démons ça prend leurs aises, ça ne veut pas bouger quand ça trouve un terrain fertile.
Les nôtres, ils ont le chic pour se nourrir de nous. Nous exploser au grand jour pour nous ramener plus bas que terre. Et nous plonger dans l'enfer.

Pardon, mais j'ai pas su gérer. J'ai jamais su, au fond. J'crois que j'suis foutu depuis le début, à jouer les durs quand les émotions se reflètent clairement sur mes traits. J'ai la gueule qui parle quand ma bouche se tait. Et même quand elle s'ouvre, cette connasse, c'est pour balbutier des inepties cassées. Des mots que j'aurai dû passer dix ans à ruminer. C'est pas eux qui sont passés en boucle dans ma tête. Et c'est pas eux qui sont sortis.

Terry va bien. Et ça s'est bien passé.

Voix courte, ton rauque. J'ai compris, tu sais. J'le vois, ton expression, ta tension, j'te connais, peut-être pas tant que je l'aurai cru au final. Et j'crois que c'est ça qui fait le plus mal. Parce que j'comprends que j't'ai blessé. Que y'a cette lumière particulière dans tes iris qui n'éclate que lorsque t'as la rage, que t'as les mots qui tombent comme des couperets sur ma nuque qui tient à peine. J'ai la tête qui roule quand tu me regardes comme ça. Comme un gosse, instinctivement, j'voudrais la rentrer entre mes épaules pour éviter la brimade, pour te demander pardon.

Encore. Trop de fois. T'es le seul pour lequel je m'incline.
L'seul qui m'fera cracher ma bile.


T'enchaînes à ton tour sur la petite, comme de raison. Lua. Lua... Dix ans que ça ne s'efface pas. Dix ans que tourner et retourner son prénom signifie tout et rien à la fois, dix ans qui restent poussiéreux derrière les barreaux des Justes. Je n'ai jamais eu aucun regret. Absolument aucun, et c'est ça le pire. On a eu beau m'expliquer qu'elle n'aurait jamais voulu ça, j'élève mon majeur au ciel qui ne sait pas plus que moi ce qu'aurait souhaité une petite fille de neuf ans percutée par une putain de bagnole.

Lua, ton père est un assassin triste. Ton père a fait du mal à la personne qui t'a tué. Ton père a du sang sur les mains qui te berçaient.
Ton père t'a vengée et n'espère que ta paix, à défaut de pouvoir la trouver.


Quand je t'écoute, que j'entends que t'es allé à sa rencontre aussi, que les heures n'ont pas comptées, c'est presque comme une évidence. Elle t'aimait tellement, t'sais ? J'crois qu'elle voulait te voir plus souvent. Et moi je lui disais que tu reviendrais bientôt. Pour me persuader moi-même, peut-être. Je sais pas.
Je sais plus, au fond, le nombre de vérités que j'ai voulu travestir.

J'imagine le poids grave qui pèse sur mes lèvres. Les commissures qui se lèvent faiblement. Toujours la même chose, quand je pense à elle. A tout ce qui a été. A cette vie qui s'est arrêtée.

A mon plus grand regret, derrière la cage.

Non, jamais.


Jamais.

Jamais, aussi solennel que le silence qui s'installe, rempli de tout ce que tu veux me répondre. Ma question fait sens, visiblement. Et encore une fois, tu te l'appropries pour le tordre entre tes deux énormes mains. Pour me lancer la réalité au visage qui a trop pris l'ombre.

Regarde, Selen, la raison. Elle a un nom.

Un nom qui broie
qui tue
aussi facilement que des coups.

... Vesper... Rodríguez.

Non.
Si.
Gabriel, t'as décidé de me tuer. Très bien, si c'est ce que tu veux, autant y aller. J'suis plus à une bombe près.

La photo glisse vers moi comme tes mots. Pixelisée mais reconnaissable, c'est tellement évident que ça fait encore plus mal.
Elle rit la bête, elle se mord. Elle se roule et nage dans le miasme bouillonnant de mon sang qui se joue d'un milliard de tour avant de se glacer sur place. Putain. Une enfant. Toi. Non. Une gosse cachée. C'est pas possible, Gabriel.

T'es pas censé faire ça.

T'es pas censé la remplacer.

T'étais pas censé avoir une autre fille.


... Putain de bordel de merde...

J'reste interdit. Le choc me pousse à rien d'autre qu'à rester affalé, à fixer la photo, comme si ça allait changer quelque chose. Tu vois, là, j'suis capable de rien. J'suis même pas capable de commenter le présent quand le passé m'a déjà cloué. T'apporte une nouvelle planche de bois au cercueil, tu la plantes directement là où il ne faut pas.

Elle te ressemble. C'est horrible comme elle te ressemble. Même gueule effrontée, même yeux, même peau, même tout.

J'lâche ta fille des yeux, les tourne vers le plafond, les frotte en fixant la lumière artificielle. J'me sens vieux, Gabriel. Vieux et fatigué. Vieux et en retard, à courir après la vie que t'as mené sans moi. Je m'arrache les poumons à essayer de te suivre. Je sais que ça vaut le coup. Qu'il peut pas en être autrement. Et au fond, j'préfère ça au fond qu'on m'annonce que tu t'es fait sauter un plomb à force de trop tirer sur la corde.
Je préfère mille fois ça à l'idée que t'abandonne.
Parce que le bilan, pour l'instant, c'est celui d'une moitié cassée, qui tente de se recoller.
On t'a tué dans le désert.
Et aujourd'hui, t'as une gamine.

Autre chose à m'dire ? Qu'on en finisse. Je t'en prie.

Mais... qui ? Où ? Quand ? Elle où la mère ? J'la connais ? Et pourquoi qu'maintenant ?...

Les mots qui fusent, presque las. Tes yeux qui retrouvent les miens, heurtés, épuisés. Ca fait beaucoup, tu sais ?
J'crois que j'aurais beau te demander, j'm'y ferais pas. Même s'il le faut. Même si j'ai peur d'entendre que t'aies pu avoir d'autres morceaux d'existence qui me conviendraient pas.

Parce que j'reste cet enfoiré d’égoïsme qui supporterait pas l'idée que t'aies pu te donner une nana au point de lui faire une môme.
Parce que j'reste cet animal prétentieux qui ne veut pas que tu le suives, toi, sur la trace de ses erreurs.

Tête secouée, plombée, lourde. J'ai les heures sans sommeil qui reviennent en fanfare, me gueuler dessus que j'étais physiquement pas prêt pour tout ça. Mais j'l'ai voulu. Et j'l'ai eu. Et maintenant j'assume, c'est ça ?

C'est ça. De toutes façon, j'ai promis de rester. Alors même si l'expression est crispée, même si le monde est foutu, cassé, même si le rire est nerveux, même si je veux croire à une putain de blague, ce sera toujours la vérité qui viendra me susurrer à l'oreille que j'ai tout raté.

Nuque et tignasse frottées, vieille habitude de cabot mal à l'aise. Il a du mal à distinguer le réel, le chien qui s'essouffle.
Et pourtant il te regarde, encore.
Et c'est en silence qu'il te sourit, parce qu'il n'a plus que ça. Plus de force pour mordre. Plus rien pour te perdre.

T'as eu une enfant ? Ainsi soit-il.
Je ne peux rien y faire si ce n'est vous souhaitez d'être heureux.

Coup d'oeil vers la photo. Une vingtaine d'années, p'tèt un peu. Elle a les mêmes fossettes que toi quand tu te marres. Le même nez, aussi.

C'est ton putain de portrait. Y'a pas à douter. La même gueule...

Un morceau de toi qui se ballade, qui vit. Une fille. Des gênes en promenade qui diffusent ton nom.

L'ironie me mord, vieux frère. Elle m'arrache la gorge. Rictus amer, face à la défaite. Lua aussi, elle te ressemblait, pas physiquement, mais elle voulait apprendre l'espagnol pour te parler.

J'souris, amour, mais j'ai du mal à réaliser que le destin s'est foutu de nous à ce point.

Tu crois qu'elles se seraient entendues, nos gamines ?
Tu crois qu'elles auraient été amies ?
Tu crois que Vesper aurait pu la sauver de mon malheur ?


Les pensées, encore, toujours. Ce "et si" diabolique qui se croit plus malin que tout. Et qui paralyse, le temps d'une minute. Le temps que mon expression change. Que le solennel rencontre tes orbites.

... Prends soin d'elle, Gab. Promets-le moi.

Sois un meilleur père que moi.
Reproduis pas le même schéma.

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MessageSujet: Re: 2XGM || ft. Gabriel   Sam 22 Sep - 10:57


Ouais, Vesper. Qui porte le nom de ce vieux cabot qui n'a jamais voulu de collier ou de laisse. Et maintenant, y'en a une qui porte son nom. Les poignets liés à cette gueule-là, lignes de vies qui sont liées aux siennes. Le sang qui a bien fait son taf pour une fois, je crois. Oui et non. Dépend le point de vue j'imagine mais si elle n'avait pas eu le même genre de caractère, franchement, on se ferait gravement chier. Et sans doute qu'elle aurait pas survécue aux morsures. Qu'elle aurait pas su faire les siennes assez fortes pour me retenir là, pour me faire l'aimer comme si ma vie en dépendait. Je peux pas tellement t'expliquer le pourquoi du comment. Juste te dire que c'est ainsi, maintenant. Qu'elle s'appelle Vesper. Que je peux attendre qu'après ta réaction. Le choc qui se donne des allures de quelques insultes qui n'en sont pas pour nous. Juste des ponctuations dans les phrases qui feront grincer bien des dents mais on s'en bat franchement les reins. Je fume en silence, te laisse encaisser ou ciller. J'en sais trop rien de ce qui adviendra. Peut-être tout. Peut-être rien. Tant de scénarios possibles dont j'ai jamais su imaginer la fin. Comment on annonce une nouvelle du genre à un mec qui vient de passer dix ans en taule pour avoir perdu sa fille ? "Salut, j'ai reçu un coup de fil et en fait, paf surprise, j'ai gagné une fille. J'aurais préféré le loto mais bon" ? Que dalle. Je préfère te dire les choses comme elles sont. Que j'ai une gosse. Et que je l'aime déjà de trop, que je la considère comme telle. Qu'elle a mon nom désormais et que j'ai accepté l'idée de laisser quelque chose de moi sur cette terre, de concret. Que j'accepte d'avoir un semblant de famille. Mais crois pas que t'as plus ta place dans celle-ci. Et surtout, n'imagine pas un seul instant que Lua a perdu la sienne. Parce que c'est impossible, ça. Et si tu le penses un seul instant, je te jure de te casser la gueule pour ça. Je te jure que je te chialerais sur la gueule à coup de poings pour que t'oublies ça. Tapotage sur la clope, la vie qui prouve encore avec les cendres qu'elle continue de filer sans qu'on puisse rien y faire. Chaque seconde dans ce silence en est une de perdue, qu'on ne saura pas retrouver. Une de plus sans Lua. Une de plus où Vesper vieillie. Deux paradoxes que j'ai trouvé injustes aussi. Que j'ai du mal à digérer. Mais faut faire avec et jamais j'irais reprocher ça à Vesper. Jamais je lui ferais payer d'avoir eu une vie avant elle.

Comme tu dis.

Poison partout, plus qu'entre mes doigts. Entre les tiens aussi, dans ta rétine aussi, même quand tu lâches la photo du regard enfin. J'attends toujours. Je ne sais toujours pas quoi, mais je sais que c'est pas inutile. Que bientôt, ça va tomber. Quelle que soit la forme. Et le voici. Ce ton morne, ce fusionnement de question sans aucune énergie dedans. Alors c'est un ton toujours aussi calme et peut-être dénué un peu de vie aussi qui va parler à ma place. Qui va exprimer des émotions enfouies depuis le jour où elles ont éclaté chez Vesp.

J'étais à l'armée avec sa mère, c'était des coups entre deux tentes, pour passer le temps. C'était après la Somalie, y'a vingt-quatre piges environ. La gosse en a vingt-trois. Sa mère s'appelait Maya, mais elle a cané cette année. M'a appelé en début de celle-ci pour m'annoncer la nouvelle. L'a crevé avant que j'arrive au Canada. J'expire à peine plus, pas bouffé par les émotions du tout. Le pourquoi... Je hausse les épaules. C'est à elle qui faut poser la question.

J’voulais juste une FAMILLE !!

Les mots qui me reviennent en mémoire, mais que j'exprimerais pas pour cette fois. Parce que ça m'appartient pas, dans le fond. Que ce cri de désespoir n'était pas le mien. Que je voulais juste tout enterrer moi, crever plus tard, une fois que je t'aurais revu au moins rien qu'une dernière fois. Je suis bon qu'à faire chialer les gens en fait, je crois. Pourquoi vous vous accrochez, hein ? Je te lorgne toujours dessus, avant d'écraser mon mégot, hochant à peine à la remarque. Difficile de faire plus ressemblant que ça, ouais. Elle a juste les couilles en haut, les traits plus doux. Fallait bien qu'elle prenne des trucs de sa mère. Mais ouais, l'évidence nous a frappé l'un et l'autre. C'était qu'un truc déjà sûr qu'il a fallu quand même faire confirmer, pour pouvoir la reconnaître officiellement. Alors qu'il y a qu'à nous voir pour savoir. C'est encore qu'un chiot quand même. Mais elle a déjà ses dents d'aiguisées. Je me perds sur tes traits, je te fixe alors que tu la regardes encore, avant que tu ne remontes tes prunelles vers moi. Et je me confonds dans celles-ci, un long instant.

La demande qui tombe.
Comme une déflagration.
Comme un coup déjà connu.

Ils sont beaux, nos silences. Aussi pesants que les mots. Pleins de ceux qu'on se dira sans doute jamais. Trop peur de te perdre, Selen. Les évidences qui frappent un peu plus à cet instant. J'ai tellement peur de te voir disparaître, Selen. Je me redresse sans te répondre, pour poser le cendrier sur la table basse. Je suspend mon geste, une longue seconde, avant que je ne trouve enfin le fond de mes mots, après les avoir raclés dans la merde qui me goudronne le coeur.

Je fais pas de promesse que je ne pourrais tenir. Aussi simplement que ça. Et je commencerais pas aujourd'hui.

Je me tourne de nouveau vers toi, viens à me saisir de ton visage avec mes deux mains. En te fixant. J'hésite, très franchement, à te le foutre ce coup de boule qui me démange. Parce que t'as les prunelles qui parlent trop pour toi, aussi. Et j'avance finalement, te fous qu'à demi le coup. Ca choque un peu, contre ta tête, avant que j'y laisse le coupable contre. Front contre front, âme contre âme.

Va te faire foutre. Que je murmure, les doigts qui se resserrent autour de toi. Projette pas des trucs sur moi que je pourrais pas accomplir pour toi, Selen. Vérité crue. J'ai l'habitude. Je t'aime, Mehrmann. Mais je te laisserais pas faire cette erreur-là parce que ça faciliterait le tout.

Et ça se bouscule dans ma tête. Beaucoup de regrets qui se percutent aux remords. Au pragmatisme aussi. À une vie entière à devoir agir ainsi. Cette envie terrible de te voir t'en sortir par tous les moyens. De te prendre la main en disant que ça ira. Tout en sachant que c'est pas une solution. Que ça le sera jamais. Qu'il faut te broyer le peu d'estime que t'aurais pu avoir pour moi de ce côté-là. Parce que je suis pas fait pour ça. Que je le serais jamais. Qu'elle a déjà chialé elle aussi par ma faute, que ça recommencera. Que je frappe fort et dur, que je fais mal et que je tends la main qu'après, quand je suis sûr que vous êtes prêts à vous tenir debout, tous. Alors désolé, mon Selen. Désolé mais je te laisserais pas t'engager dans cette voie de merde où t'iras tout comparer là où y'a rien qui peut l'être. Parce que te voir crever à petit feu, c'est pas pour moi. Que ça le sera jamais. Que j'ai toujours agis avec les gestes, plutôt que les mots. Que les autres, ceux qui s'écrivent autrement, je les boxes tout autant que le reste. Alors, mon Selen... Je suis désolé, mais je t'aime bien trop pour que ça arrive. Tu vas te tenir debout, garçon, même s'il faut que je t'arrache à ce qui te noie.

Je te fais la promesse de te démonter la gueule si tu fais des comparaisons où tu vas juste t'écorcher d'autant mieux la gueule plus qu'autre chose. Souffle brûlant, contre ta peau. Je te fais la promesse de t'en faire chier plus encore si tu me répètes un jour que t'es désolé pour des trucs que tu pouvais pas contrôler d'une quelconque manière. Voix grave, contre ton être. Je te fais la promesse que tu regretteras encore plus le jour de ta naissance si tu veux encore me faire promettre un truc où tu seras pas dedans. Les mots qui te martèlent, comme mon front qui tape contre le tien à chaque promesse, plus doucement que la première fois. J'ai pas continué à me tenir debout pour te voir tomber à ma place, sous des faux prétextes. Je les éclaterais, tous. Tu entends ? T. O. U. S. Je promets plus rien, si t'en es pas. Et je sens la glotte qui roule, dans la gorge, sous les allers retours. Foutue émotion de merde. Parce que j'ai promis à Lua que je prendrais soin de son père. Et tu sais, je promets rien que je pense pas pouvoir tenir. Et que je lui promets encore. Ouvre tes oreilles, connard. Lua, ton père pourra pas crever à petit feu. Parce que je le lâcherais pas. Promesse, fillette. Et je le jure devant l'Éternel aussi. Alors va te faire foutre, Selen.
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MessageSujet: Re: 2XGM || ft. Gabriel   Sam 22 Sep - 14:20

Comment tu fais ça, hein, l'ange ?
Comment t'y arrives, hein, à trouver ces balles qui percent tout, en quelques secondes ?
Comment tu fais pour savoir ce que je veux entendre, pour comprendre comment me décrypter alors que moi je patauge jusqu'à m'en noyer ?
Comment tu fais, Gabriel, pour me donner envie de respirer ?
Comment tu fais pour appuyer si fort contre mon coeur mort, comme pour vouloir le ranimer, le serrer dans tes grandes mains jusqu'à l'étouffer de bonheur ?

Comment t'as fais pour que ces dix ans te flinguent autant et que t'en ressortes aussi grandi ?

Comment t'as fais
Donne-moi ton secret
Comme si c'était possible
De ne plus suffoquer.


Ça s'écoule, ça secoue, ça s'écoute, ça déroute. Tout ce que tu me dis, ponctué des échos de nos fronts qui se cognent, le crâne fendu par les promesses tacites, les mots violents et l'intensité du moment. Tu vois, je suis incapable de souffler le moindre son, le moindre mot, même bien après que t'aies fini ton discours. Et quel discours, putain.
Je crois que le grand jeu, c'est toi qui l'a sorti. La grande scène, l'acte que j'attendais de voir, pour vérifier que ma vie n'est pas qu'une vaste blague, un spectacle à la con qui prendra fin une fois le rideau tiré.
Le choc est grand.
J'suis plus à un près, avec toi. Depuis que j'ai passé le pas de la porte, j'ai l'impression de recevoir une salve de bombes que j'adore gober pour qu'elles explosent à l'intérieur. Comme si j'avais besoin d'entendre tout ça. D'entendre ta voix, m'asséner ce que ton monde a de plus terrible et de plus beau à la fois.

Toi... Toi, va te faire foutre... !

Fierté de gamin choqué, perturbé, sublimé. Tu viens de me sauver, tu le sais ? Le large, le fort, le grand frère. Gabriel, comme quand on était gosses, c'est toi qui te pose devant ma gueule de pleurnichard pour me dire mes quatre vérités.

J'ai les yeux qui se brouillent, comme à l'époque. Le signal passe plus. On vient de briser l'antenne avec le réel pour plonger pleinement dedans.

Pour assumer, enfin.


Pour comprendre que ces mots, ils résonnent comme un toujours que j'en pouvais plus d'attendre. Si tu savais.

Alors c'est maladroit, excuse-moi, j'ai encore l'angoisse qui chuchote que je pourrais me tromper, que je ne devrais pas. Trente-cinq ans de conditionnement, ça ne s'oublie pas, ça s'effritera qu'au moment où je me sentirai pleinement libre.

Et pour ça, Gabriel, je dois te dire la vérité.

Toute la vérité.

Tu...

Voix tremblante, presque ténue. Le souffle se fait sombre, ça y est, elle monte, elle revient courir dans l’œsophage brûlant, la bête qui viendra me tenir la langue. Comme toutes les fois où j'ai essayé de te faire comprendre.
Même mon corps se met à suivre le mouvement. Sale bâtard apeuré, qui a peur du regard et des coups. Chair de poule qui se transforme en tremblements plus francs. Mais je tiens bon. Cette fois, c'est maintenant. Ici. Ce sera mon glas, que je sonne pour toi.

T-T'es... put-tain...

Sans plus d'hésitation, je resserre l'espace entre nous, dégage mon visage du tien pour venir le nicher contre ton épaule. Tout près de ton cou. Là où j'ai imaginé tant de choses, contre ta peau. Je te serre à en crever, cache ma face car j'ai encore peur, tu sais, de tout ce qui pourrait arriver. J'ai même peur du meilleur, qu'on pourrait m'arracher.

Espèce de connard... Connard, connard, connard...


La frustration se compte en faiblesse. Mes insultes sont accompagnées de faibles ponctuations de mon poing contre ton torse. Contre ton coeur. Bam, bam, bam... même pas des coups. Juste de quoi laisser mon moment se créer, laisser les mots venir, prendre leur galop. C'est à vous de jouer. Je vous ai laissé tout au fond, mais maintenant c'est fini. Sortez. Jaillissez.
Ça dure des plombes, mon silence battant. Tout autant de secondes pour m'expier, rejeter tout le mal, toutes les horreurs que j'ai pu imaginer. Et ne laisser que la lumière.

Que ta chaleur.
Que nos souvenirs.

Que toi, l'unique. Le bâtard. Le soldat. Le frère. L'ami.

L'Amour.


... Je t'aime, Gabriel.


Dans le silence est né un son. Un souffle, tout simplement. Un bruit de cadenas qu'on déloge, et qu'on laisse tomber.

Dans le silence est né est soulagement, un soupir, des myriades de moments volés, de couleurs et de souhaits d'enfants que j'ai rejeté.

Dans le silence, je suis né. Et le poids est tombé. Et les digues se sont cassées. Et les mots pleuvent, et les mots pleurent, et les mots sont comme des barreaux que je casse depuis la cellule dans laquelle je me suis moi-même enfermé.

Il est temps de commencer, tu crois pas ?

Je suis amoureux d'toi. D'puis toujours. Depuis... putain, je compte même plus, je... J-...

Un temps, pour se reprendre. Pour te croiser. Pour redonner de la contenance. Allez Merhmann, porte tes couilles, t'as fais le plus dur. Mes mains miment ton geste précédent, se calent contre tes joues, cachent les taillades inconsciemment. Ma manière à moi de te dire que je panserai tes blessures et que j'essaierai de ne plus m'en affliger.

Parce qu'après tout, notre ange est là pour nous surveiller qu'on déconne pas, tu sais.

... J't'ai menti, par omission. Tout ce temps. J'ai jamais pu te dire à quel point tu comptais. A quel point tu comptes encore. A quel point t'es pas que mon meilleur ami, pas qu'un frère, c'est tout à la fois, c'est bien plus que tout ça. Toute ma putain de vie j'ai fais que penser à toi, tout le temps, même quand j'avais la tête plombée et les idées sombres, j'me raccrochais... qu'à toi.

Yeux dans les tiens. Billes bleues qui ne craignent plus rien. Et j'y sentirai même un soupçon de vie s'y ranimer, juste pour ça, pour ce moment-là.


C'pour ça que j'suis sorti. C'pour ça que j'ai vécu.


Front qui se rapproche, qui sermonne. Je suis désormais incapable de ne plus vouloir sentir ton souffle contre ma bouche.
Et avant de succomber, je continue. J'suis ce vieux tacot en fin de course qui donne tout ce qu'il a sur les dernier mètres.

C'pour toi, et pour elle. Pour vous deux. Parce que je peux pas vivre... en me disant que vous n'êtes pas là.

Parce qu'elle est là. Je le sais. Les regrets et les terreurs aussi, comme une croix à porter. Mais je sais, tout au fond, je crois que je comprends.
Je crois que je voudrais qu'elle puisse tout simplement sourire, en nous voyant.


Alors t'inquiète pas, mon con. T'inquiètes pas que je vais m'accrocher. T'inquiètes pas que j'ai de quoi tenir debout. T'inquiètes pas que le rôle de protecteur, tu seras pas le seul à l'endosser. T'inquiètes pas que je vais tout faire pour ne plus jamais te quitter.

Pouces tendres, qui jouent sur la peau, qui qui trainent le long des gravures. Je veux les refermer. Toutes, tu m'entends ? Toutes. Celle d'antan, celles à venir. Celles qui te bouffent et t'empêchent de dormir.
J'te laisserai jamais. T'auras beau me supplier, j'veillerai toujours à c'qu'il t'arrive rien. Tu m'auras toujours dans ton sillon, Gabriel, peu importe le moment, peu importe c'qu'il nous arrivera. J'serai toujours là.

Parce que j'ai toujours voulu que ça.
Parce que je préfère te savoir heureux, même sans moi.
Parce que je n'ai plus rien à perdre.
Parce que je sais que ton sourire vaut des milliards.
Parce que je sais que ces années à l'air libre ne signifieront rien
Si tu n'es pas là.

Parce que je t'aime, enfoiré.

Ma bouche, proche. Pas assez. Mais je te ferai pas ça, pas encore. J'attends ta réponse, si tu es prêt à me la donner.
"Hermano."
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MessageSujet: Re: 2XGM || ft. Gabriel   Sam 22 Sep - 15:45


Au moins t'es encore vivant, au bout de tout ça. Et tu m'envoies chier. Et ça me donne envie de sourire, tu sais. Même de rire, un peu. Parce que j'ai l'impression de te retrouver. Peut-être que j'ai cassé le taulard, l'image que t'as dû te filer pendant dix ans. Que j'ai creusé à grand coup de mots pour finir par te débusquer et te tirer par la peau du cul pour que t'arrêtes de faire l'autruche. Même pas je te l'accordais cinq minutes. C'est mort, Selen. J'ai trop besoin de toi, de nous même, pour te laisser cette occasion-là. Alors sors la tête des orties et cessons de jouer aux martyrs. Fou comme la colère s'envole, quand je me souviens de ce que je voulais véritablement dans la vie. Quand je me rappelle que t'es dedans. Quand tu te refais ta place en moins de temps qu'il faut pour le dire. Parce qu'on va pas se mentir, t'en ai jamais parti de celle-ci. Même pas eu le temps de foutre de la poussière dessus pour te faire une blague. Que dalle. Reprends donc Selen, je ferais comme si de rien était. Insulte moi encore si tu veux. J'endurerais. Parce que t'es très loin d'être le pire truc qui me soit arrivé. C'est même l'inverse, tu sais ? Et je crois que même mon vieux savait déjà. Que ça m'a frappé comme une évidence quand j'ai lu son espèce de journal intime. Qu'il se doutait déjà de ce qu'il avait engendré, du cabot fou mais fidèle qu'il avait sous son toit. Qui n'aurait de yeux que pour un seul être. Alors, fais Selen. J'ai accepté tout déjà, dans le fond. Frappe et sévis, envoie moi chier, rejette. Je sais qu'au bout, tu comprendras. Dans deux minutes ou dans dix ans peut-être. Tu te caches et je peux sourire un peu sans que tu puisses le voir. Parce que malgré tout, tu trouves refuge contre moi, vieux frère. Et je laisse une pogne remonter jusqu'à ta nuque, l'air de te dire que maintenant, ça ira. La main qui caresse, après avoir tout broyé. Je suis trop dans le vrai, Selen. Je supporte plus de perdre mon temps, je crois. Tu sais, la vieillesse a tué le sale con d'autrefois en bonne partie. Bien sûr qu'il ressort souvent quand même. Qu'il crache à la gueule des gens parce que Chunk restera Chunk. Que sans mon bouclier, je suis qu'un vieux con qu'a passé une vie entière à se mentir parce que, tu vois... C'était tellement plus simple. Tu mesures l'ironie, Selen ? J'ai appris de mes erreurs, bordel.

Je sais...

J'ai la voix doucereuse. Qui cherche à te bercer, comme toi tu le fais avec tes coups et ta voix qui flanche, qui se perd dans l’appellation qui me va bien. Et même que je le souffle, ce rire penaud alors que contre ta tignasse, un baiser se perd, alors que tu t'enfermes de nouveau dans le silence. Alors je me contente de regarder vers la table, à songer à un truc qui se fait bien assez vite balayer par cet élan sorti de je ne sais où. Un partout, balle au centre. J'imagine que c'est en réponse à celui que je viens de te pondre. J'ai appris à plus me noyer dans l'espoir alors je le dégage d'une pensée, pour te sourire en coin, l'air de te dire que je sais. Que moi aussi. Et je suis prêt à songer à autre chose, à te dire qu'il est temps de se détendre un peu, après tout ce bordel. Parce que t'as l'air d'accepter le tout. Mais faut croire que le myocarde calme, ça n'existe plus par ici. Que c'est à ton tour de lâcher une bombe bien plus terrible que ce que le reste du monde a bien pu faire. Et c'est à mon tour de plus savoir quoi dire, là. De te regarder avec les yeux qui s'agrandissent. Les mêmes que tu peux voir quand tu te redresses, que tes mains prodiguent une chaleur qui, j'en suis sûr, la douleur exacerbe. Parce que tu sais, normalement, c'est moi le connard qui tient trop chaud, été comme hiver. Mais là, les rôles s'inversent. Et c'est toi qui m'assommes, qui me fout une vérité devant la gueule, inavouée depuis toujours.

Si j'étais pas si vieux, je crois que j'aurais pu paniquer un millier de fois, que je me serais déjà levé alors que tu sembles même pas à la moitié de ce que t'as sur le coeur. Mais là, je reste juste interdit. Tu te rapproches et je ne bouge pas pour autant. Le muscle cardiaque qui se tape un sprint, l'image du vieux qui revient devant mes rétines, le son de sa voix qui me murmure qu'il me tuera si je te réponds. Mais pas de baiser. Juste toi qui m'assassine encore. T'es comme la balle qu'il m'avait réservé. Celle qui m'a fait comprendre de tout. Ce que tu causes, Selen. C'est incroyable. J'ose pas t'interrompre, du coup. Parce que... Parce que je veux surtout pas rater le moindre recoin de ton putain de coeur. Parce que j'ai trop peur de briser le moment si je parle aussi, finalement. Alors je t'écoute. Et toi aussi, tu promets. À ta manière. Tu me promets de vivre, Selen. Tu te rends bien compte de ce que tu dis ? Je suffoque un peu alors, tu permets, je te vole un peu de souffle, la bouche quelque peu entrouverte pour tenter de retrouver ce qu'on vient de me voler, définitivement. Excuse, je l'ai noyé pendant des années, il a pris la flotte mais promis, c'était du formol. Le coeur qui se carapate pour de bon. Parce que tu m'aimes, sale con. Et là, tu vois, on fait quoi dans ce genre de cas ? J'ai jamais été jusque-là. J'ai consommé, brûlé la vie par les deux bouts, mais je me suis jamais arrêté pour savoir le reste. Alors va falloir se la faire à l'instinct, encore et toujours. T'as l'habitude à force, je crois. Mais là, tu sais, je peux pas agir autrement...

Parce que, tu vois...
Personne n'était toi.

Tu te souviens, que j'agis plus que je ne parle normalement ? C'était l'exception, juste avant. Pour une fois, j'ai préféré la violence des mots à celle physique. Parce que, tout au fond de moi, je sais bien que je suis incapable de te foutre véritablement sur la gueule avec mes poings. Alors j'ai usé de ma tête, pas que littéralement pour une fois. Mais là, j'envoie chier le cérébral. J'envoie chier tout ce qui pouvait encore être dit. Et j'envoie chier Juan. Ma bouche contre la tienne, elle est bien plus parlante que si j'allais me perdre dans un long discours qu'elle peut résumer rien qu'à ce contact-là. Rien qu'à se baiser que je viens prendre. Comme un conquérant pourrait faire ? Non, plutôt un affamé. Parce que putain, t'imagines même pas comme j'ai la dalle de toi, Selen. Ou peut-être que si, tu sais. Sans doute que oui. Très certainement, même. Moi je sais plus rien là, en fait. Y'a juste moi qui viens me coller à toi, avec mes pognes qui viennent s'accrocher à tes flancs en premier lieu, pour te plaquer contre moi, que nos bouches puissent plus se séparer. Parler n'a jamais été mon principal langage. T'es un putain de corniaud quand même. Tu te pointes l'air de rien et tu brises plus de trente ans de cache-cache en un claquement de doigt. Ok, j'ai peut-être un peu commencé. Laisse-moi être puéril aussi, enfoiré. Et puis je sens ma senestre qui remonte, qui revient se perdre dans ta nuque alors que le baiser arrête d'avoir des airs d'adolescence, que la langue pleine de nicotines vient chercher après la tienne. Avec cet arrière goût d'houblon aussi en prime. Et surtout, tout ce reste de toi. Y'a un fond de salé aussi, à force de chialer comme deux cons. J'ai noyé le mien mais je le sens encore chez toi. Et ça me fait me souvenir de tellement de choses...

De Selen sur scène, à s'envoyer en l'air avec sa batterie alors qu'il le fixait depuis le fond de la petite salle, les bras croisés. À ne savoir regarder que lui, de ce regard qui était déjà trop calme, dans lequel l'ardeur était étouffée à souhait. Camoufler sous des oeillades pleines de fiertés qu'il disait être celles d'un vieux frère. Et la main qui ébouriffait la tignasse dans un geste plein d'affection qu'il disait être tendre, pour ne pas le voir désespéré. Pour ne pas voir les secondes d'éternités durant lesquelles il laissait ses doigts, avant de consentir à les retirer. Et cet air neutre qu'il gardait, même lorsque des femmes approchaient de l'autre, pour dire comme elles étaient fans. Il ressent presque encore dans les joues le sourire qu'il pouvait offrir, celui qui faisait croire que les capotes étaient dans la poche, alors que c'était juste des "pourquoi je reste là ?" Une passivité imposée par un père qui lui aura pourri toute l'existence. Et qui le hante encore, d'autant plus lorsqu'il goûte enfin à l'interdit. À cette ivresse jamais ressentie encore. Et c'était comme si, enfin, il était complet. Que Chunk lui disait, lui aussi, qu'il ne l'avait protégé que pour qu'il tienne jusque là. Jusqu'à ce jour où les camouflages tomberaient enfin. C'est une émotion particulière que cette sensation de perdre un vieil ami, au profit d'une vie enfin conquise. Il a une brève pensée pour Vesper. Une brève excuse mentale, parmi tout ce fatras. Parce qu'il sait à cet instant précis qu'il n'a jamais rien ressenti pour sa mère. Qu'il est désolé un peu. Mais pas assez pour ne pas continuer. Parce qu'il vit, enfin. Il se sent bien.

Je t'aime, jeune con...

Murmure, lorsqu'il s'agit de reprendre un soupçon de souffle. Que je profite pour te repousser quelque peu dans le canapé, pour fermer les yeux et pour revenir t'embrasser. Parce que je m'en fous, de plus savoir respirer, si je ne peux plus t'avoir là. Parce que la vie peut attendre un peu, pour une fois. Y'a plus de mégot qui se consume tout seul pour nous le rappeler. Y'a juste trop d'années à rattraper finalement, ouais. Laisse moi me perdre contre toi. Laisse moi me rendre compte de si je t'ai rêvé avec assez de justesse ou pas du tout. Laisse moi graver chaque micro parcelle de toi dans ma mémoire, sous mes propres doigts. Laisse moi te dire dans mes silences que j'ai été qu'un con, d'avoir eu peur pendant tant d'années. Et je crois que cinq ans plus tôt, j'aurais pu me barrer encore tu sais. Laisse moi te susurrer que je suis devenu trop vieux pour ça. Hey, Selen... Si ça se trouve, t'es sorti le jour de mes cinquante ans ? Faut se l'avouer, ça rendrait la date moins maudite. Même festive, qui sait. Mais avant de penser à poser toutes les questions qui pourraient me parcourir la cervelle si j'étais encore en mesure d'y réfléchir... Laissons nous un temps à nous aimer.
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MessageSujet: Re: 2XGM || ft. Gabriel   Ven 28 Sep - 21:26

Gabriel.
Gabriel.
Gabriel.
Y'a ton nom qui tonne avec un nouvel écho. L'écho d'un monde qui se fend, qui se brise sous la vague de sentiments.
Tu sais.
Tu sais ?
Oui. Tu sais.

T'as toujours su, je crois.
On a juste été trop lâches, toi et moi.
Car t'as entendu, pas vrai ? T'as bien compris, hein ? Me force pas à le répéter car je crois que j'ai grillé toutes mes cartouches pour ce coup-là. Ca fait dix ans que je m'imagine cet instant, à tourner en rond dans ma cellule.
Je te donne tout, Gabriel, je sacrifie tout sur ton autel, à ce moment précis, je joue la vie que j'ai toujours voulu foutre au feu. Je la brûle, sous mes doigts, quand mes mains te saisissent

J'y croyais plus Gabriel, j'y croyais pas, je savais pas ce qui allait se passer, je te le jure. J'avais pas prévu que tout déraillerait pour le meilleur, mais grand Dieu, si tant est qu'il existe, grand Dieu que c'est bon de ne plus penser.

J'y aurais jamais cru. J'aurais pas cesser d'attendre, tu sais. J'aurais jamais su te remplacer, par qui que ce soit. Des meufs de passage, tout au plus, des pauvres filles qui n'ont pas eu de chance de croire que je pouvais leur donner plus. Des courbes pour mentir, pour me perdre, pour m'abandonner, pour rejeter beaucoup trop loin tout ce qui faisait de moi ce que j'étais.
Mais Gabriel, y'a réellement que toi pour me sauver.
Pour me montrer la voie à suivre, et me confirmer que j'ai eu raison de m'obstiner. Pour prouver aussi que ce n'est pas de la pitié. Qu'au bout de l'ombre y'a toujours un cran de lumière qu'on est prêt à conquérir. Un rayon de lune sur les pavés du chemin gris.

Alors on est là, à souffler sur les braises de nos déclarations, à raviver les mots qui viennent de se faire gober par le silence de nos respirations, de nos palpitants qui s'unissent déjà.
Et on se dit, je crois, que c'est le moment de dire merde au reste.
Merde à tout.
Merde au passé.
Merde aux impossibles à qui nul n'est tenu.
Et de se laisser vivre et d'oublier le mal, le bien, l'entre-deux et toutes ces conneries.

De créer, à défaut d'espérer.

D'aimer, à défaut de se cacher.

Je t'ai dévoilé tout mon amour, Gabriel.
Et ça y est.
Tu réponds.
De la meilleure des façons.

Je revis, enfin, quand tu m'embrasses et que les peurs s'effacent. Je ne sais pas ce qu'on aurait pu attendre d'autre que ce dénouement et pourtant, putain, c'est irréel. Ça sonne comme un rêve que j'ai déjà trop fais, dont j'ai martelé encore et encore trop d'oreillers. De mes quinze ans, jusqu'à maintenant, t'as habité mes secrets trop gardés, mes dessins, mes désirs, mes moments de solitude. Mes émois d'ados, planqué sous la couette. Je suis pas fier, mais je savais pas quoi faire, j'ai toujours l'air con quand on me demande ce que t'es pour moi. Tout ce que je peux affirmer, c'est que t'étais là. Même absent. T'as toujours été là. Personne ne part réellement lorsqu'il est aimé. On ne se sépare jamais des êtres chers.

On m'a appris, Lua, à te garder près de moi.
On m'a certifié que tu étais encore là.
C'est la douleur qui m'obsède, mais quelque part j'espère
Que tu observes et que tu es heureuse, ma puce, de ce qui se passe.
Parce qu'un jour, et je m'en souviendrais toute ma vie,
Tu m'as demandé si je l'aimais, "Gaby".

Il a son souffle qui se perd, l'homme abattu, quand les lèvres râpées rejoignent celles fendues. Mâchoires élimées, qui se cherchent, barbes qui se frottent un instant, comme des animaux qui s'ébrouent et se préparent à se battre. Pas de violence pourtant, juste un éclat, une passion, un frisson qui traverse les deux corps qui se joignent. Les bouches parlent d'elles-mêmes, se cognent tendrement, goûts qui se découvrent au-delà des fantasmes. C'est une perdition, un doigt d'honneur levé à leurs pairs, au Pater Noster récité de force sous les hospices des regards mortuaires.
Ils s'embrassent, encore, à en crever. Tonnent les lippes qui se cherchent, se trouvent et s'égarent, sur les visages et les mâchoires, sur la peau, fine en bouche. jeu dingue pour ces esprits encore vifs, qui s'enlacent d'une nouvelle jeunesse.
Des mots d'amours rendus, des coups de canons dans les principes. Il y a même la sonnerie du portable de Selen qui s'invite, musique qu'il tait bien vite, pour retirer sa veste par la suite, et nouer ses bras autour d'un cou trop longtemps attendu. Il réduit l'espace, comme commandé par le réflexe, se gorgeant de la liesse et des besoins de liberté.
Les amants résonnent, évidence sous les étoiles, au bout de cinquante ans de périple acharné.


Gabriel, j'ai même plus envie de chialer.
C'est au-delà, je crois, des larmes et du bonheur.
C'est même au-delà de tout ce que j'ai pu ressentir.
Faudrait trouver un nouveau mot, quand j'aurais le temps d'y réfléchir. Pour l'instant, je ressens. Je ranime le coeur qui avait perdu sa mécanique. L'organe qui s'est tué il y a dix ans, qui a oublié que l'amour avait encore du temps pour lui.
Ça fout du baume sur les plaies encore ardentes, ça brûle les rouages pris dans les glaces éternelles.
C'est ton putain de pouvoir, de me foutre en vrac à ce point, et que j'en redemande. Encore.
Encore.
Encore.
Comme un foutu cri dans la nuit de nos existences.

Je suis collé à toi. Cette fois, je m'enfuis pas, qu'importe l'appel de Terry qui s'est tapé l'incruste, qu'importe le fait étrange que ça ne doit pas même pas faire une demi-heure qu'on s'est retrouvé. Je m'en fous, de tout ça. De toutes façons, là, j'ai quinze ans. Pas quarante-neuf. Je suis au-milieu de ce jour d'été où j'ai compris que tu n'étais pas que mon pote. Pas que mon frère. Mais plus, toujours plus, dans ce soleil du Michigan.
Ce jour d'été qui m'a consumé sur place, à vouloir m'imprégner de ta lumière. Foutu Ange, va.

Gab'... P'tain...

Reprise de souffle, balle de match. Front qui se pose contre le tien, à jamais gravé. Le canapé dans le dos, je prends en compte le fait que j'en ai presque mal aux lombaires, à être flanqué comme ça sous toi. J'ai plus l'âge des cabrioles et j'ai le corps maladroit. Mais juste ça, ça me fait craquer un rire, un vrai, un profond, un qui n'avait pas surgit depuis des décennies. J'suis pataud mais je ris, Gabriel, est-ce que tu comprends combien c'est important ? Je crois que y'a que toi qui le peut, ouais.

Dis-moi... que j'suis pas en train d'dormir et qu'c'est pas un putain d'rêve...

Je ris, encore, c'est nerveux, c'est plein de sourires que je pensais avoir perdu jusqu'à ce qu'on me fauche. Et avant que tu répondes, je t'offre encore un baiser, encore un, qui ne sera pas le dernier.
Gabriel, mi amor,
Personne ne sera jamais toi.
Fou celui qui tentera de nous séparer, cette fois encore.
Désolé le destin, je crois qu'on vient de te la mettre bien profond.
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MessageSujet: Re: 2XGM || ft. Gabriel   Ven 28 Sep - 22:33


C'est quoi, cette sonnerie ? Un grognement comme réponse à celle-ci, manière de lui dire d'aller se faire voir ailleurs. L'avantage est qu'on se retrouve à la même échelle ensuite et que t'es juste encore plus proche de moi et que c'est terriblement surréaliste. Mais ça me va bien dans le fond, pas besoin de dire les choses, juste de les ressentir, de pas penser au fait que c'est un homme que j'embrasse mais juste toi. Difficile à expliquer, mais le sentiment est bel et bien là. Que je pourrais passer des heures ensuite à l'expliquer à Vesper je crois, partagé entre deux fiertés : celle bête et machiste face à celle de t'avoir dans ma vie, bordel. Excuse-moi le flot pourri des pensées que je peux avoir, celles pleines de gangrènes et d'arsenic, de balles de fusil qui n'attendaient que le corps pour les recevoir, la carabine lustrée et prête à servir. Y'a tout qui s'entrechoque à ce besoin presque oppressant de toi. Je crois que j'ai manqué de crever une fois de trop pour en avoir encore quelque chose à foutre, en fait. Je suis désolé Selen. D'avoir manqué de m'écrouler sans avoir pu te dire ce foutu mensonge de trente cinq ans. Alors, ton rire, je te le rends d'une certaine manière, plein d'une espèce d'adrénaline euphorique, de celui qui hallucine aussi dans le fond. Parce que faut avouer que pendant très longtemps, même encore aujourd'hui, je serais clairement le dernier qu'on s'imaginerait dans cette situation. Le front contre le tien, à débiter dans ma tête trop de conneries alors que le coeur dicte tout le reste, qu'il domine entièrement le corps et qu'il s'exprime à travers de cette bouche qui reprend des goulées d'airs avant de retrouver la tienne pour une nouvelle page de ce qui va être la fin de notre vie. Parce que c'est plus possible autrement. Quoi qu'il ait pu se passer durant ses dix dernières années, je te jure qu'on le surpassera. Alors contre tes lèvres se dessine un sourire alors que ma pogne redescend dans ta nuque pour te la pincer. Et les quelques mots, sans doute riants dans l'âme, qui s'échappent.

Convaincu... ? Et les lèvres qui s'évadent sur le coin des tiennes, alors que je reste là, le nez contre ta peau et j'inspire, les paupières closes. Le visage qui remonte à peine pour embrasser ton grain de beauté. Selen...

Coeur qui loupe un battement, bêtement. Sacrément, même. Je crois que j'ai perdu toutes les précédentes années, que je suis revenu qu'à ce jeune Gabriel qu'osait rien, qui se fracassait la gueule avec d'autres pour plus penser à la tienne, pour que la douleur juste habite son foutu corps plutôt qu'autre chose. Et alors que je vais continuer pour te causer, te dire un truc trop gros pour ce coeur de vieux cador, la sonnerie qui résonne encore. Et je redresse la tête pour regarder vers ta veste.

Cette sonnerie est putain de pourrie, Sel'... Et je tends une patoune pour arracher ce foutu instrument de torture et voir le nom de ton frère sur l'écran. Alors d'un mouvement je décroche et je me colle l'appareil à l'oreille. Il est bien arrivé, tout va bien, maintenant arrête d'appeler pour la soirée putain, rappelle demain, merci, t'es un brave gars, tchao. Et je raccroche en l'entendant avoir une sorte de son qui voulait sans doute être une vague protestation. Et le pouce qui maintient un bouton sans que le téléphone s'éteigne. Alors je grogne encore. Comment t'éteins ce truc ? Je te laisse récupérer la bête pour aller chercher la mienne et lui réserver le même sort, éteint pour la soirée. Papa plus là, copain non plus, soyez sages. Ok, ça c'est fait. Et ça tombe je ne sais où ensuite, mon regard qui revient se perdre sur tes traits. Et j'en perds mon souffle. ... Je... Sais pas comment te le dire.

Le bout des doigts qui reviennent se perdre sur le recoin d'une mâchoire, alors que je te jette le plus profond des regards que je peux bien receler, sans même m'en douter. Et puis je me redresse doucement, en t'emportant au mieux dans mon sillage.

Va pas te faire un lumbago à cause de ma carcasse trop lourde... Des loupés encore. Écho au foutu passé. ... Te quiero...

Et c'est comme m'affranchir pour de bon de lui, de le dire en espagnol. De donner des mots d'amour enfin, avec cette foutue langue.
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MessageSujet: Re: 2XGM || ft. Gabriel   Dim 30 Sep - 16:32

C'est comme ouvrir grands les yeux après une apnée trop longue. Se rendre compte qu'on est en train de couler au fond d'un lac et que l'eau nous rentre au fond des yeux à défaut de pouvoir en sortir. C'est comme prendre conscience qu'à ce train-là, on va juste en mourir, et qu'il faut nager comme un fou pour retrouver la surface.
J'avais les poumons comprimés par la pression. L'angoisse de ne jamais retrouvé l'air pour pouvoir les remplir, à force de me débattre pour sortir de là. Et t'as fini de me confirmer que ça valait le coup, Gabriel, qu'il y avait quelqu'un au bout de la rive au moment où je reprendrais mon ultime respiration.
Tu m'as prouvé, en un éclat, que mes yeux n'avaient plus jamais à se fermer face à la vérité. Celle qu'on va créer, tous les deux. J'en suis persuadé. N'en déplaise aux détracteurs. Je crois qu'on s'est rendu compte qu'on a passé l'âge de s'enliser dans la terre qui nous a formée. Que toi et moi, on peut s'en sortir. D'une manière qui nous conviendra, cette fois.

On a retiré nos muselières, celles qui nous collaient à la peau jusqu'à s'y fondre. On les a arrachées, fiers et forts, pour nous excuser l'un à l'autre.

Mais je te pardonne, Gabriel, t'en fais pas. Je te pardonne, autant qu'à moi.
Repartons ensemble du monde des cauchemars.


J'ai le regard qui se fond dans le tien, qui grave ton visage buriné dans mes yeux cernés. Tes cicatrices sont bien proches alors qu'on s'échange encore notre fièvre sentimentale. Je préfère être celui qui creusera ta peau de baisers. Brin d'égoïsme puéril quand je sais que le fait de t'embrasser signifie déjà tout. Qu'on a triomphé de tout le reste, des démons, des liesses des bien pensants et des sociétés impossibles. Tout n'est pas joué, mais on a gagné l'avantage certain, Gab. Tes lèvres qui jonchent les miennes, qui s'écartent sur mon visage, qui en caressent les recoins. Frissons, multiples. Bordel. Combien de temps, au juste ? Combien de temps qu'elle n'avait pas flambée, l'étincelle sur mon épiderme ? Trop d'années pour compter. T'arrives, petit à petit, à me faire prendre corps avec ce dernier que j'ai abandonné. Parce que t'es toi, simplement toi.
Et que ta main qui pince ma nuque me fait sourire autant que rougir.
Que j'ai l'impression que je suis au seuil de toutes mes premières fois.
Premiers émois d'un gamin pas sûr de lui, mais heureux comme jamais.
Ouais..., que je souffle, pour te rendre compte que j'ai cessé de rêver. Mes bras autour de ton cou n'en finissent plus de s'y accrocher, et mes yeux ont du mal à te lâcher. Nouveau baiser, encore un. Je devrais arrêter de les compter. J'ai envie d'arrêter de les compter.

Le silence éloquent qui retombe lentement, j'attends, tout simplement. J'ai tout mon temps pour toi. Mais pas pour ce foutu téléphone qui revient faire des siennes et qui, à défaut de grogner comme toi, m'arrache un nouveau. Merde, on est dans une sitcom ? On m'avait pas prévenu. L'ironie du machin me fait beaucoup trop sourire pour que j'en sois sérieusement énervé. Et ta manière de prendre tout ça ne m'aide pas, crois-moi. Je te laisse reculer, t'occuper de la situation, les épaules haussées, insouciantes. Soulagées, quelque part, de l'impensable poids des années.
T'iras t'plaindre à Terry, c'est lui qui l'a choisie comme un grand en calibrant le portable ! D'autant que je l'aime bien cette sonnerie, au fond, mais c'est juste pas le moment. Tu réponds, devant ma gueule de cabot ébahie qui craque un nouveau rire à ta façon de recaler mon pauvre frangin. Bordel Gab', t'as pas changé. Et ça me rassure, j'crois. Toujours l'homme singulier dont je suis tombé amoureux y'a trente-cinq ans de ça. ... Enfin tu lui diras la prochaine fois, hein !
Je calme mon rire et secoue la tête quand je te vois éteindre nos appareils. T'as bien raison. Je l'aurais fais si t'avais pas pris l'initiative. Je ne veux que toi, et j'peux affirmer que c'est aussi ton cas. Alors j'embrasse les doigts qui viennent frôler ma barbe mal taillée, je saisis la main qui m'emporte pour y entremêler la mienne. J'ai besoin de contact, Gab, du tien. De tout ce qu'on a délaissé au profit de Demain. T'inquiète pas pour ça, la mienne en a vue d'autres...
Debout, à nouveau, le cœur contre le tien. Peut-être un peu plus bas, vu que t'es toujours aussi géant. Je le vois clairement, les yeux sont plus embués, ni de larmes, encore moins de doutes.
Ca fait un bien dingue, de ne plus mentir. D'entendre le vrai. Ta langue, qui promet, rien qu'en s'exprimant, qui renvoie le tire dans la bouche de Juan. Je suis fier de toi, mon amour.

C'est pour ça que je réponds qu'en t'embrassant. Encore, ouais. Parce que j'ai pas les mots pour exprimer à quel point ça résonne, en moi, ce que t'accomplis là. On a relevé une multitude de premiers pas, toi et moi. Moi aussi... J't'aime... Murmure en français. C'est timide, ça vient de loin, des souvenirs de cajun prononcés dans un éclat de voix. C'est de la sincérité que je te matraque, peut-être trop. Mais elle a besoin de se faire entendre. Ma main qui vient conquérir ta joue, encore, avant de se perdre dans ton cou. Je souris, Gabriel. Comme jamais. J'veux plus regretter, Gab. J'veux plus jamais passer à côté de ce qui est important. Car on peut  tout perdre, d'un clignement d’œil, avant d'avoir même pu se rendre compte que ça nous manquera. Forcément. J'veux plus être seul, j'veux plus résonner dans le vide, à chialer comme un crevard pour espérer qu'on m'entende.
Ma tête se dépose contre ton torse. J'écoute, simplement, la mélodie du vivant. T'es bel et bien là. Ce son, je veux l'entendre jusqu'au bout de l'histoire qu'on écrira. Jusqu'au dernier poing qu'on apposera.
Et si on rattrapait tout, c'soir ? Parler... d'tout, d'toi... d'ta vie ici... D'ta fille... Tout c'qu'on a vécu... et tout c'que j'ai loupé...
Montre-moi que dix ans, c'est rien. Montre-moi qu'on fait que vivre, qu'autour de clopes et de bouffe, d'amour et d'alcool, on peut refaire le monde à notre façon.
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MessageSujet: Re: 2XGM || ft. Gabriel   Mar 2 Oct - 23:41


Si tu savais comme j'ai rien envie de lui dire, à ton frère. Que j'ai juste eu envie de raccrocher le plus vite possible pour plus avoir qui que ce soit dans les pattes, pour juste tout éteindre, dire au monde que je l'emmerde et que je le mets sur off totalement. Que je veux plus rien de l'extérieur à cet instant, que j'ai juste pensé à lui dire d'aller voir ailleurs si t'étais là parce que là tout de suite, j'ai bien trop de choses à te dire pour avoir le temps de parler plus à Terry. Alors j'ai fait au plus succinct sans me soucier de mon souffle échaudé et de ton rire en arrière fond bien trop proche. Y'a toi tout entier que je peux regarder après plus de dix d'absence, après presque autant de temps avec juste un fond d'écran sur lequel me perdre parce que t'es dessus avec la petite. C'était comme entretenir avec soin une blessure que je voulais pas laisser cicatriser, que je voulais surtout pas perdre par peur de trahir une nouvelle fois. Parce que si j'étais rentré plus tôt, si j'avais quitté l'armée, j'aurais pu aller chercher la gosse et... Et je me fais taire en te regardant, en me redressant en t'emportant avant de grogner à peine quand tu me parles qu'elle en a vu d'autres. Je m'en fous, si tu savais à quel point. Pas une raison, jeune con... Mais plutôt que de t'engueuler verbalement, je te dis juste l'essentiel. En espagnol, pour qu'enfin y'a du bon qui ressorte de cette langue. Et c'est depuis Lua que j'ai pas dit ces mots-là. Plus depuis cet avant terrible, quand dans le grésillement d'un téléphone en plein désert, je l'entendais sourire et le dire aussi.

"Te quiero, Lua." "Te quiero, Gaby !"
Vague à l'âme, le parrain souffre aussi.

Sa voix était comme un bonbon qui m'éclatait en pleine bouche, un trop plein de sucre désormais acidulé, qui ronge le palais à force d'en avoir trop bouffé, mais qui manque terriblement désormais. Goût incrusté qu'on parvient pas à garder correctement, qu'on veut surtout pas chasser mais que le temps fait que grignoter à son tour. Et ça rend le tout amer, et ça rend le tout terrible. Selen, je suis plus sûr du son de sa voix tu sais... J'ai beau fermer les yeux, ce sont tes larmes qui me reviennent en plein dans la mémoire, de quand tu m'as appris la nouvelle. Et je te vois me renvoyer les mots, sous une autre forme encore. Et ça me saisit à la gorge, assure un sourire trop maladroit pour en être un véritablement. Y'a juste cette espèce de dévotion que j'ai toujours eue pour toi qui me demande pourquoi j'ai pas réagis avant. Y'avait le bruit de tes larmes, dans ma tête. Y'a eu les miennes en écho. Et maintenant, je peux tout remplacer par autre chose, Selen ?

"... Je t'aime, ma fille..." "Moi aussi... Papa..."
Vague à l'âme, du père qui a peur de la perdre.

Tu veux plus rien regretter et moi, je veux plus rien rater. On a passé l'âge de perdre du temps, n'est-ce pas ? Et je sais de quoi tu parles, dans le fond. Je sais que c'est plein de Lua tout ça, plein de douleurs cachées, pleins de bleus à soigner, des maux sur lesquels faudra passer du baume, pendant longtemps. Mais ça me va alors je me contente d’acquiescer alors que mes pognes remontent vers ton visage pour l'entourer, embrasser ton front et te laisser te poser ensuite où tu veux, mes bras qui viennent entourer ton cou, une main qui se perd encore dans tes cheveux alors que j'ai le regard sur eux. Et je souris un peu de nouveau, à t'écouter me demander en quelque sorte ce que j'ai pu foutre en dix ans. J'ai attendu. La réponse me frappe face à ses années paumées dans le Michigan avant de lever le camp en apprenant le suicide de Blake. Parce que j'avais peur de plus savoir tenir, de finir comme lui.

Ok. Ça me va quand même de parler de rien, tant que c'est avec toi. Parlons de ce que tu veux. Je baisse le nez vers toi, pour le fourrer entre tes mèches et inspirer. Et un sourire qui se pointe. Mais faut que j'aille pisser avant. Et je me marre un peu, avant de te relâcher doucement, des doigts qui viennent soulever ton menton pour te voler un baiser. Regarde si y'a de quoi grailler dans les placards. Je m'éloigne doucement vers la porte de la salle d'eau. Au pire on commande de la bouffe.

J'ouvre et disparais ensuite derrière, allant donc pour pisser. L'affaire dure pas des plombes mais ça me suffit quand même, avec le lavage de main, pour capter. Oh bordel de merde. Face à mon reflet dans le miroir, j'ai enfin le tout qui m'éclate dans la tronche et qui me fait réaliser l'ampleur de ce qu'il vient de se passer. Faut avouer que ça reste effrayant. Et pendant une brève putain de seconde, j'ai cru le voir tu sais, dans le reflet. J'ai le sang qui se glace sur place, avant de me retourner vivement et ne trouver que le vide. Même à cinquante ans, il te pourrit encore la vie Gabriel. Je sens mon souffle qui s'est arrêté et le coeur qui tambourine si fort que je me sens comme dépossédé de moi-même sur l'instant. Merde, merde, merde... Figé, avec juste l'eau du robinet qui habille encore de vie la pièce. Ma pogne trempée qui, tremblante, s'aventure dans le vide. Juste au cas où... Mais y'a rien à attraper. Et je me trouve trop con, avant de mettre l'eau sur le plus glacé possible pour m'arroser la face avec.

Estás soñando...

Murmure que l'eau recouvre alors que j'ai la gueule qui dégouline de froid, comme pour calmer le volcan qui s'est déclenché. Et je ferme les yeux terriblement fort, jusqu'à m'en faire mal pour ne voir plus que des taches, pour ne plus voir les images de l'instant précédant. Está muerto... Oye, Gabriel, tienes que controlarte.... Et je coupe tout une fois que je suis de nouveau apte à respirer sans m'essouffler, m'essuyant rapidement la gueule dans une serviette avant de ressortir en vitesse, supportant soudainement plus d'être seul avec... Avec quoi, Chunk ? Et j'avise ta silhouette rapidement pour fondre dessus, pour te faire te tourner et t'embrasser avec passion en te collant au mur, incapable de parler finalement sur l'instant. T'es bien là, Selen, pas vrai ? La peau encore glacée, de l'eau, pas que. T'es bel et bien là, hein ? Devoir respirer, à un moment. Je préfère perdre mon souffle ainsi, sincèrement.

... Pourquoi on s'est pas vus, pendant tout ce temps... ? Murmure plein d'une émotion que j'ai du mal à contenir, soudainement. Pourquoi, Selen ? J'ai fait mine de comprendre, mais à cet instant... Je ne sais plus rien. Y'a des nuits où je me souvenais plus du son de ta voix...

Et toutes ses nuits
là ont fini noyées.

Et y'en a eu d'autres où tu m'manquais à en crever...

Et toutes ses nuits
là ont fini noyées.

J'ai rien su faire d'ses dix ans, Selen, j'ai continué l'armée comme déjà mort et je sais même plus si je me suis battu vraiment dans ce camp, si j'ai tenté de résister comme j'aurais dû pendant ces neufs mois...

Et toutes ses amertumes
là sont encore à noyer.

Ce sont dix ans que je peux que compter en nuits où je me retrouvais comme amputé d'une moitié de moi... Et je mourais de peur, Sel'... Que... Que tu ressortes jamais... De plus jamais... Te revoir...

Et toutes ses peurs là
sont encore à noyer.

Pourquoi... Pourquoi je pouvais pas te voir... Pourquoi... ?

Et Gabriel a
bu la tasse.
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MessageSujet: Re: 2XGM || ft. Gabriel   Ven 5 Oct - 12:08

Y'a cette partie de moi qui est heureux comme jamais elle n'aurait pu l'être, de sentir tes mains contre ma peau, ta bouche qui cherche la mienne. Y'a cette partie de moi qui en a rêvé depuis bien trop longtemps, cette fibre amoureuse titillée depuis l'adolescence, cet instinct qui comprend que l'homme de toujours est en train de m'aimer, à son tour.
Elle rayonne, cette partie, quand tu l'embrasses à nouveau, quand tu la fais marrer comme un rien en acceptant de l'ancrer dans ton quotidien. De la pisse et de la bouffe, bon sang, ça sent la réalité à plein nez, et j'peux dire qu'une chose : j'en avais sacrément besoin, d'une certaine manière, de retrouver des sensations d'un moi plus fou et plus insouciant, qui prenait la bière pour de l'eau fraîche et tes retours d'armée comme de l'amour.
Je flatte un peu tes bras quand tu t'éloignes, manière à moi de te garder encore un peu.
Ça marche.
Et je me retrouve seul, dans le vide de ton appartement que je prends le temps d'observer. Rigueur standard. Ça te va bien. Pas grand, ce qu'il faut. Je note peu de choses, des détails sur les murs, l'agencement de la pièce à vivre, un rien qui m'occupe l'esprit alors que je trouve des chips dans un placard.

Je pense, encore et encore, à ce que je vois maintenant, à la joie intense que je ressens.
Car si je pense au reste, je ne suis pas sûr d'y survivre.

Mais ça me frappe, une fois que je pose le paquet sur la table basse, agrémenté de deux bières supplémentaires.
J'ai les mains qui tremblent. Le coeur qui manque plusieurs battements. Les yeux qui brûlent. La gorge qui se serre. Les poumons qui abandonnent. J'ai froid.

Il se rend compte, Selen, que la réalité se décale, que c'est peut-être trop beau pour lui. Il se rend compte, Selen, que les mots ont sonné comme dans une impression de fantasme, d'un milliard de choses qu'il s'est déjà imaginé, le sourire et les baisers, les moments partagés.
Mais c'est trop fou, pour vraiment exister.
"C'est bien trop dingue, c'est trop rapide, ce n'est pas pour toi", hurlent de concert le conditionnement et l'angoisse. Tu ne mérites pas ce bonheur, toi qui t'amuse à le casser dés qu'il est à ta portée. Selen "Mehrmann", tu n'as jamais été désiré. Pourquoi espérer vivre comme si de rien n'était ? Range donc cette existence poudrée d'un doux quotidien, ça ne te va pas.
Gabriel ne t'aime pas. Il a simplement pitié de toi.


Ça y est. La partie enthousiaste est mise sous clef. L'autre émerge. Je pensais que ça suffirait, de tout dire, de tout avouer, mais à croire que cette connasse ne se laisse pas abattre comme ça. Elle résiste, la salope, elle me broie les tripes et m'oblige à m'adosser au mur le plus proche, me cogner un détruire la beauté de ce qu'il vient de se produire.

T'es pas digne d'aimer ce type.
T'étais juste bon à morver dans ses bras.
Il souffrira par ta faute.
Tout ceux que tu aimes finissent par périr.

TUEUR. ASSASSIN.

Une main aggripe mes cheveux, les tire, les yeux sont plus clos que jamais. J'en m'en étripe le coeur, de combattre ce qui vient par vague dans ma tête. Je veux pas y croire. Je ne veux pas y croire. Je ne peux pas y croire.
Mais... et si... ?

Pas le temps d'y songer plus longtemps. Tu débarques, m'agrippe, m'embrasse, d'une ferveur nouvelle. D'une passion irréelle, comme si ta vie en dépendait. Mais c'est la mienne que tu viens de cueillir, c'est ma main que tu rattrapes au bord du vide. Tu ne sauras peut-être jamais à quel point chacun de tes baisers compte. C'est un pas de plus vers le réel, un coup de plus dans la pile des illusions.
Alors je te le rends, au centuple, avant de capter ton air. Avant de comprendre que quelque chose ne tourne pas rond, que tes yeux en disent trop pour n'avoir rien à me dire.
Gab... ? Je-

Pas le temps. Jamais le temps. Tu me frappes. Uppercut en plein bide. Pas physiquement, tes mots suffisent à me foutre K.O. Tu déverses tout, tes doutes à toi, tes peurs à toi, tes morts à toi.
Et j'écoute.
Et je tremble, encore.
Et je sais que la bête jubile de tout entendre, car elle se nourrit de ce que j'éprouve.
Mais tu veux savoir. Et tu as raison. Tu as le droit de comprendre, même si tu sais déjà, j'en suis sûr, à quel point je ne te mérite pas.
A quel point les mots me manquent pour décrire tout ce que tu attends.
Ma voix se fait faible, à terre face à tes suppliques. Elle abdique, face contre terre sur le ring.
Pourquoi on s'est pas vus, que tu me demandes ? Pourquoi ?

... Parce que j'étais coupable. Parce que... j'avais choisi cette punition pour mon crime...

Je parle pas des poings martelés dans la gueule du conducteur. Je parle pas de l'euphorie que j'ai eu à lui refaire le portrait jusqu'à étaler le rouge sur le pavé, jusqu'à colorer la rue du goût amer du chagrin. Je parle pas de ça, non, parce que c'est une chose que je ne regretterai jamais.
Ce que je regrette, ce sont ses cheveux blonds qui flottaient dans l'air frais, ses joues rosées et son regard pétillant.
Ce que je regrette, c'est son sourire quand je lui ai dis que je serais toujours là pour elle, qu'elle comptait plus que tout au monde.
Ce que je regrette, c'est d'être ce minable qui ne tient jamais ses promesses.

Y'a pas... eu... une seule seconde en dix ans où je pense pas à elle. Y'a pas un moment qui s'écoule sans que je la revois m'embrasser sur la joue avant de sortir de ma bagnole ce matin-là pour courir vers l'école. J'lui avais promis d'être à l'heure pour venir la chercher.  J'lui avais promis Gabriel... mais... y'a pas... une seule minute qui passe... sans que l'annonce des flics tourne dans ma tête, sans qu'elle me hante la nuit, sans qu'elle m'empêche de respirer.

Petit corps, malingre, sous le draps blanc. Morgue froide. Morsure au cœur. Les cheveux blonds sont teintés d'une rousseur mortuaire. Mèches pleines de carmin. La pudeur ne dissimule rien.

Je ne me rappelle pas de ce moment-là. Pas de tout.
Je me souviens des cris. Je me souviens d'être tombé. Je me souviens du rêve de bonheur que je voulais conserver.
Je me souviens avoir réalisé que je venais de mourir, moi aussi.

Et j'ai accepté d'en souffrir. J'ai accepté que tu ne me vois pas, j'ai accepté le rejet de mes parents, j'ai accepté les coups et les insultes. J'ai tout encaissé. C'était comme si je l'avais tuée de mes propres mains Gab. J'pouvais pas t'infliger la vision du coupable. J'voulais... j'voulais... crever.

Je me dégage de toi, les épaules lourdes, les mains qui reviennent se perdre dans l'empoignement de mes cheveux trop longs. J'ai le corps agité, les souvenirs secoués de spasmes.

C'est un réveil. J'émerge de ce black-out de dix ans. De cette punition, de ces terreurs.
Odeurs âcres. Promiscuité. Insalubrité.
Violence. Sang. Humiliation.
On se sert des membres comme bâton d’exécution.
Virilité rime avec prédation. Confiance rime avec couteau.
Couloirs trop grands dont on ne revient jamais.
Sang dans l'eau.
Eau dans les yeux.
Yeux bleus encre, comme les bras, comme le ciel qu'on ne voit plus.
Encre qui perce et qui sauve.
Mais trop de morts autour, pour les plus chanceux d'entre nous.


C'était ma faute Gabriel, ma putain de faute dont je me remettrai jamais, et que je refusais qu'tu vois. Car si t'étais venu... si t'étais v'nu, je t'aurais supplié de me sauver. Et je le voulais pas. Je devais... payer pour ça.

L'épuisement me laisse tomber sur le canapé. J'ai le vide devant moi, prêt à sauter, à y jeter mes mots, à dégueuler tout mes souvenirs.

J'ai la bile qui bouillonne au fond du ventre. Elle remonte et veut sortir.
Je me souviens trop bien.
Des deals, des remarques, des droites qui ne font presque plus mal à force de tanner les peaux avec. Des overdoses, des trafics, des uniformes arrachés et remplacés pour taire les secrets.
Des regards impassibles des autorités qui laissaient les bêtes s'entre-dévorer.
Des lueurs mornes de vague camaraderie, ruinées à néant quand les peines tombaient.

Des espoirs que je taisais sous une lune trop pleine.
Des prières à un Dieu qui je n'appelais que lorsque j'avais décidé d'y croire.
De la dernière photo de vous deux, que je gardais contre mon coeur. Mon bien le plus précieux. Ils m'auront tout pris, tout sauf ça.

C'est c'que j'ai pensé. Longtemps. Que je méritais tout ça. Le châtiment pour un père qui a laissé mourir sa fille pour avoir plus de fric. Alors j'ai laissé le temps m'étrangler. J'ai voulu m'oublier. J'ouvrais pas la bouche et j'ai attendu la fin.

Ma main se fait vive, sans te regarder, elle saisit une bière et en éclate la capsule sur un bord de la table. Houblon qui coule en son intégralité pour calmer les relents, les ombres et les tourments. Cul-sec pour le moribond.

Raté. Le pire est à venir.

Et quand c'est devenu trop dur, quand j'ai... pensé au pire, que j'ai vu le pire... que j'ai vécu le pire... dans un élan de lâcheté, j'en ai plus voulu. Un jour, des types m'ont coincé dans un coin à l'abris de des gardiens. Des gars en mal de tout... Des briseurs. C'était pas la première fois. J'ai cru que ce serait la dernière. Trois, quatre ? J'ai pas cherché à compter. J'ai laissé faire, comme pour implorer que cette fois-ci, ils aillent jusqu'au bout. Sang et foutre contre les murs. Ils avaient vu ta photo. Ils avaient compris comment m'atteindre. Et... à un moment... quand j'voyais trouble... j'me suis souvenu d'ce jour sur le quai. Ce jour où t'es parti. Où j'ai eu mal au point de me sentir déjà mort. J'ai tout enchaîné. Tout le fil des souvenirs. Toi qui revenait en perm', quand je t'ai annoncé pour Lua, toi, et elle... et... Et je sais pas... je... j'sais pas d'où c'est venu, Gab, j'sais pas du tout. Mais... j'me suis raccroché à vous. A elle, pour le pardon et à toi, pour l'avenir. J'savais que t'étais dehors. Qu'il me restait quelqu'un... que t'étais là, et que je devais te retrouver. Pour tout t'dire. Pour essayer de... de... de vivre. Alors j'ai crié. Crié aussi fort que j'ai pu. Ça a tout de suite alerté les gardiens pas loin qui sont venus arrêter le massacre. On m'connaissait que comme le muet, jusque-là. Et j'ai pas cessé de hurler depuis. Et de rendre les coups.

La bouteille vide résonne en fracas sur la table. J'enchaîne avec une clope, routine d'un nerveux bâtard qui ne sait pas ce que contrôler.
Ça siffle, ça souffle, les vents du courage qui commence à se barrer au large.

Bordel de merde...

Je me plis, un peu. Protection face aux désillusions. Je fume pour oublier ce que je revois. Je fume pour ne plus parler, pour te regarder à travers le voile, pas peur de ta réaction.

Pardon Gabriel, p-pardon pour...

Pour tout ce qui reste coincé, pour toutes ces horreurs que j'ai cru, pour ce poids qui pèse encore et qui me fatigue. C'est pas dix ans que j'ai pris, mais cent.

... Pour t'avoir fais... subir tout ça... pour t'avoir fait souffrir comme ça...

Et il le pense, le vieux loup cassé, mortuaire sous les offices.
Il pense désormais que d'eux deux, ce n'est pas lui qui en a le plus souffert.
Il pense que dans leurs tortures, tout deux ont connu la guerre.

Parce que... t'sais, malgré tout... j'attendais tes lettres avec impatience. Je les ai toutes gardées.

Sourire qui se perd, bien triste, bien las. Bien beau parmi tout cela, pointe de lumière qui supplie de ne pas s'apitoyer sur le sort du forçat.
Je t'en prie Gabriel, prend cette vérité, oublie-la. Tu la tiens, elle est à toi, mais ne la projette jamais quand tu me regarderas.

T'as toujours eu... une belle écriture...

Et la nuit, moi aussi, j’espérais ta voix. Je l'imaginais me lire ces mots que tu m'envoyais.
Berceuse pour celui qui ne dormait plus.
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2XGM || ft. Gabriel

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