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on vous invite à privilégier les fantômes, les djinns et les petits humains
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 [+18] Hygée || Paul

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vampire ○ kill of the night
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MessageSujet: [+18] Hygée || Paul   Ven 21 Sep - 8:46


Scène bien singulière pour le coucou, en ce jour. Gosse qui fixait la scène, ou plutôt le maître des lieux. Ipolitt ferait bien une centaine de blagues graveleuses, mais l'esprit est trop ailleurs pour ça. Il fait attention, remercie la pluie de tomber pour ne pas souffrir de trop de la luminosité. Le jour n'est pas encore couché, pas loin mais il n'avait pas envie d'attendre chez Saul. Loin de là, sait-on jamais que le manipulateur pourrait vouloir changer de cible. La créature n'est pas particulièrement friande de la sensation pour sa part et laisse le masochisme au brave toutou du mourant. En attendant, il va retrouver le sien de compagnie. Un regard sur l'heure à un moment donné lui indique que Paul est sans doute rentré, désormais. Alors il presse le pas, se met même à courir, l'air de vouloir échapper à la flotte ambiante. Le coucou s'ébroue bien assez vite dans le jardin, sans mesurer que ça sert à rien encore, avant de soulever la fenêtre qui lui fait office de porte d'entrée, après avoir vérifié qu'il n'y avait qu'un seul coeur à proximité et celui qui l'intéresse en prime. Mouvement souple pour se rentrer, refermant bien assez vite.

Paul ? La voie se lance directement, alors qu'il retire déjà son pull totalement trempé pour le fiche déjà à terre, le pantalon suivant bien assez vite après avoir viré les bottes. Y pleut s'mère dehors, 'tain... Il récupère son tas de fringues et commence à marcher en t-shirt et boxer dans la maison, allant à la salle de bain pour déposer ça dans un coin de celle-ci. J'ai d'trucs à t'raaaconteeeer !

Le coucou file vers le bureau de l'humain, qui tourne la tête à son arrivée. Sourire de la bestiole qui vient s'affaler dans son dos finalement, les bras passés par-dessus les épaules de l'humain, menton qui se pose sur le crâne pour regarder ce qu'il pouvait bien faire. Sujet de recherche actuel : les djinns. Il faut dire que j'l'ai harcelé sur l'sujet l'pauvre.

T'faiiiis quoiiiii ? Gosse insupportable qui glisse la joue contre le cuir chevelu, pour aviser une pile de copies à côté d'eux. ... T'dois corriger tout ça ou c'fait... ? Éparpillé déjà dans ses pensées, les mains ballantes, avant que finalement les bras ne viennent se retrouver l'un et l'autre, sans étouffer pour autant l'humain. Hey. Faut qu'j't'parle.

M'en veux pas, d'accord ? Il n'ose pas l'exprimer, ça. Après tout, il ne lui doit pas trop de comptes non ? Mauvais menteur envers lui-même parfois. En attendant, l'espèce de sangsue-chat réclame encore un peu de tendresse tant qu'il n'a, semble-t-il, pas encore fait de conneries pour Paul.
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human ○ drink the water
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MessageSujet: Re: [+18] Hygée || Paul   Sam 29 Sep - 22:33

Les voies à explorer deviennent nombreuses, touffues et sinueuses. La fascination n'en prend pas peur, au contraire, le monde semblant enfin s'ouvrir d'un millier de possibilités pour la simple petite âme qu'est Paul Desmond, amateur raffiné des échos paranormaux. L'homme s'en réjouit, plus que jamais, de passer ses heures libres à explorer, tailler les obstacles imaginaires pour en savoir davantage sur tout ce que hante les alentours.
L'effroi semble en pause, aujourd'hui.
Étonnant, quand il sait que l'état ne s'améliore décidément pas.
Le café fume tranquillement près des livres ouverts. Le bureau est plus feuillu que le sol au-dehors. L'automne bat son plein alors que le professeur ne cesse en rien ses recherches pour se concentrer sur les durs mois d'hiver à venir. Comme une créature censée, il devrait prendre du repos, laisser le corps s'alourdir dans les affres du froid à venir. D'autant que pour lui, cette saison est devenue plus compliqué que jamais. La maladie se fait étrangement plus handicapante lorsque les grands vents du nord soulèvent son manteau de bourrasques, le faisant presque tomber au passage et l'empêchant de se relever seul.
Il devrait prendre des forces, l'humain à la peau marquée, mais il n'en est rien. Il profite, jonché de ses lunettes et de sa force subite, pour rattraper tout le retard accumulé avec ses absences répétées. Ces moments qui passent inaperçus puisque tout le monde sait, et qu'on le regarde parfois avec cette pensée dans les yeux.

La tête se secoue, s'empêchant de tomber. Le costume d'érudit de l'université s'échange avec celui de Crowley, qui, à la demande de son vampire de compagnie, se pare d'une envie curieuse d'en savoir plus sur les djinns. C'est bien grâce à Ipolitt et sa mauvaise expérience de l'autre jour que l'humain se passionne davantage pour ces créatures qui relevaient, jusqu'ici, d'un folklore qu'il jugeait bien trop lointain.
Ipolitt, qui peut se targuer d'être unique en son genre. Ipolitt qui déclenche bien trop de choses, diablotin survolté quand les blessures finissent par disparaître, sans pour autant être oubliées.
Il essaie, Paul, de ne pas laisser l'esprit vagabonder trop longtemps. Il préfère se concentrer pour éviter de penser, accomplir sa tâche avant d'aller s'écrouler. C'est toutefois la voix familière de son colocataire particulier qui l'arrache à l'étude des faiblesses de ces génies du désert. Le nez relevé, il l'entend bien vite clamer depuis le couloir, d'un ton qui semble bien loin des terreurs qu'il a pu traverser récemment. Paul n'a même pas le temps de signaler sa présence habituelle à son office que le vampire se glisse déjà derrière lui, d'un geste et d'une attitude qui le laissent... pantois.
Oui, l'homme est stupéfait, le regard se tournant vers la créature qui se colle à son dos, de cet air mutin et candide qu'on parfois certains enfants turbulents. Sauf que celui-ci est coincé dans un corps de trente ans. Et que, mine de rien, ceci est devenu une donnée à prendre en compte.

Bien malgré vous, malheureux Paul.
Pauvre, pauuuuvre hère perdu.

I-Ipolitt, enfin, un peu de tenue... ! Je travaille !... Les yeux se roulent de l'air d'un paternel fatigué, le soupire fend la gorge sèche vers laquelle il porte une gorgée de café pour tenter de s'hydrater. Il se veut distant, mais l'expression de ses traits tirés trahit l'évident. Ce n'est qu'en acceptant de lever les yeux vers lui qu'il constate que les jours d'inquiétude ont disparu sous le ciel gorgé de pluie d'Octobre. Tu as l'air en forme... Il y a même un morceau de sourire, de soulagement sincère, qui percent à travers les nuages.
Le vampire désigne les copies qui s’amoncèlent sur le côté. Paul en aurait presque oublié sa fonction première, l'espace d'un instant. Sa posture d'enseignant qu'il aime de plus en plus quitter au fur et à mesure que la fin approche. Non, j'ai terminé ce tas-là tout à l'heure. Toutefois, il y a encore celui-ci. Coup de menton vers un autre amoncellement, de l'autre côté de la table en bois. Les épaules se soulèvent, pourtant. Mais ça peut attendre... Car il y a plus important, manifestement. Tu le confirmes toi-même, quand ton ton change, qu'il se fait plus discret sous tes couches d'encre enjouée. Je commence un peu à te connaître, je crois. J'ai comme l'impression, en effet... Il se tend un peu, Paul, face au bras qui l'entoure. Le contact est encore une notion compliquée, quand le corps n'est pas occupé à se détendre sous les crocs. Et pourtant il ne cille pas, laisse faire, même, apprenant qu'il y a sans doute pire qu'un inconfort passager. Peut-être même que le pire, c'est la bêtise qu'Ipolitt aura à lui avouer. Car il eut beau être le pire des mari, Paul a su être père, au moins pour arriver à tiquer sur les attitudes précises de ses fils et fille en fraude. Ainsi le regard d'un homme ayant déjà eu trois enfants à réprimander finit par soutenir celui du vampire, se tournant dans sa chaise, pour lui faire face. Bras croisés, prêt à l'entendre. Je t'écoute. Que se passe-t-il ? Si c'est trop grave, tu seras privé de dessert.
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MessageSujet: Re: [+18] Hygée || Paul   Dim 30 Sep - 12:26


Un peu de tenue ? Drôle d'idée de dire cela à un type en calbut derrière lui qui s'en fiche totalement de la fameuse bienséance depuis bien trop longtemps. Trop ancré encore en lui, ce je-m'en-foutisme qui caractérise l'Ipolitt, plutôt que Mercure. Pour être en forme, en revanche, ça... C'est bien là en soi la source de son tracas alors qu'il frotte la joue qui ne sera plus jamais barbu contre les cheveux, avisant avec horreur la pile et ayant un bref soulagement quand on lui dit que non... Jusqu'à apercevoir l'autre monticule. S'il pouvait, il aiderait, mais son niveau intellectuel est bien trop bas pour prétendre à cela alors il n'essaye même pas, conscient de ça tout seul. Soupir qui fend aussi les lèvres de la créature, coucou installé avant qu'enfin, l'humain ne se tourne pour aviser sa bête de compagnie. Alors Ipolitt le relâche, se laissant tomber sur l'arrière train en relevant les jambes pour les entourer de ses bras, menton qui se pose sur un genou. Le regard qui se perd dans l'autre, celui qui se cache derrière les lunettes. Il cherche encore comment annoncer les choses.

J'retrouvé une connaissance, dans c'coin paumé. "Commençons par le commencement", sans doute. L'blème c'est qu'il est mourant. À croire qu'il est entouré de personnes qui le sont, finalement. 'Fin, t'm'diras, il a l'air d's'en battre les couilles de l'être,  même s'il est pas trop ieuv, mais bon, j'l'aime ienb alors... Alors il a fauté, comme qui dirait. Alors j'ai servi à que'que chose, pour une fois. Aussi incroyable cela peut-il paraître. Il a l'cerveau qui s'noit dans l'sang, des tumeurs, tout c'boxon. Des doigts qui s'envolent finalement, pour désigner la tête tandis qu'il parle. Et genre, j'pas forcément envie qu'souffre d'trop t'vois ? Même si c'est un gros psychopathe mais j'peux plus trop rien dire donc bon. Alors v'là, j'suis allé l'voir et j'l'ai mordu à l'nuque, là. La main qui s'applatit vers où il a pu planter les crocs. Pour que genre, ça aspire l'sang dans s'tête et soulage l'pression. Main qui revient pour cercler de nouveau ses jambes, menton toujours en place. Y savait d'jà que j'étais un vamp', j'l'ai croisé par l'passé et... 'Fin, longue histoire. Qu'il ne voudrait surtout pas raconter à Paul au vu de la finalité de leur première rencontre avec Saul. Du coup, v'là, j'aimerais ienb l'accompagner jusqu'à ce qu'il claque en continuant d'pomper l'sang qui lui défonce la cervelle. Regard toujours dans celui de Paul. M'évite d'chasser trop souvent et d't'fatiguer d'trop, ouat. T'sais tout.

Et il attend le verdict, le petit chat qui attend au pied du maître de maison. Une réponse qui ne changera sans doute pas grand-chose à la démarche d'Ipolitt, qui se sent un peu redevable envers l'autre humain, d'une certaine façon. Alors il l'accompagnera dans sa mort, en lui évitant des douleurs trop fortes en permanence. Parce que, pour une fois... Il se sent utile et ça, c'est assez inédit. Même si ça semble plus servir à tenter de fracasser un gosse qui semble consentir à la chose... Mais ça, ça ne le regarde pas au vampire. Alors il a les prunelles toujours à la recherche de celles de Paul, sans chercher à comprendre pourquoi. Juste qu'il l'aime bien, ce contact-là aussi. Et soudainement, il se souvient d'autre chose, d'essentiel !

J'peux t'emprunter un bas d'pyj' au fait après ?
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MessageSujet: Re: [+18] Hygée || Paul   Lun 1 Oct - 15:36

L'homme prend la posture convenue, oreilles ouvertes et dos droit, face à celle bien trop candide de ce grand enfant en faute. Laquelle, au juste ? C'est à lui de s'expliquer, comme convenu. Elle coule de sa bouche comme un bonbon recraché en cachette, alors que le récit ponctué de mots écorchés prend sens. Paul ne cille même pas face à ce langage encore maladroit, reliquat de banlieue et mélange savant d'un verbe qu'il n'accorde qu'à la jeunesse. Il ne fait que comprendre, hors des lignes, ce que le vampire lui raconte.

La portée et l'importance des actions, des conditions, de leur contrat tacite de proie consenti.

Au terme du discours, Paul continue de le dévisager, ce garçon bouffé de remord et de fierté. Une première conclusion vient le frapper, instinctive, mordante. Tu as bu le sang d'un autre.
Ce sont les sens qui parlent avant le reste, qui se lisent un instant dans les yeux vert de gris qu'il frotte quelques secondes. Jalousie, vraiment ? Pourquoi donc ? La réflexion lui cloue le crâne. Car au-delà de la réaction primale vient le reste, qui outrepasse le sentiment étrange à peine né d'une possessivité mal placée. Le reste, qui rebondit sur une phrase d'accroche prononcée plus sincèrement que le reste.

Alors j'ai servi à que'que chose, pour une fois.

Paul y pense, la tourne et la retourne, la regarde sous toutes les coutures minutieuses. Elle vaut plus que tout, cette phrase, elle sonne, résonne bien trop fort contre les parois de l'esprit constamment fatigué. Les pensées affluent, abondent en un sourire en coin quand il déchausse enfin ses lunettes pour les nettoyer, un mouchoir à la main et le regard dans le sien.

Eh bien., qu'il débute, sincèrement étonné par la portée du récit. Il s'accroche à ce point précis, s'en dégage une opportunité de confier ce qu'il pense, enfin, tout au fond. Une partie de ce que Paul Desmond ressent. Ô Ipolitt, crois-moi, tu n'es pas le seul à te sentir de cette façon. Dans ton cas, cependant, il serait grand temps que tu ouvres les yeux. J'ignore qui t'as déjà fais croire que tu étais inutile, mais cette personne était manifestement aveugle. J'aimerais donc, tout d'abord, que tu t'ôtes cette idée de la tête. A mon sens, tu es pourvu de grands intérêts.

La voix se fait sévère dans l'encouragement, paternaliste malgré elle. Paul donne à l'autre ce qu'il aimerait parfois entendre, sans l'avouer à quiconque. Admettre la part de vide qui se crée chaque jour, l'ombre qui plane sur la vacuité d'une existence qui s'achèvera bientôt dans le plus grand des secrets. Alors il ne le sent pas, ces yeux qui se parent d'un voile certain, ce vert qui tourne davantage vers le gris. Il comprend simplement l'ironie, un peu étrange, que cette nouvelle lui procure.

Il semblerait que tu sois abonné aux mourants, cher Ipolitt.

Tu as bien agis. Je ne vois pas pourquoi tu culpabiliserais. Il s'efforce à faire davantage pétiller ces iris mornes, à faire comprendre que l'intérêt est vif, présent, qu'il n'en a jamais été autrement. Je n'avais jamais envisagé l'aspect thérapeutique de tes morsures... mais ce n'est que logique, après tout. Le ton se fait plus réfléchi, davantage maîtrisé, émotion contenue entre les doigts paralysés. Les bras se desserrent, plus lentement qu'à l'accoutumée. Le corps tremble légèrement, prouvant ce que la bouche finit par taire. Je les aime, ces morsures, crit l'épiderme qui se hérisse quand l'âme se bat contre elle, ne les donne pas. Pas à lui. Donne-les moi. Sauve-MOI.
Et si tu m'y autorises, j'aimerais suivre ce processus d'accompagnement. Je pense qu'il s'agira d'un bon point de départ pour de nouvelles recherches.

Il craque même un autre sourire, l'humain. Grand homme qui se cache derrière la science pour prouver que tout va bien, qu'il n'y a rien de plus à glorifier qu'une bonne action de la créature. Créature qui y met un terme, se concentrant sur des détails factuels, la présence de ses jambes nues pour exemple. L'humain secoue la tête, se mure dans son altruisme tout récent. Il est heureux pour Ipolitt. Réellement. Sans arrières pensées. Rien d'autre qu'un bonheur quotidien auquel il se rattache, de peur qu'il lui échappe.
Vous êtes un enfant, Paul.
Et l'abandon vous guette.

Troisième tiroir de la commode, en partant du bas.

Bien qu'il est persuadé que le vampire le sache déjà. La tête désigne le meuble dans la pièce, autre que le lit. Chambre aménagée récemment pour contenir ses recherches, le bureau initial étant devenu de plus en plus souvent trop difficile à atteindre. Il l'observe agir, longuement, les coins des lèvres revenus à leur point de départ. Tout est contenu, tout doit le rester.

Tout.

Qui est cet homme, au juste ? Dans quelles circonstances l'as-tu rencontré ?


Et dire que vous avez oser prétendre être trop honnête, Paul.
Depuis quand vous mentez-vous ainsi à vous-même ?
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MessageSujet: Re: [+18] Hygée || Paul   Lun 1 Oct - 16:31


Silence de prime abord, attitude battante à défaut du coeur mort. Et il attend, suspendu aux lèvres de Paul comme jamais, les gestes qui commencent à parler pour l'humain, les regards qui se confondent sans verre pour les brider. Et il se noie un peu dans cet instant, ne dit rien, attend, quand enfin, des premiers mots percent la couche épaisse du malaise qui aurait pu s'installer. Au lieu de ça, l'épiderme qui semble se réchauffer, quand Paul continue finalement sur sa lancée. Et ça se percute tout en Ipolitt qui doit s'en mordre l'intérieur de la lèvre pour ne pas céder dès cet instant précis, comme toute personne sans plus aucune assurance en elle-même pourrait faire. Tout un pan de confiance enfoui et ébranlé soudainement, qui aimerait s'accrocher à l'autre et lui dire que c'est faux, lui dire qu'il est un monstre dont Paul ignore trop pour comprendre toutes les subtilités du récit. Mais parler, ça serait se trahir, laisser entendre la voix pleine de l'émotion qui s'est installé dans la gorge, cette chaleur renversante qui, on pourrait le jurer, redonne un peu de couleur au triste spectacle du mort à la peau si pâle que même l'astre lunaire lui envie parfois, quand il n'est qu'un maigre croissant ou qu'il est rouge. Si haut dans le ciel alors que lui... Zond est rentré sur terre, tente pas de le relancer...

Et finalement,
c'est une main
timide qui vient
s'accrocher à lui.

Simplement, à un pan de tissu, alors que le regard du coucou s'ancre plus encore dans cette attitude de reconnaissance en soi. Puis le verdict qui tombe enfin. J'ai bien agi... Et ça se teint un peu plus, tout en lui. Comme si on allait pour refaire la tapisserie sans qu'il comprenne, qu'il voit juste le blanc qui se pose par dessus les couches de noires, qu'il contemple sans saisir la nuance et l'importance. Il y a juste ça. Ce chaud qui le berce, doucement. Lui, ce garçon qui jamais n'avait su réellement supporter le froid mordant de l'hiver. Et il se sent transporté, quelques instants, le coucou gris. Comme si quelques plumes devenaient moins lourdes, comme s'il avait, peut-être finalement, une place quelque par,t pas que dans les nids des autres. Mais l'enthousiasme retombe dès l'instant où Paul souhaite assister à tout cela. Non... Non ! Cri du coeur éteint, face à l'horreur de la situation. Il n'en veut pas, de Paul face à Saul. De Saul avec Paul. J'ai peur de ce qu'il pourrait t'arriver. Et l'évidence qui frappe, un peu plus encore. J'ai peur pour toi... Main crispée, sur le tissu, avant que les doigts ne se desserrent.

On verra s'il veut ienb...

Paroles qui ne suivent pas les pensées. Triste ton face aux yeux qui se baissent, qui fuient, le regard qui se pose sur le fameux tiroir alors qu'il se redresse finalement, morne soudain l'enfant. Il est fou de voir comme chacun cache les choses, comme les jardins secrets pourraient être un pot commun à entretenir à deux. Mais non. Alors Ipolitt tire simplement le tiroir vers lui, pour en extraire un fameux pantalon et le mettre, perdu dans des pensées qui n'ont plus rien de chouette, plus rien de chaud. Que la glace qui se forme par-dessus les eaux enfouis. Les doigts qui viennent resserrer les attaches, faire un noeud avec. Et finalement, il retire aussi ce t-shirt humide pour s'éviter la sensation semi-poisseuse qu'il ressent, s'essuyant le visage dedans une ultime fois, comme si ça pouvait changer quelque chose, comme si ça pouvait faire craquer quoi que ce soit. Il observe ensuite, se rend compte que sur le col, il y a eu du sang qui a perlé.

C'était en Amérique. Je chassais et je suis tombé sur lui. Voix lasse qui compte les choses. J'avais déjà vu sa tête, sur un abri-bus, ça m'a freiné, il a eu le temps de réagir. Disons les choses ainsi. Saul Vargas, tu connais ? Il se tourne à demi, regarde Paul qui, à son expression au moins et au coeur qui s'arme en pointes pendant quelques secondes, semble connaître. Je sais plus ce qu'il fait, mais il est connu apparemment. Il hausse les épaules, part à la recherche d'un t-shirt propre à enfiler aussi, le mettant bien assez vite pour cacher son dos de la vue de l'humain. Il m'a aidé, au final. Tissu qui tombe sur la peau alors qu'il ment comme il ne respire plus, comédien d'autrefois qui se réveille soudainement, pour cacher l'horreur. J'ai promis... Je crois qu'il est venu caner en paix par ici.

Et il revient, après avoir repris son t-shirt qui ne forme plus qu'une boule dont le col se situe vers l'intérieur. Regard d'enfant perdu encore, qui se repose de nouveau sur Paul. Et ce besoin oppressant, qui semble vouloir lui fracasser tout l'intérieur. Et cette envie assassine. Une hésitation alors qu'il se tient tout à côté de lui, debout. Finalement, la main libre s'étend jusqu'à une joue pour en caresser les contours avec délicatesse, touchant la chaleur que l'humain dégage alors que la voix n'est plus qu'un filament.

Toi aussi, t'es mourant... ? Attention portée sur ce coeur qui parle pour Paul. Alors il baisse la main et la tête, finalement. Je vois...

Il aurait aimé. Aimé que l'Humanité de Paul puisse encore rester là, rassurante, un long temps. Son poing qui se referme un peu plus encore, par-dessus le tissu, pour n'en faire qu'un chiffon compressé par la force que la mort lui procure. Il hoche à peine, enchaîne tant qu'il peut.

T'en fais pas. Ma promesse tient toujours.

Brève tentative de sourire, de faire comme si ce n'était rien. Et finalement, il se détourne pour aller vers le salon, contenant au mieux ce quelque chose qui, chez lui, va déborder. Et se rappeler qu'ainsi, même la Mort peut verser des larmes.

Garçon perdu qui
dans le canapé se
laisse aller à la peine.
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MessageSujet: Re: [+18] Hygée || Paul   Lun 1 Oct - 18:56

Le professeur s'égare. Le professeur se perd. Sa confiance s'effrite.
Et ne reste que la substance
D'un humain face au Tout.

Rien que le je, rien que l'ego, rien que tout ce Paul aura voulu dissimuler.

Toi aussi, t'es mourant... ?

Boum.
BOUM.

Ah...
Tu sais. Tu sais, évidemment, et j'ai été fou de croire que je pourrais te le cacher plus longtemps. Vois-tu, j'ai compris que j'étais une forme de livre pour toi, un de plus pour comprendre ce pays et cette ville. Une manufacture de chair et de sensations. Un de ces ouvrages poussiéreux dont on a peur de déchirer les pages jaunies, mais qu'on parcoure tant et tant que même le coeur finit par le connaître. J'ai été ridicule, Ipolitt. Ridicule de croire que tes sens que j'ai tant étudié passeraient à côté de ce fait qui me compose.
C'est à mon tour de lire en toi. De voir ce reflet dans tes orbites, cette manière de tordre le tissus. J'en oublie notre conversation précédente, ce Saul Vargas, cet écrivain que je connais simplement comme un nom qui passe et repasse à la télévision.
J'en oublie presque tout quand je te sens si triste.

Et ça vous émeut, Paul ?
Que l'on puisse vous pleurer ?
Que l'on puisse tenir à v-

SILENCE !

Taisez-vous. Taisez-vous toutes, maudites voix, taisez-vous et partez, laissez-moi.
Je ne veux plus vous suivre.
Je ne veux plus de vous, ni de vos mensonges.
Je viens d'apercevoir une vérité bien plus puissantes que vos tentations...

Ipolitt...
Ipolitt, tu fuis.
Tu t'échappes, ruinant tout sur ton passage.
Tu brises
Absolument
Tout les cadenas.

Petite planète qui s'écrase dans mon univers.

Att-... !

Je lève faiblement ma main pour te retenir, avant qu'elle ne s'écrase mollement dans le vide. Le pouvoir vient de se dissiper, m'entraînant avec lui. Je manque de tomber dans mon élan, me retenant de justesse à la chaise de bureau. Il n'y a que mes yeux pour te regarder partir, et le silence pour se moquer.
Et me dire que c'est douloureux, d'être à nu, de laisser la lanterne s'éclairer trop longtemps, lumière au cœur qui finira par s'arrêter.

Je suis au bord du vide, et je le laisse m'aspirer. Corps tranquille et implacable qui sait que tout est joué. Que la maladie est ici, entre nous, entre tout.
J'en tremble. De faiblesse et de malheur. Mains contre mon visage trop marqué. Les épaules qui tressautent, l'envie de mordre mes lèvres anesthésiées au creux de mes sanglots trop discrets.

Pardonne-moi, Ipolitt, pardonne-moi...
Je n'ai plus de larmes.
Mère et Mort les ont toutes prises.

[...]

Les minutes se sont prélassées, longues et langoureuses. Les chiffres se sont enchaînés sans que je ne bouge. J'ai même cru que je ne parviendrais même plus à me relever. Les jambes ont fini par craquer.
J'ai l'âme vidée. Elle a coulé de mes yeux bouffis. Eux aussi sont tombés dans l'abîme.
Le corps est devenu mécanique, pétri dans le rituel. J'ouvre le tiroir de ma table de nuit que je maintenais à clé. Dernier cadenas, je m'en charge, de celui-là. Les paquets et les ordonnances sont toutes ici, gardés à ton insu. Ils étaient pris en secret, lorsque j'étais seul. Mes palliatifs. Tout mes médicaments.

Les bras chargés, les escaliers craquent sous mes pas lourds. Salon. Je regarde ta forme sous la couverture, un moment. La cuisine n'est pas loin. Je m'y glisse, tout aussi lentement, dépose mon butin chimique sur le comptoir. Main qui se lève vers le placard, saisir un verre, cueillir de l'eau et débuter. Il est l'heure.

Ça fait deux ans que j'ai été diagnostiqué. Une sclérose latérale amyotrophique. Ou encore Charcot, pour les intimes qui ne sont plus là pour en parler. Dos à toi, mes mains tremblantes s'affairent à défaire les emballages prescrits par les bien-pensants, les sauveurs en blouse blanche qui ne font que retarder l'échéance. Pour faire simple, mes neurones moteurs se désagrègent, petit à petit. Mes muscles s'en affaiblissent et finiront par se paralyser définitivement. C'est incurable.

Voix morne qui récite, qui a bien appris la leçon par cœur. Non Paul, il n'y aura pas d’échappatoire.
Aucune connue, que l'on te dit. J'en trouverai une, que tu hurles.
User de la magie et des obscures raisons. Le Désespoir est tombé bien bas.

Bruit de plastique et de cachet brisés. La star en premier. Le Riluzole, joli nom sur un épitaphe. L'eau glisse dans ma bouche, ponctuant mes phrases lancées calmement.
D'abord, mes bras et mes jambes.
Les membres sans réponses, relâchés, en pierre forgés.
Premier signe d'une inquiétude latente, ces premiers symptômes sont les plus marquants.
Puis ceux de ma mâchoire et de ma gorge.
Golem muet au creux de sa cage.
Les balbutiements morbides et pathétiques, baragouinages d'un vieux dans sa chaise, entouré de tuyaux comme toute compagnie.
Cachet numéro deux. Décontractant musculaire.
Puis les poumons.
Pressés, arrêtés, carburant manquant. Plus de souffle, si ce n'est par une machine.
Poudre numéro trois. Fluidifiant sanguin.
Puis le coeur.
Myocarde abruti par la fatigue et les émois. Il sera grand temps pour lui de trouver sa place au sein de cette carcasse froide.
Dernière drogue. Stimulateur neuronal. Rituel accompli, à demain pour la suite. Si demain il y a.
Je n'ai plus beaucoup de temps. Six mois... Un an ? Ils ne savent pas. Ils ne savent jamais. "Nous avons besoin de plus d'examens, monsieur Desmond." "Testons ce médicament, Monsieur Desmond." "Cela devrait vous soulager, Paul."

Foutaises.

Ils croient garder le temps au ralenti, s'inspirer de Dieu pour sauver son fidèle. Mais il n'y a rien que le corps n'oublie. Il n'y a rien d'autre que la rancune dont il s'éprend pour faire payer l'existence et l'égoïsme.
Disparaître ne signifiera jamais être pardonné.

Tu dis que ton ami est venu mourir en paix ici. C'est également mon cas.
Me décimer parmi les monstres que j'aime tant, ceux dont je fais parti. Toute mon humanité qui s’évanouit à leur contact, comme une forme d'oubli. Comme une envie d'oublier Paul le malade, de faire demeurer Crowley et ses connaissances, toutes ces choses qu'il souhaite si désespérément sortir de l'ombre.
Mais à quoi bon, au fond.
A quoi bon ?
C'est un caprice. Une envie d'enfant stupide qui s'accroche trop longtemps à ses rêves. L'enfant qui cherche à comprendre le comportement d'une mère dépressive, d'une épouse fuyante, d'un entourage déçu. Le sale petit qui excuserait presque par les chimères, les contes, les méfaits.

Je ne veux plus y croire.
Plus comme ça...

Plus comme ça, depuis toi.

... Du moins, ça l'était. Avant que je ne te rencontre.

Ma voix se mute. Mes yeux luttent. La fenêtre comme point de mire, je me tiens debout. Raide.
Déjà rigide comme un cadavre.

J'ai peur de mourir, Ipolitt. Peur de disparaître sans rien avoir accompli;

Les doigts crispés sur le verre. Je suis incapable de savoir ce que tu fais. Incapable de te regarder. Incapable de savoir comment, et pourquoi, tout ça se passe ainsi.
J'ai juste ce besoin de parler.
Je crois... qu'il s'agit là de la première fois.

... J'ai peur que tu t'en ailles, toi aussi...

Ma confession est à nue. Je suis à un âge où les peurs se fondent en déraison, où l'avenir a cet amer goût de proximité.
Je sais que ta promesse subsiste, que tu m'offriras peut-être cet éclat de lumière quand le moment viendra.
Cet éclat qui me maintient debout, cet éclat que je retrouve en toi dés que tu te mets à sourire, sincèrement.

Peut-être ai-je aussi peur de m'y accrocher ? Peut-être que l'abîme m'enlace déjà ?
Peut-être que je suis effrayé à l'idée même d'espérer, après tout ce temps ?

J'ai... le sentiment de tout abandonner.
Toi, sauf toi.
Juste toi. Vampire à part.
Ma faiblesse est tienne. C'est tout ce que je ne pourrais jamais te donner.

... Mais... Je ne peux pas te forcer... à... me subir... p... pas toi... qui fait d...déjà... t...tant...

Ma mâchoire se bloque, un instant. Je l'avais prédit. J'attends, quelques secondes, une minute peut-être, pour parvenir à relâcher le reste. Mes épaules s'affaissent. Le dos se courbe, relâchement des vertèbres, affaissement des dorsaux. Il faut que je m'assoie. Mon corps abandonne, s'affaisse sur une chaise à portée.

... Je ne t'ai jamais vu comme quelqu'un d'inutile. Depuis le premier jour, tu... me sauves déjà.

Toi. Ton être, de ta mort, de ton état.
Je t'ai baptisé de mon sang, de mes ardeurs, de mes secrets.

Emporte-les, cher Ipolitt.
Sois-en le gardien.
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MessageSujet: Re: [+18] Hygée || Paul   Lun 1 Oct - 20:21


J'ai aucune idée de ce qu'il m'arrive. J'ignore de quoi j'ai peur encore. Je crois que ma vie n'a plus assez de valeur pour comprendre certaines paroles. Je crois que la tienne en a trop pour que les monstres dans les placards ne m'effrayent pas pour toi. T'es fasciné par un monde qui n'a rien de beau ou de merveilleux. Je sais pas tellement ce que je chiale, sous cette couverture qui me réchauffe en rien à cet instant. C'est qu'un long frisson glacé qui me parcoure à chaque bouffée de larmes que j'écrase dans l'oreiller. Tu sais, je crois que je supporte plus tellement de me définir comme je le fais, sans cesse. J'utilise ce mot, vampire, pour effacer ce qu'il y a derrière. Pour effacer le moi d'il y a trois ans et demi. C'est si court, si tu savais. Tellement court. Rien du tout, même. J'ai beau tout saccagé dans ma mémoire, comme je peux, ça reste là. Et je me souviens plus des années sous Zond que sous Mercure. Il y a des semaines que j'ai effacé à grand coup de violence mais... Ça reste, sans arrêt. Je suis désolé, Paul, de ce que t'as sous ton toit, qui tente de faire croire qu'il a été utile pour une fois. Il maintient en vie un autre monstre, pire que lui encore. Parce que ça le rassure quelque part. Parce que dans le fond, ça plaisait à Mercure cette violence qu'il dégageait sans avoir besoin de bouger le moindre petit doigt. Il y avait juste sa voix qui fouillait dans le crâne et qui venait à extraire n'importe quoi. Et sous couvert de ça, je pouvais me rassurer, me dire que ça n'avait pas vraiment été moi, plutôt nous. J'ai aucune excuse qui pourra faire pardonner tout ce que j'ai pu faire. Désolé, Paul. Je suis pas vraiment ce que tu crois et ça me pèse bêtement dessus.

Peut-être que je devrais partir.

La pensée qui l'effleure. Et la crise qui enfin, se termine. Et la masse qui reste, informe, sous le drap pour se cacher du reste du monde. Et les pensées noires qui se bousculent sans cesse, sans laisser l'occasion à autre chose de germer au milieu de celles-ci. Et ça frappe, sans cesse, dans ce myocarde éteint qui ne répond plus de rien. Et les plans qui s'éclatent contre cette fin de discussion inattendue. Et, et et... Bruit dans les escaliers, pas qui se fond, qui se confondent avec la raison abattue. Il écoute sans plus rien dire, en faisant mine qu'il gît dans son sommeil. Après tout, il fait encore assez jour dehors pour cela. Il peut bien faire mine de ne plus adapter son rythme à Paul, qu'il a besoin ce jour-là spécifiquement de repos. Alors il fait si bien le mort, joue à ne plus respirer sans jamais suffoquer, en écoutant plus qu'avec attention les sons que dégage Paul dans la cuisine. Bercé par cette existence trop précieuse pour ce monde. À tel point que, finalement, il l'emporte dans des profondeurs qu'aucuns ne pourraient atteindre avec lui. Il n'y a que les mourants pour en comprendre d'autres. Et le vampire, lui, est dans l'incapacité de connaître cette mort doucereuse qui emporte. D'abord les bras et les jambes. Puis la mâchoire et la gorge. Puis les poumons. Et enfin le coeur. Il y a des mots en anglais qu'il n'a pas compris parce qu'il ne connaît pas. Il tente d'améliorer son niveau, depuis qu'il est ici, mais il ne peut qu'entendre sans réussir à savoir. Mais il comprends les autres.

Arms. Legs. Jaw. Throat. Lungs. Heart.

D  E  A  T  H

Paul aussi est venu mourir ici. Dans six mois, peut-être un an encore. C'est beau, un an... Une belle utopie, même. Il écoute et ce myocarde imaginaire se serre, se réduit en miettes un peu plus. Je suis désolé... Qu'il semble vouloir dire, depuis sous sa couette où il a trouvé refuge, où il n'y a nul mouvement. La foudre s'abat par-dessus ce corps, frappe en plein dans le médiastin et semble redonner à la machine des allures qu'il avait oublié. Jusqu'à toi, Ipolitt, il était prêt à mourir. Le coucou gris semble avoir ruiné plus d'un plan une nouvelle fois, une terrible nouvelle fois. Les poings qui se serrent encore, alors qu'enfin ils bougent légèrement pour saisir le t-shirt qu'il a emporté avec lui, comme pour cacher son crime, pour essuyer les sillons qui ont bien pu rester sur la peau. Et il s'arrête, dans son mouvement, quand la voix laisse filtrer cette peur simple mais qui l'assassine sur place. Il a peur que tu partes, Ipolitt, comme tu as déjà pu le faire avec ta pauvre mère. Tout abandonné pour venir se perdre dans le monde, pour le découvrir tout en se cachant. Pour n'en voir plus que les bas-fonds et la noirceur qu'il abrite. Pour se rouler dedans et se rassurer en se disant que c'était la norme. Mais tu sais, désormais, que ce ne l'était pas. Que tu es resté bien trop Humain pour prétendre encore être parmi les monstrueux. À quoi bon se leurrer encore ? Il voulait juste être libre, le coucou gris.

Paul...

Voix qui n'est qu'un murmure cassé par l'émotion vive qui le prend, alors que la couverture glisse de lui, tandis qu'il se redresse, regarde dans sa direction. Il le voit, cet humain qui ploie sous cette maladie dont il est incapable de prononcer les mots. Dont il ne peut que réciter la sanction à venir. Alors que tout semble prêt à frapper déjà, trop soudainement. Il le regarde s'asseoir et lutter, pour parler encore. Alors il n'approche pas encore, le laisse terminer, jusqu'à recevoir ce dernier éclat face auquel il ne tient plus. Et les pieds nus viennent à effleurer de nouveau le parquet, pour se faufiler jusqu'à Paul, observer cette nuque qui semble encore si vaillante, alors que l'homme a vacillé jusqu'à s'écrouler, épanchement qui offre tout à la créature. Et doucement, il se glisse à ses côtés, posant genoux à terre alors qu'un bras s'élève encore, pour que les empreintes se posent sur une joue, que la Mort soulage les contractions de la mâchoire, de sa froide paume. Et il le regarde, l'homme qui a fait sauter tous les cadenas, qui a tout flingué. Les prunelles vertes qui se perdent dans celles d'en face.

... J'suis mort y'a trois ans. Qu'est-ce que trois ans, dans une vie ? Je suis mort que t'étais pas encore ainsi. J'voulais décrocher un titre de champion de monde. Je voulais briller parmi les étoiles. J'faisais de la boxe. J'étais à quelques combats de la gloire après laquelle j'courais. À trente balais, j'commençais à m'faire vieux, mais... Je pouvais pas abandonner, c'était ma seule raison de vivre. ... J'voulais mourir sur l'ring après ça. J'voulais m'faire éclater la tronche, qu'il frappe si fort que j'serais cané sur scène, qu'l'os m'rentrent dans la cervelle et coupent tout. Drôle de rêve...

Le pouce qui caresse la joue, avec trop de douceur pour un homme qui parle ainsi, si brutalement. Qui expose cette vie dont il ne fait plus parti depuis trois ans. Il énonce simplement celui que fût Ipolitt. Ce même qui voudrait arrêter de raconter cette agonie qui dure depuis autant de temps mais qu'il doit pourtant donner. Non, offrir.

C'était l'soir d'm'trente ans. J'l'ai pas cru et j'l'ai suivi en pensant qu'il draguait chelou. Il avait des beaux yeux. J'sais pas combien d'heures j'ai cru qu'j'allais crever à chaque instant. Il m'regardait caner, attendant simplement que l'transformation s'fasse. Il se souvient de tout, Ipolitt. De cet instant où Zond est mort pour de bon. Comment on continue l'histoire... ? ... J'suis venu ici pour trouver une réponse qui m'échappe encore... Qu'en trois ans, j'pas été foutu d'trouver... Les genoux qui auraient pu s'éclater à terre, s'ils ne s'y trouvaient pas déjà. Je... Le trouble qui s'installe, cette peur profonde qui s'éveille. J'sais pas comment ça crève, un vampire... Mais cela tremble, un vampire. J'ai tenté de... De tirer dans la tête, mais... Si longue agonie, plus terrible encore que la transformation. Mais je... Tant de morts à se souvenir pour un homme qui ne voulait en vivre qu'une, de vie. Moi aussi, j'suis v'nu pour crever ici. Pour trouver l'réponse de comment m'tuer sans ressusciter encore. Sourire malhabile, de l'enfant qui n'en peut plus de tout cela, de ce coucou qui ne souhaite plus de nid tout court. ... Paul, je... J'ai le droit de le dire, tu crois ? J'sais ap ce que tu te dis parfois la nuit, mais... Que c'est difficile à exprimer. Mais t'laisseras bien plus derrière ouat que j'pourrais l'faire en six vies encore... Tel un chat maudit qui doit couper toutes les queues avant de pouvoir enfin reposer. Pas en paix, jamais. Et... Et tu sais... Non, il ne sait pas... Je... C'est dur, bordel... ... T'ai déjà dit que... Que j't'aime ienb... La mort se teint de quelques nuances qui rappellent qu'un jour, elle aussi fut vivante. J'veux dire... J'avais déjà calé que... Qu'ton sang coulait pas comme il faut souvent et... Je... Et tu l'as dit quand même, Ipolitt. La créature n'est plus. Elle se trouve dans un coin, éteinte. J'veux ap partir... J'veux rester ici... Un dernier effort... Si t'veux juste... Juste mourir au bout de tout ça, j'resterais à t'tenir l'main et j'suivrais qu'après. Il est prêt à repousser sa propre mort. Prêt à agoniser un long moment encore. Laisse-moi... Rester... S'il te plaît... S'il te plaît... Vashi morshchiny krasivy, vy znayete...



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MessageSujet: Re: [+18] Hygée || Paul   Jeu 11 Oct - 23:51

Corps de marbre. Mots de béton. Les paroles sont tombées comme des chapes de plombs.
Elles pesaient déjà si lourd dans ma bouche que je n'ai su comment faire autrement. Pardonne-moi, Ipolitt, si ma violence se fait preuve d'un jugement terrible. Ce jugement envers le pauvre hère que fût Paul Desmond. Celui qui ne s'attend même plus à reposer en paix.
Tu sais, j'ai cette peur encore de m'évoquer au passé, alors que je devrais avoir compris que le destin ne m'a pas choisi. Que mon temps est révolu et que les années tant aimées ne pourront jamais m'être rendues. Il y a ce tambour en moi qui fatigue, ce sang qu'effrite en la moindre impulsion contraire de mes neurones capricieux. Ils me rappellent, chaque jour faisant, que l'épée est plantée dans ma nuque depuis longtemps. Mais il demeure un sentiment en moi, une forme d'égoïsme peut-être, une réaction d'enfant face à la grandeur incompréhensible d'une vie qui lui échappe.

C'est injuste, n'est-ce pas ? Que quelqu'un me le dise. Ça ne consolera rien. Ça ne fera qu'empirer l'état, qu'accentuer la douleur qui s'est nichée en moi.


Mais je veux l'entendre.
Je veux qu'on me l'affirme.
Que l'on me crie haut et fort que c'est trop tard, et que c'est profondément regrettable.

Vous aviez votre place, Paul.
Vous n'avez simplement jamais su la trouver.

Tête qui se redresse, dans un effort surhumain. Ma nuque veut lutter alors que je t'aperçois à genoux devant moi, que ta main froide veut apaiser ma mâchoire condamnée.
Pas de place ? Non. C'est faux. Je peux me battre. Je peux démentir faiblement ce que les regrets me jettent, je peux rejeter tout ce que j'ai à regretter. Mon regard en a la preuve, à son tour. Elle est couverte de tatouages et me pleure déjà, elle déverse son passé que je souhaitais tant connaître. Et je l'écoute, cette tendresse faite créature. Tout s'agite en elle. Tout trouve écho en moi. Tout.
De son passé à ses promesses.
De cette main contre ma joue contre laquelle ma peau se frotte doucement. Mouvement imperceptible, bien présent pourtant. La mienne vient la toucher, l'adopter, quand ma bouche parvient à l'embrasser doucement. Mes yeux brillent, Ipolitt, les vois-tu, ces larmes que je n'ai jamais données à personne avant toi ?
Cher Candide, ta douceur me touche. Un chemin s'est creusé. Elle réveille ce cœur glacé, déjà enterré. Tout en moi trouve sa réponse dans ton anglais maladroit.
Tout en toi est ce dont j'avais besoin pour me sentir vivant.
Une dernière fois.


Le silence demeure, après ton russe. Ombre de sourire qui plane sur mon visage fermé par la maladie. Qu'est-ce que cela signifie... ? Je ne dis rien de plus. Pas capable. Plus de violence envers ma condition. Plus de proie avariée sous les crocs offerts.

Plus rien de terrible, dans le souffle d'un instant.
Plus de paralysie, dans l'inspiration.

Parce que tu es là.
Tu t'agites, dans les ténèbres,
Ces linceuls qui m'entouraient, qui étouffaient la moindre chance.
Cadavre sans espoir.
Et pourtant j'espère, Ipolitt.
De nouveau, après tant de mois.
Je crois en une nouvelle lumière, qui aveugle mes yeux trop vides. Elle est porteuse de dess(e)ins qui me donnent une bouffée de soulagement.

Je ne serais pas seul.
Mieux encore, je serais avec toi.


Et je l'agrippe à mon tour, cette lumière, de doigts tremblants, de doigts calleux, de doigts qui n'attendaient plus d'être saisis. Mes mains sur ton visage, pouces qui impriment un mouvement d'apaisement. Ne pleure plus, ne pleure plus, tendre moribond. Il me restera quelques heures pour tout te léguer. Silence tandis que le corps se dérobe, à force de se pencher vers toi. Il glisse au sol, à son tour, à ton niveau. Genoux gelés par le carrelage, souffrance dans les muscles mais nous sommes égaux, désormais. Mon front s'appose contre le tien. Tu es aussi froid que le sol. C'est doux. Une brise contre ma fièvre.

... Je suis père, de trois enfants. Confession calme, à mon tour de tout te dire. De tenter de t'expliquer. Je les aies rejetés, lorsque j'ai su. Je voulais les protéger de mes dernières années. J'ignore si j'ai été un bon modèle. Je sais que j'ai fais souffrir mon ex-épouse, d'une certaine manière... en cherchant à me détacher... de tout ce monde que je ne comprenais pas.

Callum, Lydia, Daniel. Elisabeth. Mes mots manquent pour exprimer ce que je voulais vous dire tout ce temps. Je n'ai jamais vraiment su les trouver, après tout. Je vous laisserai des lettres, celles d'un fuyard qui attend d'être ailleurs pour ne pas subir les pleurs.

Les pouces se mutent en mains, contre ton visage. Je ne bouge pas. Pas capable. Plus capable.

La famille... Les conventions... les principes de société... Je n'ai jamais su quoi en faire. Je n'ai fais qu'appliquer ce qu'on me disait, pour convenir. Pour rendre la pareille à mon père qui... m'a élevé seul, avec mon frère. Mais c'était surtout pour être en paix, qu'on me laisse vivre tant que je restais sage. Ce n'était qu'égoïsme...

La bouche reprend son souffle, sèche, aride de trop de paroles. Mes grands discours n'ont plus rien de professoral, l'érudit ne pourra plus captiver l'amphithéâtre avant un moment. Qu'importe. Je ne souhaite l'attention que d'une seule personne, à ce moment-là.

Il y a tant de jours où ma fierté s'effrite... et où je me rend compte que j'ai sans doute mérité ce qu'il m'arrive.

Le jugement ploie sous l'épée qui taille ma chair. Ma tête tombera la première.

Sourire amer qui prend place, avant de me décaler un peu, de regarder tes yeux. Je trace en silence quelques morceaux de ta peau marquée, de ta tempe à ton nez, du bout de l'index. Texture unique, constellée en tout point. Reliquat d'étoile. Je suis un fou présomptueux qui croit encore au repos, Ipolitt. Mais le jour où... je ne pourrais plus bouger... Le jour où je ne pourrais plus parler... Il me restera... mes sens... Et je veux te voir. Je... te regarderai. Jusqu'au bout. Uniquement toi... Demande appuyée, solennelle, vitale. Mots qui naissent. Mots qui sourient, qui révèlent, tout ce que je n'aurais jamais su dire autrement. Les cadenas sont en poussière, emportés par le vent. Puisque tu comptes... Tu comptes... bien trop...

Les épidermes se fuient quand l'eau glisse, calme aux coins de mes yeux. La bouche tremble jusqu'à ton front, y dépose un baiser. Et y demeure, le temps de murmurer. Secret que tu as déverrouillé.

Alors reste... mon... très cher Ipolitt. Ne pars pas. Ne pars plus... J'ai besoin de toi...

Sanglots qui s'oppriment, qui murmurent la vérité qui se pare de tant d'émois. Je n'y aurais jamais cru. Pas avant toi. Avant toi, ça n'existait pas vraiment. Juste un pastiche de vie. Le mienne prend forme quand la fin approche.

Avant toi, les lumières étaient assombries de bouts de rêves insensés.

Et désormais la peur gémit et les ténèbres reculent.

Je t'ai choisi, Ipolitt, pour le meilleur et pour le pire,
Jusqu'à ce que la mort nous rapproche.
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MessageSujet: Re: [+18] Hygée || Paul   Ven 12 Oct - 3:37


Bout de sourire qui naît, au bout du silence, au bout de la question qui tombe. Celui qui veut dire désolé un peu, mais pas tant que ça non plus. Qui veut simplement signifier qu'il aimerait bien lui répondre. J'ai beau réfléchir, j'arrive pas à trouver le mot en anglais. Il y a aussi l'ombre du baiser qui règne encore sur la paume, douce attention qui lui revient en mémoire, qui le berce des illusions qu'on le laisse entrevoir. Tu veux y croire, rien qu'un peu, n'est-ce pas ? Mais tu le sais que ça sera encore plus douloureux ensuite.

Je sais pas le dire en anglais...

Il avait pris des cours, mais n'avait songé à apprendre ce vocabulaire-là. Celui de l'âge qu'il n'avait jamais escompté atteindre quand il était encore mortel. Et maintenant qu'il est condamné pour cette éternité factice, il était si envieux de tout cela. De cette peau qui fleurait bon le vécu, de cette peau qui annonçait que le plus dur était passé, que les affres de la jeunesse n'avaient pas su emporter l'être. Ainsi, il les caresse à sa manière, les couvent de ses paumes fraîches, celles que la Russie n'avait jamais su réchauffer. Il n'y avait eu que la boxe, que les rêves, que l'ambition mordante. Il y a bien les mots qui viennent désormais lui réchauffer l'être alors que Paul est désormais là, son front contre le sien, à lui conter une vie qui était une inconnue la seconde d'avant. T'es comme une galaxie cachée derrière des planètes, qu'on découvre soudainement. Me fascine, tu sais. Non, il ne sait pas Paul. Et il parle, se dévoile, donne au coucou les constellations qui sont siennes. Ce dernier qui l'écoute presque religieusement, tentant de ne pas prêter attention à ce souffle qui s'écrase contre sa propre peau. Et ce qu'il lui dit, ça fait un peu mal. Parce que ça trouve écho, qu'il se souvient être parti avant de savoir si sa mère allait mourir. Qu'il est parti tel l'enfant en mal de parents, qui ne voulait surtout pas les voir faiblir. Quand Paul doit retrouver de ce souffle qui intoxique tant la raison, Ipolitt en profite pour glisser des mots qui n'en ont plus besoin.

Parfois, pour survivre... Faut faire d'trucs pas cool... Mais... Mais veut ap dire qu'on est... Pire que d'autres... J'crois..

Il espère, en tout cas. Il n'aime pas sentir Paul ainsi. N'aime pas ce qui vient la seconde d'après. Cette culpabilité et ce fatalisme qui pèse sur la conscience et l'âme de l'humain. Brave toutou qui ne veut pas que son maître soit triste ou mal. Les yeux qui retrouvent ceux de Paul alors qu'il redessine les formes sur sa peau.

Moi j'dis que non...

Non, il ne l'a pas mérité. Il n'y a qu'à entendre cette voix qui est à moitié brisée, qui veut pas s'effondrer mais qui a du mal à tenir face à tout cela. La pression est terrible quand un homme semble prêt à éclater. En sanglots, sans doute. Il n'est qu'un enfant, le coucou. Un enfant qui ne veut pas voir les héros mourir. Qui veut que les histoires se terminent bien. Qui veut, sans cesse. Le bonheur des gens. La santé aussi des proches. Alors qu'il est entouré de mourants, que chacun semble accepter son sort. Les mots de Paul le font douter, remettre tout en question. Ça veut dire que tu veux mourir finalement, Paul ? Qu'il faudra juste que je te regarde en retour quand se pointera la fin... ? Et ça le frappe sans doute trop fortement, dans la poitrine. L'idée qu'au bout, il sera de nouveau seul. Que cela sera comme mourir cent trois de nouveau.

Explosion dans la tête.
Myocarde imaginaire.
Les mots qui se gravent.

Il compte. Tu comptes. Je compte ? Et il aimerait tant qu'il reste là, Paul. Contre sa peau, encore et encore. Reste, reste, reste... Comme une prière qu'il n'en peut plus de faire déjà, qui soulève le coeur d'un milliard d'espoir, des billes de lumières si précieuses. La bouche qui s'ouvre sans parvenir à rien laisser s'échapper. Le contact des lèvres, les mots qu'il a glissé à même la peau, directement vers la cervelle. Comme pour lui murmurer à elle de laisser passer tout ça, de soulager les maux qui tapissent tout l'être de la créature. Douce chaleur qui revient grappiller la peau, organisme qui lui semble si vivant d'un coup. Comme si après une si longue apnée, il reprenait une grande goulée d'air. Il en avait oublié la saveur, ne savait plus que respirer avait ce goût-là. Il voudrait en réclamer, encore et encore. Mais c'était comme tout comprendre, à cet instant. Que rester aux côtés de Paul, ça serait comme vivre de nouveau. Alors il retire ses mains de là où elles étaient et il glisse plutôt celles-ci autour de l'humain, attend jusqu'à la dernière seconde, jusqu'à ce que Paul retire ses lèvres de là où elles étaient pour venir se glisser contre lui, pour se gorger de son odeur. Et se souvenir. Ça t'allait bien comme odeur, la menthe poivrée...

J'besoin d'toi aussi...

Parmi tout ce qu'il pouvait dire, c'étaient les seuls mots qu'il parvenait à retranscrire. Le reste, c'était dit via cette gestuelle, via cette étreinte qu'il n'avait plus offerte depuis des années. Une tendresse qui offusquerait tant de monde. Mais le leur ne se limitait plus qu'à eux, à cet instant. L'humain reste avec la créature contre lui quelques minutes, avant qu'elle ne tourne la tête, la bête. Qu'elle n'embrasse la peau du cou, celui-là même qu'il n'avait jamais mordu. Et ça te donne chaud, encore. C'est étrange, si étrange même, pour toi. Une seconde de suspens, une autre encore, avant qu'il ne l'embrasse encore. Et une nouvelle inspiration, comme pour se raisonner, avant de finalement y mettre son front, le même qui avait été embrassé, contre la source de chaleur. Les pognes qui reviennent à se glisser, entre les caresses et la bonne figure.

Restons pas comme ça... Qu'il murmure, avant de saisir Paul pour les soulever tout deux, le gardant contre lui, usant de cette force que la mort offre en contrepartie au reste. L'chambre, t'va... ?

Ainsi relevé, il se met en marche, retourne à la chambre pour y déposer avec trop de délicatesse et de précieux cet être qui vit encore, tellement. Posé à genoux sur le matelas, les prunelles qui se perdent encore contre les traits alliés, dans un silence qui ne le dérange pas. Après autant de mots, autant de gerbe verbale, c'était même plutôt apprécié. Et finalement, il bouge enfin, vient à se saisir d'une main et commence à masser, sans demander quoi que ce soit. Et il bénit très sincèrement les années de sport, celles où il a appris à prendre soin des corps, des muscles qui ont ce besoin permanent d'attention afin de ne jamais les froisser. Une nouvelle fois, tu te sens utile. Les gestes se veulent experts, viennent à chercher après les contractions musculaires.

Dis-ouam si j'vais trop fort.

Enfin le son qui passe les lèvres. Quand il sent sous ses doigts la paume se détendre légèrement, ceux de Paul en faire de même, il glisse jusqu'au bras, entame des gestes différents mais qui savent toujours ce qu'ils font. Et il se fait méticuleux, quitte à y passer la prochaine heure. Quitte à y passer des jours entiers. Chair qui se presse, muscles débusqués, ordre donné à ceux-ci de se détendre, de ne pas abandonner si vite la partie. Travail long, patience décuplée. Courage retrouvé.

Ipolitt Matveyev. Comme une manière de dire qu'il est toujours enchanté. Zond. Qu'il rajoute même, qu'il offre à jamais. C'était m'pseudonyme. C'étaient des missions russes... Il se concentre, fronce les sourcils, à la recherche des bons mots, sans les mâcher pour le coup, pas sûr de lui-même. Pour envoyer des sortes de fusées spatiales, des satellites qui allaient... Recueillir ? Pincement des lèvres, avant de hocher légèrement pour lui-même. Des informations, autour de la Terre, de la Lune... Doigts qui pressent l'épaule, s'occupe de son cas. Je ne connais pas les mots en anglais, zut... Il soupire un peu, de ne savoir partager entièrement cette passion. Mais ça a motivé la NASA, tout ça...

Alors, il a pris ce pseudonyme parce qu'il avait cet espoir d'un jour motiver une autre âme, lui donner envie de se lancer dans la boxe. Que c'était là la trace qu'il laisserait. Mais comme de nombreuses missions de Zond, il avait échoué. J'aurais dû m'douter. Bientôt, il attaquerait le second bras.

... J'ai abandonné mes parents.

Abort the mission. Cela sera au tour des jambes ensuite. À suivre l'ordre. Cette liste aux airs de Mort. Arms. Legs. Jaw. Throat. Lungs. Heart.
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MessageSujet: Re: [+18] Hygée || Paul   Ven 2 Nov - 17:28

Froideur humaine.
Maux de peau qui se lassent, quand elles s'enlacent, et se calment sous le glas gelé. Jamais la Mort n'aura sonné si chaude dans ses entrelacs de glace et de promesses. Jamais encore je n'ai eu à redouter l'étreinte funeste, qui d'humaine a tout son essence, et qui humaine, au fond, réside sous le monstre. Tu n'es plus un vampire, Ipolitt. Plus en cet instant. Tu n'es qu'un cœur sous la neige, qui a atteint le mien, ankylosé, sans avoir peur une seule seconde de le percer...

J'besoin d'toi aussi...

... jusqu'à ces mots précis. Cet appel qui me rompt, qui crible le palpitant de tout un tas d'impacts, d'une explosion nouvelle, tout comme ta présence qui se fond en la mienne. Je te laisse m'entourer, de ce froid brûlant, de cette chaleur gelée, de ce contact si particulier que toi seul j'autorise à me donner. Il n'y a guère que mes yeux pour te rendre la pareille, mon pauvre Ipolitt. Le reste des muscles ne m'offre rien d'autre qu'une plainte sourde au moindre mouvement que je tente d'esquisser. D'un effort pourtant ma tempe rencontre la tienne, s'applique doucement à te laisser la caresser d'un brin de crâne nu. Pas de paroles. Juste des échos de battements. Les miens, très probablement, quand les tiens se languissent encore de ce qu'ils ont été. Et dans le silence résonne une dernière prière, comme le plus déchu des pardons, comme la plus désuète des ironies dont je suis capable. Pardonne-moi, Ipolitt, d'avoir voulu te faire objet d'un culte sans nom, d'idées posées avant la moindre compréhension de la souffrance qu'elles suscitaient. Pardonne-moi d'avoir voulu calquer mes recherches sur ton visage déjà marqué, pardonne-moi d'avoir été l'homme trop faible face à ses illusions. Pardonne-moi, des pêchés qui ne resteront que des murmures. Je ne suis qu'un mourant entiché de son terrible futur. D'accord. Le chuchotement qui consent à bouger, d'un seul corps, vers la chambre. Cette cuisine me donne mal au cœur. Elle empeste les faux-espoirs.

Le matelas m'offre habituellement une forme de réconfort, à accepter sur facilement les courbes du corps calcifié. Il parvient fidèlement à épouser les contours du granite, de la pierre qui est déjà golem, jusqu'à ce que celui-ci laisse le caprice passer. Inévitablement, la vie finit par reprendre ses droits, et inévitablement, je parviens à me relever. En règle générale. La faiblesse est de plus en plus tenace. Les morsures se font voraces. Et que ce lit soit mon tombeau ne m'étonnera pas. Les draps seront linceuls quand je ne me réveillerai pas. Déposé, je demeure assis, le regard implanté dans un vide que je ne reconnais que trop bien.
Et le rituel débute. Pas de mots, autre qu'une prévention, cette fois.
Le froid contre mes doigts. Un instant de surprise quand tes mains s'agitent, tortillent lentement la peau et ce qu'elle cache quand un frisson se détache de  ma nuque pour rouler jusque dans mon dos. Je te regarde, appliqué comme jamais, à détendre ces morceaux de moi qui ne répondent pas. Non, je... ça va... Tu es doué. Je retiens ces paroles-là. Ces mots qui ne résident qu'en moi, qui ne veulent s'exprimer qu'au travers d'un sourire qui naît à peine. Tu as appris cela durant tes entraînements ? Le monde de la boxe m'est totalement inconnu. Une sphère de loisirs que je ne désirais pas connaître. Passé décomposé désormais, puisqu'elle fût tienne, cette planète que tu as du quitter pour des crocs de lait.
Nouveau sourire, plus profond, quand tes mots reviennent et dévoilent d'autres contours. D'autres horizons nébuleuses. Un nom, un complet, une identité à laquelle s'attacher un peu plus.
Ravi de te rencontrer. Politesse d'une première fois. Petit jeu, sans doute, quand les mains continuent leur application thérapeutique. Je résume, un peu rêveur, les goûts et les couleurs de ton histoire. Je vois... Les étoiles te passionnent depuis longtemps, visiblement... Petite constellation qui s'imbrique naturellement dans une myriade de galaxies. Volcan solaire. Tes mains réchauffent, tu sais ?
Mais quand elles atteignent mon autre bras, autre chose se dévoile. C'est comme si une partie de toi allait se révéler au fur et à mesure que tu parcourais ce corps déjà trop raide. Comme s'il s'imprimait des bouts de vie d'un mort pour ranimer l'avenir d'un autre macchabée.
Est-ce là notre danse macabre, Ipolitt ? Il ne restera que la lune pour le décider.

Tu parles de tes parents. Je me surprends à les imaginer. Sans doute de manière fausse et stéréotypée. Sans doute que tu en as une vision beaucoup plus subjective, du ton que tu arbores, des mots qui sonnent si douloureux. Tu les as abandonné, tu dis. Amère sanction, que je comprends bien trop, malheureusement. ... Nous sommes deux. D'une certaine manière. Nos histoires ne se croisent que dans un fond que je décèle désormais, maintenant que les voix s'aveuglent et que les yeux se taisent. Les miens se plantent dans ton regard. Il y avait bien longtemps que je n'avais pas été si franc.
Et...
Je n'ai presque plus peur de ce que la porte renferme.
Presque.

Souhaites-tu m'en parler ? Regard fixe dans les prunelles claires. Ombre de maux. Ombre qui s'étire, sourire, sous la corolle d'une tendresse que je ne soupçonnais pas. Tu es l'un des rares que je peux écouter sans avoir envie de m'enfuir... Ipolitt Matveyev. Sauf quand ton langage frôle l'indécence, et encore, je peux parfois en rire.
Parle, enfant des Nuits. Le monde t'attend. Le monde t'entend. Et s'il ne veut pas répondre, je serai là pour t'accueillir.
Je peux t'écouter, Ipolitt. Je veux t'écouter, Ipolitt. Toi. Je désire te connaître. L'inédit tambourine contre mon âme en berne. Qu'est-ce qu'il vous arrive, Desmond ? - Rien. Ce n'est que l'Espoir. - C'est nouveau, chez vous. - Cela passera. J'en profite simplement.
C'est au seuil de la fin que les terreurs s'extirpent pour laisser place au vrai. Aux occasions manquées, aux derniers discours à lancer.
Ipolitt, mea culpa adoré.
Soulage ton âme comme tu calmes ma carcasse inanimée.

Est-ce que ton pays te manque ?
Question à la dérobée, soufflée comme sous le sceau d'un secret. Il reste encore des serrures à casser.
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MessageSujet: Re: [+18] Hygée || Paul   Sam 3 Nov - 14:46


Il a acquiescé, le russe, quant à savoir si c'était bien durant les entraînements, sans rien ajouter de plus. Juste que oui, déjà gosse il apprenait à respecter le corps. Déjà gosse, l'enseignement se faisait. Et il taira le reste, ne parlera pas même de la base. Il dit que oui, simplement, avec la tête, alors qu'il continue, qu'il s'évertue à servir à quelque chose, encore et encore, comme si cette journée était dédiée à tout cela. Et il finit par lui sourire, quand ils finissent enfin les présentations. Qu'il lui dit dans ce sourire que lui aussi, il est ravi de cette rencontre. De cette histoire en train de s'écrire. Et il souffle même un micro rire, avant de baisser encore les yeux, de raconter ce qu'il a pu être de Zond, des missions. De lui dire, en quelque sorte, que oui, il avait toujours eu la tête dans les étoiles, qu'il voulait s'y fondre parfois, avant de revenir les pieds sur terre, que les coups lui rappelaient qu'il n'y avait nulle place pour lui là-haut. Bientôt, qu'il se disait souvent sans que cela ne vienne jamais. Et alors, Zond est revenu pour de bon d'entre les déjà mortes, a terminé sa folle course, jusqu'à ne plus savoir jamais décoller. Et il le regarde de nouveau, cet humain qui lui rappelle que peut-être, il reste un peu d'essence dans le moteur. Alors il lui offre un sourire plus timide que le reste.

On les voyaient bien, dans mon village...

Alors il regardait, des heures durant, emmitouflé dans sa couette, le nez sur la fenêtre, à redessiner des constellations après avoir mis de la buée sur le carreau, à rire en silence quand il y parvenait, gosse content et fier de lui, qui retournait vite dans le lit quand il entendait les pas du père qui venait pour l'engueuler parce qu'il l'avait entendu. Et sous les draps, il continuait de sourire. Et sous les draps, il y avait encore les constellations sous les paupières. Comme imprimées, à jamais. Alors oui, il y avait déjà cette passion qui fût la seconde plus importante de sa vie. La seule qui peut bien lui rester, désormais. Et en repensant à tout ça, l'aveu tombe, quant à ses parents dont il fuyait les bruits de pas enfant. Ses parents qui n'ont pas entendu les siens partir durant une nuit. Et plus jamais il n'a dessiné sur la vitre, plus jamais ils ne l'ont entendu rire dans le presque silence des sommeils. Ipolitt ne sait pas vraiment s'il a envie d'en parler. Il se contente juste de relever les yeux, encore une fois, vers Paul, quand il dit qu'il est prêt à l'écouter. Que répondre à ça ?

Je...

Il ne sait pas s'il souhaite en parler. Alors il ramène son regard sur le bras, les doigts qui continuent de presser le tout de leurs expertises d'autrefois. C'est un peu différent quand même, les muscles ne sont pas juste bloqués par les efforts, paralysés dans quelque chose de passager, qui ne tue personne. Mais il s'y tente quand même, fait du mieux qu'il peut, comme autrefois. Comme s'il retrouvait un bout d'Humanité, réellement, entre les nerfs qui se meurent. Et le son du sang qui circule à nouveau comme il faut, à peu près, après son passage lui fait sincèrement du bien déjà. Les épaules qui se haussent, comme pour dire qu'il n'a rien à en dire, que c'est la simple vérité. Il a tout laissé derrière lui.

J'voulais ap les voir mourir.

Alors il est parti. Aussi loin qu'il pouvait. Alors il s'est fait oublier, rendu vermine par Icare, puis par la vie. Par sa propre volonté, aussi. Comme un moyen de garder le contrôle, comme un moyen de lutter contre la fatalité, comme un moyen de garder les illusions là où elles sont. Quant au pays... L'hésitation semble moins marquée, il a plus l'air d'y réfléchir sérieusement, avant de secouer doucement la tête. Non, il ne lui manque pas. Peut-être juste la langue, parce que c'est plus simple pour lui, parce qu'il y connaît tous les mots qu'il manque à son vocabulaire, que les conversations lui semblent moins ardus ainsi. Mais ce n'est pas si grave, il s'en sortira, il s'en sort toujours après tout.

Ça va. J'm'suis jamais trop senti à m'place là-bas, dans l'fond.

Rien que pour sa sexualité, déjà. Qu'il fallait se cacher, jouer au jeu du chat de la souris, débusquait les traîtres des véritables personnes avec qui il pouvait passer quelques nuits loin d'être chaste. Mais il y avait d'autres choses aussi, pour compenser. Mais quand même, c'était pas tant la patrie qu'il voulait rendre fière que ses parents, juste. Pour qu'un jour, le père ne doute plus qu'il était bien son fils, même sans test quelconque, juste parce qu'il était gonflé de fierté de voir ce fils là où il en était. De dire de son abandon que c'était juste parce qu'il avait cru en lui. La patrie Mère, c'était autre chose. C'était un hymne chanté sans grande conviction, le regard à chercher dans les gradins les visages qui comptaient véritablement. Et parfois ne pas les trouver, mais se battre quand même, pour la prochaine fois, pour quand ils seraient là. Ipolitt écarte un peu le bras, teste la souplesse de l'épaule avec délicatesse, penché par-dessus Paul, avant de venir poser un pouce à côté de l'aisselle, pour que les doigts activent les nerfs, les réchauffent, leur rappelle ce qu'ils sont sensés faire. Et ses prunelles qui viennent à se perdre sur le visage adverse.

T'es d'jà parti en vacances ?

Il ne sait pas trop quelle sera la réponse à cette question. Parce que Paul a tout de l'ermite qui ne semble sortir de sa grotte que pour dispenser le savoir qu'il possède, que dans l'espoir que les prochaines générations soient moins bêtes que les précédentes. Tout en sachant que ça sera sans doute l'inverse. D'où cette recherche effrénée, qui emplit tant la tête d'interrogations certaines, aux réponses qui ne le sont pas. La question qu'il trouve lui-même un peu bête, un peu enfantine. Mais qui est tombée plutôt qu'une autre. Et alors, il rigole un peu finalement, offre un nouveau sourire tranquille à l'homme. Et finalement, les mains dérogent à la liste qu'il voulait suivre, elles viennent se poser contre la gorge, masser doucement les mâchoires qui se crispent encore par moment, parce qu'il espère qu'ainsi, ils pourront parler encore.

T'connais des exercices d'respiration ?

Et il lui en donnera, des petites astuces qu'il a pu connaître avec la boxe, quitte à expulser l'air par la bouche, ce qui produit un son spécifique, avant de reprendre des goulées lentes par le nez. Il lui dit, le parasite, qu'il est bien mieux de respirer par le nez, parce que ça vient de l'estomac. Par la bouche, ça ne passe que par les poumons. Et puis, il reprend l'ordre de la liste, en vient aux jambes et commence par les cuisses, parce que ça ne servirait à rien de commencer par les mollets si le sang ne circule déjà pas comme il faut à la base. Et c'est déjà un brin plus particulier, la zone est plus sujette à rappeler un instant où les têtes se sont perdus dans autre chose. Mais il ne l'évoque pas, se contente de rester aussi concentré qu'il peut bien l'être, quand bien même la question lui brûle l'être. Tu regrettes ? Il ne dit pas non plus que ça serait plus pratique sans le tissu, qu'à même la chair il pourrait mieux s'en sortir. Il ne dit plus rien, à vrai dire. Qu'ils sont étranges tes silences, Ipolitt. Parce qu'il n'y a nulle respiration pour les ponctuer.

T'viendrais regarder les étoiles avec moi, une d'ces nuits... ?
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MessageSujet: Re: [+18] Hygée || Paul   Mer 7 Nov - 23:07

La Mort délie les muscles. L'Humain continue de les toucher. Le Vampire doit suivre des yeux la pulsation du sang différé, capricieux sous les impulsions éteintes d'un cerveau mal réglé. Où es-tu, liquide de vie ? Toi, si précieux pour nous deux, et te voilà fuyant, quand autrefois tu glissais de plaie en gorge. Ce temps me paraît lointain. Fuyant, lui aussi, au fur et à mesure que ma faiblesse transpires sous mon armure.
Et rien n'est plus terrible, Ipolitt, que l'idée de perdre ce lien. Rien n'est plus douloureux que l'idée que le sang puisse se figer, cristal fragile sous tes dents, se brise en une morsure et ne puisse plus te satisfaire. Qu'il te lasse, te délaisse, mon sang honni, impie, maudissant tout ce qui me compose désormais.
Rien n'est plus terrible que cela, alors que tes mains continue d'arpenter le corps de bois, tenu déjà au rigor mortis le plus ironique.
Rien n'est plus terrible...
Que l'idée qu'il puisse partir, Paul.

Pas vous. Pas encore...
La tête se secoue, lentement, vaillante. Elle se persuade à chasser chaque pensée trompeuse, et se rattacher au moment partagé dans la cuisine. Ces mots plus résonnants que n'importe quel glas, ces mots qui surent comme trouver leur chemin en moi. Ces mots qui se font promesses, derrière tes airs de garçon désinvolte, sans attaches. Ces mots, transformés. Tu resteras... pas vrai ?
Ma concentration défaille, glisse vers tes mouvements plus profonds, peut-être un peu plus douloureux. Ce n'est pas de ta faute, alors je ne dis rien, et ne t'en tiens pas rigueur. Il ne s'agit que du corps qui se défend, sauvage sous l'apprivoisement. C'est qu'il mordrait, lui aussi...
Sourire en coin sous la crispation d'une mâchoire qui me rappelle au réel. Alors à défaut de ne sentir que la douleur, je préfère t'écouter répondre, évoquer ce que t'inspirent mes questions. Partage commun, savoir à donner, prendre et rendre, les mains contre les souvenirs, les paroles contre le soulagement. Est-ce ainsi que les choses changent, Ipolitt ? Est-ce ainsi que nous évolueront désormais, jusqu'au moment où l'un des joueurs quittera la partie ? Je ne souhaite que t'y voir gagnant, pourtant. Même si c'est par forfait.
Je n'ose rien dire quand je vois quel effet évoquer tes parents a sur toi. Je ne dis mot, pour une fois, par peur de blesser. Par peur de ne comprendre qu'à moitié, même du haut de mon grand âge. J'ai cette part de ressentiment sans laquelle je ne serai rien. J'ai ce souvenir d'enfance qui demeure, impartial et bouillonnant, qui éclot à chaque évocation minime de ma propre famille. Tu n'as rien dis et je t'envie déjà, d'une certaine manière, sans tout connaître, et en jugeant trop vite. Je lis dans ton ton cet aspect solennel de l'amour évident d'un fils pour ses pairs. Comme j'espère l'entendre dans la bouche des miens quand il parle de leur vieux père. Mais comme je n'ai jamais pu vraiment le faire, par pudeur, par fierté, par rancune et par tristesse, peut-être un peu. Un râle d'antan, au goût salé des larmes d'enfant.
Non, mère, vous ne serez jamais pardonnée. Vous portez le fardeau de mon crime le plus injuste : ma présence qui vous a rendue malade.

Sourire, pourtant, doux dans l'amertume tapie au fond de moi. Une sensation de tendresse à ton égard, là où je délaisse ma rancœur au passé.

Tu as l'air de beaucoup les aimer...

Et je t'admire, d'en avoir été capable. De leur donner cet amour, au point de t'y sacrifier. D'avoir su fuir pour ne pas avoir à affronter le simple cycle d'une vie qui s'éteint, quand la tienne restera lueur dans le noir, forme de phare pour les illuminés tel que moi. Je suivrais ton étincelle des yeux quand il n'y aura plus que ça.

Les questions se poursuivent, les mouvements également. Je me laisse pantin et m'étonne de tes choix, un petit rire se laisse même entendre tandis que je réfléchis. J'attrape le temps de souvenirs plus heureux, plus calmes dans leur candeur. Le temps d'une innocence. Le temps d'une parenté choisie.

Hm, oui. Quasiment tout les ans. Elisabeth adorait les climats chauds. Pas d'ex-femme, ni même d'ancienne épouse. Plus d'histoire à partager. Juste Elisabeth, pour ce qu'elle a compté. Ce n'était pas forcément mon cas... mais ce genre de destination plaisait davantage à elle et aux enfants, donc je me laissais porter en priant de ne pas fondre au soleil. Nous allions souvent en Floride pour voir sa famille. Et parfois... nous nous fendions d'un voyage à l'étranger durant l'été. Nous sommes déjà allés au Maroc, aux Seychelles et en Afrique du Sud.

Je me souviens de ces images d'autrefois, de la chaleur bien moins charmante que le froid. Mais je me souviens avant tout des expressions de ma progéniture qui ne se doutait de rien. De ce qu'il se passait dans sa ma tête, et encore moins dans le couple que formait leurs géniteurs. Je n'ai jamais été bon, Ipolitt. Pour faire semblant. Même par amour, même par égard pour ceux qui sont chers à mon cœur.
On m'a souvent targué de ne pas en avoir.
Peut-être as-tu réussi à rendre au palpitant ses lettres de sang...

Tes mains me trompent, se dérobent et se hissent sur ma gorge. Et la pensée se fait vive, imprécise, vile.

Serre-la.

Elle parvient à me faire flancher quelques secondes, avant de s'enfuir elle-aussi. Si bien qu'il me faut un instant pour retrouver la sensation de détente et une partie de ta question. Respirer, dis-tu ?

Uh, non... Relativement peu...

De vagues conseils de médecins quand tout se coinçait. L'apnée a toujours été de mise quand je paniquais, quand je sentais l'étau se resserrer. Déjà prêt, sans le savoir, à accueillir les rites du départ. A ne plus remplir ces poumons qui finiront par se comprimer.
Mais rien de vint. Et j'attends encore, dans l'angoisse de souffrir.

Mes yeux se ferment, à mesure que tes doigts roulent sur ma peau, sur le rond de mes nerfs abîmés, des tendons tendus d'une nuque trop penchée sur trop de documents toute la journée. Moment calme. Plus de paroles. Si bien que je ne me rends pas tout de suite compte que ce sont mes jambes que tu détiens soudainement, près, trop près, de souvenirs proches, trop proches.

Sang aux joues. Prunelles ouvertes, détournées, vive est la sensation de ce moment trop intime. Ca aussi, Ipolitt, je ne pourrais pas l'oublier.
Je ne pourrais jamais l'oublier.
Je ne te regarde pas. Je ne peux pas. Pas encore. Folle course dans ma poitrine. Subite envie de courir, de m'arracher la tête, de laisser filer le cours d'envies que je ne comprends pas, et que je ne comprendrais sans doute jamais.
La fierté m'a laissé tomber. Je me raccroche uniquement à ta voix, quand la mienne se fait plus basse, estompée sous la menace de sentiments trop forts.
Ton silence était si berçant, Ipolitt. J'imagine le même, sous les astres, à simplement regarder. Observer, ce que le monde nous offrira, à défaut de ce que nous ne partagerons peut-être pas.
La faute au temps.

... A-Avec plaisir.

Sincérité dans le tremblement. Je m'empresse d'enchaîner, pour ne pas laisser mon propre silence tout plomber. Le mien n'a rien de particulier. Si ce n'est une prédiction déjà avérée.

Est-ce que tu as une constellation préférée ?

Elle tombe de but en blanc, inspiration alors que la nuit colore la fenêtre de ma chambre, petit à petit. Les yeux retrouvent une forme de prestance, se câlant dans les tiens, tentant de les lire, d'y apprendre ce que je souhaite y voir. Et que voulez-vous, Paul ? Rien d'autre qu'un morceau de planète, qui brille lorsque tu souris, me parles de ce que tu aimes. Rien qu'un bout d'espace qui brillera encore, même quand je ne serai plus là.

Et... m'apprendras-tu à lire le ciel ?

J'ai besoin de les voir, ces étoiles que tu adores
Elles déjà mortes quand nous en percevons les lueurs
J'ai besoin qu'elles m'inondent de la même lumière que toi
Quand je ne suis plus que face contre terre.
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MessageSujet: Re: [+18] Hygée || Paul   Ven 16 Nov - 4:44


Il découvre plus amplement l'homme, derrière l'ermite d'aujourd'hui. Découvre une vie toute somme normale, loin des préoccupations qu'il a pu avoir lui-même, le parasite. Alors il s'y accroche, à ses quelques mots, se demande ce que ça peut-être finalement, d'avoir un bout de famille, d'avoir des souvenirs à partager ainsi, loin des frères et soeurs, loin des parents. Et il songe au fait qu'il ne saura jamais, qu'il ne voulait pas s'y pencher auparavant. Et c'est comme les cordes d'un violon, le son est saisissant, saillant aussi. Comme si le tout venait à grincer, comme s'il venait à le tenir dans le mal, soudainement. Les oreilles qui bourdonnent presque, le coeur à l'agonie, la faiblesse qui le bouleverse quelques secondes, sans qu'il ne puisse rien en montrer. Le russe se tait, se contente d'avoir l'air de rêver, avant de changer de cap, de vouloir encore parler, de tout, de rien, surtout pas de ça finalement. De la vie d'avant. Alors c'est pour ça qu'il lui donne quelques conseils pour la respiration, s'occupant à sa manière des poumons, pour qu'ils continuent de fonctionner, qu'ils continuent de faire battre le coeur bien plus efficacement qu'il ne pourrait jamais le faire.

Quoique.

Les mains sur les jambes, le bouche close, une ardeur soudaine dans la pièce. Un palpitant qui se fait très vivant, soudainement. Et la question qui l'effleure, au coucou gris. Qui relève les prunelles, quelques secondes, vers Paul. Et ça se bat un peu, en lui-même. Et ça se tord, dans ton propre estomac. Il lui faut reprendre ses esprits, tenter de se concentrer sur autre chose que cette circulation qui s'agite trop bien, d'un coup. Qu'il déteste sa condition, dans ce genre d'instant. Parce que le corps parle, mais Ipolitt n'en possède pas le décodeur. Alors peut-être que les gestes deviennent plus lents, parce qu'il se prend les pieds, mentalement, dans toute cette mélasse. Les sables mouvants qui tentent de le couler vers le fond et il doit faire tant d'efforts, pour ne plus penser à tout cela. Mais c'est peine perdue, allons, Ipolitt. Tu sais bien que ça te traverse l'esprit trop souvent encore. Et c'est Paul qui l'offre, cette porte de sortie, cette fuite en avant, en arrière. Aucun ne saura jamais vraiment. Et le vampire tente d'y réfléchir, sincèrement.

... Celle de l'hydre... Elle est très belle... Il pince les lèvres, penche un peu la tête, se perd encore dans ses étoiles qui lui font tant lever les yeux au ciel. Et Carène, aussi... Tu connais... ?

Il tente, sait-on jamais. Elles sont plutôt connues, plutôt classique va-t-on dire. La première pour sa taille, la seconde pour Canopus. Et si non, alors, il lui montrera un jour, dans des livres s'il faut, pour y intéresser Paul. Mais comme une réponse à ses prières, l'humain parle et finalement, ça semble résoudre tout. Alors il sourit, le vampire, de ses dents d'humain. Et il hoche la tête, vivement, emploie soudain d'une joie pleine de candeur, dans laquelle s'est oublié les envies terribles, les mensonges outranciers, les non-dits meurtriers. Il pourrait même presque en rire.

Oui ! Si tu veux, oui !

Et ça éclabousse presque, tant de bonheur impromptu. Et il baisse le nez, les traits encore habités par tout cela, par les constellations, par l'approche de Paul. Parce qu'il n'y a pas que le ciel, à cet instant, qui le fait se sentir ainsi. Mais qu'aucun ne se l'avouera, qu'aucun ne se dira que c'est seulement possible. Juste cet instant bête, du gosse content de partager sa passion. Parce qu'il n'est pas grand chose de plus, quand il est ainsi. Qu'un peu bête, abruti par ses étoiles mortes.

Il y en a qu'on peut voir qu'en hiver... Et d'autres, en été.

Il ne sait pas vraiment si c'est bien connu ou non. Il se dit que Paul doit déjà le savoir, parce qu'il passe trop de temps dans les livres pour l'ignorer. Alors il se sent un peu bête sur l'instant et se tait enfin. Il se perd encore dans ses pensées, dans ses gestes prêts à s'ancrer au quotidien pour leur part. Le regard revient sur le visage de l'humain, s'imprègne de ses traits encore. Il y a de l'hésitation, tout en lui. Quant à savoir s'il devait se lancer sur ce terrain-là ou non. Quant à savoir ce qu'il devait faire de ses questions.

Dis... J'peux t'poser une question... Personnelle... ? Et ça tambourine, dans sa tête. Le myocarde imaginaire qui appréhende l'instant, qui demande grâce. Il attend l'accord tout en passant à l'autre cuisse. Puis une fois qu'elle est là, l'autorisation, il ne peut plus tellement reculer. C'est... Et le courage se dérobe. Et la peur s'installe avec délectation. Alors il baisse les yeux. Ah... Laisse... C'pas important en fait... Comme il ment toujours, le coucou gris.

Il y a des vérités
qu'il n'est pas prêt
à affronter, Ipolitt.
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MessageSujet: Re: [+18] Hygée || Paul   Dim 25 Nov - 18:15

Respiration tendue, flottante, précieuse même, sous les hospices à venir.  Yeux dans le vague devant les mots lâchés, les sujets détournés pour oublier ces corps qui parlent bien trop, eux aussi. Je reste sourd à ce qu'ils dégagent, ou tout du moins, j'essaie. Il me devient difficile d'accepter d'écouter ce que je n'ai jamais pu entendre. La tâche glisse vers les frasques de l'impossible, quand les écoutilles veulent se fermer autant que mes yeux, tournés vers l'ailleurs, mais pas vers toi.
Une partie de moi hurle à l’incongruité de cette situation nouvelle. Cette zone grise qui ne me ressemble pas, ce morceau de relation qui s'imbrique dans ces jours écoulés. Septembre est résolument trop loin. Bête et Proie sont autre chose, une évolution spontanée qu'aucun de nous n'a vu arriver. Et qu'aucun ne peut définir, au demeurant.
Tourbillon de sensibleries. Diableries sentimentales.
Je ne sais pas très bien ce dont il s'agit. Je n'ai jamais su. Je mimais les sourires et les caresses, les tendresses que mon épouse attendait. Je tremblais devant les coutumes de couple, les intimités à partager, les secrets qui pouvaient se permettre d'être brisés en un tour de rein.

Et dans nos silences, dans les sujets échangés, dans ton bonheur de m'apprendre à lire les étoiles comme on lirait le coeur des Hommes, je me rend compte que j'ignore encore tout. Jamais savant, Paul, juste benêt et innocent.
J'ignore s'il est normal que ces sensations de malaise, et que cette chaleur soudaine au creux du corps mort, soient aussi doux que terribles.
J'ignore pourquoi tes yeux sont devenus si éblouissants, soudainement.
J'ignore pourquoi les épidermes frôlées, pourquoi les peaux dures et meurtries, encrées et frappées, arrivent à se répondre quand nous, nous ne pouvons rien comprendre.
J'ignore même pourquoi je m'intéresse à ce ciel trop grand, trop effrayant, et que tu aimes tant.
Et j'ignorerai toujours que mes réponses sont déjà là, à me narguer.
Pire que les voix des tentations maudites.
Elles sont là.
Et que je refuse de les regarder.
Jusqu'à ce que la lumière ne vienne me tuer.
Ipolitt.
Sais-tu qu'il y a un battement de coeur dans ta poitrine ?
Le mien, en écho, dans la cage prétendument vide.


Non... Je ne sais rien de tout ça. Tout au plus la forme de la Grande Ours... mais guère plus, je le crains. C'est toi qui devra être le professeur, cette fois.

Une once de sourire, plus calme, qui me permet de revenir vers toi. D’appréhender ta lumière. De fixer ton visage à défaut de tes mains, de sentir que le mal me quitte à chaque instant. Il y a des ténèbres plus lâches que d'autres, à trembler devant un squelette animé de bonnes intentions dont elles ne peuvent se repaître de la chair froide. A croire que tu me gardes, Ipolitt, ta candeur éphémère en guise de bouclier. Mercure s'y reflète, et tourne en orbite autour de nous.
Je me perds dans la gravité de tes yeux, quelques secondes.
Je crois que je n'ai plus vraiment peur de tomber, au fond.


J'ai raté le coche pour cette années mais... j'aimerais bien voir celles de l'été prochain...

Mâchoire plombée, d'une main je la touche, sentant bel et bien que certaines facultés sont devenues moins aisées. Les mots auront peut-être plus de mal à sortir qu'à l'accoutumée. J'aimerais les voir, et celles d'après, et celles d'encore après, j'aimerais suivre les saisons et pouvoir les effeuiller, j'aimerais être avec toi, pour me moquer des cycles de vie dont nous pourrions nous jouer, en rire, et plus jamais en pleurer.
Sans doute les verras-tu seul, mon cher. Peut-être penseras-tu à moi, en les regardant. Je ne demande rien de mieux que de subsister dans ta mémoire éternelle.

Les pensées s'égarent quand nos yeux se croisent. Un silence de répit, alors que les mots fusent, sans bruit, sans bouches pour les dire, sans même de formes intelligibles. Rien de plus que des idées qui s'échangent et passent de regards en regards, quand finalement, c'est ta voix qui reprend la marche, quand tes mains changent de jambes. J'avais presque réussi à oublier. Mais non. Le sang bouillonne, court. Il n'y a guère que lui qui puisse se mouvoir à cet instant, quand je suis certain que toi comme moi, nous voudrions fuir tout ça.
Terribles que nous sommes.
Oui ?... De quoi s'agit-il ?
Tu réussis, toi, à partir, quand tu te dérobes, quand tu prétends que l'importance est ailleurs et surtout pas ici et maintenant. Et c'est presque comme un réflexe qui donne un soubresaut de vie au cadavre, ma main qui se lève, lente, vers le menton, pour le relever, pour aiguiller les sphères oculaires vers ce que moi, j'ai décidé de te demander. Mes yeux dans les pointes de couleurs que représentent les tiens, toujours là, si forts à briller dans le noir, au-milieu de ce visage marqué à jamais. Creux d'une volonté adoucie dans les miens, à vouloir te faire comprendre, à te distiller que le temps n'est plus si banal, tandis qu'il coule, trop vite et trop fort. Si, c'est important. Je ne pourrai peut-être pas te répondre plus tard.

Que veux-tu savoir, Ipolitt... ? Dis-le moi.


Je ne te supplierai pas. Pas encore. Pas de ma voix. Je ne sais pas ce que mon regard te transmet, mais l'intention y est vive, au contraire de ma main qui ne quitte pas ton visage. Comme paralysée. Déjà. Sans souffrance, pourtant.
Je veux que tu résonnes, et que tu m'apprennes,
Que je te connaisse, moi aussi,
Plein phare sur cette réalité à construire.
Qu'importe soit-elle.
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MessageSujet: Re: [+18] Hygée || Paul   Lun 26 Nov - 7:51


Infime parcelle qui renaît, dans tous le reste. Quand Paul s'exprime. Un désir, dit à haute-voix. Une volonté qui semble plus parlante que le reste. Et il s'y raccroche, le coucou gris, plus violemment qu'il n'aurait pu le croire. Comme si la volonté des adieux larmoyants s'étaient déjà noyés d'eux-mêmes dans ce tout trop niaiseux. Et ça gravite tout en lui, ça grappille, ça ravive des émotions qu'il pensait avoir enfoui il y a bien vingt ans de cela déjà. Pourtant, l'enfant en lui ressort un instant et lui susurre au creux du coeur qu'il pourrait ne plus être seul, enfin. Que la possibilité d'une famille, même particulière et déconstruite, pourrait se faire. Et il repart aussi sec, le gamin, quand il sent qu'il n'a aucunement sa place, qu'il y a tout autre chose qui flotte dans les airs, dans les êtres. Les pensées qui se bousculent entre elles, sans cesse. Il a beau s'être nourri jusqu'à plus soif, il semblerait que le corps manque tout de même de sang pour tout alimenter. N'est-ce pas ? Le coucou qui tente de se débattre, de se dépêtre du bordel dans lequel il se mêle tout seul. Mais le papier tue mouche est trop fort et voici que les mots s'échappent de lui. Et comme il regrette, l'instant d'après. Comme il aurait aimé que Paul lui dise que non, qu'il ne pouvait pas. Sauf que la permission est accordée. Et cette symphonie, derrière ! Ce sang qui ne cesse de lui crier gare ! Vague qu'il prend de plein fouet, si bien que finalement, les muscles les plus alimentés à cet instant sont ceux du visage qui se retrouvent pourvus de quelques couleurs supplémentaires sur les joues. Un rose incongru qu'il ne se pensait plus capable de produire ! Mais à croire que la Mort n'a pas tout figé, loin de là...

Ça semble le brûler tout entier, au menton. Comme si la main n'avait pas choisi meilleur moment pour l'assassiner davantage. Pan, coucou gris en perdition, tu tombes si bas ! Dis-lui, Ipolitt ! Et l'engeance moribonde qui secoue aussi doucement la tête qu'il peut, pour ne pas déloger ce calice qui le tient en exergue. Il se sent comme assoiffé une nouvelle fois, mais plus de la même manière qu'il a pu connaître pendant près de trois ans. Temps suspendu, éventré au-dessus du cadavre dessiné, de celui en devenir. Et ça palpite dans les airs, plus fort encore. Tension qui grignote les raisons, alors que finalement, ça se darde en plein dans Ipolitt. Qui cesse ses gestes, quand il comprend. Quand il saisit avec presque effroi que finalement, la Mort n'a privé que le coeur de l'afflux sanguin. Le reste, oh le reste, semble fonctionner à merveille sur l'instant même. Et la honte, dévorante, qui le saisit à pleins poumons. Les mains qui quittent Paul, pour cesse le moindre émoi possible chez l'humain, pour que ça ne se répercute plus sur le parasite. Il confond les palpitations, confond les organes criant les évidences. Pas assez de sang pour tout alimenter. Cervelle en berne, incapable de produire le moindre mot d'anglais à cet instant. Pas le moindre son tout court. Il reste muet de stupéfaction, face à une découverte déjà connue par le passé mais dont il avait oublié les contours en trois ans. Il se bouge légèrement, pour cacher la gêne soudaine, user de la largesse du tissu pour s'offrir un brin de dignité. Et il fait mine d'autre chose, le coucou. Abasourdi qu'il est, de la trahison vécue à cet instant, de son propre corps.

Ipolitt qui ne sait plus quoi faire, qui ne sait même plus exactement ce qu'il voulait dire. Perdu dans des affres qu'il n'aurait plus cru possible. Qu'il s'était persuadé n'être plus faites pour lui. Violence de l'esprit, instinct qui gagne toutefois. Quand la main de Paul semble prête à faiblir, que le contact va pour être rompu ou qu'il le ressent ainsi, ses mains qui viennent à saisir celle de Paul. Comme un besoin vital, comme une manière de lui dire de ne pas l'abandonner là, pas maintenant. Et il craint que Paul ait tout vu, qu'il ait tout saisi de la disgrâce. Il ne veut pas être l'enfant puni. Il ne veut plus. Et sous les empreintes, il sent les veines qui palpite. Pleines, abrutissante de ce son qui le transfuge sur place. Il ne tient plus, l'équilibre précaire. Boulier qui s'éclate à terre, alors qu'une joue vient à se lover dans le creux d'une paume offerte. Un contact rare, pas vraiment donné. Qu'il prend, sans comprendre lui-même pourquoi. Il en a juste besoin. Pour se souvenir de la chaleur de Paul, à cet instant. De ce tourbillon terrible, de la réponse à une interrogation qu'il ne possédait pas. Il veut juste se lover un peu, là, contre un morceau de Paul. Aussi infime soit-il. Infâme créature, qu'il se ressent. Qu'il se fustige sur place, même. Il y a cet air perdu, mais pas que, sur le visage du vampire. Ce regard qu'il ne sait plus quitter, ses traits qu'il ne cesse de décortiquer. Et ce corps, bon sang, qui le rendrait fou sans même avoir besoin de le voir. Le souvenir, sous les mains. D'un acte qui se voulait innocent, devenu tout autre chose. Sang, foutu sang.

Il fait chaud. Terriblement chaud. D'autant plus quand il se mouve à peine, pour embrasser la paume offerte. Pour s'éprouver sans le comprendre. Pour céder à une envie dictée par l'instinct, plutôt que la raison. Et ça semble presque résonner, dans la pièce, les battements fictifs de son propre coeur. Il y a comme un écho que Paul avait déjà perçu qui semble pouvoir s'entendre de tous. Assourdissant, comme le reste. Pourquoi parler, quand la mâchoire de l'un semble décidée à ne plus laisser l'usage nécessaire pour cela ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Il n'empêche. Que cette paume, elle glisse, de ses doigts accompagnants, le long d'une gorge qui était pleine d'un vice à peine plus tôt. Que les peaux se frôlent, se dévorent même, à leur façon. Ipolitt ne sait plus parler. Ipolitt ne sait plus rien dire, en anglais. Il n'y a que ses mains, par-dessus une autre. Et une chaleur, certaine, excessive. Que les ventres qui veulent assassiner les propriétaires de chacun, qui se broient dans cette attente particulière, dans cette appréhension propre aux maux du désir. La rencontre avec la clavicule semble presque de trop, pour la créature. Asséchée sur place. Vivante. Bien trop vivante. La peur qui le fait vibrer, en bonne partie. Du rejet, de la honte qui resurgit, des regrets à venir. Alors pourquoi ? Pourquoi continue-t-il la descente ? T-shirt soulevé, l'espace d'un instant, pour laisser glisser la main gardée en otage dessous. Pour frissonner encore de tout ceci, alors que le sternum semble prêt à sortir de là où il est pour aller à la rencontre de la paume contre laquelle il s'était reposé, à peine plus tôt. Et qui finit, plate et pleine, par-dessus un coeur mort depuis trois ans. Qui n'a jamais vécu.

Implosion.
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[+18] Hygée || Paul

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