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on vous invite à privilégier les fantômes, les djinns et les petits humains
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 Three's a crowd [Elie]

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MessageSujet: Three's a crowd [Elie]   Mar 25 Sep - 18:45

L’estomac dans les chaussettes. J’ai dû m’adosser à un arbre, la tête à l’envers, chatouillée par une méchante envie de dégueuler. J’ai vu un truc. Un truc que j’aurais jamais dû voir, un truc qui n’aurait même pas dû exister en premier lieu. Un séisme dans mon univers, du genre à faire tomber les statues. C’était dans un parc, les érables partiellement embrasés, le vent déjà plus frais qui s’engouffre sous la veste. Je coupais à travers les allées pour rentrer à la maison après mon cours d’anglais.

La silhouette de Kaelig, on peut pas vraiment la louper. Ses larges épaules engoncées dans son manteau, je les aurais reconnues entre mille, même de nuit, même dans le brouillard, même à l’autre bout du parc. Je m’apprêtais à le héler pour le rejoindre, quand je l’ai vu courber sa large couenne, révélant les contours plus fluets de la fille devant lui. Et approcher sa face hirsute de son joli minois. Et l’embrasser. Subrepticement, sans s’attarder, un petit bécot tendre et familier comme une habitude. Ou comme un coup de poing dans le plexus, pour le témoin à charge que je suis aussitôt devenu.

Je me suis tout de suite mise à gamberger. À chercher des explications plausibles. Peut-être… Peut-être que Rhiannon est au courant. Peut-être qu’ils ont un arrangement, un accord, un pacte. Que leur mariage est si fort, si soudé, qu’ils peuvent se laisser quelque latitude. Peut-être que j’ai mal vu. Que je l’ai imaginé, le cerveau saturé après deux heures d’intense concentration. Mais j’ai beau me débattre avec ces justifications bancales, je sais qu’elles ne tiennent pas la route. Rhiannon n’accepterait jamais cela, et ma vue est excellente.

Kaelig la trompe, il n’y a pas d’autre option.

Et avec une gamine en plus. Je ne l’ai que vaguement aperçue, mais elle avait l’air d’avoir mon âge. C’est dégueulasse. Je sais même pas quoi penser. Une vague de colère vient chasser la nausée, mais je ne parviens pas à la diriger contre mon oncle. Lui trouve toutes sortes d’excuses, à lui aussi. Sa vie est une lutte. Son rôle est un fardeau. Il a dérapé, c’est tout. Une simple faiblesse, certainement passagère, à mettre sur le compte de la lassitude, du surmenage, de deuils conjoints trop lourds à porter, depuis trop longtemps. Un écart de conduite comme une bulle de folie. Fragile et éphémère. On peut le concevoir. On peut lui pardonner.

Mais elle ? Quelle est son excuse ? Pour oser profiter ainsi des failles d’un homme droit, d’un homme marié ? Leur baiser était un au revoir furtif. Ils se sont séparés là, s’éloignant ensuite dans deux directions différentes. J’ai hésité sur la conduite à tenir. Le rattraper ? Le confronter ? Cette simple idée m’a collé des frissons dans l’échine. Jamais je n’oserais soutenir le poids de son regard pour m’embarquer dans une telle discussion. Alors quoi, prévenir Rhiannon ? J’aurais l’impression de trahir mon oncle. Et personne n’aime les oiseaux de mauvais augure. Peut-être que ma tante m’en voudrait. Qu’elle me haïrait d’avoir ainsi brisé son ignorance…

Finalement, sur un coup de tête, c’est l’autre que j’ai suivie. L’intruse, la fouteuse de merde. Un cœur de mégère sous ses airs d’oisillon. Je suis sûre qu’elle en joue, cette petite conne. Armée de toute mon aigreur et d’une cible adéquate vers laquelle la projeter, je me suis mise à la filer. Laissant les épaules affaissées de mon oncle retrouver seules le chemin de la maison. C’était facile, on aurait dit qu’elle marchait au ralenti. Et elle n’est pas allée bien loin. Deux blocs plus tard, elle s’affalait à la terrasse d’un café, comme si tout le poids du monde lui piétinait les clavicules. Ou le poids de la culpabilité, peut-être. Si elle a une once de morale.

Cette fois, j’hésite pas longtemps avant de la rejoindre, à grandes enjambées élastiques. Je me glisse à sa table comme si elle m’y avait invitée, comme si on se connaissait depuis dix ans, avec tout le naturel du monde, et m’avachis nonchalamment sur la chaise qui lui fait face. Je la mate. Une seconde ou deux. Pommettes osseuses, petite gueule d’ange, cheveux ébouriffés. Des cernes marquées. J’espère bien qu’elle dort mal. J’appuie le menton sur ma paume et l’interpelle finalement d’une voix traînante, parce que je suis contrainte de bien choisir mes mots et de les prononcer avec soin si je veux pas les charcuter.

« Salut. Ça te dérange pas de fréquenter un homme marié ? T’as pas vu le... l’anneau au doigt ? Il quittera jamais sa femme pour toi, je le dis tout de suite. Alors tu fais mieux de laisser la place et trouver quelqu’un d’autre. »

Je ne suis qu’à demi satisfaite de ma tirade, l’émotion alourdit toujours mon accent et je trébuche sur les mots. La serveuse qui vient déposer la commande de la briseuse de ménage offre une diversion bienvenue.

Et comme les gestes valent mieux qu’un discours, je chipe son verre avant qu’il ne touche la table pour en siroter une gorgée avec ostentation, sans cesser de la fixer dans le blanc des yeux. Qu’elle a un peu jaunâtre, d’ailleurs. Faudrait qu’elle songe à surveiller son foie.
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MessageSujet: Re: Three's a crowd [Elie]   Mer 26 Sep - 7:59

C’est une journée sans, une journée avec Kaelig mais une journée où mon corps me donne l’impression d’être charcuté à la lame rouillée. La chimio du matin m’a achevée, je fais l’effort de marcher, de suivre un peu Kaelig. J’entends pas vraiment ce qu’il me dit, j’ai trop mal pour ça. Trop de courbatures et trop de coups d'électricités parcourant mes veines transportés par un poison qui détruit tout.

Ta voix m’apaise. Même si je n’arrive pas à percuter ce que tu me dis, ta voix m'empêche de pleurer, de m’effondre sur le sol en espérant clamser.

Finalement je m’arrête net, pas loin du parc. Je m’adosse contre le mur, à bout de souffle. Kaelig se stoppe aussi et se tourne vers moi. Je lui souris, je suis désolée. Je l’inquiète une nouvelle fois. J’essaie de le rassurer et je lui dis que je vais rentrer. Non, j’ai pas besoin qu’il m’accompagne et en plus, il m’a dit qu’il ne pourrait pas trop traîner aujourd’hui. J’ai pas cherché à connaître les détails, j’étais beaucoup trop contente de ne pas avoir à aller à l'hôpital toute seule.

Il finit par déposer un baiser sur mes lèvres et file. Je fais de même, doucement. Avec une lenteur purement maladive. J’ai froid, j’ai envie de vomir, j’ai mal. Ca ne va pas du tout et j’ai encore un sacré long bout de chemin. J’essaie de me concentrer sur autre chose, sur le chant des oiseaux, les passants qui discutent entre eux et puis finalement, j’abdique à la terrasse d’un café, je me laisse tomber, tête rejetée en arrière. Je reprends mon souffle, douloureux, la main plaquée sur l’abdomen. Je commande quelque chose, pas dit que je sois capable de le boire mais je suis surtout incapable de me relever et ça va être gênant qu’on tente de me virer alors que je ne suis pas capable de me tenir sur mes deux jambes.

Une fille se pose à ma table et elle a le regard des gens qui viennent chercher la cogne. Je le vois bien. Elle me toise, me jauge et je me contente de la regarder sans dévier le regard. Qu’est-ce qu’elle me veut, putain? Tu vas la cracher ta pastille? J’ai pas la tête à ces conneries, merde. Elle se met à parler avec un accent à couper au couteau et je comprends rien de ce qu’elle me dit.

« Salut. Ça te dérange pas de fréquenter un homme marié ? T’as pas vu le... l’anneau au doigt ? Il quittera jamais sa femme pour toi, je le dis tout de suite. Alors tu fais mieux de laisser la place et trouver quelqu’un d’autre. »

Je plisse les yeux. Vraiment? On vient vraiment me faire chier pour un homme marié? Je suis une pute, chérie, bien sur que je me tape des hommes mariés, c’est mon fond de commerce, putain. De qui elle me parle, en plus?

Je la regarde piquer mon verre et un sourire se dessine sur mon visage alors que je hausse les sourcils.

-Sérieusement? T’as besoin de piquer  un verre à une inconnue pour espérer être prise au sérieux? Et de qui on parle exactement?

Puis ça me frappe. Elle a un accent roumain. Je cligne des yeux en réalisant que l’homme dont elle me parle, c’est Kaelig.
Mais on est pas en couple en fait. C’est dégueulasse d’imaginer ça. C’est quoi ce délire? Je sens la colère montée d’un coup, comme du poivre, ça me pique le nez et me fait faire une grimace de dégoût.

-Mais ça va pas la tête, putain! C’est quoi ton problème? D’où t’as vu jouer que j’avais la moindre intention de faire un truc pareil! J’ai pas envie que Kaelig quitte sa femme, pas plus que je me le tape! Tu peux bien garder tes jugements pourris pour ta gueule! Merde!


Je tente de me lever et m’écroule sur ma chaise. La douleur m’envahit au point de me couper le souffle, je baisse la tête en luttant pour de minuscules bouffées d’oxygène. Quand ça finit par revenir, je la détaille d’un air colérique. Ca me plait pas ce qu’elle insinue, ça me plait pas du tout parce que ramener quoique ce soit de charnel dans cette relation me donner envie de gerber, ça m’horripile au plus haut point. Puis je percute, elle l’a vu me faire un bisou.
Si tu savais ce qu’il signifie pour moi et Kaelig, je crois que tu penserais pas ça, ma belle.
Je sers les dents, l’idée même qu’on puisse considérer que c’est de ma faute à moi me semble aussi absurde mais la pression monte et j’ai très envie de lui balancer la table sur le coin de la gueule.

Je suis trop fatiguée pour ça.
J’aimerais juste qu’on me foute la paix et je suis prête à me battre pour ça.
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MessageSujet: Re: Three's a crowd [Elie]   Jeu 27 Sep - 12:50

L’indignation est palpable. La meuf, je l’aborde cinq minutes après l’avoir vue embrasser mon oncle, et elle a l’audace de demander de qui je cause ? Elle a combien d’amants au juste ? Et qu’on aille pas me faire dire ce que j’ai pas dis, je me permettrais pas de juger ça… J’aurais bon dos, avec mes frasques de ces dernières années. Mais pas avec un homme marié, quoi. Ou plutôt, elle peut faire ce qu’elle veut avec n’importe quel homme marié, je m’en tamponne… À l’exception très notable de celui-ci.

Je repousse son verre dans sa direction, l’air passablement écœurée. Elle m’affiche à peu près la même gueule en retour, et elle a pas l’excuse d’y avoir goûté. Enfin une pointe de remord, peut-être ? Ce serait trop beau. À la place, elle monte aussitôt sur ses grands chevaux, comme si elle avait la moindre légitimité. Et de nier l’évidence, avec ça.

Ma seule consolation c’est qu’elle a enfin percuté de qui je lui parlais. Si elle avait commencé à justifier sa relation avec Jean-Kevin, j’aurais eu du mal à garder mon calme. Mon poing se crispe instinctivement sur la table, je croise les bras pour me maîtriser en me renfonçant dans le dossier de ma chaise, le visage même du scepticisme.

« Mes jugements pourris ? Je vous ai vus. Tu vas dire que tu l’as pas embrassé, maintenant ? Mens pas. »

Quand elle se lève, je crains un instant qu’elle décide de retourner la table dans un accès de rage dramatique, lait pourri compris. Mais elle se rassoit presque aussitôt, assez piteusement. J’attends sa défense, les bras toujours croisés, un petit sourire mesquin aux lèvres. Mais rien ne vient.

À mieux y regarder, elle a pas trop l’air dans son assiette. Elle a une gueule de déterrée et semble à deux doigts de tomber dans les pommes. Au vu de sa véhémence, je suis pas sûre que ce soit les regrets qui l’étouffent à ce point. Sourcils froncés, je me radoucis un brin.

« Eh, ça va ? Tu veux un verre d’eau ? Parce que faut pas boire ce truc, c’est immonde. »

Que je marmonne par grandeur d’âme, devant ses yeux enfin baissés. Sans attendre sa réponse, je me lève pour demander un peu d’eau à l’intérieur. Quand je reviens, l’autre n’a pas l’air plus en forme, mais elle est en train de pianoter frénétiquement sur son téléphone.

Je me rassois en faisant claquer le nouveau verre sur la table devant elle, sans trop de cérémonie. Je tiens pas à ce qu’elle crève sous mes yeux mais je vais pas non plus lui faire des sourires.

« C’est quoi, tu fais de l’hypoglycémie ou t’essaie de m’esquiver ? J’te préviens ça marchera pas.»
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MessageSujet: Re: Three's a crowd [Elie]   Ven 28 Sep - 6:17

« Mes jugements pourris ? Je vous ai vus. Tu vas dire que tu l’as pas embrassé, maintenant ? Mens pas. »

C'est bien ce qu'il me semblait. Elle l'a vu m'embrasser. C'est marrant comme dans sa tête c'est devenue automatiquement moi, la personne qui a fait ce bisou. Je relève pas. J'ai trop la haine qu'on puisse imaginer un truc comme ça alors je me lève pour me barrer mais c'est à peu près à ce moment là que mon corps décide d'abdiquer. Parfait. Il me faut un long moment avant de récupérer assez d'énergie pour quoique ce soit. La nana se lève et va chercher de l'eau, ça me laisse le temps de questionner Kaelig, vite fait. Malgré la santé de merde, j'ai envie de comprendre cette situation.
C'est sa fille, Iula, enfin c'est sa nièce mais c'est sa fille. Grand sens de la justice, oncle sur un piédestal, en colère contre moi parce qu'elle croit qu'il trompe sa femme avec moi. Un vieux frisson de dégoût parcourt mon échine à l'idée même que ça puisse être possible. Y a pas de ça entre Kaelig et moi, c'est autre chose, c'est pur. C'est de l'amour mais c'est pas la même chose.

En discutant avec Kaelig, je me rends compte que la jeune femme qui me fait de nouveau face n'est pas si mauvaise et que maintenant que je comprends son problème, j'ai sans doute moyen de régler ça sans m’énerver.

« C’est quoi, tu fais de l’hypoglycémie ou t’essaie de m’esquiver ? J’te préviens ça marchera pas.»

Je redresse la tête et j'ai un petit rire à sa sortie.

-Nan. Pas le but du tout, j'voulais me casser mais c'est un échec.


Je prends le verre d'eau et tente de le boire sans grand succès. Je le repose. Putain, j'suis épuisée. Kaelig est en route alors j'ai très conscience que je n'aurais probablement pas beaucoup de temps pour lui expliquer tout ça.

-Pour ton oncle et ce que tu as vu, honnêtement, tu te plantes et le simple fait qu'on puisse imaginer un truc pareil, ça me fout la gerbe.


Je plisse les yeux et penche la tête.

-Enfin... Sans vouloir t'offenser ou quoi... C'est juste que je sais à quel point il aime sa femme, je sais comme sa famille est importante pour lui. Que je sois là ou pas, ça change absolument rien là-dedans.

J'inspire profondément et ferme les yeux en essayant d'oublier la douleur qui me ravage l’entièreté du corps. J'essaie de mettre des mots sur ce qu'est notre relation, sur ce qu'on s'apporte mutuellement. J'essaie de respecter le jardin secret de Kaelig dont je fais indubitablement partie mais il faut que Iula comprenne que je ne suis pas une ennemie, que je ne vais pas détruire sa famille, que j'ai aucune envie de m'immiscer entre lui et les autres Taur. Bien au contraire. Quand Kaelig me parle de sa famille, je suis curieuse, j'essaie de faire voir d'autres points de vues. La famille, c'est une chose curieuse pour moi, un mythe.

-Oui, il m'a embrassé tout à l'heure mais j'ai zéro désir pour lui. En fait, j'ai zéro désir tout court. Je l'aime. C'est sûr mais je me contente de sa présence et de ce qu'il accepte de me donner. En gros, du temps, des marques d'affections, une compréhension que j'ai jamais trouvé ailleurs. Et j'espère sincèrement lui apporter la même chose. J'ai aucune envie de voir votre famille exploser. C'est pas mon but.

Je regarde mon téléphone.

-Ca peut sans doute te paraître bizarre et peut-être que tu comprends pas ou que ça t'agace mais ce que j'essaie de te dire c'est que je suis pas une menace. Je suis juste une personne avec qui Kaelig peut relacher un peu de pression, je crois.

J'étouffe l'idée de l'âme sœur dans l’œuf, pour ça, il faudrait que je me sente légitime de quoique ce soit et c'est pas le cas. J'aime Kaelig du plus profond de mon âme, j'ai l'impression de toujours l'avoir connue et même quand il m'affirme que c'est réciproque, une part de moi doute malgré tout. Parce que l'idée que je ne peux pas faire partie de la ronde des humains est incrustée dans chaque centimètre carré de ma peau.

-Et puis, t'as pas à t'en faire pour trop longtemps, quoiqu'il arrive. Dans quelques mois, je serais plus un problème, alors bon...

Parce que je vais mourir. Parce que je vais devenir un démon. Parce que Kaelig est un chasseur. Parce que je en sais pas comment je ressortirais de l'Enfer.
Ma gorge se serre : parce que je ne sais pas si Asmodée tiendra sa promesse...

-La première fois que je l'ai rencontré, il m'a empêché d'en finir.Y a juste ça, entre nous : de l'amour et de la compréhension et du respect. Je respecte énormément l'amour qu'il a pour sa femme et ses enfants, tout ce qu'il fait pour vous tous. Je trouve ça magnifique. J'ai aucune raison de vouloir tout détruire. Vraiment aucune.


Je lui souris doucement et lui tend la main.

-Moi, c'est Elie.

Avec un peu de chance, je ne me prends pas une baffe.
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MessageSujet: Re: Three's a crowd [Elie]   Jeu 18 Oct - 9:06

Ça la fait marrer. C’est pas exactement l’effet que j’avais escompté… Je sais pas ce que j’attendais, en réalité. Je voulais l’intimider, lui faire honte, la faire fuir, tout ce qui était en mon pouvoir pour qu’elle lâche Kaelig avant que… Avant que Rhiannon ne l’apprenne, inévitablement. Avant que sa stupide passade — quand bien même j’étais prête à la comprendre, voire à la pardonner — ne désintègre la famille. Ma famille. Ils sont tout ce que j’ai, mon foyer, mon unité, mon ancre dans les profondeurs, et je laisserai rien ni personne m’arracher ça. Surtout pas la première jolie môme venue. Son rire est donc accueilli par un renfrognage généralisé.

Tu parles d’un échec… Faire un malaise vagal ou je ne sais quoi au moment d’une sortie dramatique, on peut dire que c’est la lose. À moins que ce ne soit une stratégie pour détourner mon attention ? Désamorcer la situation ? Mais je dois admettre que si elle joue la comédie, c’est plutôt bien imité. Ses doigts tremblent lorsqu’elle saisit le verre, elle manque de s’en foutre partout et parvient tout juste à y tremper les lèvres avant de le reposer comme s’il pesait dix kilos. Une ombre d’intérêt soucieux traverse mon front. Mais elle se lance dans une dénégation qui me fait aussitôt oublier toute complaisance. Elle parle d’imaginer des trucs comme on dit « chéri c’est pas ce que tu crois », alors que je les ai pris sur le fait. Ça lui fout la gerbe ? Ben on est deux. Je grince.

« Quoi, t’as cru qu’on était pareil comme les Russes, on s’embrasse sur la bouche pour montrer l’amitié ? »

Et de poursuivre sur l’importance de sa famille pour Kaelig, comme si elle en savait quelque chose, comme si elle avait le droit d’ouvrir la bouche à ce sujet. Je me sens bouillir. Ça ne change rien ? Mais ça change tout, au contraire ! Ça change qu’en un claquement de lèvres, elle a le pouvoir de briser le cœur de ma tante et de faire imploser mon univers. Au fond, ses mots sont d’autant plus douloureux qu’ils me rappellent quel est le vrai coupable dans cette affaire. Si sa famille est vraiment si importante pour lui, comment a-t-il bien pu faire ça ?

Colère et déception sont des sentiments que je ne veux pas contempler, pas quand ils sont dirigés vers mon oncle. Je les ai déjà trop projetés sur mon père, Kaelig est ma rédemption. C’est donc sur elle, la petite chérie, que j’ai envie de déverser ma bile. Je crois que j’aurais pu la gifler si elle avait pas eu l’air si misérable. Il a bon dos, son putain de malaise. Au prix d’un effort surhumain, je la laisse poursuivre sans exploser. Mais là, s’en est trop. C’est ça, son excuse ? Elle a pas de désir ? Elle se contente stoïquement de son affection platonique ? L’acidité de mon sarcasme suffit à expulser une phrase presque fluide entre mes dents.

« Oh, ben navrée d’apprendre que tes problèmes de libido viennent se mettre en travers de votre affaire. »

Elle conclut sur les seules paroles censées que j’ai entendues depuis le début de cette conversation, je m’empresse donc de rebondir dessus.

« T’as raison. Je comprends pas. »

Mon marmonnement est malheureusement étouffé dans la suite de son propos, qu’elle me balance avec la subtilité d’une enclume. Je tique un peu, un instant mal à l’aise. Qu’est-ce qu’elle raconte ? Elle part vivre en Nouvelle-Zélande ? Elle rentre dans les ordres ? Dans son ton, la façon de poser ses mots, planait une réponse autrement plus lugubre. Le problème, c’est que j’ai aucune envie de la prendre en pitié. Les dernières explications cascadent finalement hors de sa bouche.

Et la lumière se fait.

Putain.

Putain, je le savais. Je le savais ! J’aurais pas dû douter. Kaelig n’aurait jamais trompé Rhiannon, encore moins avec une fille de l’âge de ses enfants... Il veut pas se la taper. Il veut la sauver. Le soulagement est tel que j’ai envie d’éclater de rire, malgré le récit tragique qu’elle vient de me faire. Mais ça fait tellement de sens ! Après avoir dédié sa vie à semer la mort parmi les créatures, sûr qu’un sauvetage doit représenter un changement appréciable. À tous les coups, il en a fait sa mission personnelle. Son projet secret. Bon, certainement que la meuf s’est amourachée de lui au passage, mais on ne peut pas lui en vouloir pour ça. L’important, c’est que c’est pas réciproque. Et le bisou… Le bisou, c’était sûrement pour ne pas lui faire de peine. Vu que…

« Tu vas crever, c'est ça ? »

Pas vraiment la réaction appropriée à quelqu’un qui vous tend la main. Je me reprends dans un hochement de tête moins austère, tout de suite beaucoup plus encline à me plier au jeu des civilités. Je me penche au dessus de la table pour saisir sa main. Sa paume est moite. Ses doigts ne serrent pas grand chose.

« Iula. J’suis la– »

Je m’interromps. Un morceau de phrase prononcé tout à l’heure vient de bondir dans ma mémoire. « Pour ton oncle et ce que tu as vu… » Je termine d’une voix mourante, pour mieux ricocher sur une question.

« … nièce de Kaelig. Comment t’as su que c’est mon oncle ? »

Avant d’avoir terminé de l’interroger, j’ai déjà ma réponse. Le téléphone qu’elle maniait compulsivement. Je crois que je pâlis. Putain, elle lui a déjà tout raconté ? Merde, merde, qu’est-ce qu’il va dire quand je vais rentrer ? J’ai simplement fait ce que j’estimais juste… Bon ok, on peut pas dire qu’agresser une suicidaire figure au panthéon de mes plus grands exploits. Je déglutis. J’ai intérêt à me rattraper.

« Désolée de t’avoir accusée. Mais avoue que j’avais pourquoi me poser des questions... » Bon, c’est peut-être pas des excuses en bonne et due forme, mais j’arrive pas à me sentir totalement coupable non plus. « Donc eumh… ça veut dire que Rhiannon sait aussi ? »

Juste une dernière formalité, par pure précaution. S’agirait que je fasse pas de bourde, maintenant.
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MessageSujet: Re: Three's a crowd [Elie]   Dim 21 Oct - 5:04


« Quoi, t’as cru qu’on était pareil comme les Russes, on s’embrasse sur la bouche pour montrer l’amitié ? »

Je hausse les sourcils. Les russes se font des bisous sur la bouche pour montrer leur amitiés... ? Pas la moindre idée que ça se faisait quelque part dans le monde. Je me fais la reflexion toute bête que c'est triste de pas en savoir plus sur le monde mais ça aussi, ça coule sur moi. Je vois bien que mes explications ne prennent pas, que ça l'agace prodigieusement. Son regard se durcit, s'engorge dans un mécontentement que je contemple de plus en plus extérieurement.
Iula, tu as peur pour ta famille et je comprends mais j'en suis aussi à un stade où tes rebuffades pleine de sarcasmes ne me font ni chaud ni froid. Je me contente de hausser un sourcil.

« Oh, ben navrée d’apprendre que tes problèmes de libido viennent se mettre en travers de votre affaire. »

- Y a toujours pas d'affaire. Pas plus que y a de problèmes de libido. Tu devrais te renseigner sur les assexuels avant de la ramener, chérie.

Que je lui offre avec un sourire calme. Puis soudain, je vois son regard se transformer. Il passe d'une moue très mécontente et pleine de jugements à de la surprise pure et simple pour finalement arrivée à une jubilation complète. Je peux presque entendre l'éclat de rire qui reste muré derrière ses lèvres. Ca ne me dit rien qui vaille et l'éclat de rire de mes habituelles voix familières et agressives se fait entendre. Je déteste quand mon subconscient comprend un truc que je comprends pas. Encore plus quand le-dit subconscient est dans la capacité réelle de se foutre de ma gueule ouvertement. Heureusement que personne d'autre l'entend. Même si sa simple manifestation me fait me tendre plus que de raison.

« Tu vas crever, c'est ça ? »

Aoutch. Je ne la quitte pas des yeux et souris à nouveau.

-Ding ding ding, nous avons une gagnante...


Je soupire et regarde ailleurs, la boule au ventre. Elle disparaît sous l'épuisement complet qui me suit depuis ce matin. J'ai pas la force pour les émotions fortes, là. J'ai juste envie que cette gamine comprenne que j'ai pas envie de briser sa famille, que je serais quoiqu'il arrive éphémère. Va savoir pourquoi, le fait que je sois à l'article de la mort la fait jubiler. Elle a l'air de se calmer et je ferme les yeux pour reprendre mon souffle, mes esprits. Faites que Kaelig arrive pas là-dessus... Parce qu'il me connait trop bien, il va voir que je viens de prendre un uppercut mental et j'ai pas envie que ça se répercute sur sa nièce. Elle a eu peur et même si mon esprit n'arrive pas à envisager comment on peut se monter un film pareil. Kaelig et moi, amants... brrr... L'idée me met à nouveau mal. Elle se présente et capte que je sais qui elle est.

« Iula. J’suis la–  … nièce de Kaelig. Comment t’as su que c’est mon oncle ? »

Je ris un peu et lui serre doucement la main, pas l'énergie, vous voyez. Je me fais l'impression d'un rideau qui descend, petit à petit jusqu'à se fermer complètement. J'ai sommeil, j'ai une envie de me rouler en boule et d'apprendre la téléportation pour plus jamais avoir à marcher. Ca m'obnubile complètement et je dois faire un effort surhumain pour me concentrer sur ce qui se passe maintenant.

-Bah, c'est à dire que je viens de me faire aggresser en pleine rue par une petite brune à bouclette très enervée avec un accent roumain... Donc j'ai demandé à Kaelig s'il te connaissait, histoire de savoir si c'était une coïncidence ou si c'était de sa famille. Donc voilà. Désolée si ça te fout dans la merde après mais honnêtement, je préférais savoir à qui j'avais à faire.

« Désolée de t’avoir accusée. Mais avoue que j’avais pourquoi me poser des questions... »

Je hausse les épaules et secoue la tête.

-Oh, tu sais... Tu serais pas la première personne à me tomber dessus parce que j'ai volé le mari de je sais pas qui... Toujours un peu délicat de dire que je risque pas de voler quoique ce soit puisque c'est eux qui me paient.

Je plisse les yeux et réalise.

-Euh... C'est pas le cas de Kaelig... Avant que tu te re-enerves. Il se trouve que je suis une prostitutée ou étais, d'ailleurs. Mais on s'est pas du tout rencontré comme ça. Vraiiiiiiment pas. Même pas sûre qu'il sache que c'est comme ça que je m'achète à bouffer...

J'offre un sourire un peu navré.

-hmm... J'viens d'aggraver mon cas, pas vrai... ?

« Donc eumh… ça veut dire que Rhiannon sait aussi ? »


Ca, c'est une bonne question. Je hausse les épaules et secoue la tête.

-Je... C'est qui Rhiannon... Ah. C'est le prénom de sa femme, c'est joli. Quand il me parle d'elle il me dit "ma femme" donc je connaissais pas son prénom. Du coup, J'en sais rien... J'imagine que non ? J'ai pas demandé mais si de l'extérieur ça ressemble à une liaison peut-être qu'il en a pas parlé ? Faudra lui demander, sincèrement, on en a pas parlé. Il en parle s'il veut, ça m'importe peu.

Je renifle et tente à nouveau de boire, j'arrive à absorber une mini gorgée, c'est déjà mieux que rien. Je pianote sur mon téléphone en lui parlant. A peine besoin de regarder l'appareil, si c'est pas du skill, ça.

-Enfin, j'veux dire que ça aura pas d'impact sur ma vie à moi donc je pars du principe que j'ai pas trop mon mot à dire.

Je souris à nouveau et la regarde.

- En tout cas, enchantée Iula. T'es arrivée ici en même temps que ton oncle ?

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MessageSujet: Re: Three's a crowd [Elie]   Jeu 25 Oct - 22:08

Asexuelle. Je retourne le mot dans ma tête d’un œil critique. Je suis renseignée, mais ça m’arrange pas plus. C’est pas parce qu’il n’y a pas de cul que c’est pas une liaison, me dit une petite voix perspicace dans le fond de mon crâne. Y a toutes sortes d’infidélités, toutes sortes d’amour, et c’est pas la présence ou l’absence de sexe qui va en changer radicalement la nature. Mais je ne dis rien. Je ferme ma gueule et je l’écoute continuer de débiter ses explications vaseuses. Jusqu’au déclic, au grand soulagement. En conséquence, cette information me sort instantanément de la tête, reléguée au rang de détail négligeable. Je me reconcentre sur la suite, sur la confirmation cynique de ma supposition. Pour le coup, je me sens un peu coupable de l’avoir questionnée aussi crûment. Ça craint, son histoire.

Ma poignée de main est chaleureuse, pour compenser mon attitude et la fraîcheur de sa poigne inconsistante. À la voir comme ça, maintenant que je suis moins remontée, je comprends que Kaelig se soit mis en tête de la sauver, de la protéger, ou quelle que soit sa nouvelle lubie. Elle a l’air d’être une fille vaillante, mais elle fait peine à voir. Ça me gonfle la poitrine d’affection pour mon oncle, ce vieux grincheux au cœur mou. C’est pas Viorel qui aurait fait ça, je peux vous le dire. Lui, il était plutôt du genre à vouloir achever les mourants. Ça m’inspire, aussi. J’ai été dure, faut avouer. Je le suis toujours, quand je fonce tête baissée dans mes premières impressions. C’est un truc qu’on m’a toujours reproché, d’aussi loin que je me souvienne. Quand je vois un truc qui me fait tiquer, je réfléchis pas. Ou trop tard. Toujours trop tard. Et après, j’ai plus qu’à tenter de me rattraper comme je peux. Pas vraiment un atout pour une chasseuse, domaine dans lequel patience et discernement font office de vertus cardinales.

La conséquence malheureuse de mon impulsivité, aujourd’hui, c’est d’apprendre avec horreur qu’elle a contacté Kaelig pour lui parler de moi. J’absorbe la nouvelle dans une grimace assez peu subtile, et déglutis péniblement. Il va pas apprécier. Je sais qu’il va pas apprécier. Que je sois allée fourrer mon nez dans ses affaires privées, comme ça, avant même de songer à lui en parler. Je me tasse un peu sur mon siège et hèle le serveur d’un geste nerveux.

« Euh… J’vais prendre un shooter. De… n’importe quoi. Un truc fort. »

Il est quelle heure, déjà ? Sûrement assez tard pour prendre un verre. De toute façon, j’en ai besoin. Ce qui me réconforte un peu, c’est qu’au moins elle a pas l’air de trop m’en vouloir. Le flegme moribond, je suppose. Mes excuses bancales sont accueillies par quelques gestes vagues et fatalistes. Enfin, pour commencer. Parce que les explications qui suivent commencent bizarrement, pour terminer… dans une autre dimension. Heureusement que mon verre est pas encore arrivé, ou je l’aurais gaspillé à m’étouffer dedans. Qu’est-ce qu’elle vient de dire, là ? Par chance, elle s’empresse de préciser son propos avant que j’aie le temps de réagir. Mais encore heureux qu’ils se soient pas rencontrés comme ça ! Rien que l’idée que Kaelig puisse aller aux putes… Ça me sonne un peu et je préfère chasser cette image de mon esprit. Perspicace, elle se rend compte que c’était peut-être pas la meilleure chose à dire. Mais je la crois. Je la crois. Parce que sinon… L’alternative est juste insoutenable. Tout ce que je trouve à dire, très connement, c’est le premier truc qui me traverse le crâne.

« C’est un peu un comble, pour une asexuelle. » Mais c’est ça, enfonce toi. Je secoue la tête avec consternation. « Pardon. Je sais pas ce que je raconte. »

Comme si toutes les autres éprouvaient du désir dans leur métier. Ça revient au même et de toute façon, c’était pas le sujet du débat. Est-ce que je veux savoir comment ils se sont rencontrés ? Je suis pas sûre. Pas tout de suite.

Vient ensuite la question à un million, celle pour laquelle j’ouvre tout grand mes esgourdes en espérant qu’elle achève de me rassurer. Je commence par froncer les sourcils à son introduction, mais la suite s’arrange un peu. Bon, elle connaît pas son nom mais il lui a parlé d’elle. Il lui a parlé de Rhiannon. C’est bon ça. C’est une attitude normale de type qui n’a rien à cacher, rien à se reprocher.

Mon verre arrive tandis qu’elle conclut. Je me retiens de pas le vider aussi sec et demander son petit frère. À la place, je fais tourner la surface froide entre mes doigts. Pas d’impact sur sa vie… Et la sienne alors ? La nôtre ? La mienne ? La voix dans ma tête se réveille à nouveau. Et si ça a l’apparence d’une liaison, le goût d’une liaison, l’odeur d’une liaison… Quelle importance, le nom qu’ils veulent bien lui donner ? Quelle hypocrisie ? Mais je ne peux pas penser ça. Je dois avoir confiance en mon oncle. Parce que si j’ai pas confiance en lui, alors en qui ? Lentement, je finis par hocher la tête. Remisant tous mes doutes au placard avec force claquements de portes.

« Ok, ok. D’accord. »

Elle enchaîne sur ce qui ressemble à une conversation plus légère. Je me détends un peu. Enchantée, vraiment ? Ben elle est pas rancunière… Ça achève de me dérider aussi. Je souris un peu plus spontanément, un peu plus largement.

« Enchantée aussi. Malgré hum… » C’est quoi le mot, déjà ? «…les circonstances. »

Je ponctue ma phrase d’un levé de coude expert et repose mon shot vide sur la table. Elle, elle s’escrime toujours avec son verre d’eau, c’est pas beau à voir. J’hésite à aller lui chercher une paille, mais je sais pas si elle le prendrait mal. Je renonce à l’idée.

« Ouais, il y a quelques mois. Toute la famille est arrivée en même temps. Enfin… presque. »

Cristian a ouvert la marche, mais avant lui, la cause de tout ce chambardement, c’était Ciulin. Mais ne nous embarquons pas sur ce terrain là. Une question me taraude, que je finis par poser du bout des lèvres. Pas une habitude, chez moi.

« Et donc euh… Qu’est-ce qu’il t’a dit, Kaelig ? Quand tu lui as dit que j’étais venue te parler… »

Que je sache un peu à quoi m’attendre en rentrant. Si je rentre cette nuit. Je pourrais peut-être aller squatter ailleurs, juste le temps qu’on oublie tout ça… Encore une fois, je me rends compte un peu à la bourre de ma grossièreté. Elie fait un effort pour me faire la conversation, pour s’intéresser, même après tout ça, et moi je me préoccupe que de sauver mes fesses. À la fois… Qu’est-ce qu’on demande à une fille avec une histoire comme ça ? Qu’est-ce qui te tue ? T’en as encore pour combien de temps ? C’est nul. La vie, c’est vraiment une grosse radasse.

« Tu fais quoi, maintenant ? Je veux dire, si tu prostitues plus. Comment tu t’en sors ? »

C’est peut-être une question con, mais je commencerais presque à me faire réellement du souci. Avec sa gueule de déterrée, je l’imagine pas trop bosser. Mais peut-être qu’elle est pas toujours comme ça. Que c’est juste un des mauvais jours. Je me surprends à l’espérer.
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MessageSujet: Re: Three's a crowd [Elie]   Ven 26 Oct - 8:37

J’ai du mal à comprendre d’où vient ce soudain élan de sympathie et il me met légèrement mal à l’aise, j’essaie de me dire que c’est tant mieux, que je m’évite une sacrée engueulade mais quelque chose cloche. C’est pas logique la manière dont d’un coup, elle est souriante, contente de me voir comme si j’apportais une rédemption ou qu’elle avait eu une soudaine épiphanie qui semblerait très éloignée. Elle me serre la main avec toute la conviction des gens soulagés et je me dis que c’est trop facile. J’ai réussi à la faire changer de point de vue beaucoup trop facilement.

Ricanement stridulant dans l’arrière de mon crâne. Impression froide et lancinante de carrelage froid contre mon dos.
Non. Pas dehors. Pas maintenant. Pas devant la famille de Kaelig.

Je me fais violence et réponds à ses questions, souriante. Mon air malade me sert,pour une fois, il cache la fatigue et le stress, l’incompréhension, aussi. Pourtant, le fait que ma réponse sur la discussion avec Kaelig lui fasse l’effet d’une douche froide me donne envie de rire. On dirait moins une adulte qu’une gamine prise en faute après avoir vidé un pot de glace entier. Elle hèle le serveur.

« Euh… J’vais prendre un shooter. De… n’importe quoi. Un truc fort. »

Je hausse un sourcils.

-... Il est même pas midi…

Apparemment on s’en fout et la discussion reprend. Elle est pas méchante une fois qu’elle arrête d’être accusatrice et j’ai du mal à lui en vouloir. Je suppose que si j’avais une famille, je serais probablement aussi “chienne de garde”. Ca m’inspire une légère envie qui est balayé par le vent salutaire de la fatigue qui m’accompagne dans tous mes déplacements. Je suis épuisée, vidée. Je parle trop, bien entendu. Je vois sa tête changer et finalement.

Coup de poing pas prévu.

« C’est un peu un comble, pour une asexuelle.Pardon. Je sais pas ce que je raconte. »

Ma voix se fait beaucoup plus dure, moins sympathique. L’espace de quelques secondes, je pourrais lui foutre ma main en travers de la gueule.

-Non. Clairement, tu sais pas.

Et la fatigue encore. Je baisse la tête et soupire. Ma voix s’adoucit. Mon attitude aussi.

-Et tant mieux pour toi.

Je lui adresse un sourire maladroit. Tu sais Iula, y a une raison pour laquelle le sexe ne me fait ni chaud, ni froid. Une raison pour laquelle c’est affilier à une violence. Tant mieux si pour toi, c’est affilié à du plaisir. Moi, c’est attacher à des vieux connards voulant tringler de la jeunette dans des coins de couloirs jusqu’à plus soif. Moi, c’est attacher à un travail, à une obligation pour pouvoir survivre. Heureusement que tout le monde est pas comme moi, quelque part. Le sexe ne m’a jamais fait envie mais c’est sans doute pire depuis que je suis une prostituée. J’ai sans doute vu trop de chose…

Elle enchaine sur la femme de Kaelig. Est-elle au courant? J’en sais rien. C’est à lui de prendre ce genre de décision, pas à moi. C’est sa famille, c’est lui qui maitrise ce qu’il faut ou pas dire. J’ai de toute façon autre chose à penser et je suis trop fatiguée pour des présentations formelles. Je suis curieuse, je me demande à quoi elle ressemble et je me dis souvent qu’elle a de la chance d’avoir une si grande famille, d’avoir des gens pour la soutenir. Je ne la jalouse pourtant pas. Elle a perdu des enfants et je ne sais pas pourquoi Kaelig a tué son père pour elle mais ça devait pas être super joli.

Je dévie la conversation sur des choses plus légères, j’ai pas la force pour le sérieux. Je retiens déjà difficilement mon repas de ce matin à l’intérieur de mon estomac gangréné et j’ai déjà beaucoup trop de mal à repousser les rires harcelants qui n’ont pas cessé depuis tout à l’heure. Elle a l’air surprise et je me demande bien pourquoi.

« Enchantée aussi. Malgré hum…les circonstances. »

Je hausse les épaules.

-C’est pas grave, t’inquiète pas de ça.

Elle vide son shot et j’hausse un sourcil.

-C’est le fait que ton oncle sache qui te -

Je sais pas si j’ai pas parlé assez fort pour qu’elle m’entende ou si c’est juste qu’elle m’écoute pas mais elle confirme mes dires en l’espace de quelques secondes.

« Et donc euh… Qu’est-ce qu’il t’a dit, Kaelig ? Quand tu lui as dit que j’étais venue te parler… »

Je soupire et rejette la tête en arrière après avoir vainement tenté de boire mon eau une nouvelle fois. C’est bon, j’abandonne, ce verre est un connard. Je pose le regard sur Iula. Ca m’épuise. Elle me demande trop, entre le personnel qu’elle exige de savoir et son obsession pour les réactions de Kaelig, elle me siffle le peu d’énergie que j’ai. Je reprends mon souffle et finis par dire.

-Il a dit qu’il venait nous retrouver mais aussi qu’il me laissait discuter avec toi pour te calmer. Il a également dit qu’il ne voulait pas que des membres de sa famille m’épuisent, qu’il en allait de sa responsabilité blablabla… Ah et il a dit que ça serait sa tournée de lait-fraise. Cela dit vu comment je m’en sors avec un verre de flotte, autant faire une croix dessus. Il m’a aussi dit que tu étais protectrice et que la justice, c’était ton truc… Bref, il m’a expliqué un peu pourquoi tu réagissais comme tu réagissais, sinon on continuerait probablement à se prendre la tête, là. Donc merci Kaelig.

J’inspire une nouvelle fois, je ferme les yeux et me passe la main sur la gueule. J’ai même pas le temps de me reposer qu’elle réassène de nouvelles questions.


« Tu fais quoi, maintenant ? Je veux dire, si tu prostitues plus. Comment tu t’en sors ? »

J’ouvre un oeil puis l’autre, me repositionne dans ma chaise en espérant trouver une position à peu près confortable. Elle s’arrête jamais de poser des questions… Je me rends compte que mon ton s’assèche à nouveau. Depuis quand je hais mon job à ce point…?

-A ton avis, j’ai perdu ma seule sources de revenues? J’m’en sors pas. Je pille mes économies en attendant de crever.

Je ferme les yeux et soupire. La honte me monte de lui parler comme ça. Je baisse la tête. Je suis épuisée et je suis tellement épuisée que j’ai envie d’en pleurer. Je me contiens et regarde ailleurs.

-Désolée… Si c’était sec. J’suis épuisée. J’ai pas envie de parler de ça avec une inconnue, sincèrement. J’ai déjà pas envie d’en parler avec les gens proches…

Nouveau soupire, je me sens m’accouder à la table. C’est ma tête qu’est trop lourde. J’entendrais pas un taureau s’il devait arriver en chargeant…



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MessageSujet: Re: Three's a crowd [Elie]   Jeu 1 Nov - 22:56

Midi, pas midi, le temps est une illusion et d’ailleurs tous ces principes ne sont qu’une construction sociale destinée à nous policer. Si j’ai besoin de courage avant midi, je vais pas commencer à tergiverser sur ce genre de détails. Je balaye donc son commentaire atterré d’un geste évasif. Je fais bien ce que je veux. De toute façon, on dirait que je suis plus à une connerie près, aujourd’hui. Évidemment, ma remarque lourdingue l’a blessée. Elle se tend et tranche dans le vif. Le temps que je baisse les yeux, contrite, et elle s’est presque radoucie. De cette voix qui emprunte déjà des accents de dernier souffle.

Elie sourit et je ferme un peu ma gueule, pour une fois. Nan, je peux pas imaginer ce qu’elle vit. J’ai jamais eu à me demander si j’aurais un toit le lendemain, ou quelque chose à mettre dans mon assiette. Ma famille n’est pas parfaite, dieu sait que Papa en était loin, mais ils ont toujours été là. Un filet de sécurité. Tout est relatif, mais personne ne m’a balancée dans une fosse, moi. J’ai été couvée. Protégée. Et je le suis toujours. Je la fixe un moment en silence, méditant sur les raisons qui ont pu pousser mon oncle à la prendre sous son aile. Peut-être qu’elle n’a personne d’autre. Une nouvelle fois, devant ses efforts peu concluants, je suis assaillie par l'envie de lui proposer une paille mais, une nouvelle fois, je me retiens.

Et puis on change de sujet, on dévie un instant sur de fausses banalités avant que je ne trouve l’occasion de revenir à la charge sur le thème qui m’intéresse. Les conséquences de mon petit spectacle. Sa réponse me glace les sangs. Comment ça, il vient nous retrouver ? Ici ? Maintenant ? Merde. J’entends à peine la suite de ce qu’elle raconte. Tournée de lait fraise, tu parles. Un détail de son discours atteint mon subconscient avant le reste, une sensation désagréable qui se répand dans mes os. Je mets un moment à remettre le doigt dessus.

« Il ne voulait pas que des membres de sa famille m’épuisent… » C’est ce petit détail sorti en passant, sur un ton d’évidence. Cette précaution réflexe. Je sais bien que c’est pas contre nous, contre moi, je sais bien qu’il a sûrement raison, que j’ai épuisé sa petite protégée, mais ça me donne soudain la sensation d’être une nuisance. Kaelig se soucierait-il autant de notre bien-être, dans un cas similaire ? Et par nous j’entends toujours, dans un recoin de mon crâne, Mihai et moi. Les pièces rapportées.

Ouais, je suis bêtement jalouse d’une fille dont je ne sais rien ou presque, et sans véritable raison, puisque Kaelig et Rhiannon nous ont aussitôt accueillis à bras ouverts. Mais c’est le genre de sentiment incontrôlable qui me prend aussi à la gorge quand on évoque les exploits de Ciulin ou qu’un membre de la famille déplore son absence. Je lutte contre les pierres qui me lestent un moment les entrailles en rêvant d’un second shooter. Mais il n’est toujours même pas midi, il paraît.

En désespoir de cause, je me contente de hausser un peu les épaules à son explication. Comme si après tout, je m’en foutais un peu. Alors que je ne cesse de me repasser ses mots dans ma tête. Pourquoi je réagis comme je réagis ? J’aimerais bien savoir ce qu’il avait à dire là-dessus, quelle est son interprétation de mon comportement. Je me retiens pourtant de creuser, enchaînant sur autre chose. Sa vie à elle. Mauvaise pioche, on dirait que je m’obstine à saupoudrer du sel sur une plaie. Sa réponse est cinglante, d’un douloureux cynisme. Est-ce que Kaelig lui file de l’argent, au moins ? Il a intérêt. S’il a décidé de prendre soin d’elle, la moindre des choses serait de pas la laisser galérer à joindre les deux bouts alors qu’on déborde de fric.

Je suis tentée de poser la question mais me contiens de justesse, consciente que ça risquerait d’être mal pris. Son regard me fuit à nouveau et je vois bien qu’elle se retient de chialer, avant de s’excuser pour son ton. Je secoue la tête. Faut bien qu’il y ait au moins quelques avantages à être condamné, et se permettre de laisser tomber la politesse en fait partie. Je comprends qu’elle ait pas envie de parler de son boulot — un point sensible, manifestement — ou de ses problèmes d’argent, mais moi, je peux pas croiser quelqu’un dans la merde et faire comme si de rien n’était. Même si trois minutes plus tôt j’étais prête à lui cracher dessus. Consternée, j’oublie tous mes vœux de silence et de pudeur.

« Meuf, c’est pas une fin, ça. Tu peux pas vivre tes derniers temps à te taper des vieux connards. » Je lui proposerais bien de lui filer de l’argent, mais un éclair de lucidité me souffle que ce serait pas une bonne idée. Je tente de rectifier le tir avant de sortir une nouvelle connerie. « Tu veux un autre boulot ? J’suis sûre qu’on peut te prendre à la salle de sport. Tu peux même prendre mon travail, en fait… De toute façon je cherche un truc ailleurs. »

Et c’est vrai. Moi, mon but, c’est de me faire embaucher au Qaletaga’s Den. Là où tout se passe. Là où les menaces surnaturelles sont décortiquées par tous les chasseurs des environs, où les rumeurs prennent tout leur sens. Même si j’aime travailler avec mon oncle, c’est pas comme ça que je pourrais faire ma place ici. Je laisse planer un instant de silence méditatif avant de reprendre.

« C’était quoi ton rêve dans la vie ? T’en as un ? »

Quand il reste peu de temps, autant aller direct à l’essentiel.
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MessageSujet: Re: Three's a crowd [Elie]   Ven 2 Nov - 7:12



And now the voice inside my head
Is telling me to go ahead
You're not (coward! coward!...)



Toute histoire possède ce point d'orgue précis, où tout bascule, du confortable à l'agonie. Je cours vers toi, Elie, une certaine angoisse au ventre. Il n'est jamais plaisant de voir profaner son jardin secret. J'avais espéré qu'ils ne te découvrent jamais, qu'ils te laissent en paix jusqu’à la fin. Lâcheté d'un vieil homme. Leur compréhension limitée du monde ne peux pas nous englober. Comment expliquer l'amour qui nous définit à des êtres que j'ai pétri de conventions et de disciplines. Je suis un colosse aux pieds d'argile. J'ai façonné l'armure qui les étouffe sur le même modèle que la mienne. Jamais ils ne comprendrons ce que nous sommes. Mon pas décidé brusque le pavé et les passants. Front buté, je chasse.

Je chasse après mon bonheur, mon âme et mon salut.
Je chasse après toi, petite effrontée.

Malgré la mort qui te caresse les côtes, tu sais encore si bien rire. Ton énergie solaire est communicative, elle chatouille les coins de ma bouche. Plutôt que de répondre à ton dernier SMS, je me hâte. Je vais te trouver. La distance se réduit. Je suis aguerri, petite futée.
Et soudain ta tignasse bleue aguiche mes rétines au travers d'une devanture de pub.

Trouvée !
Je me précipite, pousse la porte et me fait cueillir par ces quelques mots.

- Meuf, c’est pas une fin, ça. Tu peux pas vivre tes derniers temps à te taper des vieux connards. Je me glisse furtivement dans le dos de Iula qui pérore sans se rendre compte qu'Elie décline à vue d'oeil. Tu veux un autre boulot ? J’suis sûre qu’on peut te prendre à la salle de sport. Tu peux même prendre mon travail, en fait… De toute façon je cherche un truc ailleurs. C’était quoi ton rêve dans la vie ? T’en as un ?
- Le Vieux connard est ravi de savoir que tu ne souhaites plus travailler pour l'Arena, fais-je d'une voix calme et glaçante.

Je me coule vers Elehiel et lui attrape délicatement le menton pour l'affronter yeux dans les yeux.

- La prochaine fois que tu me dis que tu peux rentrer seule, je ne t'écouterais pas. Silence puis un sourire tendre, pouce qui balaie ta joue émaciée. Défi, réussi, stea mea, mais il me semble que nous n'avons pas discuté de ton gage en cas de défaite.

Je tends une main vers elle et attire sa carcasse épuisée contre moi.

- Viens, je te ramène. Tu peux marcher ou je te porte ?

Ma tête pivote lentement vers Iula.

- Et tu nous suis... Ton qui ne souffre pas la désobéissance. Le Vieux Connard aimerait te dire deux mots.


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MessageSujet: Re: Three's a crowd [Elie]   Ven 2 Nov - 12:24

La pauvre Iula… Je vois bien qu’elle galère à trouver des choses à dire. Je sais bien qu’elle est sincèrement en train d’essayer d’être gentille mais chaque paroles creusent un peu plus mes cernes. Chaque question me donne envie de lui hurler dessus très fort pour qu’elle arrête de parler. Même pas des hurlements de paroles comme une dispute. Non. Juste un cri sorti du fond de mon être. Un truc primal qui s’arrêterait aussi vite qu’il est venu. Un truc qui me laisserait probablement vibrante des ondes sonores de longues secondes après. Pourvu qu’on en finisse avec ces questions, pourvu qu’elle s’arrête.

J’en suis à un stade où je suis à deux doigts des sanglots. Je suis honnêtement pas spécialement irritée parce qu’elle me dit, même si mes reactions sanguines laisse supposer le contraire. Je suis juste à bout et c’est mon corps qui a envie de pleurer. C’est bizarre à expliquer parce que ça paraitrait logique que je chiale à cause de tout ça mais si ça ne tenait qu’à mon esprit, je ne serais pas en train de pleurer. C’est mon corps qui fait n’importe quoi. Il a envie de chialer tellement il a envie de se mettre au vert, tellement il a besoin de repos. Je regarde mon état avec un détachement étonnant qui n’a rien à voir avec ce qui est en train de se passer.
Je suis fatiguée et là, d’un coup, dans ce petit pub, il se passe beaucoup de chose.

Iula se remet à nouveau à parler.
Kaelig entre à ce moment exacte.

J’essaie même pas de soulever ma tête, c’est peine perdue. Elle pourrait peser le poid d’un building que ça serait la même chose. La douleur me cloue toujours à ma chaise et l’épuisement m'empêche de réagir suffisamment vite.


- Meuf, c’est pas une fin, ça. Tu peux pas vivre tes derniers temps à te taper des vieux connards. Tu veux un autre boulot ? J’suis sûre qu’on peut te prendre à la salle de sport. Tu peux même prendre mon travail, en fait… De toute façon je cherche un truc ailleurs. C’était quoi ton rêve dans la vie ? T’en as un ?

Y a trop de questions. Trop de chose. Et y a Kaelig qui entends tout ça et je peux pas m’empecher d’être désolée pour la jeune femme. Putain. Je veux juste être tranquille. Je me sens m’éteindre, le rideau se ferme et je me fais la reflexion que c’est exactement ce qu’il est en train de se passer. J’ai l’impression d’être un magasin et que le rideau en fer se ferme. L’image me fait sourire un peu. Mauvais timing.

- Le Vieux connard est ravi de savoir que tu ne souhaites plus travailler pour l'Arena.

Je cligne les yeux et lance un coup d’oeil à Iula. J’ai envie d’expliquer pourquoi j’ai souris l’espace d’un instant mais ça s’envole aussi vite. Le ton de Kaelig sort tout droit de l’arctique...
Kaelig s’asseoit et j’ai aucune idée de comment il s’est téléporté de derrière Iula jusque là mais il est à coté de moi et je me sens plus rassurée. Il m’attrape le menton et redresse ma tête. Mon esprit imagine un grincement de porte pour chaque vertèbres mises en action.
Criiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiic criiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiic criiiiiiiiiiiiiiiiiiiic.

Il me regarde dans les yeux et à cette distance, je louche pour le regarder. Je peux pas m’empecher de sourire légèrement. Il a de beau yeux, Kaelig et derrière la dureté, y a ce truc mignon et tendre que j’aime tant. Le truc fragile qu’il laisse sortir parfois.

- La prochaine fois que tu me dis que tu peux rentrer seule, je ne t'écouterais pas.

Je pouffe de rire malgré moi alors que son regard, si dur et froid quelques secondes avant, redevient tendre. La caresse rend la fatigue supportable mais une petite voix me fait me demander ce que Iula en pense.
-Défi, réussi, stea mea, mais il me semble que nous n'avons pas discuté de ton gage en cas de défaite.

-Bah si. C’est facile, si tu perdais, tu devais m’amener un lait fraise, si tu gagnais, je devais boire un lait-fraise.

Un sourire traverse ma trombine mais s’efface sous la fatigue et la douleur. Il me ramène à lui, je grimace même si j’apprécie la chaleur. Fais froid dans ce bar, non…? Je pousse un soupire long comme une nuit d’hiver et je ferme un peu les yeux. Je suis fatiguée.

- Viens, je te ramène. Tu peux marcher ou je te porte ?

- Et tu nous suis... Le Vieux Connard aimerait te dire deux mots.

J’ouvre les yeux. Il prend sa grosse voix encore, celle avec laquelle il essaie de me faire obéir des fois, pour mon bien. Je lance un regard à Iula et sur elle, ça a l’air de marcher du tonnerre. Bah dis donc, les grosses voix sont si impressionnantes que ça? Elle me fait de la peine. J’ai pas envie qu’elle ai des ennuis pour ça. Ca sert à rien. Je me redresse un peu et je regarde Kaelig alors que je m’adosse comme je peux au fauteuil et que je m’y accoude comme si j’avais picolé toute la sainte journée.

-Oualors. On dit qu’on reste ici parce que j’ai très la flemme de bouger, là et qu’on m’a promis un lait-fraise et que j’ai pas eu mon lait-fraise et que je suis triste.

Je lance un sourire de chat malicieux à Kaelig avant de me tourner et de lancer un clin d’oeil à Iula.

-Oh et c’est pas toi le vieux connard, c’est mes clients. Descend de ton grand poney. Elle pensait pas à mal. Elle essayait d’être gentille.

La question de Iula me revient soudainement : t’as un rêve? J’ai un rêve…? Je crois pas, je refléchis et je vois pas. Mon rêve, c’était de m’en sortir. De plus galérer, c’était de finir mes études.

Mon rêve, c’était de survivre.
Mon rêve, c’était de pas me laisser détruire.

-Pour…

Je reprends mon souffle après une pointe de douleur. J’essaie d’être sympa pour empecher Kaelig d’être fachée avec elle, pour éviter qu’il la dispute.

-Pour te répondre, Iula… J’ai pas vraiment de rêve. Dans mon monde, c’est un luxe d’en avoir un. Survivre et continuer à garder la tête haute, c’était mon rêve. Alors je suppose que maintenant, c’est surtout garder la tête haute, vu que niveau survie, c’est pas la giga fête.

Je m’étire un peu et regarde autour de nous d’un air un peu hagard.

-C’est gentil de t’inquieter pour moi mais ça va aller. J’m’en sors toujours.

Je lance un regard à Kaelig.

- Sois pas faché, ok? C’est pas grave, ce qui vient de se passer.

Ma main esquisse un mouvement sur l’arrête de son nez alors que j’esquisse un sourire.
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MessageSujet: Re: Three's a crowd [Elie]   Mer 7 Nov - 18:48

Les mots me coulent le long de l’échine comme un ruisseau glacé. L’effet est instantané et le changement radical. Je manque de tomber de ma chaise en me redressant pour adopter une posture très droite, quasi martiale. À mille lieues de mon avachissement préalable. Je sens ma nuque se tendre, mes omoplates se contracter. En fait, c’est à peine si j’ose tourner la tête. Mais faut bien que je me défende. Ma langue maternelle me revient instinctivement, sans que j’y songe.

« Unchi ! »

Il me contourne sans un regard et je garde le cap, raide comme un soldat au garde-à-vous, en m’efforçant de bredouiller un truc cohérent. Toujours en roumain, puisqu’il semble que j’ai soudainement perdu l’usage de l’anglais.

« Nu asta– Nu asta am vrut să spun … »

Mais c’était exactement ce que je voulais dire. Juste qu’il a tout compris de travers. Je me mords la lèvre, paralysée d’appréhension. C’est pas que je crains d’éventuelles représailles, j’ai plus dix ans. C’est bien pire que ça. Ce qui me terrifie, c’est de lire la déception dans ses yeux. Yeux qui m’évitent soigneusement pour rester rivés sur Elie. Je suis la scène comme on regarde un film abscons. Les doigts tendres sur son menton, le sourire, la caresse, le regard d’une infinie douceur, les mots. Stea mea ? Mon cerveau s’enraye.

What the fuck.

What. The. Fuck. Whatthefuckwhatthefuckwhatthefuck. Je crois que j’écarquille les yeux, que je les fixe comme si j’avais affaire à des martiens. Et c’est un peu ça. Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de mon oncle ? est à peu près le seul truc qui me vienne en tête. Parce que ça ne lui ressemble en rien. Ni à la façon dont il se comporte avec nous, ses enfants adoptifs ou non, ni à celle dont il traite sa femme. Bien sûr, j’ai déjà assisté à des gestes de tendresse entre lui et Rhiannon, mais rien de cette… rien de semblable. C’est d’autant plus choquant que je n’ai jamais entendu parler de cette fille jusqu’à aujourd’hui, et que je ne pense pas être la seule.

Pourquoi l’a-t-il gardée secrète ? Si ce n’est rien, si ce n’est qu’une sorte d’affection paternelle ou de bienveillance protectrice ? Ma mâchoire achève de se décrocher quand il se propose de la porter. I beg your fucking pardon ? Bien sûr qu’elle a l’air d’en avoir besoin. Bien sûr que c’est la chose à faire, la chose juste. Mais chez les Taur, on a toujours appris à ramper. Parce qu’on savait, on savait que personne ne nous porterait. Ça faisait partie de l’apprentissage. C’est ce qui nous a forgé, tous. La suggestion me semble donc parfaitement incongrue et hors de propos. À plus forte raison quand il existe un tel contraste entre son attitude vis-à-vis d’Elie, et le ton qu’il emploie avec moi. Ce ton. Celui qui me fait aussitôt filer droit, même si je suis officiellement adulte depuis quelques années, même si je me serais rebellée face à n’importe qui d’autre.

Il insiste sur cette expression, vieux connard, qui commence sérieusement à me faire tiquer. Parce qu’il s’est aussitôt senti visé, alors que j’évoquais les clients de mon interlocutrice, dont il n’est pas du tout censé faire partie ? Ou parce qu’Elie, elle-même, semble revivre depuis que mon oncle est apparu dans son champ de vision. Elle qui paraissait à deux doigts de l’évanouissement retrouve soudain le sourire et l’envie de badiner. En vrai, y aurait plusieurs explications logiques à tout ça. Kaelig n’a pas sûrement pas entendu le début de ma phrase, Elie se retrouve en présence d’une figure rassurante comparée à l’agression que je lui ai opposée plus tôt… Ouais, y a des tas d’explications, mais il n’empêche que la sensation de malaise qui s’était apaisée au contact de l’intrigante vient de refaire une percée en flèche. Tous mes doutes se réveillent de plus belle, et je m’efforce de les tasser dans leur trou à coups de bâton imaginaire.

Elie se remet vaguement d’aplomb, assez pour lancer un regard presque insolent à mon oncle. Je l’implore du regard quand elle se met à parler. Discute pas, putain. Elle a l’air parfaitement à l’aise, c’est dingue. À me faire un clin d’œil comme si on était meilleures copines. Moi, ce que je retiens, c’est cette seconde mention de leur obsession bizarre pour le lait fraise et, dans un éclair de clairvoyance, la présence de mon shooter vide sur la petite table. Je profite du fait que l’attention de Kaelig soit entièrement absorbée par sa protégée pour faire discrètement glisser l’objet incriminé dans ma main, puis sous la table.

Pendant ce temps, la protégée en question décide inespérément de voler à mon secours. La façon dont elle lui parle… Mais c’est surtout l’intention qui me frappe. Comme si j’avais six ans, que je venais de faire une bêtise et qu’une âme charitable décidait de prendre ma défense face à un parent en colère. Je prends soudain conscience que c’est bien l’impression que je donne. Parfois, on est tellement enseveli dans ses schémas familiaux qu’on n’a pas le recul nécessaire pour les considérer d’un regard extérieur. Mais c’est pas ça, elle comprend pas. L’esprit de clan. Les attentes impossibles. La ribambelle de glorieux ancêtres et d’enfants sacrifiés. L’éducation alternative, la théorie à glacer les sangs et les entraînements rigoureux. La lutte pour exister. En dépit de… Tout. Ceux qui sont venus avant, ceux qui sont morts, ceux qui ont survécu, et ceux qui sont arrivés après, préservés des épreuves infligées à leurs aînés. Chez les Taur, on s’aime avec rudesse et on se sacrifie en silence.

Alors ouais, je rentre la tête dans les épaules quand Elie semble pouvoir se permettre toutes les impertinences. J’attends l’orage. C’est pas parce qu’elle le retarde un moment qu’il finira pas par éclater. Mais le dessein est louable, même si j’ai le plus grand mal à me concentrer sur ses paroles. Les rêves sont un luxe, tout n’est que survie et dignité… Je sais pas de quel monde elle vient, mais clairement elle a dû en chier. C’est pas juste. Que le sort s’acharne sur elle comme ça.

« Il est jamais trop tard pour en trouver un… »

De rêve. Ma voix s’est réduite de quelques décibels, et je réponds tout en lançant un coup d’œil furtif en direction de Kaelig. J’ose pas vraiment continuer à faire la conversation comme si de rien n’était, après la façon dont il nous a abordées. Je m’en sors toujours, dit celle qui a clairement épuisé ses neufs vies. S’il te reste peu de temps, c’est pas le moment de le passer à vivre plutôt qu’à survivre ? Surtout si c’est ce que t’as fait toute ta vie ? Pourquoi tu veux pas accepter d’aide ? Qu’est-ce qu’il te reste à perdre ? C’est à peu près tout ce que j’ai envie de lui dire, mais les mots se bloquent dans ma gorge. En dépit de ses explications, je ne parviens pas à situer la relation qu’elle entretient avec mon oncle, et l’attitude de ce dernier ne fait qu’ajouter à mon incertitude.

Dans ce marasme, je ne sais plus comment lui parler et quoi me permettre. Comme toujours, j’attends l’autorisation ou l’approbation de la figure d'autorité. Et cette fois, je sens qu’elles ne viendront pas. Alors je baisse les yeux sur mes mains, qui dissimulent toujours mon verre vide, un hochement de tête pour toute réponse. Et je continue de me noyer dans des abîmes de perplexité en l’observant donner un genre de pichenette sur l’auguste tarin du patriarche. Au risque de me répéter. What. The everloving fuck.

Je sens pourtant qu’il vaudrait mieux profiter de l’étrange influence qu’Elie semble exercer sur lui pour plaider ma cause, et retrouve avec effort mon anglais. Par considération. Je mets de côté le sujet de l’Arena, passé bon dernier dans l’ordre des priorités même si je sens que cette discussion là ne sera pas beaucoup plus facile.

« C’est vrai, je voulais pas l’embêter. Enfin, si mais… J’ai eu peur, Unchi. Tu sais à quoi ça ressembl…ait. J’ai cru que… J’ai eu peur. Pourquoi tu nous as rien dit ? On aurait compris. J’aurais compris. »

Mensonge. Je ne comprends toujours pas. Mais j’aurais essayé, et j’y serais certainement parvenue plus facilement s’il n’en avait pas fait un tel secret. S’il l’avait ne serait-ce que mentionnée en passant, une seule fois. « Non je ne serai pas là, je dois rejoindre une amie. » Ou « Je serai en retard, j’ai rencontré une jeune femme qui a besoin d’aide. » Et à ce propos. Ma voix tremble un peu en prononçant ces mots, sûrement ceux de trop, l’invisible frontière.

« En plus, tu l’aides même pas. » Mon regard revient se poser sur Elie. « C’est vrai quoi, tu dis que tu te sors mais tu peux pas continuer à faire ce job de merde alors que… » Tout à l’heure, j’aurais eu aucun mal à prononcer les derniers mots. Maintenant, je les laisse en suspens sur ma langue. « Si c’est du fierté, crois-moi qu’il est vraiment mal placé. »

C’est le truc, j’ai jamais su la tenir, ma foutue langue. Même avec Kaelig, et malgré toute la déférence qu'il m'inspire. C’est pour ça que je finis toujours par me prendre un peu la foudre.
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Three's a crowd [Elie]

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