Revenir en haut
Aller en bas



 
AccueilAccueil  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  
on vous invite à privilégier les fantômes, les djinns et les petits humains
nous sommes présentement en hiver 2017-2018 (décembre, janvier, février) I love you

Partagez | .
 

 Para Siempre || Selen

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Auteur
Message
avatar
human ○ drink the water
messages : 411
double-compte(s) : Galileo, Ipolitt, Oana, Will, Zacarías, Peter, Yann & Soheïl
crédits : signa par Exordium, aes signa par Harfang ♥
MessageSujet: Para Siempre || Selen   Sam 6 Oct - 11:42


1975 › Y'avait juste ce gosse-là, au bord de son lac trop frais à cause de la saison. Alors il se baigne pas dedans, se contente de noyer les feuilles mortes dans l'eau avec un bâton long, presque trop lourd pour son corps d'enfant, pour les douleurs qui souvent le transperce. Pour ce bras aux multiples couleurs qu'il cache parce que le père lui dit de le faire. Alors il obéit le gosse, par peur de tout. Du géniteur déjà, en grande partie. Du monde aussi, pour le reste. Il a plus de mère déjà, s'en souvient plus tellement d'elle, partie il y a deux ans. Seuls les souvenirs d'un gosse de six ans pour se rappeler de son visage et de la forme qui va avec. Trop de blessures depuis pour chercher à se souvenir correctement de tout ça. Qui se doute pas de la vérité vraie de toute manière, qui sait juste qu'elle s'est barrée un beau matin ou un soir, dans ses nuits trop noires. Y'a pas grand monde de ce côté là du lac, route qui présente rien sur quelques kilomètres, si ce n'est quelques maisons dispersées tout du long.

Le gosse devant ce lac est un solitaire, déjà rendu muet par l'horreur qui l'attend chaque jour à la maison. Qui a de la poussière plein devant les yeux, qui ne pense plus qu'à cela. À celle qui se cache sous le canapé, celle qu'il aimerait bien rejoindre quand les coups se mettent à pleuvoir, quand l'alcool a trop été absorbé, qu'il éclate dans les veines et les poings. Alors il se tait, le gamin. Grogne quand on veut l'approcher, parce que ça lui fait mal partout. Alors il veut pas être touché, il veut pas savoir. Ce qu'est le monde, en dehors du sien. Y'a le bruit des pas qui le sortent de ses pensées, quand il capte enfin. Les feuilles mortes qu'on écrase, dans une démarche trop légère et enfantine pour être le père. Il tourne la tête, laisse voir au travers des mèches presque trop longues ce visage légèrement cabossé déjà. Cette joue colorée là où il n'y a déjà plus de vie en lui. Et c'est ce gosse, celui qui vient d'arriver. Y'a un mois peut-être ? Gabriel ne sait plus. Il se détourne déjà de la vision de ce blondinet qui le colle aux basques sans qu'il ne sache pourquoi.

Laisse-moi...

Qu'il marmonne à peine, allant pour noyer plus encore une feuille qui, sans qu'il sache vraiment, représente trop à ses yeux. "Pauv'gosse", qu'ils se disent tous dans les parages. Et il sait, Gabriel. Il sait que bientôt, ce nouvel arrivant se dira la même chose un jour. Il ne veut pas de cette lueur de pitié ou de déception. Alors il reste seul, face à ce lac trop frais, dans lequel il hésite parfois à se noyer lui aussi. Ça serait tellement plus simple.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
human ○ drink the water
messages : 59
double-compte(s) : Vesper, Paul, Amon & Oliver
crédits : (ava) ouam (code signa) flotsam
MessageSujet: Re: Para Siempre || Selen   Sam 3 Nov - 6:45

1975 › Ça lui arrive encore, parfois, de rêver de l'orphelinat. Des odeurs, des sons, des couleurs et des chaleurs des bras de mères artificielles sonnant bien trop vraies. Il revoit tout, les yeux clos, au fond d'un lit nouveau. Il mêle ses souvenirs à ces premiers échanges avec la vie qui lui est arrivé accidentellement sur ses cheveux blonds. Il revoit tout, distinctement. Des dents blanches qui se déchirent en sourire sincères, jusqu'aux comptines pour le soir, des yeux vifs et agiles de ses camarades qui partaient les uns après les autres pour d'autres contrées, d'autres familles.
Ça lui arrive encore, parfois, au petit garçon, de prendre du temps pour comprendre qu'il n'y retournera pas. Que c'est une partie de sa vie gravée à jamais, mais qu'il était temps de s'en aller. Il ne devait pas y rester. Deux ans que les Mehrmann sont Maman et Papa, mais que la Louisiane est désormais loin, bien trop loin pour y retourner à pieds comme il l'a déclaré haut et fort devant des visages amusés quand la décision du déménagement a été évoquée.
Il ne voulait pas partir, Selen. Ni des murs doux, ni du bayou. De nulle part. Il voulait s'accrocher à l'amour donné, haut comme trois pommes pas encore mûres, de ses petits poings pas encore abîmés.
Il voulait beaucoup de choses, pour la plupart irréalisables.
Mais on écoute pas vraiment les désirs d'un enfant de sept ans, quand on est l'adulte responsable. On les détourne, tout au plus.

Un mois, déjà, et Selen n'aime toujours pas beaucoup cette nouvelle maison. Il en a assez de devoir toujours partir pour des lieux qu'il n'a pas choisi. Le Michigan ne resplendit pas, il pleut souvent, et Terrence, Terrence il pleure beaucoup. Autant que le ciel parfois. Le grand frère attitré regarde la mère bercer son fils, les yeux bleus dans le vague, les jambes croisées sur le tapis qui gratte. Le regard un peu hésitant, qui passe du bébé gazouillant à sa cohorte de voitures en bois avec laquelle il est censé jouer. Il n'a pas vraiment le coeur à ça, l'enfant. Beaucoup de questions qui se bousculent dans sa caboche pas finie, beaucoup de doutes qu'il ne sait pas encore formuler correctement. Il se contente de regarder Maman qui jubile, plus que jamais, en chantonnant près de lui. Sans le regarder, lui. La mine basse, le plus âgé des deux décide d'abandonner les véhicules, d'utiliser ses jambes pour profiter du soleil trop rare. Un ballon sous le bras, et de bonnes baskets en prime, juste un mot pour son père qui lit le journal dans la cuisine et qui le voit sur le point de s'enfuir. Je vais jouer dehors ! Ton de gosse épris de liberté. Léger hochement de la part du paternel, qui retourne bien vite à sa rubrique "sport et loisirs". Ne t'éloigne pas trop.

Ça lui arrive, parfois, de ne pas écouter. Selen a déjà cette part d'effronterie qui le caractérisera à l'avenir. Sa balle le guide hors du quartier, alors qu'il joue tout seul à taper dedans aussi fort qu'il le peut. Il reste sur les trottoirs, ne parle à personne qu'il ne connait pas. Et il ne connait pas grand monde. Prudent petit insolent qui finit par arriver jusqu'aux abords du lac, lieu nouveau pour ses repères. Et il y a ce garçon, pas tellement plus vieux que lui, posé près de la rive.
Quelques secondes à le regarder, avant d'approcher, le ballon contre son tee-shirt un peu sali par ses pérégrinations de gamin curieux. Il finit par s'asseoir, sans rien dire, comme s'ils se connaissaient déjà. Comme si c'était déjà évident, en soi.
Le garçon ne veut pas, lui. Il veut l'éloigner. Et Selen, il a cette envie de retrouver les sensations d'avant, de jouer avec d'autres enfants, de reprendre goût à la camaraderie, la vraie. Alors il secoue la tête, bouille en avant, d'un "non" catégorique qui ne sera jamais remis en question. C'est la balle qui se tend vers le garçon inconnu, une invitation à lui faire comprendre qu'il ne sera pas tranquille, et que de toutes façons, c'est ennuyant de ne rien faire, assis par terre.

On joue au foot ?

Les yeux brillent, la tête se penche. Il y a un trou dans son sourire, une dent échappée, morceau de lait grappillé par une souris magique pendant la nuit contre vingt centimes. Il est ainsi, l'expatrié, le petit sans sang partagé, il croit que le monde tourne autour des rêves qu'il ne cesse de faire et qu'un jour, un jour viendra où il sera capable de les créer lui-même.

Comment tu t'appelles ? Moi c'est Selen !

Bouille candide sous les hospices des rencontres. Il y a celles de passages, épisodes de vie plus ou moins longs, plus ou moins intenses, celles fugaces qui ne marqueront qu'un temps. Et il y a les autres. Celles qui se graveront dans l'âme, jusqu'au dernier souffle.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
human ○ drink the water
messages : 411
double-compte(s) : Galileo, Ipolitt, Oana, Will, Zacarías, Peter, Yann & Soheïl
crédits : signa par Exordium, aes signa par Harfang ♥
MessageSujet: Re: Para Siempre || Selen   Ven 16 Nov - 2:10


Il ne part pas, le gosse. Alors Gabriel fait mine de l'ignorer, fait mine qu'il n'existe pas. Parce qu'avec de la chance, ça peut marcher. Parce qu'avec, l'autre va finir par l'oublier à son tour. Mais ça ne marche pas, l'autre insiste avec son ballon tendu et lui offre même en pâture son nom. Et il n'y a que le silence, pour lui répondre d'abord. Le regard vide du brun, sur les feuilles mortes, posées sur l'eau. Une longue inspiration, suivie d'une expiration tout aussi lourde de sens. La tête qui se tourne à nouveau, vers la bouille blonde qui continue d'y croire. Laisse-moi. Il retente, se détourne de nouveau. Ses bras qui entourent ses genoux alors qu'il relâche son bâton. Façon, si on joue ensemble, ton ballon finira dans l'eau... Et il hausse les épaules, l'air de dire que c'est une évidence. Parce qu'il porte malheur, Gabriel. Qu'il a ce quelque chose de vicié que l'enfant ne parvient pas à comprendre. Juste qu'il fait fuir les autres. Alors, c'est que c'est bien ça, qu'il porte malheur et que s'il joue, le ballon finira comme les feuilles. Qu'il flottera un temps, avant de couler à l'aide d'un bâton géant ! Alors il ne se préoccupe plus de tout ça, se contente de garder ses mains salies contre lui, de se cacher un peu plus sur lui-même. On pourra pas le récupérer...

Et ils se feront gronder.
Et Gabriel, il n'aime pas ça.

Alors il ne veut pas bouger. Il ne veut pas que les parents de Selen fassent comme son propre père. Il ne veut pas avoir droit à des coups de leur part aussi, ne veut pas d'autres couleurs. Il n'en est pas encore à ce stade particulier où il accepte ce sort, où il admirera son père. Cela sera plus tard, bien plus tard. Pour l'heure, il a juste peur. De finir à l'eau parce que son père l'y aurait jeté, pour récupérer le ballon. Parce qu'il nage pas encore tout à fait bien, qu'elle est trop froide. Alors il ne veut pas l'approcher, l'autre petit garçon. Et même qu'il planque aussi sa tête désormais, dans le creux de ses bras. Comme un abri qui le cache au reste du monde, de Selen. Mais Gabriel, il ne pouvait pas savoir. Il ne pouvait pas se douter qu'il pourrait jamais se cacher assez de lui pour être oublié. Il pouvait pas se douter que de l'amour, on ne peut pas s'en cacher. Va-t-en... Qu'il retente, peureux. Un murmure que l'autre ne veut pas comprendre. Pourquoi ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: Para Siempre || Selen   

Revenir en haut Aller en bas
 

Para Siempre || Selen

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Para Vietnamien mais légionnaires.
» Quizz histo-para, facile .
» Quizz para.
» LE PARA (Georges FLEURY)
» Film super 8 entrainement stage brevet para BETAP 1964

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
≡ RAISE HELL. :: FAR FROM ANY ROAD :: out of the furnace :: flashback-