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 This date is so fuckin' lost (Ilya & Eliott)

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shapeshifter ○ leave my body
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MessageSujet: This date is so fuckin' lost (Ilya & Eliott)   Dim 7 Oct - 21:25

Hell avait fini son verre sans se presser. Après tout, il avait la nuit devant lui. Et puis, même s’il était intrigué par ce beau gosse perdu au fond des bois, il se demandait comment il allait se rendre au fin fond de ce trou perdu de Blackwater Falls. Il n’avait pas spécialement peur de se promener seul la nuit, ni en ville, ni dans la forêt, mais c’était juste loin. Franchement quelle idée de vivre dans un tel coin de la ville ? Il avait fait un crochet par une supérette, histoire d’acheter quelques provisions. Ce qui se soldait souvent en tout un tas de saloperies trop grasses et trop nourrissantes qu’il goberait en moins de temps qu’il ne faut pour dire “tu vas grossir”... Seulement, il ne grossissait jamais. Merci le métabolisme de monstre. Faut bien que ça ait des avantages. Et puis, une clope glissée aux coins des lèvres, il attaqua la marche rapide. Heureusement qu’il avait pour lui la rapidité de son corps de polymorphe.

Il lui fallut bien quarante-cinq minutes de marche rapide pour arriver non loin du lieu indiqué. Il soupira en bifurquant après l’hôtel. Dire qu’il n’était même pas encore arrivé au bon endroit. Il espérait clairement que le mec en vaille le coup, parce que la marche nocturne comme ça, c’était vraiment pas son kiff. Mais bon, il était curieux de découvrir qui pouvait vivre autant en ermite, en étant si physiquement attrayant. Du moins, si c’était pas un vieux moche qui avait mis une photo random d’un beau gosse. C’était aussi le risque de la chasse Grindr. Un risque qu’il prenait. De toutes façons, il était lassé de ses habitués. Et il avait pas envie de “bosser” ce soir. Non, se taper un vieux moche pour du fric, ça lui disait trop rien. Et puis il avait encore un peu de thunes. Au pire, il emmerderait un peu Haven pour qu’il achète à bouffer quand il serait à sec. C’était son mode de vie parasitaire. Haven finirait sans doute par le foutre dehors. Il l’aura chercher. Mais au fond, il avait fini par se foutre de tout. Sans doute parce que la désertion de Caïn avait achevé son peu de sensibilité. Son peu d’optimisme pour les relations humaines. De toutes façons, ils allaient visiblement tous crever avant lui, autant éviter de s’attacher à eux.

Il ne tarda pas à voir un grand manoir. C’était cossu. Franchement, cet endroit envoyait un peu du rêve. Il aimerait bien vivre dans un endroit pareil finalement. C’était grand. Sans doute assez luxueux. Son flair de parasite était réjoui de cette découverte. Peut-être qu’il joindrait l’utile à l’agréable ? Le reste de la nuit lui dirait. Il se connaissait, il essaierait de négocier. Il savait se vendre, il savait se coller aux gros poissons. Il sort son téléphone.

Je crois bien que je suis à ta porte… T’as pas commencé le film au moins ? C’était long de trouver ton trou perdu, l’ermite…” tape-t-il rapidement sur son écran.

Il remet un peu sa veste sur ses épaules, jetant son sac à dos un peu mieux derrière lui. Il a la dégaine d’un lycéen avec son blouson de cuir, son jean un peu troué, son tee-shirt à motif, son bonnet tombant et son écharpe noire. Il ne fait pas son âge. Il le sait. C’est un avantage comme un fardeau. Cela plaît aux vieux détraqués, cela lui coupe parfois des options avec des gars qui lui plaisent plus. Il s’y est habitué. Dans tous les cas, il sait qu’il est plus beau que la moyenne. On lui fermera rarement la porte au nez. Il se construit un sourire un peu moqueur pour attendre son hôte. Quand il lui fit face, il se permit de lancer une boutade.

Si t’as commencé le film, t’as intérêt à le remettre au début. Trouver ton château, c’est l’enfer, Princesse. Surtout quand on est à pieds…
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paranormal ○ walk the line
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MessageSujet: Re: This date is so fuckin' lost (Ilya & Eliott)   Lun 8 Oct - 18:41

La chasse à l'homme sur Grindr obéit à règles qu'il vaut mieux connaître avant de se lancer dans l'arène pour éviter de retentissantes déconvenues. C'est une appli de rencontre gay géolocalisées, alors tous les contacts que l'on peut apercevoir sont relativement proches.  On peut se retrouver "outé" sans préavis, et les commères ne se gênent pas pour sortir leurs smartphones de leur poche à l'heure de l'apéro et comparer la plastiques de leurs prétendants et les remarques faites en privées.
 
Il faut aussi savoir qu'après 25 ans on est vieux. Cherchez pas. Il vaut mieux être un laideron de 24 ans qu'une bombe atomique de 35, même si pour ma part j'ai déjà tâté du fessier flasque de la vingtaine et une carapace d'acier de 45.
 
Au vestiaire la classe, au vestiaire le respect. Au vestiaire aussi l'originalité.
"CC, ca va?... Tu fais quoi? Tu cherches quoi ici? Envie de sexe?" Et blam, des prises de vues sordides sans avertissement, mal cadrées, mal éclairées, mal mises en perspective, sans parler du modèle d'origine... Sans même en connaître le nom ou le visage. Quand on est trop gentil comme moi, on se sent toujours obligé de répondre d'un air crispé, le plus laconiquement possible. Malheureusement beaucoup prennent cela comme une incitation. Ils parlent comme s'ils me connaissaient, comme si on avait gardé les cochons ensemble... sans mettre de photo de profil la plupart du temps. Je me retrouve à parler à un carré gris qui étale des banalités sans nom et espère quoi? Que je me sente flatté par la vue de sa bite? Je parle à visage découvert, je m'exprime en français. La réciproque est-elle impossible? La clarté saupoudrée d'une pincée de mystère.
 
Pourquoi devrais-je perdre mon temps plus longtemps avec ces bêtises? Vous vous imaginez que je sors le soir, je claque un sourire et l'affaire est réglé? Et non, je suis beaucoup plus timide et sélectif qu'il n'y paraît. Il m'arrive de tomber sur des personnalités intéressantes que je n'ai cependant aucunement l'intention de rencontrer. Je suis le roi pour dénicher un psy occasionnel vivant à 200km de distance et lui raconter tous mes petits tracas. Des vrais rencontres, c'est assez rare, finalement.
 
Alors quand Hell vient me parler, avec des compliments fleuris, je prends la peine de l'écouter. Franchement, ce n'est pas trop mon genre de mec. Je les préfère plus mûrs, plus bestiaux, avec un peu de vécu. Mais contrairement aux gens qui s'arrêtent sur un paramétrage mécanique : la taille, le poids, l'âge, l'apparence... je me donne le droit d'être surpris par les personnalités qui s'imposent et ont une valeur ajoutée. Le goût de l'inattendu.
 
Le minet m'intrigue et m'irrite aussi, à me traiter de vieux. Juste pour avoir le plaisir de lui faire ravaler sa morgue en quelques galipettes, je décide de l'inviter au manoir. Osera-t-il seulement venir? Je l'en défie. Certains ne se déplacent pas si cela demande trop d'efforts, 1km est parfois déjà trop. Je suis à 15 bornes en forêt. Sélectif comme je disais.
 
Tout à coup, je ne reçois plus de réponse. Eliott a du se décourager en jetant un œil sur l'itinéraire. J'en retourne à ma cuisine, puis décide d'aller prendre une bonne douche chaude. La soirée est pour moi, puisqu'il abandonne la partie. Je ne compte pas la gâcher, ce serait vraiment jouer les pauvres cloche abandonnée en forêt. Autant prendre soin de moi.
 
Je passe de l'huile d'argan sur mes boucles humides, enfile mon haori en soie japonaise noire, au motif inscrit de grues blanches en plein envol, met autour de mon cou ce chapelet en pierres de lave qui m'apporte toujours tant de réconfort et de densité, puis me sert un vieux Bourgogne dans un grand verre en cristal. A l'aide de ma télécommande domotique, je tamise les lumières, laissant filtrer des faisceaux turquoises et rosés, qui donnent une atmosphère poudrée à mon salon. Je m'avance dans ce grand cube de verrière au design totalement contemporain, blanc et épuré. Il se découpe clairement sur la façade extérieure du bâtiment taillé dans la pierre. Lorsque j'ai acheté le manoir, il était dans un sale état, rongé par l'humidité et en partie effondré. Cette aile avait du être ravagée par un incendie, la mairie avait accepté mes petites modernisations en échange de la sauvegarde du reste de la bâtisse historique.
 
Juste pour mon propre plaisir, je trace un trait noir sous mes yeux pour forcir mon regard d'océan, que je peux contempler dans le miroir aveugle que m'offre l'immense baie vitrée. Je lance une playlist très onirique, achevant de transformer le cube en écrin boréal posé entre les anneaux serpentins du monstre sombre que semble former la forêt tout autour. Et je commence à danser, les yeux mi-clos, je m’enivre lentement, posant dans chaque geste une émotion. Je déroule mes poignets, déverrouille le bassin, sens glisser mes omoplates contre l'étoffe soyeuse, ma tête vagabonde librement en faisant valser mes cheveux dorés devant mes yeux clos. On dirait qu'un magicien m'a placé sous cloche dans les ténèbres pour le plaisir de sa contemplation personnelle. En transe, mes mouvements deviennent peu à peu aussi fluide que l'eau, je projette des ombres sur les murs et dans la forêt, nimbé des faisceaux pastels. Un sentiment délicieux d'indécence parcours mon corps, comme si j'épousais intimement les courbes de l'air, qu'une main invisible m'attirait et me repoussait.
 
Le temps n'existe plus. Tout n'est que vibration. Je rends grâce à la vie.
Le téléphone tremble sur le comptoir de la cuisine, je n'entends pas la notification.
La cloche retentit soudain dans l'entrée, me tirant de ma rêverie sensuelle. Alors comme cela, Eliott avait vraiment décidé de venir en fin de compte.
 
Je descends l'escalier pour ouvrir la porte, appuyant mon avant-bras contre l'encadrement. Mes yeux en amande sont fixes comme deux orbes au milieu de ma peau de lait. Le silence est délibérément plus long que nécessaire. Ce n'est plus Ilya qui fait face à son invité. Du moins, pas celui que l'on peut voir tous les jours arpenter les rues. A mi-chemin entre le courtisan et la femme-renard, mon regard sonde le jeune homme jusque dans ses abysses. J'ai faim. Rien de mémorable à se mettre sous la dent depuis deux bons mois. La livraison est enfin arrivée.
 
-"Tu as finalement trouvé..."murmurai-je d'une voix basse.
 
La tête penchée de côté, je déporte imperceptiblement l'épaule et la hanche pour l'inviter à entrer.
Je le laisse me dépasser, le regard couvant la nuit, puis referme la porte.
 
Bienvenue dans mon univers.
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