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on vous invite à privilégier les fantômes, les djinns et les petits humains
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 afterglow. (vesper)

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MessageSujet: afterglow. (vesper)   Dim 11 Nov - 10:15

« Our shadows are our histories. We drag them everywhere. » anthony doerr

* * *
New York a perdu de sa faconde. Elle babille dorénavant comme n’importe quelle autre ville de son temps, vite et mal. Les chaînes de restauration peinturlurent les grandes artères où, autrefois, se pressaient les gargotes composites, et la moindre devanture criante d’originalité n’est qu’un pâle simulacre collecté dans le panier des extravagances en vogue. Des pas pressés trottent çà et là, vous bousculent, vous piétinent, puis poursuivent leur cavalcade vers la tripaille métallique dont la citadelle n’a toujours pas accouché ; de son temps, le métro de NYC était une chevauchée avec le diable que les plus téméraires – et les plus impécunieux – osaient braver, des cercueils en bois suspendus sur des tisons ardents qui vous menaient, si pas au prochain arrêt, droit dans la gueule des Enfers. Qu’on s’y rue à présent avec autant de zèle que de hâte le surprend à peine. Quelque chose, chez les enfants de cette ère, les rend bruyamment suicidaires. Mad l’attribue à l’ennui. Celui des survivants qui succèdent aux mémoires. Plus rien n’est à faire. Tout a été dit. Il est vrai que l’émerveillement a quitté le genre humain. Le XXIème siècle n’est rien de plus qu’un mol épilogue dans lequel il n’aimerait pas renaître.

« Quinze dollars et cinquante cents. »

Le caissier en face recueille ses deux billets et quelques piécettes sans broncher ni lever le museau. Derrière l’irlandais, une quadragénaire en tenue de travail tente bon gré mal gré de brider sa marmaille sous le regard dédaigneux d’un homme en costume trois-pièces. Ses airs démolissent tranquillement la frêle dignité avec laquelle la mère tente de se draper. La pogne de Mad attrape son paquet dans lequel gisent ses achats – deux sachets de chips goût barbecue pour l’un et poulet pour l’autre, un litre de whisky et des chewing-gums –, tourne talons et se dirige vers la sortie de la supérette. L’un des chiards turbulents galope devant lui malgré les injonctions vociférées de la génitrice à bout, mais la providence, en la grolle du celte, foudroie le marmot qui s’écrase contre le sol crasseux. Une patte roule contre son col et le redresse sans peine. Préméditant la bosse qui ne saurait tarder à sourdre, le front se fend d’une grosse ecchymose. Le garçon commence à larmoyer.

« T’as mal ? »

L’inconnu n’a pas lâché les nippes. Il les serre d’ailleurs si fort que le môme touche à peine le carrelage. Opinant lentement, il observe le géant qui le toise sans trop savoir s’il faut le remercier ou appeler à l’aide. Mais maman est occupée avec ses deux autres furies. Maman ne fait pas attention.

« Tant mieux. C’est ce qu’on récolte quand on n’est pas sage. Obéis à ta mère ou je m’occupe personnellement de ta petite tronche, la prochaine fois. Compris ? »

Oui-oui-oui-oui, qu’elle mime, la tignasse brune. L’imagination infantile faisant fi de toute logique, le trublion se persuade seul de la potentialité dudit scénario, quand bien même il ne connaisse par son croque-mitaine, quand bien même il soit peu probable que le gars le retrouve un jour. Les phalanges relâchent leur proie qui file à reculons puis s’évadent jusqu’à la poche avant du blouson en cuir.

Une cibiche est tirée de son écrin au moment même où la carrure sort dans la nuit tiède. Assis sur le trottoir, le punk n’a pas bougé.

« Hey, j’peux en avoir une ? »

Son faciès maigre indique d’un coup de menton la clope à présent allumée. Mad considère un instant la question derrière le rideau opaque de sa fumée.

« Si tu m’expliques comment ça marche. »

De son jean, cette fois, est tiré un téléphone jetable. Il le tend tout naturellement à son interlocuteur.

« Ça dit que j’ai un nouveau message. »

Les ongles sales s’appliquent sur le clavier de l’engin.

« Ben merde alors, t’as quatre-vingts piges ou quoi ?, la tige s’embrase en camouflant le sourire amer du technophobe, Y a écrit 'Tu fous quoi ?', il lève l’écran à hauteur d’yeux, triomphant, C’est ta meuf, Vesper ? »

Mad grogne un rire.

« On peut répondre avec ces trucs ? »
Putain mais tu viens de quelle planète mec ? Bien sûr qu’on peut…
Dis-lui que j’ai ses chewing-gums. »

Le clavier s’agite.

« Voilà. »

Les objets sont troqués ; téléphone contre paquet. Entre les cigarettes, un billet de 20 a été glissé. Trinque au nom des spectres de cette ville, gamin, ils sont plus radieux que tous les vivants qui y traînent.

* * *

Troisième étage, numéro 23. La clé tourne dans la chambre d’hôtel miteuse. Ouvre. Vesper a dégagé ses affaires sur le canapé deux places en face du pieux.

« Je sors t’acheter à grailler et c’est comme ça que tu me remercies ? », lâche-t-il, désinvolte, en déposant ses emplettes sur la table à manger.

La 23 et son unique lit double était la dernière piaule disponible. Les babines hispides ricanent.

« T’as si peur que ça de succomber à mon charme ? »

Il saisit le paquet de chips goût poulet – une horreur pour le palais, à fortiori lorsqu’on connaît la délectable sapidité d’un cœur encore chaud – et s’assoit à table. Sur la surface plane, quelques photographies de la Seconde Guerre Mondiale jouxtent des notes qui portent alternativement son écriture et celle de Vesper. Demain, la veuve Gibbs recevra leur visite dans son vieil appartement de Brooklyn. Point d’orgue de leur longue enquête ; si les sibyllins indics de Renaud ne se trompent pas, l’aïeule détient un Graal hérité de son époux. Une bible du XIème siècle en cela particulière qu’un certain Robert de Bresse, démonologue fameux, aurait consigné dans les marges des rituels occultes.

« Tu l’as prévenue de notre arrivée ? »

Il en doute. Et préfère peut-être mieux.
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paranormal ○ walk the line
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MessageSujet: Re: afterglow. (vesper)   Mar 11 Déc - 10:25

Juin 2017. Grosse pomme, deux vers.

« G t chwingommes lol »

La tête à l'envers, mes sourcils défient la gravité. Ils se froncent tandis que je me redresse, les cannes nues hors du short en tailleur sur le matelas. C'pas lui qui m'a répondu. Je fixe le sms et un soupire s'échappe, le corps lourd du voyage qui se met à grogner avant de retomber et fixer la fenêtre. New-York.
Je réalise pas, je crois. J'ai du mal à retomber, à me tisser hors du délire qu'est cette foutue réalité. J'ai ce morceau de moi qui s'ourle de bonheur à l'idée de vivre cette calamité de choix qui s'enfilent les uns après les autres comme des perles sur un fil de vie. J'enchaîne, depuis que j'ai mis les pieds dans c'te ville de l'enfer : Blackwater Falls, ses secrets et ses colères. Un peu d'air frais, une pincée d'interdit, un zeste d'aventure et j'oublie, enfin, que ma venue là-bas est pavée de douleurs. Que j'ai le droit à une pause, une manière d'avancer sous d'autres horizons.
Mais y'a l'autre part qui mord, qui culpabilise, qui pense au boulot, à Gabriel, à Maman, qui hurle que j'ai rien à foutre ici, que ce type va m'bouffer toute crue et que j'ai été assez conne pour le suivre dans ses filets bien huilés. Elle tisse, cette part d'ombre, une espèce de carcan qui veut rompre toute adrénaline pour faire ce qui est bon, à savoir, me cantonner à un rôle de prudence. De petite fille. De nana bonne à rester à sa place et qui ne devrait pas trop remuer la merde.
Manque de chance néanmoins, j'ai un penchant certain pour mettre le nez dedans.

Alors les doutes, ils ne durent jamais longtemps. La télé crache trop fort pour que je puisse continuer de me poser des questions, de toutes façons. Avachie par les débilités locales, l'accent et les mots rapides pour attraper l'attention. Y'a du bruit partout. Dans la rue en contrebas, dans le bide qui gronde, dans l'impatience qui rôde et me pousse à m'agiter. Il devrait pas tarder, il a pas spécialement intérêt à m'oublier. Ni me la foutre à l'envers. J'ai la rage qui peut répondre sec, qui peut outrepasser les peurs de finir perdante.

Porte qui s'ouvre au final, la tête est relevée, suricate en bonne et due forme. Pas que je l'attendais lui, c'est la faim qui m'a tenue. Et c'est devant sa remarque quant à ses affaires que je sais que le jeu reprendra, que la sincérité est prête à se cacher pour jouer à 'trappe-trappe, bien protégée dans les sillons d'un sarcasme entendu.
C'est comme ça que je communique. Et c'est plaisant qu'il le comprenne, faut bien l'avouer.

« Râle pas hé, j't'assure une forme de tranquillité, nuance. J'bouge la nuit, tu m'tueras au bout de cinq minutes si tu partages le pieu avec moi. »

Même pas un mensonge. Ce serait pas le premier mec à qui je céderais un bout de lit sans peur ni reproches. Je laisse rien passer, ni charme ni fadaises de minette sur le fil. C'est comme dormir avec un congénère frigide, une forme de garçon glaçon. Sauf que bah, ouais, la reine des glaces, elle fout des pains en plein cauchemar et le loubard a besoin de récupérer. Bien pour ça que je roule des yeux avant de me redresser, parce que sa phrase suivante cogne dans les coins de la beauferie fascinante. T'es pas comme ça, avoue-le. Tu veux te marrer avec moi, pas à mes dépens. Tu l'aurais d'jà fait, sinon.

J'éteins finalement la télé, arpente l'espace qui nous séparer, et saute à ses côtés sur le canapé, l'air fier d'une gamine trop imprudente et à l'ego bien brossé :

« ... J'sais que j'suis ton fantasme absolu, mais t'manques de nibards pour me plaire pleinement, Maddock... Allez, file-moi ça ! »


Vieux rire gras. Je suis un camionneur qui vient de lui subtiliser le paquet de chips pour le mettre entre nous et plonger ma main dedans. Les arômes chimiques de poulet braisé sont bien meilleurs après autant d'attente. Un coup d'oeil sur mon portable quand il fixe la table, sur laquelle je croise mes pieds tout de chaussettes vêtus quand un espace vide se présente à eux.

« Au fait, t'as bouffé un thread twitter de rageux en manque pour écrire aussi mal ? »

Je lui montre le prix nobel de littérature qu'il m'a envoyé en guise de réponse avant de pouffer, une minute d'attention consacrée à sa question. Tête secouée, épaules haussées. Ils viennent pas avec des pincettes, dans les films de paranormal.

« Hm ? Nan. Pour qu'elle se casse fissa avec ce qu'on est venus chercher ? Pas une bonne idée, s'tu veux mon avis. On s'en tient à ce qu'on a dit, on débarque, tu fais l'expert en vieilleries et moi, uh... l'mauvais flic qui cogne si ça s'passe mal ? »


Simplicité mise en forme, duo des bas-fonds qui se forme. Naturel, pour sûr. Surnaturel mis à mal devant les trouvailles. Je sais pas ce que Maddock fait de tout ça, et très sincèrement, j'en ai rien à foutre. Tout ce que je sais, c'est que ça peut m'aider. D'une certaine manière. Avoir un pied dans le réseau, grappiller les infos. Et trouver toutes les clefs qu'il me manque pour pardonner.
Le regard qui se perd sur la grande fenêtre qui découpe la grande ville pleine de grandes possibilités. Les capitales ont cet avantage de nous conforter dans l'anonymat. C'est pas si mal, d'être personne, parfois.

« ... Ça a l'air vraiment aussi grand qu'on l'dit... »

Bouille pensive, à fixer les lumières des immeubles comme une flopée d'étoiles qui n'attendent que le ciel à gratter. Les pensées en branle, maintenant que tout est dit.

« T'es déjà v'nu dans c'te ville ? »

Agrémenter les sujets, distiller les mots, préparer le terrain pour demain.
C'est comme ça que je marche. Je recule pas, jamais.
Parce que penser aux regrets, c'est donner de l'avenir en pâture au vide.
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