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on vous invite à privilégier les fantômes, les médiums et les immunisés psychiques
nous sommes présentement en août 2017. c'est pluvieux et humide, prévoyez vos cirés.
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 (hurts like hell), ismain.

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MessageSujet: (hurts like hell), ismain.   Mar 8 Mai - 5:22

C’est une belle soirée d’août, pas trop humide mais pas trop fraîche. Elle aurait du enfiler une veste pour réchauffer ses épaules dénudées, mais la brise lui fait du bien alors qu’elle se dirige vers le lieu de rendez-vous. Profitant de ses heures libres, elle a décidé de se faire belle pour Ismael - c’est loin d’être nécessaire mais elle en avait envie. Cheveux coiffés, léger maquillage posé, camisole rouge et jeans noirs enfilés, elle a terminé le tout avec ses bottines qui résonnent contre le trottoir. Le bar n’est pas trop loin, mais elle se laisse absorber par la soirée, marchant lentement. Elle est d’avance de toute façon, Ismael ne termine pas avant 10 heures. Alors qu’elle passe la facade d’un café, les lèvres de Rain s’étirent en un discret sourire. One night. Just the both of us. Nothing else, no one else, just the both of us. Les paroles d’Ismael résonnent dans sa tête, et elle se laisse envelopper par le doux souvenir de leurs deux corps soudés, elle qui caresse sa peau, lui qui touche ses cheveux. L’idée lui avait atrocement plu, et encore là elle sent une fébrilité dans son estomac. Une éternité qu’elle n’a pas passé de soirée de ce genre. Elle se sent légère, malgré le léger tremblement dans ses doigts qui trahissent le manque, Rain se sent bien mieux, pour la première fois depuis bien longtemps. Elle ignore les regards et le gars qui l’appelle avec un sourire en coin, elle ne pense qu’à Ismael, Ismael et leur soirée. Oublier tout ce qui ne va pas, Dylan, Hestia, l’organisation, tout ça foutu en l’air le temps de se regarder dans le blanc des yeux et d’être jeunes et amoureux. Rain jette un bref regard à la pancarte annonçant le bar avant d’y entrer, son regard glissant sur les lieux. Il y a du monde à l’intérieur, il n’y a pas de terrasse. La musique jazz résonne, et elle sourit. Typiquement le genre d’endroit au musicien. Ça lui réchauffe le coeur alors qu’elle se dirige vers le bar. D’avance mais pas trop, elle a le temps de se commander un verre avant que le brun n’arrive de son quart. Elle s’assied au bar, l’imaginant trompette à la main, songeant si lui aussi pense à elle alors qu’il joue. Le barmaid prend sa commande, et elle demande instinctivement son whisky habituel. Ferme les yeux alors que la barmaid s’éloigne. Just one drink, Rain. Just one drink.

Just one.


Rain baisse les yeux vers son verre à moitié vide. Il est dix heures passés, presque dix heures et demi. Ismael n’est pas là. Ce n’est pas son premier verre. C’est son deuxième. Non, son troisième - ou alors le quatrième ? No clue. Fuck. What’s your fucking problem ? Elle relève les yeux vers l’horloge, le hoquet au bord des lèvres, le sourire latent. Il est juste un petit en retard, ce n’est pas grave. Peut-être que le spectacle a duré plus longtemps, qu’il a été retenu, qu’il oublié - non. Ismael n’oublierait pas. Et il ne se défilerait pas. Ce n’est pas un lâche. Unlike you. Une moue se glisse sur ses lèvres. Elle termine son verre et en commande un autre. Ça s’enfile comme du petit lait, mais la barmaid ne pose pas de questions. Elle n’a pas le temps, elle est débordée. Son collègue est un bon à rien qui passe plus son temps à flirter avec les clientes que faire son boulot. Rain l’a déjà rembarré voilà une vingtaine de minutes. Elle ferme les yeux, et le monde tangue. Elle a trop bu, beaucoup trop bu, elle était censée attendre Ismael. Elle n’aurait pas du commencer la soirée sans lui. Mais bon, il pourra simplement la rattraper, n’est-ce pas ? Et ils finiront main dans la main, le sourire aux lèvres, et il la regardera, et elle le regardera, et ils s’aimeront. Dix-heures et demi, Ismael n’est toujours pas là. Rain continue de boire, comme elle le faisait tous les soirs avant que le musicien ne débarque à Blackwater Falls. Elle ne réalise pas tout ce qu’elle boit, ne pense pas à ce qu’elle fait, you’re a drunk, Rain, face the facts. Mais elle ne faut qu’hausser les épaules, ce soir ils veulent vivre, alors elle va boire, quand même. Malgré sa détermination, quelque chose se creuse dans ses tripes, une sensation qu’elle n’aime pas du tout. L’instinct qu’elle est en train de commettre une grossière erreur, qu’elle regrettera tout ces verres, ces verres qu’elle n’a pas su compter comme une grande fille. Pathetic.

Finalement, la silhouette d’Ismael apparaît. Elle le voit flou, mais c’est bien lui, elle saurait le reconnaître entre milles. Le sourire s’étire sur ses lèvres, et elle espère qu’il la trouvera belle. Only for you, baby. Elle le laisse approcher, l’observe avec un sourire. So fucking handsome. « Hey, baby » qu’elle lui dit lorsqu’il est à portée de voix, et elle vient glisser sa main sur sa chemise, se redressant pour lui voler un baiser. Appuyé et bref, elle savoure le goût familier de ses lèvres avant de se laisser retomber contre le banc. « You’re late, y’know. » Mais son sourire indique bien qu’elle n’est pas fâchée, elle n’est même plus sûre de l’heure qu’il est. Reprend son verre d’un geste automatique, prend une gorgée. « I’ll get you a drink » acquiesce-t’elle, levant la main pour attirer l’attention de la barmaid. So our night can begin, baby. So we can be together, tonight. Be young and alive and in love. Be all the things they don’t want us to be. What do you say, baby ?

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MessageSujet: Re: (hurts like hell), ismain.   Mer 9 Mai - 19:00

▼▲▼

Ils s'étaient dit dix heures. Ça n'aura pas dû être une minute avant, ni une minute après. Mais comme d'ordinaire, il n'avait pas pu compter sur son gig pour se terminer à temps. Il avait fallu qu'on réclame davantage de morceaux, dans une soirée déjà trop longue et trop difficile à traverser. Tout s'était mal déroulé. Le pianiste avait mis trop longtemps à trouver son ton — un débutant, quelqu'un qu'on leur avait refilé en leur jurant qu'ils n'auraient aucun souci. La première heure avait été hésitante, et pour la première fois depuis longtemps le Drake s'en était retrouvé irrité. Impatient, sachant qu'avec la tournure que prenait la soirée il leur faudrait jouer plus longtemps — sachant qu'il serait en retard pour le rendez-vous qu'il avait fixé à Rain, et qu'il n'avait plus de batterie sur son téléphone pour la prévenir.

C'était les nerfs à fleur de peau qu'il était finalement ressorti du bar, sa trompette dans son étui, prêt à rejoindre au plus vite le lieu où il avait demandé à Rain de le retrouver. Mais la soirée n'était pas destinée à se dérouler comme il le voulait — et il avait commencé à le comprendre lorsqu'un type s'était approché pour lui demander la valeur de sa trompette. S'imaginait qu'un gamin d'une tête de moins que lui ne mettrait pas longtemps avant de lui céder son instrument, s'il le menaçait avec suffisamment d'acharnement. Ça ne s'était pas fait, et un solide coup dans la trachée lui avait suffi pour reconsidérer son approche, et finalement s'en aller. Puis, Ismael s'était immobilisé. Planté au milieu de la rue, ses phalanges blanchissant sous la pression qu'il exerçait autour de la poignée de son étui. Il avait senti la lumière de la lune sur ses traits, et il avait fermé les yeux. Calme-toi. Il ne pouvait pas se laisser aller maintenant. Il lui fallait retrouver sa tranquillité — le même sang-froid qui lui avait permis de contrôler son don, durant toutes ces années. Sinon, dans l'état où il était aujourd'hui, ce serait le loup qui s'exprimerait, et il ne pouvait se permettre de le laisser gâcher le reste de la soirée. Pas alors que Rain l'attendait, à quelques rues de là seulement.

Rain. Elle serait la seule capable de l'apaiser. La seule capable de le remettre dans un état où personne ne risquerait rien. Son sourire, son regard. La douceur de sa peau et de ses baisers. Elle seule pouvait le faire. Et il lui fallait la retrouver.

En quelques minutes à peine, il rejoignit le bar où elle était censée l'attendre. Lorsqu'il entra, son regard parcourut rapidement la salle. Coeur battant, il la repéra enfin. Belle. Si belle. Elle avait arrangé ses cheveux, ses vêtements. Avait appliqué une légère couche de maquillage sur ses traits. D'une beauté douce et sauvage — exactement comme durant toutes ces années où ils s'étaient fréquentés. Et son coeur s'accéléra alors qu'il s'approcha. Un sourire soudainement suspendu aux lèvres, les yeux ne quittant pas la silhouette de Rain. « Hey baby. » Elle lui sourit aussi. Il n'a même pas le temps de la saluer qu'il arrive à sa hauteur. Laisse son étui tomber sur la banquette face à elle, alors qu'elle attrape sa chemise pour se redresser, et l'embrasser. Enfin.

Il voudrait s'excuser. Voudrait lui dire qu'il a tout fait pour arriver à l'heure, et qu'il est content de finalement être à ses côtés. Qu'elle est tout ce dont il a besoin, tout ce qu'il souhaite. Pour continuer à avancer, retrouver le goût de vivre et d'exister. Retrouver ce bonheur qui avait un jour existé.

C'est bref. Trop bref. Mais c'était suffisamment long pour qu'il puisse sentir le goût trop prégnant de l'alcool. Des vapeurs qui se faufilent jusqu'à ses sens trop développés depuis sa transformation. L'haleine de Rain qui rejoint ses narines, alors qu'elle reprend la parole. « You’re late, y’know. » Il faudrait qu'il lui réponde. Qu'il s'excuse. Mais contrairement à la petite Crawford, son sourire a fané. Il l'observe, cherche la réponse dans ses yeux. Ce qui justifierait ce verre qu'elle reprend immédiatement en main. Son état déjà ivre, alors que leur soirée n'avait même pas encore commencé. Et il reste planté là, incapable de dire quoi que ce soit. La regarde boire, et une soudaine nausée rejoint l'irritation qui lui serrait déjà la poitrine. Son coeur continue de battre la chamade, mais il s'est alourdi. Dans ses yeux, l'excitation a disparu. Et lorsqu'elle fait signe à la barmaid, il ne peut s'empêcher de secouer la tête. « I’ll get you a drink. » « No. » Le mot est lourd, lui serre la gorge. Il sait qu'il ne devrait pas réagir comme ça. Que ce n'est pas de ça dont Rain a besoin. Elle a besoin qu'on l'aide. Qu'on comprenne son mal, et qu'on fasse ce qu'il faut pour l'en guérir. Mais à cet instant précis, il ne le peut pas. Il aurait besoin qu'elle le soutienne en retour, et elle est dans l'incapacité de le faire. Elle est déjà soûle, et il vient à peine d'arriver. Une demi-heure de retard n'excuse rien. Pas cette fois. « I don't want a drink. » Il sent la boule se former dans sa gorge, et une étrange envie de pleurer qui grimpe le long de sa poitrine, s'immisce dans ses yeux. « I think you already drank enough for the both of us. » Et il déteste déjà les mots qui viennent de sortir de sa bouche. Il a pourtant été incapable de les retenir. Incapable de mentir. Ce soir n'était pas le soir, et Rain venait de boucler le tour des mauvaises nouvelles.

Il ne veut pas lui faire de scène, mais il est incapable de bouger autant que de s'en aller. Sortir voudrait dire s'exposer à laisser les émotions négatives l'envahir, et risquer de se transformer. Il ne pouvait pas se le permettre. Le refusait. Ici, il était obligé de se calmer. Obliger de regarder Rain, et de ne pas la laisser seule en proie aux démons qui venaient de la forcer à gâcher leur soirée. En restant là, il avait peut-être encore une chance de s'en tirer. « Why did you have to do that, baby ? » Ça lui déchire le coeur, et c'est largement imprimé sur ses traits. Une douleur qu'il ne peut plus retenir, et qui se déverse dans ses phrases sans lui laisser la moindre chance de l'atténuer. « I know I'm late, I'm sorry I am, but... Why did you have to drink that much ? Again ? » Il sait pourquoi. Sait qu'elle ne peut pas s'en empêcher. Mais ce soir, il en aurait eu besoin. Juste un effort de sa part. Juste pour leur soirée.

Il ferme un instant les yeux. Sa main qui se pose sur le dossier de la banquette face à celle de Rain. Et il secoue la tête. Rouvre les paupières. « I'm sorry, I know it's not fair, but... » Il déglutit. La fixe. Mots-couperets, et il ne peut les taire autant qu'il souffre de les lâcher. « I was having such a shitty night, and I hoped for a second that you could help me get through it. » Il essaie de décoller ses doigts de la banquette. Mais les reflux d'émotions négatives continuent de le terrasser, et il a de plus en plus de mal à les canaliser. De plus en plus de mal à regarder Rain sans craquer. « I'm sorry. I don't want to put that on you. It's just... » Une inspiration pénible. Il secoue la tête. L'eau non loin de ses yeux, la douleur au creux de la poitrine. « I'm not sure how much I want to deal with all that tonight. » Je suis désolé, Rain, je suis tellement désolé. J'ignore quoi faire avec ça. J'ignore quel comportement à adopter. Mais je ne peux pas.

Ce soir, je ne peux pas.
Pardonne-moi.

(c) blue walrus

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MessageSujet: Re: (hurts like hell), ismain.   Mar 22 Mai - 4:47


Elle ne remarque pas qu’Ismael ne sourit plus. Ne remarque pas que son sourire a lui fané à l’instant où leurs lèvres se sont trouvées, que quelque chose vient de se briser. Dans son ivresse, dans sa fébrilité, Rain ne voit rien de tout ça. Elle est déjà loin dans ses espoirs, dans ses rêves pour la soirée. Elle et Ismael contre le monde, comme ça l’a si longtemps été. La solitude des dernières années l’a écrasée, et elle place déjà trop d’espoir en cette soirée, que tout va s’arranger, Ismael est là, tout va bien se passer. L’alcool l’empêche de penser correctement, de rationaliser ce qu’il faudrait, de songer à tout ce qui doit encore être dit, à tout ce qui a le risque de les détruire pour de bon. Ce soir, Rain n’a pas envie de penser à tout ça, elle veut juste être jeune, elle veut juste être amoureuse d’un beau musicien, lui tenir la main et lui appartenir, qu’il n’y ait qu’eux, ce soir, cette nuit. Sa main se lève pour attirer l’attention de la barmaid, et son sourire est fébrile, celui d’une gamine le matin de Noël. Elle ne remarque pas, sur le coup, le changement dans l’air, comment tout est devenu froid, comment le contact s’est refroidi aux effluves d’alcool qu’Ismael a senti en s’approchant d’elle. Rain égarée dans son illusion, Rain perdue dans son alcoolisme, qui ne réalise même pas ce qu’elle a fait, ce qu’elle est en train de faire, ce que tout ça va causer, que tout est déjà en train de se briser, sans même qu’elle ne le voit. Ne réalise pas qu’elle a tué leur soirée en commandant son premier verre. « No. » Il faut la voix d’Ismael pour la ramener à la réalité, pour la tirer hors de ses fantasmes, pour lui arracher les plumes des ailes et la faire s’écraser dans la noirceur du présent. Son sourire disparaît quand son regard croise celui du jazzman, sa machoire serrée, son regard déçu. Déçu. La main de Rain retombe sur sa cuisse. Le monde part en vrille, et elle a déjà envie de pleurer. Elle ne comprend pas, a envie de hurler, qu’est-ce que j’ai fait, pourquoi il la regarde comme ça, pourquoi a-t’il l’air d’avoir le coeur en miettes ? Pourtant elle est là, ils sont là tous les deux, leur soirée peut commencer, elle s’est fait belle pour lui, et y’a tout l’alcool qu’il leur faut pour - Rain. Rain, réveille-toi.

« I don’t want a drink. » Balle en pleine poitrine, qui lui déchire l’estomac et fait couler le sang. Rain fixe Ismael, sous le choc, yeux ronds, vitreux. « I think you already drank enough for the both of us. » Balle en plein coeur. Rain vacille, cligne des yeux. Regarde Ismael, l’incompréhension qui déchire ses traits. I don’t understand. Elle ne comprend pas son regard froid, ne comprend pas son ton glacial, ne comprend pas pourquoi la tendresse a disparu, pourquoi il n’est pas content de la voir, pourquoi tout est en train de tomber en ruines, pourquoi il fait soudainement aussi froid, pourquoi elle a soudainement aussi mal au coeur. Wait, please, wait, don’t say that. Pourtant les mots ne quittent pas ses lèvres, elle balbutie dans le vide, ses yeux se remplissent de larmes chaudes et douloureuses, le hoquet est au bord de ses lèvres. No, it was not supposed to be like that. Elle essaie de trouver les mots, mais Ismael la devance, tirant à nouveau, et c’est la balle de trop. « Why did you have to do that, baby ? » Rain serre les poings. Baisse les yeux. Les larmes glissent sur ses joues. Des larmes de crocrodiles, qu’elle ne contrôle pas, qu’elle réalise à peine. Des joues de gamine, de gamine qui a fait une connerie, réalisant que c’est trop tard, it’s too late now. See what you’ve done, Rain ?

« I know I’m late, I’m sorry I am, but… Why did you have to drink that much ? Again ? » Rain ferme les yeux, il remue le couteau dans la plaie, et elle a soudainement envie de lui hurler dessus, qu’il arrête, qu’il arrête de dire ça, qu’il arrête de parler, elle n’est pas venue pour ça, elle ne s’est pas mis belle pour ça. Elle garde les yeux baissés, machoire serrée, ses poings dissimulés sous la table, le coeur en lambeaux. « Don’t - don’t say that. Please - just - just sit down. » Mais elle n’est même pas certaine qu’il l’entende, sa voix est trop faible, trop pathétique. Elle n’a pas envie de se mettre en colère, pas contre lui, pas ce soir. Mais ses mots font mal, ses mots n’ont pas lieu d’être, just stop, stop, stop. Sit down and kiss me, sit down and smile at me, sit down and tell me you love me. Mais il ne s’assoit pas, il reste debout, il pose sa main sur la banquette, Rain a l’impression d’être la mauvaise élève à qui on fait la leçon. « I’m sorry, I know it’s not fair, but... » Elle relève les yeux soudainement, les dents serrées. No, it’s not. La colère commence à gronder dans sa poitrine, et elle n’aime pas ça. Pourtant Ismael a raison, et elle le sait, et c’est peut-être pour ça que ça l’enrage autant, Rain qui n’aime pas se faire dire ses quatre vérités, Rain qui ne veut pas faire face à la réalité. Leurs regards sont accrochés l’un à l’autre, la Crawford attend le verdict. « I was having such a shitty night, and I hoped for a second that you could help me get through it. » Ses lèvres se plissent. Ça gronde à l’intérieur. La tempête qui se prépare. « I’m sorry. I don’t want to put that on you. It’s just... » Serre les poings. Essaie d’ignorer les larmes qui piquent le coin de ses yeux, la vague qui pousse le mur de vitre, qui craque, encore et encore, menaçant de se fracasser à chaque instant. « I’m not sure how much I want to deal with all that tonight. »

Le verre se brise.

Rain plisse des yeux, regarde Ismael. Son regard est noir, soudainement, plus noir qu’il ne l’a jamais été. Lèvre retroussée, comme un animal en furie, malgré les larmes sur ses joues, malgré son corps vacillant même assis. « Yeah ? Well you can fuck off, then. » Ça déborde d’amertume, mais ça n’arrive pas à être vraiment haineux. Ça tremble trop, ça suinte du coeur brisé de Rain, du désespoir de son âme, de tout ce qu’elle contient depuis trop longtemps. « If you really don’t care, just leave. We’ll go our separate ways, just like we did before. That worked out well for you, didn’t it ? » Elle essaie de faire sortir le venin, s’en fiche de le provoquer, elle a trop mal, elle saigne de partout, en silence, ses poings tremblent, ses ongles s’enfoncent dans sa peau. « You have no idea the shit I go through every day, the shit I went through when you were gone, you don’t even know why I drink so fucking much, so don’t act like you know what’s best for me ! You weren’t there ! You have no fucking right to judge me ! » Le ton monte, et elle se relève d’un bond, son visage enragé près d’Ismael, les larmes qui débordent toujours. « So what if I had a few drinks before you came ? Why does it even matter ? I’m here, I just wanted to spend some fucking time with you, I would’ve taken care of you, and you decide that you don’t want to anymore, because you’re tired of me ? » Le sanglot lui échappe avant qu’elle ne puisse le rattraper. « Aren’t you tired of breaking my fucking heart ? » Elle empoigne son verre, qui se déserve à moitié sur la table sous la violence du geste. « Well, fuck you, Ismael. Fuck you. I’ll go find someone who will actually want to spend time with me. The actual person that I am, not the person they want me to be when it suits their fucking mood. »

Le regard reste. « See you round. » Vipère. Et alors elle tourne les talons, part comme une tempête. Se dirige vers le bar, elle ne sait même pas ce qu’elle va y faire, elle sent juste son coeur se briser en mille morceaux, son corps tanguer à droite et à gauche et dans tous les sens. Rain qui ne se maîtrise plus, Rain qui ne sait plus quoi faire de son amour déchirant pour Ismael, qui n’avale pas son rejet, mais qui le comprend, et c’est la honte qui la pousse à hurler, la honte de ne pas être celle qu’elle voudrait être pour lui, la honte d’avoir été démasquée.

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MessageSujet: Re: (hurts like hell), ismain.   Mer 23 Mai - 6:00

Il avait tenté d'ignorer les larmes qu'il faisait couler. Le coeur qu'il était en train de briser, la vie qu'il s'acharnait à rendre compliqué. Il avait voulu respirer, l'espace d'une soirée. S'asseoir à ses côtés, et s'autoriser à exister pour ce qu'il était. Loin des besoins financiers qui lui tombaient sur le dos. Loin de la colère de Leora, et de l'impossibilité de lui dire toute la vérité. Loin des problèmes de Rain, aussi. Repousser les limites de leur tolérance. Oublier ce que le monde leur infligeait, et recréer la bulle qu'ils avaient si longtemps partager. Il n'avait rien voulu d'autre. Toute la soirée, la pensée lui avait permis de survivre aux difficultés. De les outrepasser, et de conserver un calme qu'il savait précaire. Mais voilà qu'une goutte d'alcool avait suffi pour faire déborder un vase qu'il ignorait être plein. Voilà que Rain avait bu un verre, puis deux. Voilà que le monde tanguait autour d'elle, et qu'elle ne pouvait plus l'embrasser sans que son haleine ne témoigne de ce qu'elle avait ingéré. La douleur était trop forte pour l'ignorer. Le désespoir, trop profond pour être occulté. Il n'avait pu empêcher son coeur de se briser. Sa langue de se délier. Les mots trop francs, trop cruels, de passer ses lèvres. Et si une part de lui regrettait chaque syllabe prononcée, l'autre savait que le temps de percer les abcès était arrivé. Que ce n'était ni le lieu, ni le moment — mais comment retenir une âme fêlée de finalement imploser, lorsque le choc de trop était arrivé ?

Les mots tombent, les mots blessent. Et il sent la colère de Rain grandir, prendre le pas sur les larmes. Ne peut pourtant s'empêcher de continuer. De regretter chaque mot passant, chaque phrase coulée. Et quand la sentence tombe, il sait qu'il l'a méritée. Sait que son heure est passée. Que sa chance s'est envolée. Que la vie leur a, une fois de plus, filé sous le nez. Et que, cette fois, ils n'ont pas été capables d'accorder leurs violons pour être capables de la rattraper. Capables de l'arranger. Capables de s'en tirer. « Yeah ? Well you can fuck off, then. » La boule au fond de sa gorge se densifie soudainement. Les larmes, elles, restent bloquées avec. Refusent de grimper plus haut, de rejoindre ses yeux et de couler. Pas face à elle. Pas maintenant. Mais plus que le chagrin rageur et latent, c'est sa propre colère qui l'inquiète. Sa frustration de voir la soirée tourner court. Son envie de hurler sa haine au monde. De cogner le premier connard passant à ses côtés, et de briser tous les meubles qui se trouvaient à sa portée. L'envie de ficher son poing dans le mur, de sentir ses phalanges se briser. De se reconnecter à la réalité par une douleur physique — vraie. Mais il ne le peut pas. Il le sait. Pas alors que la lune est levée. Pas alors que le moindre glissement de terrain ferait débouler une part de lui qu'il s'évertuait à garder cachée.

« If you really don’t care, just leave. We’ll go our separate ways, just like we did before. That worked out well for you, didn’t it ? » Il a baissé les yeux. Chaque mot le cueille dans l'estomac, avec une précision redoutable. Et il secoue la tête. Murmure, la main se crispant sur le dossier de la banquette. « Don't. Don't say that. » Ça n'a aucun impact. Il le sait — aurait pu le prédire. Il ne parle pas assez fort. N'a pas le coeur assez solide pour s'opposer au venin qu'elle lui crache. Aux vérités qu'elle tente de cerner, et qu'elle ne fait qu'effleurer. Il ferme les yeux. Tente de calmer son souffle qui se fait saccadé, la douleur de son coeur qui le pousse peu à peu dans des retranchements qu'il voulait à tout prix éviter. Mais c'est trop. Trop pour lui. Elle s'acharne. N'arrête pas. Ne le peut pas. Malgré la poitrine qui se secoue devant elle, malgré les paupières crispées pour tenter de fuir le regard meurtrier qui l'aurait fait déraper. Arrête, Rain. Arrête, avant qu'il ne soit trop tard. « ... and you decide that you don’t want to anymore, because you’re tired of me ? » Il se met à secouer la tête. Les dents serrées, les mâchoires contractées. L'envie de frapper violemment la table, pour la faire retourner à la raison. L'envie de gerber son mal-être de la soirée. « Stop. » Ça n'a aucun effet. Aucun. Et elle poursuit, cruelle et vengeresse. « Aren’t you tired of breaking my fucking heart ? »

Et soudain, il rouvre les yeux. La vérité qui le frappe de plein fouet. La nausée qui a surpassé tous les mots qu'il aurait aimé prononcer. Qui a bloqué sa gorge, sa trachée — l'empêche de respirer. Stop, Rain. Stop. « Well, fuck you, Ismael. Fuck you. I’ll go find someone who will actually want to spend time with me. The actual person that I am, not the person they want me to be when it suits their fucking mood. » Un vertige. Il ne réagit même pas, lorsqu'il la voit renverser la moitié de son verre sur la table en l'attrapant pour se relever. Et il n'a plus de mots pour protester. Plus de forces pour s'opposer à son départ empressé. Toute son énergie est concentrée sur la bête qui, au fond de lui, laboure sa volonté de ses griffes d'acier. « See you round. » Malgré la cruauté des mots, ils lui arrivent enveloppés de coton. Déconnectés de la nouvelle réalité contre laquelle il luttait, mais qui était en train de gagner. Un combat injuste, dans lequel il n'avait aucune chance de s'en tirer. Son entraînement à maîtriser son don était une chose. Retenir la bête de débouler, tout crocs dehors, en était une autre. Et Rain n'est plus là pour l'aider. Rain n'est plus là pour le raccrocher au monde tangible. Monde des priorités, monde des sourires et de la tendresse échangée. Rain est partie. Il l'a cherché. Rain n'est pas là pour lui. Pour ça, elle ne l'a jamais été.

Seul. Seul comme il l'est depuis la première transformation. Seul dans sa malédiction. Seule dans cette nouvelle réalité, qu'il peinait encore à accepter.

Seul dans son segment de bar. À tomber sur la banquette, assis. Les yeux qui se ferment à nouveau, les poumons qui tentent de réguler sa respiration pour aider son esprit à retrouver le calme nécessaire pour contenir la bête.

Rien n'y fait. Quelques secondes passent, et le déchirement de ses tripes se fait de plus en plus pressant. Il ne pourra plus l'éviter. C'est trop tard, et il le sait.

Bondir sur ses pieds. Attraper l'étui de sa trompette. Ne pas se soucier de Rain, partie chercher une autre compagnie au bar. Se cogner contre les tables. Les chaises. Quitter le bar en coup de vent.

Tituber, dans la rue. Essayer de mettre le plus de distance possible entre lui et le cimetière de sa soirée. Entre lui et elle. Il ne faut pas prendre le risque de la croiser. Il faut la protéger. Il faut fuir. Toujours plus loin. Toujours plus vite. Essayer de quitter la ville. Essayer de quitter le quartier. Essayer de quitter la rue.

Trop tard pour quitter la ville.
Trop tard pour quitter le quartier.

Il tourne dans la rue suivante, avale quelques mètres. Cogne la brique, s'y brise le poing. La douleur ne parvient pas à le reconnecter à la réalité, ou à repousser la fureur de la bête qui lui laboure les tripes. C'est terminé.

L'étui qui se fracasse au sol, s'ouvre sous le choc. L'héritage de son père n'en sort pas. Et le tout reste là.

Les os qui se brisent. Le corps qui se tord.
Un grognement, glissant vers un cri qu'il parvient pourtant à étouffer, en un dernier effort de volonté. Ne pas l'alerter. Ne pas la mettre en danger.

La conscience s'estompe. Le monde noircit.
Il a échoué. Ce n'est plus son tour de régner.

L'heure de briser les coeurs est passée.
Le temps est désormais venu de les arracher.

(c) blue walrus

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Give me all your true hate and I'll translate it in our bed, Into never seen passion, never seen passion. That is why I am so mad about you. ❊ ❊

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(hurts like hell), ismain.

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