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on vous invite à privilégier les fantômes et les petits humaiiiiiiins
nous sommes présentement en automne 2017 (septembre, octobre, novembre) I love you
RH célèbre ses deux ans ! merci à tous, on vous aime !

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 (hurts like hell), ismain.

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MessageSujet: (hurts like hell), ismain.   Lun 7 Mai - 23:22

C’est une belle soirée d’août, pas trop humide mais pas trop fraîche. Elle aurait du enfiler une veste pour réchauffer ses épaules dénudées, mais la brise lui fait du bien alors qu’elle se dirige vers le lieu de rendez-vous. Profitant de ses heures libres, elle a décidé de se faire belle pour Ismael - c’est loin d’être nécessaire mais elle en avait envie. Cheveux coiffés, léger maquillage posé, camisole rouge et jeans noirs enfilés, elle a terminé le tout avec ses bottines qui résonnent contre le trottoir. Le bar n’est pas trop loin, mais elle se laisse absorber par la soirée, marchant lentement. Elle est d’avance de toute façon, Ismael ne termine pas avant 10 heures. Alors qu’elle passe la facade d’un café, les lèvres de Rain s’étirent en un discret sourire. One night. Just the both of us. Nothing else, no one else, just the both of us. Les paroles d’Ismael résonnent dans sa tête, et elle se laisse envelopper par le doux souvenir de leurs deux corps soudés, elle qui caresse sa peau, lui qui touche ses cheveux. L’idée lui avait atrocement plu, et encore là elle sent une fébrilité dans son estomac. Une éternité qu’elle n’a pas passé de soirée de ce genre. Elle se sent légère, malgré le léger tremblement dans ses doigts qui trahissent le manque, Rain se sent bien mieux, pour la première fois depuis bien longtemps. Elle ignore les regards et le gars qui l’appelle avec un sourire en coin, elle ne pense qu’à Ismael, Ismael et leur soirée. Oublier tout ce qui ne va pas, Dylan, Hestia, l’organisation, tout ça foutu en l’air le temps de se regarder dans le blanc des yeux et d’être jeunes et amoureux. Rain jette un bref regard à la pancarte annonçant le bar avant d’y entrer, son regard glissant sur les lieux. Il y a du monde à l’intérieur, il n’y a pas de terrasse. La musique jazz résonne, et elle sourit. Typiquement le genre d’endroit au musicien. Ça lui réchauffe le coeur alors qu’elle se dirige vers le bar. D’avance mais pas trop, elle a le temps de se commander un verre avant que le brun n’arrive de son quart. Elle s’assied au bar, l’imaginant trompette à la main, songeant si lui aussi pense à elle alors qu’il joue. Le barmaid prend sa commande, et elle demande instinctivement son whisky habituel. Ferme les yeux alors que la barmaid s’éloigne. Just one drink, Rain. Just one drink.

Just one.


Rain baisse les yeux vers son verre à moitié vide. Il est dix heures passés, presque dix heures et demi. Ismael n’est pas là. Ce n’est pas son premier verre. C’est son deuxième. Non, son troisième - ou alors le quatrième ? No clue. Fuck. What’s your fucking problem ? Elle relève les yeux vers l’horloge, le hoquet au bord des lèvres, le sourire latent. Il est juste un petit en retard, ce n’est pas grave. Peut-être que le spectacle a duré plus longtemps, qu’il a été retenu, qu’il oublié - non. Ismael n’oublierait pas. Et il ne se défilerait pas. Ce n’est pas un lâche. Unlike you. Une moue se glisse sur ses lèvres. Elle termine son verre et en commande un autre. Ça s’enfile comme du petit lait, mais la barmaid ne pose pas de questions. Elle n’a pas le temps, elle est débordée. Son collègue est un bon à rien qui passe plus son temps à flirter avec les clientes que faire son boulot. Rain l’a déjà rembarré voilà une vingtaine de minutes. Elle ferme les yeux, et le monde tangue. Elle a trop bu, beaucoup trop bu, elle était censée attendre Ismael. Elle n’aurait pas du commencer la soirée sans lui. Mais bon, il pourra simplement la rattraper, n’est-ce pas ? Et ils finiront main dans la main, le sourire aux lèvres, et il la regardera, et elle le regardera, et ils s’aimeront. Dix-heures et demi, Ismael n’est toujours pas là. Rain continue de boire, comme elle le faisait tous les soirs avant que le musicien ne débarque à Blackwater Falls. Elle ne réalise pas tout ce qu’elle boit, ne pense pas à ce qu’elle fait, you’re a drunk, Rain, face the facts. Mais elle ne faut qu’hausser les épaules, ce soir ils veulent vivre, alors elle va boire, quand même. Malgré sa détermination, quelque chose se creuse dans ses tripes, une sensation qu’elle n’aime pas du tout. L’instinct qu’elle est en train de commettre une grossière erreur, qu’elle regrettera tout ces verres, ces verres qu’elle n’a pas su compter comme une grande fille. Pathetic.

Finalement, la silhouette d’Ismael apparaît. Elle le voit flou, mais c’est bien lui, elle saurait le reconnaître entre milles. Le sourire s’étire sur ses lèvres, et elle espère qu’il la trouvera belle. Only for you, baby. Elle le laisse approcher, l’observe avec un sourire. So fucking handsome. « Hey, baby » qu’elle lui dit lorsqu’il est à portée de voix, et elle vient glisser sa main sur sa chemise, se redressant pour lui voler un baiser. Appuyé et bref, elle savoure le goût familier de ses lèvres avant de se laisser retomber contre le banc. « You’re late, y’know. » Mais son sourire indique bien qu’elle n’est pas fâchée, elle n’est même plus sûre de l’heure qu’il est. Reprend son verre d’un geste automatique, prend une gorgée. « I’ll get you a drink » acquiesce-t’elle, levant la main pour attirer l’attention de la barmaid. So our night can begin, baby. So we can be together, tonight. Be young and alive and in love. Be all the things they don’t want us to be. What do you say, baby ?

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MessageSujet: Re: (hurts like hell), ismain.   Mer 9 Mai - 13:00

▼▲▼

Ils s'étaient dit dix heures. Ça n'aura pas dû être une minute avant, ni une minute après. Mais comme d'ordinaire, il n'avait pas pu compter sur son gig pour se terminer à temps. Il avait fallu qu'on réclame davantage de morceaux, dans une soirée déjà trop longue et trop difficile à traverser. Tout s'était mal déroulé. Le pianiste avait mis trop longtemps à trouver son ton — un débutant, quelqu'un qu'on leur avait refilé en leur jurant qu'ils n'auraient aucun souci. La première heure avait été hésitante, et pour la première fois depuis longtemps le Drake s'en était retrouvé irrité. Impatient, sachant qu'avec la tournure que prenait la soirée il leur faudrait jouer plus longtemps — sachant qu'il serait en retard pour le rendez-vous qu'il avait fixé à Rain, et qu'il n'avait plus de batterie sur son téléphone pour la prévenir.

C'était les nerfs à fleur de peau qu'il était finalement ressorti du bar, sa trompette dans son étui, prêt à rejoindre au plus vite le lieu où il avait demandé à Rain de le retrouver. Mais la soirée n'était pas destinée à se dérouler comme il le voulait — et il avait commencé à le comprendre lorsqu'un type s'était approché pour lui demander la valeur de sa trompette. S'imaginait qu'un gamin d'une tête de moins que lui ne mettrait pas longtemps avant de lui céder son instrument, s'il le menaçait avec suffisamment d'acharnement. Ça ne s'était pas fait, et un solide coup dans la trachée lui avait suffi pour reconsidérer son approche, et finalement s'en aller. Puis, Ismael s'était immobilisé. Planté au milieu de la rue, ses phalanges blanchissant sous la pression qu'il exerçait autour de la poignée de son étui. Il avait senti la lumière de la lune sur ses traits, et il avait fermé les yeux. Calme-toi. Il ne pouvait pas se laisser aller maintenant. Il lui fallait retrouver sa tranquillité — le même sang-froid qui lui avait permis de contrôler son don, durant toutes ces années. Sinon, dans l'état où il était aujourd'hui, ce serait le loup qui s'exprimerait, et il ne pouvait se permettre de le laisser gâcher le reste de la soirée. Pas alors que Rain l'attendait, à quelques rues de là seulement.

Rain. Elle serait la seule capable de l'apaiser. La seule capable de le remettre dans un état où personne ne risquerait rien. Son sourire, son regard. La douceur de sa peau et de ses baisers. Elle seule pouvait le faire. Et il lui fallait la retrouver.

En quelques minutes à peine, il rejoignit le bar où elle était censée l'attendre. Lorsqu'il entra, son regard parcourut rapidement la salle. Coeur battant, il la repéra enfin. Belle. Si belle. Elle avait arrangé ses cheveux, ses vêtements. Avait appliqué une légère couche de maquillage sur ses traits. D'une beauté douce et sauvage — exactement comme durant toutes ces années où ils s'étaient fréquentés. Et son coeur s'accéléra alors qu'il s'approcha. Un sourire soudainement suspendu aux lèvres, les yeux ne quittant pas la silhouette de Rain. « Hey baby. » Elle lui sourit aussi. Il n'a même pas le temps de la saluer qu'il arrive à sa hauteur. Laisse son étui tomber sur la banquette face à elle, alors qu'elle attrape sa chemise pour se redresser, et l'embrasser. Enfin.

Il voudrait s'excuser. Voudrait lui dire qu'il a tout fait pour arriver à l'heure, et qu'il est content de finalement être à ses côtés. Qu'elle est tout ce dont il a besoin, tout ce qu'il souhaite. Pour continuer à avancer, retrouver le goût de vivre et d'exister. Retrouver ce bonheur qui avait un jour existé.

C'est bref. Trop bref. Mais c'était suffisamment long pour qu'il puisse sentir le goût trop prégnant de l'alcool. Des vapeurs qui se faufilent jusqu'à ses sens trop développés depuis sa transformation. L'haleine de Rain qui rejoint ses narines, alors qu'elle reprend la parole. « You’re late, y’know. » Il faudrait qu'il lui réponde. Qu'il s'excuse. Mais contrairement à la petite Crawford, son sourire a fané. Il l'observe, cherche la réponse dans ses yeux. Ce qui justifierait ce verre qu'elle reprend immédiatement en main. Son état déjà ivre, alors que leur soirée n'avait même pas encore commencé. Et il reste planté là, incapable de dire quoi que ce soit. La regarde boire, et une soudaine nausée rejoint l'irritation qui lui serrait déjà la poitrine. Son coeur continue de battre la chamade, mais il s'est alourdi. Dans ses yeux, l'excitation a disparu. Et lorsqu'elle fait signe à la barmaid, il ne peut s'empêcher de secouer la tête. « I’ll get you a drink. » « No. » Le mot est lourd, lui serre la gorge. Il sait qu'il ne devrait pas réagir comme ça. Que ce n'est pas de ça dont Rain a besoin. Elle a besoin qu'on l'aide. Qu'on comprenne son mal, et qu'on fasse ce qu'il faut pour l'en guérir. Mais à cet instant précis, il ne le peut pas. Il aurait besoin qu'elle le soutienne en retour, et elle est dans l'incapacité de le faire. Elle est déjà soûle, et il vient à peine d'arriver. Une demi-heure de retard n'excuse rien. Pas cette fois. « I don't want a drink. » Il sent la boule se former dans sa gorge, et une étrange envie de pleurer qui grimpe le long de sa poitrine, s'immisce dans ses yeux. « I think you already drank enough for the both of us. » Et il déteste déjà les mots qui viennent de sortir de sa bouche. Il a pourtant été incapable de les retenir. Incapable de mentir. Ce soir n'était pas le soir, et Rain venait de boucler le tour des mauvaises nouvelles.

Il ne veut pas lui faire de scène, mais il est incapable de bouger autant que de s'en aller. Sortir voudrait dire s'exposer à laisser les émotions négatives l'envahir, et risquer de se transformer. Il ne pouvait pas se le permettre. Le refusait. Ici, il était obligé de se calmer. Obliger de regarder Rain, et de ne pas la laisser seule en proie aux démons qui venaient de la forcer à gâcher leur soirée. En restant là, il avait peut-être encore une chance de s'en tirer. « Why did you have to do that, baby ? » Ça lui déchire le coeur, et c'est largement imprimé sur ses traits. Une douleur qu'il ne peut plus retenir, et qui se déverse dans ses phrases sans lui laisser la moindre chance de l'atténuer. « I know I'm late, I'm sorry I am, but... Why did you have to drink that much ? Again ? » Il sait pourquoi. Sait qu'elle ne peut pas s'en empêcher. Mais ce soir, il en aurait eu besoin. Juste un effort de sa part. Juste pour leur soirée.

Il ferme un instant les yeux. Sa main qui se pose sur le dossier de la banquette face à celle de Rain. Et il secoue la tête. Rouvre les paupières. « I'm sorry, I know it's not fair, but... » Il déglutit. La fixe. Mots-couperets, et il ne peut les taire autant qu'il souffre de les lâcher. « I was having such a shitty night, and I hoped for a second that you could help me get through it. » Il essaie de décoller ses doigts de la banquette. Mais les reflux d'émotions négatives continuent de le terrasser, et il a de plus en plus de mal à les canaliser. De plus en plus de mal à regarder Rain sans craquer. « I'm sorry. I don't want to put that on you. It's just... » Une inspiration pénible. Il secoue la tête. L'eau non loin de ses yeux, la douleur au creux de la poitrine. « I'm not sure how much I want to deal with all that tonight. » Je suis désolé, Rain, je suis tellement désolé. J'ignore quoi faire avec ça. J'ignore quel comportement à adopter. Mais je ne peux pas.

Ce soir, je ne peux pas.
Pardonne-moi.

(c) blue walrus

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Well I know there can come fire from the sky. And even though I know this fire brings me pain, Even so, And just the same, Make it rain. ❊ ❊

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MessageSujet: Re: (hurts like hell), ismain.   Lun 21 Mai - 22:47


Elle ne remarque pas qu’Ismael ne sourit plus. Ne remarque pas que son sourire a lui fané à l’instant où leurs lèvres se sont trouvées, que quelque chose vient de se briser. Dans son ivresse, dans sa fébrilité, Rain ne voit rien de tout ça. Elle est déjà loin dans ses espoirs, dans ses rêves pour la soirée. Elle et Ismael contre le monde, comme ça l’a si longtemps été. La solitude des dernières années l’a écrasée, et elle place déjà trop d’espoir en cette soirée, que tout va s’arranger, Ismael est là, tout va bien se passer. L’alcool l’empêche de penser correctement, de rationaliser ce qu’il faudrait, de songer à tout ce qui doit encore être dit, à tout ce qui a le risque de les détruire pour de bon. Ce soir, Rain n’a pas envie de penser à tout ça, elle veut juste être jeune, elle veut juste être amoureuse d’un beau musicien, lui tenir la main et lui appartenir, qu’il n’y ait qu’eux, ce soir, cette nuit. Sa main se lève pour attirer l’attention de la barmaid, et son sourire est fébrile, celui d’une gamine le matin de Noël. Elle ne remarque pas, sur le coup, le changement dans l’air, comment tout est devenu froid, comment le contact s’est refroidi aux effluves d’alcool qu’Ismael a senti en s’approchant d’elle. Rain égarée dans son illusion, Rain perdue dans son alcoolisme, qui ne réalise même pas ce qu’elle a fait, ce qu’elle est en train de faire, ce que tout ça va causer, que tout est déjà en train de se briser, sans même qu’elle ne le voit. Ne réalise pas qu’elle a tué leur soirée en commandant son premier verre. « No. » Il faut la voix d’Ismael pour la ramener à la réalité, pour la tirer hors de ses fantasmes, pour lui arracher les plumes des ailes et la faire s’écraser dans la noirceur du présent. Son sourire disparaît quand son regard croise celui du jazzman, sa machoire serrée, son regard déçu. Déçu. La main de Rain retombe sur sa cuisse. Le monde part en vrille, et elle a déjà envie de pleurer. Elle ne comprend pas, a envie de hurler, qu’est-ce que j’ai fait, pourquoi il la regarde comme ça, pourquoi a-t’il l’air d’avoir le coeur en miettes ? Pourtant elle est là, ils sont là tous les deux, leur soirée peut commencer, elle s’est fait belle pour lui, et y’a tout l’alcool qu’il leur faut pour - Rain. Rain, réveille-toi.

« I don’t want a drink. » Balle en pleine poitrine, qui lui déchire l’estomac et fait couler le sang. Rain fixe Ismael, sous le choc, yeux ronds, vitreux. « I think you already drank enough for the both of us. » Balle en plein coeur. Rain vacille, cligne des yeux. Regarde Ismael, l’incompréhension qui déchire ses traits. I don’t understand. Elle ne comprend pas son regard froid, ne comprend pas son ton glacial, ne comprend pas pourquoi la tendresse a disparu, pourquoi il n’est pas content de la voir, pourquoi tout est en train de tomber en ruines, pourquoi il fait soudainement aussi froid, pourquoi elle a soudainement aussi mal au coeur. Wait, please, wait, don’t say that. Pourtant les mots ne quittent pas ses lèvres, elle balbutie dans le vide, ses yeux se remplissent de larmes chaudes et douloureuses, le hoquet est au bord de ses lèvres. No, it was not supposed to be like that. Elle essaie de trouver les mots, mais Ismael la devance, tirant à nouveau, et c’est la balle de trop. « Why did you have to do that, baby ? » Rain serre les poings. Baisse les yeux. Les larmes glissent sur ses joues. Des larmes de crocrodiles, qu’elle ne contrôle pas, qu’elle réalise à peine. Des joues de gamine, de gamine qui a fait une connerie, réalisant que c’est trop tard, it’s too late now. See what you’ve done, Rain ?

« I know I’m late, I’m sorry I am, but… Why did you have to drink that much ? Again ? » Rain ferme les yeux, il remue le couteau dans la plaie, et elle a soudainement envie de lui hurler dessus, qu’il arrête, qu’il arrête de dire ça, qu’il arrête de parler, elle n’est pas venue pour ça, elle ne s’est pas mis belle pour ça. Elle garde les yeux baissés, machoire serrée, ses poings dissimulés sous la table, le coeur en lambeaux. « Don’t - don’t say that. Please - just - just sit down. » Mais elle n’est même pas certaine qu’il l’entende, sa voix est trop faible, trop pathétique. Elle n’a pas envie de se mettre en colère, pas contre lui, pas ce soir. Mais ses mots font mal, ses mots n’ont pas lieu d’être, just stop, stop, stop. Sit down and kiss me, sit down and smile at me, sit down and tell me you love me. Mais il ne s’assoit pas, il reste debout, il pose sa main sur la banquette, Rain a l’impression d’être la mauvaise élève à qui on fait la leçon. « I’m sorry, I know it’s not fair, but... » Elle relève les yeux soudainement, les dents serrées. No, it’s not. La colère commence à gronder dans sa poitrine, et elle n’aime pas ça. Pourtant Ismael a raison, et elle le sait, et c’est peut-être pour ça que ça l’enrage autant, Rain qui n’aime pas se faire dire ses quatre vérités, Rain qui ne veut pas faire face à la réalité. Leurs regards sont accrochés l’un à l’autre, la Crawford attend le verdict. « I was having such a shitty night, and I hoped for a second that you could help me get through it. » Ses lèvres se plissent. Ça gronde à l’intérieur. La tempête qui se prépare. « I’m sorry. I don’t want to put that on you. It’s just... » Serre les poings. Essaie d’ignorer les larmes qui piquent le coin de ses yeux, la vague qui pousse le mur de vitre, qui craque, encore et encore, menaçant de se fracasser à chaque instant. « I’m not sure how much I want to deal with all that tonight. »

Le verre se brise.

Rain plisse des yeux, regarde Ismael. Son regard est noir, soudainement, plus noir qu’il ne l’a jamais été. Lèvre retroussée, comme un animal en furie, malgré les larmes sur ses joues, malgré son corps vacillant même assis. « Yeah ? Well you can fuck off, then. » Ça déborde d’amertume, mais ça n’arrive pas à être vraiment haineux. Ça tremble trop, ça suinte du coeur brisé de Rain, du désespoir de son âme, de tout ce qu’elle contient depuis trop longtemps. « If you really don’t care, just leave. We’ll go our separate ways, just like we did before. That worked out well for you, didn’t it ? » Elle essaie de faire sortir le venin, s’en fiche de le provoquer, elle a trop mal, elle saigne de partout, en silence, ses poings tremblent, ses ongles s’enfoncent dans sa peau. « You have no idea the shit I go through every day, the shit I went through when you were gone, you don’t even know why I drink so fucking much, so don’t act like you know what’s best for me ! You weren’t there ! You have no fucking right to judge me ! » Le ton monte, et elle se relève d’un bond, son visage enragé près d’Ismael, les larmes qui débordent toujours. « So what if I had a few drinks before you came ? Why does it even matter ? I’m here, I just wanted to spend some fucking time with you, I would’ve taken care of you, and you decide that you don’t want to anymore, because you’re tired of me ? » Le sanglot lui échappe avant qu’elle ne puisse le rattraper. « Aren’t you tired of breaking my fucking heart ? » Elle empoigne son verre, qui se déserve à moitié sur la table sous la violence du geste. « Well, fuck you, Ismael. Fuck you. I’ll go find someone who will actually want to spend time with me. The actual person that I am, not the person they want me to be when it suits their fucking mood. »

Le regard reste. « See you round. » Vipère. Et alors elle tourne les talons, part comme une tempête. Se dirige vers le bar, elle ne sait même pas ce qu’elle va y faire, elle sent juste son coeur se briser en mille morceaux, son corps tanguer à droite et à gauche et dans tous les sens. Rain qui ne se maîtrise plus, Rain qui ne sait plus quoi faire de son amour déchirant pour Ismael, qui n’avale pas son rejet, mais qui le comprend, et c’est la honte qui la pousse à hurler, la honte de ne pas être celle qu’elle voudrait être pour lui, la honte d’avoir été démasquée.

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MessageSujet: Re: (hurts like hell), ismain.   Mer 23 Mai - 0:00

Il avait tenté d'ignorer les larmes qu'il faisait couler. Le coeur qu'il était en train de briser, la vie qu'il s'acharnait à rendre compliqué. Il avait voulu respirer, l'espace d'une soirée. S'asseoir à ses côtés, et s'autoriser à exister pour ce qu'il était. Loin des besoins financiers qui lui tombaient sur le dos. Loin de la colère de Leora, et de l'impossibilité de lui dire toute la vérité. Loin des problèmes de Rain, aussi. Repousser les limites de leur tolérance. Oublier ce que le monde leur infligeait, et recréer la bulle qu'ils avaient si longtemps partager. Il n'avait rien voulu d'autre. Toute la soirée, la pensée lui avait permis de survivre aux difficultés. De les outrepasser, et de conserver un calme qu'il savait précaire. Mais voilà qu'une goutte d'alcool avait suffi pour faire déborder un vase qu'il ignorait être plein. Voilà que Rain avait bu un verre, puis deux. Voilà que le monde tanguait autour d'elle, et qu'elle ne pouvait plus l'embrasser sans que son haleine ne témoigne de ce qu'elle avait ingéré. La douleur était trop forte pour l'ignorer. Le désespoir, trop profond pour être occulté. Il n'avait pu empêcher son coeur de se briser. Sa langue de se délier. Les mots trop francs, trop cruels, de passer ses lèvres. Et si une part de lui regrettait chaque syllabe prononcée, l'autre savait que le temps de percer les abcès était arrivé. Que ce n'était ni le lieu, ni le moment — mais comment retenir une âme fêlée de finalement imploser, lorsque le choc de trop était arrivé ?

Les mots tombent, les mots blessent. Et il sent la colère de Rain grandir, prendre le pas sur les larmes. Ne peut pourtant s'empêcher de continuer. De regretter chaque mot passant, chaque phrase coulée. Et quand la sentence tombe, il sait qu'il l'a méritée. Sait que son heure est passée. Que sa chance s'est envolée. Que la vie leur a, une fois de plus, filé sous le nez. Et que, cette fois, ils n'ont pas été capables d'accorder leurs violons pour être capables de la rattraper. Capables de l'arranger. Capables de s'en tirer. « Yeah ? Well you can fuck off, then. » La boule au fond de sa gorge se densifie soudainement. Les larmes, elles, restent bloquées avec. Refusent de grimper plus haut, de rejoindre ses yeux et de couler. Pas face à elle. Pas maintenant. Mais plus que le chagrin rageur et latent, c'est sa propre colère qui l'inquiète. Sa frustration de voir la soirée tourner court. Son envie de hurler sa haine au monde. De cogner le premier connard passant à ses côtés, et de briser tous les meubles qui se trouvaient à sa portée. L'envie de ficher son poing dans le mur, de sentir ses phalanges se briser. De se reconnecter à la réalité par une douleur physique — vraie. Mais il ne le peut pas. Il le sait. Pas alors que la lune est levée. Pas alors que le moindre glissement de terrain ferait débouler une part de lui qu'il s'évertuait à garder cachée.

« If you really don’t care, just leave. We’ll go our separate ways, just like we did before. That worked out well for you, didn’t it ? » Il a baissé les yeux. Chaque mot le cueille dans l'estomac, avec une précision redoutable. Et il secoue la tête. Murmure, la main se crispant sur le dossier de la banquette. « Don't. Don't say that. » Ça n'a aucun impact. Il le sait — aurait pu le prédire. Il ne parle pas assez fort. N'a pas le coeur assez solide pour s'opposer au venin qu'elle lui crache. Aux vérités qu'elle tente de cerner, et qu'elle ne fait qu'effleurer. Il ferme les yeux. Tente de calmer son souffle qui se fait saccadé, la douleur de son coeur qui le pousse peu à peu dans des retranchements qu'il voulait à tout prix éviter. Mais c'est trop. Trop pour lui. Elle s'acharne. N'arrête pas. Ne le peut pas. Malgré la poitrine qui se secoue devant elle, malgré les paupières crispées pour tenter de fuir le regard meurtrier qui l'aurait fait déraper. Arrête, Rain. Arrête, avant qu'il ne soit trop tard. « ... and you decide that you don’t want to anymore, because you’re tired of me ? » Il se met à secouer la tête. Les dents serrées, les mâchoires contractées. L'envie de frapper violemment la table, pour la faire retourner à la raison. L'envie de gerber son mal-être de la soirée. « Stop. » Ça n'a aucun effet. Aucun. Et elle poursuit, cruelle et vengeresse. « Aren’t you tired of breaking my fucking heart ? »

Et soudain, il rouvre les yeux. La vérité qui le frappe de plein fouet. La nausée qui a surpassé tous les mots qu'il aurait aimé prononcer. Qui a bloqué sa gorge, sa trachée — l'empêche de respirer. Stop, Rain. Stop. « Well, fuck you, Ismael. Fuck you. I’ll go find someone who will actually want to spend time with me. The actual person that I am, not the person they want me to be when it suits their fucking mood. » Un vertige. Il ne réagit même pas, lorsqu'il la voit renverser la moitié de son verre sur la table en l'attrapant pour se relever. Et il n'a plus de mots pour protester. Plus de forces pour s'opposer à son départ empressé. Toute son énergie est concentrée sur la bête qui, au fond de lui, laboure sa volonté de ses griffes d'acier. « See you round. » Malgré la cruauté des mots, ils lui arrivent enveloppés de coton. Déconnectés de la nouvelle réalité contre laquelle il luttait, mais qui était en train de gagner. Un combat injuste, dans lequel il n'avait aucune chance de s'en tirer. Son entraînement à maîtriser son don était une chose. Retenir la bête de débouler, tout crocs dehors, en était une autre. Et Rain n'est plus là pour l'aider. Rain n'est plus là pour le raccrocher au monde tangible. Monde des priorités, monde des sourires et de la tendresse échangée. Rain est partie. Il l'a cherché. Rain n'est pas là pour lui. Pour ça, elle ne l'a jamais été.

Seul. Seul comme il l'est depuis la première transformation. Seul dans sa malédiction. Seule dans cette nouvelle réalité, qu'il peinait encore à accepter.

Seul dans son segment de bar. À tomber sur la banquette, assis. Les yeux qui se ferment à nouveau, les poumons qui tentent de réguler sa respiration pour aider son esprit à retrouver le calme nécessaire pour contenir la bête.

Rien n'y fait. Quelques secondes passent, et le déchirement de ses tripes se fait de plus en plus pressant. Il ne pourra plus l'éviter. C'est trop tard, et il le sait.

Bondir sur ses pieds. Attraper l'étui de sa trompette. Ne pas se soucier de Rain, partie chercher une autre compagnie au bar. Se cogner contre les tables. Les chaises. Quitter le bar en coup de vent.

Tituber, dans la rue. Essayer de mettre le plus de distance possible entre lui et le cimetière de sa soirée. Entre lui et elle. Il ne faut pas prendre le risque de la croiser. Il faut la protéger. Il faut fuir. Toujours plus loin. Toujours plus vite. Essayer de quitter la ville. Essayer de quitter le quartier. Essayer de quitter la rue.

Trop tard pour quitter la ville.
Trop tard pour quitter le quartier.

Il tourne dans la rue suivante, avale quelques mètres. Cogne la brique, s'y brise le poing. La douleur ne parvient pas à le reconnecter à la réalité, ou à repousser la fureur de la bête qui lui laboure les tripes. C'est terminé.

L'étui qui se fracasse au sol, s'ouvre sous le choc. L'héritage de son père n'en sort pas. Et le tout reste là.

Les os qui se brisent. Le corps qui se tord.
Un grognement, glissant vers un cri qu'il parvient pourtant à étouffer, en un dernier effort de volonté. Ne pas l'alerter. Ne pas la mettre en danger.

La conscience s'estompe. Le monde noircit.
Il a échoué. Ce n'est plus son tour de régner.

L'heure de briser les coeurs est passée.
Le temps est désormais venu de les arracher.

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MessageSujet: Re: (hurts like hell), ismain.   Lun 28 Mai - 21:46

Le vertige la frappe, et elle titube. Ça lui attire quelques regards provenant du bar, et quand elle s’y accoude, elle sent qu’on la regarde. Certains le font discrètement, d’autres non. L’établissement n’est pas si grand, tout le monde a du entendre la dispute, ou du moins des bribes. Les regards doivent être partagés entre elle et Ismael, mais elle ne veut pas tourner la tête pour vérifier. La boule dans sa gorge est trop douloureuse, lui donne trop envie de vomir. Le monde tangue et danse, Rain l’ignore. Sèche ses larmes de gestes brusques, claque son verre sur le comptoir. « Who d’you have to blow to get a drink around here ? » Personne ne lui répond, les regards se détournent. Pourtant elle l’a dit avec une pointe d’amusement, mais elle semble s’être perdue sur sa langue qui roule. La barmaid l’ignore, mais son collègue accours. Il lui dit quelque chose, mais Rain ne l’coute pas. Elle sent comme une couche de saleté sur sa peau, qu’ell ea envie de frotter, frotter jusqu’à en enlever la peau. Révéler la chair vive en dessous, trembler jusqu’à briser, pleurer jusqu’à tomber. La colère lui donne envie de continuer de hurler, autant qu’elle a mal de ce qu’elle a dit. Ses propres mots lui lacèrent la gorge, la bouche qui saigne, les poignets ouverts. Ismael. I’m sorry. Baby, please forgive me. Mais elle est encore trop remontée de son rejet, trop désireuse de lui faire regretter. Elle n’a pas besoin de lui. Mensonge. Elle ne mérite pas son jugement. Mensonge. Elle ne veut plus le voir. Mensonge.

Elle relève les yeux vers le barman. Elle peut presque lire dans ses pensées, elle est la cible parfaite pour ce coup d’un soir qu’il se cherche depuis tout à l’heure. La pauvre fille ivre, déprimée, remontée contre son copain. Rain le regarde, il n’a rien de spécial, il n’a rien d’Ismael, mais il est charmant et ça fera l’affaire. Elle a envie de lui proposer cul sec d’aller dans l’arrière-boutique, qu’Ismael la voit faire, qu’il les voit partir, qu’il s’imagine le reste. Mais un y’a un grand fracas qui l’interrompt, la coupe dans son élan. C’est lui, c’est Ismael qui passe en coup de vent, elle discerne à peine ses traits dans la précipitation. Serre les dents, son coeur qui bascule. Ismael. I’m so sorry, baby. Elle regarde le fon dde son verre, lèvre tremblante. Elle a la soudaine envie de tout fracasser, son verre, les tabourets, les bouteilles et le bar au grand complet. « I think you should go and talk to him. » La voix lui parvient, et elle relève les yeux. Sans agressivité, juste de la tristesse. « He doesn’t look too good. » Elle connaît cette voix, connaît ce visage. Mais elle ne s’y attarde pas, dans la précipitation du moment. Elle se relève juste. Jette un billet sur le comptoir et tourne les talons. Ismael, wait. Wait for me. I didn’t mean it, baby.

Il ne pleut pas. La soirée est chaude, collante. L’humidité la frappe de plein fouet et elle doit se concentrer pour prendre une longue inspiration. Il y a quelques passants au loin, mais aucun n’est Ismael. Le musicien n’est nulle part en vue. Rain déglutit. Avance, cherche les alentous du regard. Elle l’a probablement déjà perdu. C’est probablement déjà trop tard. You ruined everything again. « Ismael ? » Elle l’appelle, lamentablement. Le silence seul lui répond, alors qu’elle continue d’avancer dans la rue, s’éloigne encore plus du bar. Y’a de la musique au loin. Et puis soudainement, des bruits attirent son attention, dans la ruelle d’à côté. Et finalement, le cri. Le sang de Rain se glace dans ses veines, et elle accourt vers la source sans réfléchir. Cette voix, c’est lui, ça ne peut être que lui. Un cri rempli de rage, rempli de détresse. Qu’est-ce qui lui arrive ? Est-ce déjà trop tard ? Elle sait trop bien ce qui peut se cacher dans les ombres de Blackwater Falls. Pas encore. Pas encore. Rain tourne dans la ruelle, souffle court. Le souvenir d’Ismael dans le lit d’hôpital à Vancouver est encore trop frais. Pas encore. Elle ne supporterait pas qu’il lui arrive quelque chose, encore. Rain débarque dans la ruelle, s’arrête précipitamment. Le grognement est brutal, sauvage. Le loup se débat encore un peu. Les articulations se mettent en place. Les craquements résonnent dans la ruelle. Puis, le loup la regarde. Les regards se croisent. Par terre, quelque chose brille. Une trompette. La conclusion se tire, évidence. Ismael. On dirait qu’elle s’est vidée de son sang, que son coeur a finalement terminer de se briser. Les lambeaux retombent dans sa poitrine. Les larmes remontent dans les yeux de Rain. Ce n’est pas le moment. Mais elle ne peut pas les retenir. Oh, baby. What happened to you ?

Pas le temps de réfléchir davantage. Le loup grogne. Le loup a faim. Le loup qui est Ismael et qui ne l’est pas. Un instant, elle pense à se laisser faire. À juste laisser la bête la dévorer, lui arracher la jugulaire. Obtenir le châtiment qu’elle mérite tellement. Mais c’est Ismael. Elle ne veut pas lui faire ça. Il ne faut pas. It’s time, Rain. Make your choice. Fight, or be a coward. Rain serre les poings. Ravale les sanglots. Ce n’est pas le moment d’abandonner. La gifle est suffisamment puissante pour la ramener à la réalité. Pour la ramener à ce qui importe, et ce pourquoi elle doit se battre. Enough is enough. Elle serre les dents. Plie les genoux. Fixe le loup. I’m gonna fight for us, baby. Le loup grogne et se rue vers elle. Rain se prépare au choc, rassemblant sa force. Il suffit de le maîtriser et de l’emmener loin de la ville, loin du monde. Le garder bien enchaîné jusqu’au lever du soleil. Rain saisit la mâchoire du loup, l’empêche de se refermer sur elle. Il grogne, et elle aussi. Un son qui est à moitié un sanglot, mais elle ne lâche pas prise. Il est puissant, mais elle aussi. Le loup se débat, parvient à se hisser sur ses pattes arrières. Un coup, et Rain perd l’équilibre. Tombe vers l’arrière, s’écrase au sol. Le loup revient à la charge, mais elle est prête. Elle sort le canif qu’elle traîne toujours et l’enfonce dans la poitrine de l’animal. Son coeur se brise un peu. Donne un coup de pied pour éloigner le loup qui est déstabilisé. Ses poings se déferlent sur la bête, qui se bats en retour. Mais elle est affaiblie. Rain ignore la douleur des griffes qui déchirent sa peau, la peur qui lui étreint les poumons. Continue de frapper la bête. Le loup qui est Ismael et qui n’est pas Ismael. Le combat est acharné. Le coeur de Rain se brise un peu plus.

C’est lorsqu’elle parvient à donner un coup sur la blessure au couteau que le loup s’éloigne avec un gémissement. Rain prend le temps pour parcourir son environnement du regard, aperçoit une clotûre enchaînée pas loin. S’y précipite, le loup sur les talons. Lâche un cri alors qu’une griffe s’enfonce dans son dos, bloquant son avancement. Elle parvient à saisir le couteau et le renfonce juste à côté. Come on. Come on. Et alors ses mains saisissent la chaîne. L’arrache, de toutes ses forces, et se retourne juste à temps pour enrouler le métal autour du loup. Une griffe lui lacère la joue et l’arcade sourcillère. Le sang fuse, mais Rain l’ignore. Don’t give up. Fight. Fight for him. La chaîne parvient à ralentir les mouvements du loup, mais il est encore assez fort pour l’attaquer. Et alors que Rain se retrouve acculée au mur, elle repère du coin de l’oeil un morceau de métal qui traîne. Long, mince. Parfait. Rain déglutit, un sanglot mélangé à un gémissement de douleur qui  lui échappe. No. It’s Ismael. I can’t.

You have to.


Elle parvient à détourner l’attention du loup et se saisit du bout de métal. Ce n’est pas de l’argent. Ça ira. Et alors que le loup revient à la charge, ralenti par ses chaînes, Rain enfonce le métal dans sa poitrine. Empale la bête, qui arrête de bouger. N’arrête pas de respirer. Mais finit par retomber, avec un souffle étranglé. Game over. Le coeur de Rain se brise pour de bon.

Elle reprend son souffle. Fixe la bête, qui garde à peine les yeux ouverts. Elle survivera. Ismael aussi. Il lui suffit de le ramener jusqu’à un endroit sûr. Il y a une cachette de l’organisation pas loin. Un endroit où Ismael pourra se transformer à nouveau sans avoir peur de faire mal à personne. Rain, lacérée de partout par les griffes. Des blessures qui guériront vite. Tout comme celles du loup. D’Ismael. Rain tombe à genoux aux côtés du loup. L’observe, alors que les larmes se mettent à couler. Elle contrôle à peine ses sanglots. Ne comprend plus rien, et comprend tout. Ismael. Loup-garou.

Baby.
Oh, baby.
What did the world do to you ?

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MessageSujet: Re: (hurts like hell), ismain.   Mer 30 Mai - 0:08

Le noir.
Le silence.

Épais, denses. Refusant de se lever. Gardant la conscience enserrée, pour ne laisser au corps que le coma d'une nuit trop violente et trop agitée. Et lorsque, finalement, la brume commence à se dissiper, lorsque les sons percent le coton de ses tympans, et que le poids sur ses paupières diminue jusqu'à ce qu'il puisse les ouvrir, le retour à la réalité se fait. Lent. Par le bruit, tout d'abord. Le calme ambiant. Les froissements des rideaux — fenêtre ouverte, sûrement. Les bruits lointains d'une ville lointaine, en train de se réveiller doucement. Puis, les odeurs. Le bois pourri, le métal rouillé. Et le sang. Ça lui lèverait le coeur, si celui-ci était suffisamment reconnecté pour être capable de s'agiter. Mais rien ne vient. Rien ne transparaît. Tout ce que son organisme peut faire, c'est tenter de revenir à lui. Tenter de se battre contre l'inconscience qui le guette. Et tenter de gérer avec la douleur qui lui crève le ventre et la poitrine.

Quand il tente d'ouvrir les yeux, la lumière ambiante l'agresse violemment. Ses paupières se referment immédiatement, et le silence continue de l'envelopper. Incapable de bouger, pour le moment. Ses bras sont trop lourds. Ses doigts trop engourdis. Ses jambes refusent de l'obéir. Respire, Ismael. Prends ton temps. Et puis, il y a la souffrance. Celle qui lui fait comprendre que, quoi qu'il soit arrivé durant le trou noir qu'il restait dans sa mémoire, les chairs avaient été déchirées, et peinaient à complètement cicatriser. Ça lui rendait la respiration sifflante. Et le matelas sous lui moite d'un sang qu'il savait être le sien et celui de la bête en même temps.

La bête.

Ses muscles se tendent, ses dents se serrent légèrement et son visage se contracte. Une de ses mains rejoint son abdomen, et il prend alors conscience de la couverture légère qui le recouvre. La bête. Ses paupières se rouvrent. Ses prunelles luttent face à la lumière, qui se révèle être bien plus tamisée qu'il ne l'avait tout d'abord pensé. Et puis, il finit par s'habituer. Par être capable de voir la petite pièce miteuse où on l'a installé. Le matelas est à même le sol. Non loin de sa tête sont posées des chaînes, qu'il devine avoir enserré son corps durant la nuit qui vient de passer. Il essaie de comprendre où il est. Ce qu'il fait là. Les morceaux peinent à se remettre en place. Et son corps bouge finalement. Sa tête se tourne un peu. Regarde autour de lui. Et c'est là qu'il la voit.

Rain.

Il lui semble soudainement qu'une main invisible, étau puissant, vient de lui attraper la gorge et de se mettre à serrer. Serrer pour l'étouffer. Serrer pour empêcher toute forme d'air de pénétrer ses poumons, et de l'aider à rester à la surface. Noyé sous le poids d'une réalité qui prend doucement son sens, au fond de son esprit. Rain t'a vu. Rain sait. Non. Non. C'est impossible. Non. Non.

Il referme les yeux. Le vertige qui lui enserre le crâne, fait tanguer dangereusement le monde autour de lui malgré sa position couchée. Le point chaud sur la nuque. Et, partout dans ses pensées, l'échec. Il n'a pas pu la protéger de la vérité. N'a pas pu la préserver du monstre qu'il était devenu. Elle a vu les terribles cicatrices que Vancouver a laissées sur lui. Elle sait.

« Rain... » Il ne sait pas où il trouve la force de murmurer. Sa voix est faible. Rauque. Sa main s'est appuyée sur le matelas, aide son corps à se relever. L'autre reste contre son abdomen encore douloureux. Un regard rapide sur les chairs, laissées à nue par la couverture qui a glissé, lui apprend que la plaie, quelle qu'elle soit, n'est pas encore complètement cicatrisée. Et lorsqu'il relève la main qui lui sert d'appui, il voit l'empreinte sanglante que le matelas a dégorgé sur la peau. Son sang. « Shit... » Son dos s'appuie contre le mur derrière lui, et il ferme les yeux. Il rajuste à peine la couverture. Fourbu. Chaque muscle plus douloureux que son voisin. L'impression que sa tête allait exploser. L'impression que les larmes de fureur et de culpabilité, elles, ne tarderaient pas à crever les flots du choc et de l'horreur de l'avoir confrontée au monstre qu'il était devenu. « I'm so sorry, baby... » Et il ne sait même plus pourquoi il s'excuse. Si c'est pour les mots qu'il a dit, dans le bar, avant que tout ne dérape. Si c'est pour la rupture de Vancouver, ou le fait de lui avoir caché aussi longtemps ce qui s'était passé. Ou pour la nuit qui venait de se dérouler. Nuit à laquelle elle semblait avoir participé.

Non.

Ses yeux se rouvrent, et ses iris se dardent sur Rain. Cherchent la pâleur morbide. Mais il n'y a que du sang. Du sang dont il ignore la provenance, mais dont il devine une partie être le sien. « Are you ok ? » Sa voix continue de peiner à s'exprimer, mais il lutte. Lutte pour garder ses yeux vrillés sur elle. Lutte pour que les traits tirés et la moue de la culpabilité ne se transforment pas en un poids trop lourd à supporter. « Did I... Did I hurt you ? » Il sait que ce n'était pas lui. Que c'était le loup. Mais la responsabilité est sur son dos. « What happened ... ? » Et au fond de lui, il espère juste qu'elle s'indignera. Lui dira qu'elle n'a aucune idée de quoi il parle. Qu'elle l'a trouvé nu, au coin d'une rue, et qu'elle l'a amené ici en attendant qu'il se réveille. Il espère qu'elle n'a rien vu. Espère qu'elle ne sait pas. Même si le sang témoigne du contraire. Même si son coeur brisé sait que c'est trop tard. Qu'ils ne peuvent plus reculer. Le mal est fait. Et toute la culpabilité du monde ne pourra jamais rien y changer.

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MessageSujet: Re: (hurts like hell), ismain.   Jeu 7 Juin - 16:31

La nuit s’écoule. Longue et froide, solitaire et inquiète. Rain a un noeud au fond de l’estomac qui refuse de se défaire. Épais, sinueux, douloureux. Une fois Ismael placé en sécurité, elle s’était laissée retombée dans le fauteuil meublant la planque de l’organisation. Personne ne viendrait ici ce soir - et si par malchance un chasseur décidait de venir faire un tour, Rain lui ferait rebrousser chemin. Mais de toute la nuit, personne n’était venu toquer à la porte. Ça avait été silencieux, bien trop silencieux. En cruelle opposition à l’esprit de la jeune femme, qui n’avait pu empêcher ses pensées de tourner en rond pendant des heures. Pesant chaque aspect de ce qu’elle venait de découvrir, additionnant les éléments dont elle avait connaissance. C’était compliqué, et elle avait combattu la migraine. Avait terminé de dégriser avec des cachets, et avait fixé la nuit noire à travers la fenêtre. Pas de soucis à se faire pour la bête dans la pièce d’à côté - trop faible pour se débattre, et assez bien attachée pour ne pas s’échapper. Rain avait pleuré, Rain avait serré les poings, Rain avait combattu le sommeil. Pas question de s’endormir, il fallait qu’elle veille sur le loup, il fallait qu’elle veille sur Ismael. Ismael. Loup-garou. Quand le choc et l’adrénaline étaient retombés, elle s’était mise à pleurer. De désespoir, pour elle, pour lui, pour cette chienne de vie qui ne cessait de les foutre à terre quand ils ne voulaient que se relever. Elle n’avait jamais voulu de ça pour Ismael, elle avait toujours voulu l’en préserver. Elle ne connaissait pas les circonstances - elle pouvait s’en douter - mais elle se blâmait pour. Peu importe comment c’était arrivé, elle n’avait pas su le protéger. Et voilà ce qu’il était devenu. Voilà ce qu’ils étaient. Deux monstres. Deux créatures qui ne feraient que fuir, le reste de leurs vies. Mais Rain avait séché ses larmes. Avait veillé sur Ismael quand son corps s’était transformé à nouveau pour reprendre la forme qu’elle connaissait. Elle l’avait abrillé d’une couverture qui traînait, avait soigné une blessure qui prendrait du temps à guérir, et même avec ses nouvelles aptitudes. Déchirée entre tout ce qu’elle ressentait, tout ce qu’elle était incapable d’avaler, tout ce qu’elle avait appris à accepter pendant la nuit. Ismael. Loup-garou. Ça expliquait des choses. Ça ouvrait des nouvelles questions. Une part d’elle détestait cette nouvelle condition pour la souffrance qu’elle apportait à Ismael. Et une autre part d’elle ne pouvait s’empêcher d’avoir le coeur qui s’emballait. Cette fois on est vraiment ensemble. Rain avait posé un baiser sur le front du musicien. Cette fois je vais prendre soin de toi, Ismael.

Le jour se levait doucement. Rain ignora les grommelements de son ventre. Une fois qu’Ismael serait réveillé, elle irait chercher de quoi manger. Mais pas avant - elle voulait être là quand il allait ouvrir les yeux, qu’il ne soit pas seul, qu’elle puisse lui expliquer ce qui s’était passé. Qu’elle puisse lui sourire et lui dire que tout allait bien. Ah oui ? Tout va bien ? Fermant les yeux, elle inspire profondément, jetant un coup d’oeil à la chambre qui était à quelques pas. Ismael qui ne bouge toujours pas. La brise matinale qui fait danser les rideaux. Un peu d’air frais ne faisait pas de mal dans cet appartement qui empestait le renfermé. Le renfermé et autre chose. Rain expire doucement. Time to step up, girl. Elle ne lui en voulait pas de n’avoir rien dit. Elle n’avait jamais rien dit non plus. Un bruissement attire soudainement son attention, et elle rouvre les yeux, dirigeant son regard vers la chambre. Dans la petite pièce, il y a du mouvement. Ismael grogne et bouge un peu. Ismael se réveille. Rain se relève immédiatement, le coeur serré, et pénètre dans la petite pièce. Les yeux d’Ismael se posent sur elle mais il les ferme presque aussitôt. Rain s’agenouille à ses côtés, l’envie de pleurer, l’envie de hurler, now’s your time, Rain. Take care of him. « Rain... » Il tente de se relever, et Rain le laisse faire un instant, connaissant bien Ismael. Mais il a de la difficulté, et elle jette un regard rapide à sa blessure. Encore sanglante, la guérison commence à peine. Rain déglutit. « Shit. » Son dos se dépose contre le mur. Rain fronce des sourcils, et pose une main sur le front d’Ismael. Il est encore chaud, mais moins bouillant que tout à l’heure. Il ne devrait pas bouger, mais elle sait qu’elle ne peut pas lui demander ça. Il paraît alarmé du sang, et Rain tente d’attraper son regard. « Shh. It’s ok, baby. I’m here. » It’s not ok. Il ne va pas bien, il est gravement blessé, en piteux état. Rain a côtoyé assez de loups-garous pour savoir que les transformations ne sont jamais agréables. Mine either, baby. « I’m so sorry, baby... » Les traits d’Ismael, déformés par le poids de la culpabilité. Rain l’observe, ses yeux fermés, son teint pâle. « Shh. It’s ok. » Sa gorge est bloquée. Elle a de la difficulté à trouver les mots qu’il faudrait pour le rassurer. Son coeur qui bats, la nuit qui a été longue. Et malgré le temps qui a passé, malgré les heures où elle a pu retourner cette révélation dans tous les sens, la douleur demeure. Les yeux d’Ismael se plantent dans les siens, et Rain lui rend son regard.

« Are you ok ? » Son sourire est mince, mais présent. Ses doigts glissent du front à Ismael jusqu’à sa nuque, puis ses cheveux. Les caresses sont tendres. « Yes. » Elle ne lui demande pas de ne pas s’inquiéter. Elle sait que c’est inutile, elle peut le lire dans son regard. « Did I… Did I hurt you ? » Oh, baby. « What happened ? » Elle le regarde. Son amour pour Ismael ne connaît pas de limites. Tout ce qu’elle ferait pour lui, tout ce qu’elle a déjà fait, tout ce qu’elle ferait encore. L’envie de se laisser abattre par un énième coup, le désir d’en faire un coup d’envoi pour se remettre sur pied. Ça se déchire dans l’esprit de Rain. « It’s ok, baby. No one got hurt. » Except you. Aucune blessure qui ne guérira pas, cependant. Rain sourit à nouveau, doucement, calmement. « Just breathe slowly, ok ? You need to rest. You had a long night. » Il faut le guider. L’aider. Elle s’étire le bras, attrape une bouteille d’eau. « Here. Take some water. » Elle prend la couverture et la tire un peu, pour pouvoir mieux le couvrir. Elle ne veut pas qu’il ait froid. « I’m sorry about that. » Elle pointe la blessure d’Ismael à l’abdomen. La voix demeure calme, malgré les trémolos qui viennent s’y imiscer. Rain qui serre un peu des dents. Son regard reste auprès de celui d’Ismael, mais devient un peu plus timide. « It’s going to take a bit longer to heal. I had to immobilize you and bring you to safety. » I had to. I had to. « But it wasn’t silver. So you should be ok in a couple of hours. » Ses doigts qui glissent à nouveau sur la nuque à Ismael, caressant la peau familière. La présence d’Ismael, toujours la même. Ismael. Loup-garou. « We’re safe here. Don’t worry. I’ll take care of you, baby. »

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MessageSujet: Re: (hurts like hell), ismain.   Sam 9 Juin - 10:24

« It’s ok, baby. No one got hurt. » Elle s'est approchée. Elle a glissé sa main sur sa nuque, dans ses cheveux. Et il ne bouge pas. Après le noir et le silence, la douceur et la chaleur du contact de Rain sont tout ce qu'il avait réellement besoin. Tout ce qui aurait pu guérir son coeur aussi déchiré que son corps. Le corps qui continue de saigner. Continue de le faire souffrir. Il le sent pourtant se régénérer, peu à peu. La douleur qui reflue, et il sait les chairs se recoller. La plaie n'a pas été faite avec de l'argent. Il s'en sortirait. Malgré la douleur, malgré le choc. Malgré l'incompréhension de la manière dont autant de sang avait pu se retrouver à maculer le matelas autour de lui. « Just breathe slowly, ok ? You need to rest. You had a long night. » Il ferme les yeux. La proximité de Rain le rassure, et la tendresse avec laquelle elle semble vouloir s'occuper de lui lui fait dire qu'il est en sécurité. Qu'aucun chasseur ne profitera de sa faiblesse pour faire sauter la porte de ses gonds, et lui planter une larme d'argent dans le coeur. Elle est là. Rien ne se passera. Elle est là.

« Here. Take some water. » Lorsqu'il rouvre les paupières, au son de sa voix, une bouteille d'eau s'est matérialisée sous ses yeux. Autour d'elle, les doigts de Rain. Et toute sa silhouette, si paisible et rassurante, pour lui donner réellement à croire qu'une gorgée d'eau éliminerait toutes les douleurs sourdes qui lui battaient le corps. Il attrape la bouteille d'eau, l'ouvre fébrilement pour la porter à ses lèvres. Pendant que Rain rajuste la couverture sur son corps nu. Il n'a pas froid. La température dans l'appartement est plus élevée qu'il n'aurait pu s'y attendre. L'été réchauffe même les lieux les plus sordides. « I’m sorry about that. » Elle pointe l'abdomen, et il baisse les yeux. Les relève presque immédiatement, à la vue de la chair encore sanguinolente. Ça ne veut pas se refermer complètement. C'est laissé à l'air libre. À la douleur du vide. Il faudrait désinfecter, il faudrait panser. Il pourrait en crever. Mais avec les mois, les années, il avait appris à rationaliser. Savait que c'était inutile de faire quoi que ce soit. Son corps allait se régénérer. La blessure serait oubliée. « It’s going to take a bit longer to heal. I had to immobilize you and bring you to safety. But it wasn’t silver. So you should be ok in a couple of hours. » Elle savait, pour l'argent. Savait ce qu'il était. Savait comment elle aurait pu le tuer. Mais elle ne l'avait pas fait. Elle avait réussi à l'immobiliser, par un procédé probablement des plus violents, que l'amnésie lui rendait au moins le service d'oublier.

Il abaisse la bouteille d'eau, la rebouche. Ses yeux qui se ferment à nouveau, lorsque les doigts de Rain reviennent se poser sur sa nuque. Il se force à respirer calmement, pour tenter de gérer la douleur qui le fend en deux. C'est difficile. Difficile de se réveiller d'une nuit noire et de ne pas pouvoir retracer ce qui lui est arrivé. Le seul avantage était peut-être que toute la douleur du loup resterait oubliée à jamais. Qu'il n'avait plus qu'à supporter celle que le matin lui avait laissée. Lui vivrait pour voir les choses s'arranger. Le monstre, lui, n'avait vécu que pour être violenté. Puni de sa nature sauvage et brutale. Puni pour ce qu'il était. « We’re safe here. Don’t worry. I’ll take care of you, baby. » Les mots le rassurent, même si les questions commencent à tourner au fond de son esprit. Il ignore où ils sont. Dans un genre de planque, visiblement. Un appartement abandonné. Juste un matelas au sol, et le strict minimum pour s'occuper de quelqu'un. Il ne savait pas exactement quelles étaient les activités de Rain, et il aurait voulu demander. Avoir la vérité, cette fois. Celle qu'il méritait. Mais les mots ne sortirent pas. Ses yeux restèrent fermés. Pour le moment, la seule vérité qui importait était celle de la nuit. Celle de la honte qu'il ressentait, à s'être trouvé ainsi dévoilé après ces deux années à se cacher d'elle pour la protéger.

Ses yeux s'ouvrent, ses prunelles se posent sur elle. Rain. Belle comme s'il ne l'avait jamais quittée. Rain qui avait su s'occuper de la bête en lui. Qui avait su ses faiblesses, et qui avait réussi à la maîtriser. Rain — plus mystérieuse que jamais. « I... I didn't want you to know. I wanted to protect you. I'm sorry... » Il a besoin de le dire. Ses yeux se referment, son corps bouge. Douloureusement, péniblement. Il réussit à se tourner suffisamment pour se recoucher, dans l'autre sens. S'appuyer contre elle. Tête contre ses cuisses. Don't leave me. « I'm sorry. » Murmure. Bas, honteux. Il aurait voulu ne jamais avoir à lui cacher. Aurait voulu pouvoir en parler avec elle. Mais la monstruosité de sa nouvelle condition l'avait effrayé. Et la peur de tuer Rain par accident s'était imposée avec bien trop de violence dans son esprit. Il avait fui. Fui la seule personne capable de réellement l'aider. Fui celle qui aurait pu lui tendre la main. Fui. Cruelle solution de simplicité.

« How... How did you manage to survive me ? » How, Rain ? Ce n'était pas lui — c'était le loup. Mais dans sa tête, les choses revenaient au même. Il aurait pu la tuer. Que ce soit le loup ou lui, la responsabilité lui incombait. La manière dont elle avait pu le blesser suffisamment pour le maîtriser le dépassait. Et dans ses yeux, les questions s'amassaient. Trop nombreuses pour qu'il ait la force de toutes les prononcer. How did you, Rain ? Il ne la regarde même pas dans les yeux. Ne le peut pas. Paupières à demi-closes. Espoir d'une discussion pour oublier la douleur. Discussion cruelle. Pénible. Rien de tel pour s'arracher les idées d'une plaie qui finirait de toute manière par disparaître. Celle de l'esprit, elle, méritait d'être traitée. La seule façon pour des amants maudits de trouver l'ombre du repos que leurs âmes méritaient.

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MessageSujet: Re: (hurts like hell), ismain.   Mer 13 Juin - 0:09

Elle espère qu’il ne prendra pas peur. Qu’il ne s’énervera pas face aux sous-entendus qu’elle lui glisse en essayant de le rassurer. Rain n’a pas envie de crier, pas envie de se disputer. Fatiguée, lasse des secrets et des mensonges. Ça a bien failli les tuer tous les deux, après tout. Ce n’était la faute à personne, et il n’y avait personne à blâmer. Mais les secrets ne menaient à rien de bon. Elle le réalisait doucement, alors que ses doigts continuaient de donner de douces caresses à Ismael. Les secrets ne faisaient que leur pourrir la vie, que leur pourrir l’esprit. C’était le moment de retirer les pansements - peut-être pas tous, mais au moins un ou deux. Elle le sentait dans l’air, que l’heure des faux-semblants et des conversations déviées était terminée. Que c’était le moment d’être honnête, aussi brutale que la vérité pouvait être. Elle, était fatiguée de mentir. Elle, était fatiguée de prétendre. Elle avait passé trop près de perdre Ismael pour vouloir continuer la vie qu’elle avait menée jusqu’ici. L’aimait trop pour ça. Elle ne risquerait pas de le perdre une seconde fois. Il garde les yeux fermés, alors qu’elle lui parle. Qu’elle lui promet de s’occuper de lui - promesse qu’elle ne lance pas en l’air, promesse qu’elle ancre dans le ciment. Pour toutes les fois où c’était lui qui avait pu la protéger, pour toutes les fois où il avait du la ramasser à la petite cuillère. Cette fois c’était son tour, pour lui prouver qu’elle le voulait, qu’elle en était capable. « I… I didn’t want you to know. I wanted to protect you. I’m sorry...  » Elle serre la mâchoire, mais ne recule pas. Ne bouge pas. Ça ne fait que lui serrer le coeur. Elle ne lui en veut pas - tellement pas. If only you knew how much, baby. Elle aimerait lui expliquer, qu’elle comprend pourquoi il n’a rien dit, qu’il comprend mieux qu’il ne pourrait l’imaginer. I did the same thing. Mais les mots lui serrent la gorge, l’empêche de parler. Elle n’est peut-être pas prête. Elle ne l’a jamais été. Mais elle devra les forcer. Le secret ne peut plus demeurer. Pas après ça. Elle laisse Ismael se coucher contre elle, revient glisser ses doigts dans ses cheveux quand il dépose sa tête contre ses cuisses. « I’m sorry. » Il repète, soupir fatigué, soupir honteux. Rain déglutit. Elle a envie de pleurer, mais elle retient les larmes. Retient les sanglots, se contente de garder sa respiration calme. « It’s ok, baby. » Ça ne dit pas à moitié ce qu’elle pense. Mais c’est un début. Un tout petit début. Qu’il n’a pas à se torturer ainsi, surtout pas.

« How… How did you manage to survive me ? » Pendant une seconde, les caresses de Rain s’arrêtent. Sa main se suspend en l’air, et elle déglutit. Bien sûr qu’il allait vouloir savoir - personne ne pouvait survivre ainsi une attaque de loup-garou. Personne ne pouvait maîtriser ainsi un loup-garou - personne d’humain, en tout cas. Ismael a toujours les yeux fermés, et ça facilite un peu les choses. Le corps de Rain est lourd, sa bouche pâteuse. « I, hm... » C’est dur de se lancer, dur de propulser ses jambes vers l’avant pour se jeter dans le vide. Rain inspire doucement, ignorement les tremblements dans son propre souffle. Ça devrait attendre. Ismael est blessé. Il faut s'occuper de lui. Ce n'est pas le moment - mais ça ne l'est jamais. « I got my own secrets, baby. Some things I never told you. » La honte lui serre l’estomac, elle a chaud, elle a froid. Son coeur qui palpite, qui se tord dans tous les sens. La peur de perdre Ismael, pour de bon, d’avoir dit le mensonge de trop, que cette fois soit la dernière, que plus jamais il ne la regardera comme avant. Un monstre. Un monstre. Les voix de son frère, de son père se mélangent à ses propres pensées, et elle les chasse avec ferveur. « I said it was ok about you not telling me, because I did the same. I’ve been doing the same for...  » Ça fait mal. Ça lui déchire le coeur. Don’t hate me, please. Please don’t hate me. « Since we met. » Oui, tout ce temps là. Toutes ces années. « I’m not… » Elle peine à trouver les mots, elle se trouve ridicule, pathétique. Ses doigts qui s’agitent, ses caresses qui deviennent maladroites, mais qu’elle ne peut se résoudre à arrêter. Sa voix qui tremble, les larmes qui s’amassent. « You know when I told you I had my own superpower ? It’s not just that. » Elle inspire doucement, l’air qui s’engouffre dans ses poumons, et elle expire rapidement. « I’m not human, baby. » I’m a monster. Mais elle est incapable de le dire, ça. Parce qu’elle ne sait plus trop jusqu’à quel point c’est vrai. « I’m… I’m a shapeshifter. » A monster. « I can change my appearance. Entirely become someone else. I’m stronger. I heal faster. » Elle devrait s’arrêter, elle en dit trop, va trop vite. Mais on dirait qu’elle ne sait plus s’arrêter, qu’elle est ailleurs, qu’elle s’égare. « I was born that way. I was so young when I found out. My father, he… The first thing he did was to tell me that I should never, ever, reveal it to anyone. » Voix basse. Honteuse. Les enseignements du père qui ont creusés plus profondément qu’elle ne l’aimerait. « So I never did. Not even to the people I love the most. » Elle se tait. Ferme les yeux. Les épaules qui tombent. « That's how I survived you. »

Do you hate me, baby ?
Are you disgusted by me ?
Are you gonna leave me, baby ?

Please, don’t.
Please don’t go.
I’m sorry.
I want to take care of you.
I love you, baby.

I’m so sorry.

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MessageSujet: Re: (hurts like hell), ismain.   Ven 15 Juin - 23:53

« I’m not human, baby. »

Il avait entendu les mots s'emmêler. Les caresses dans ses cheveux, sur sa nuque, sa peau, les imiter. Elle lui avait dit qu'elle avait un secret, elle aussi. Un secret qu'elle gardait depuis qu'ils se connaissaient. Et même si son coeur s'était serré, il avait attendu. Patiemment, silencieusement. Attendu que la sentence tombe. Attendu de pouvoir comprendre, enfin, ce qu'elle voulait dire. Comprendre pourquoi elle ne lui en voulait pas de n'avoir rien dit. Comprendre comment elle avait pu le maîtriser si facilement, et sans en être blessée.

I'm not human, baby.

La révélation le frappe pourtant avec une violence inouïe. Brise son coeur fissuré par les années de séparation, et par la douleur des mensonges qui les avait déchirés. Et alors qu'elle lui explique, le monde semble soudain plongé dans le brouillard. Un brouillard duquel il lui est impossible de s'extirper entièrement, mais qui n'empêche nullement les explications de Rain d'atteindre ses tympans. Shapeshifter. Il ne sait pas ce que ça veut dire, mais ça n'a pas d'importance. Elle lui explique rapidement ; il n'a pas bougé. N'a pas tourné la tête vers elle, quand elle a souligné ses capacités. Il a senti la nausée le gagner, a réalisé ce que chaque démonstration de force voulait dire. Réalisé la manière dont elle avait sûrement dû se maîtriser. Réalisé que, peut-être, elle s'était blessée bien plus de fois qu'elle n'avait eu à lui révéler, durant ces huit années où il avait dormi à ses côtés. Et la trahison lui retourne l'estomac. Fait gronder quelque chose, en lui. Une tristesse écrasante, en écho à la blessure laissée par le secret si longtemps gardé. Si la nuit était tombée, il n'était aucun doute que le loup se serait manifesté. Mais seul le jour subsistait — et Ismael savait que la bouteille d'eau, debout un peu plus loin, ne l'était que par un immense effort de volonté. Les objets autour auraient pu se crisper, trembler, tomber. Exploser. Comme son coeur, en cet instant. Comme cette confiance qu'il lui faudrait apprendre à rebâtir, maintenant qu'elle lui avait donné les clés pour réellement la connaître. Dix ans trop tard.

Elle a honte. Honte de dire que son père lui a dit de ne jamais le révéler, honte de dire qu'elle l'a caché de tout le monde et même de lui. Et, allongé sur ses genoux, Ismael se contente de serrer les dents. Le regard fixé vers le mur opposé de la pièce. Ne prenant même pas le soin de s'inquiéter des moisissures qui y coulaient, des trous qui le parsemaient. « That's how I survived you. » Maintenant, il comprend. Comprend, mais peine à accepter la vérité. C'est trop soudain, trop violent. Ça ressemble aux cauchemars qu'il ferait, après une nuit comme celle qu'il venait de passer. Cauchemars desquels ils se réveilleraient pour découvrir qu'il l'avait tuée.

Mais cette fois, ça n'en est pas un. Cette fois, c'est vrai. La blessure encore en train de cicatriser sur son abdomen en témoigne. La violence de la nuit qui étreint encore son corps aussi. Rain l'a maîtrisé. C'est un fait. Et l'explication qu'elle donnait était trop remplie d'émotion, trop poussée, trop contrôlée, pour qu'elle l'ait inventée. She isn't human.

She isn't human.


Il ne peut pas parler. Ne peut rien dire. Le silence écrasant, dévorant. Le choc de la vérité. Les phrases qui lui viennent ne sont pas les bonnes. Les questions n'ont pas leur place, dans l'instant. Et il se contente de déglutir lentement. De porter une main à son abdomen, et de s'appuyer sur le sol de l'autre, pour se redresser. Se laisser retomber contre le mur, à ses côtés. La respiration emballée par l'effort, alors que sa blessure en voie de cicatrisation le faisait toujours atrocement souffrir. Il laisse tomber sa tête directement contre le plâtre effrité. Ferme les yeux. Les traits tirés par la peine, tirés par la misère. Tirés par une fatigue qu'il ne cherchait plus à pallier. Et, l'espace de quelques instants, le silence.

Le silence pour accepter. La respiration ample et les soupirs douloureux pour aider l'information à passer. Ça lui prend plusieurs longues secondes, avant qu'il ne finisse par murmurer. Voix rauque, coeur brisé. « You should have told me earlier. » Il se racle la gorge. Toussote, un instant. Avant de reprendre une longue inspiration, et de rouvrir lentement les paupières. « I would've loved you anyway. » How the Hell did you came to thinking that I wouldn't ? La boule lui bloque la gorge, retient les mots. Il peine à respirer, peine à faire disparaître à seules goulées d'air le point chaud qui appuie violemment sur sa nuque. « I understand why you didn't. » Il a détourné un peu les yeux. Les a refermés, pour une seconde ou deux. « But it'll never change what I felt for you. » What I still feel. « Your father's an asshole. » Le sien lui avait dit de cacher son don, oui. Pour apprendre à le contrôler, apprendre à ne pas mettre en danger ceux qu'il aimait. Mais au bout d'un moment, il avait commencé à en parler. À ceux qui comptaient, à tout le moins. Tous, sauf Leora. « At some point, in your life, you have to tell somebody. You have to trust someone about it. » Il rouvre les yeux. Ne la regarde pas. Prunelles dans le vague, toujours orientée vers le mur pourri, à quelques mètres de là. « You have to believe them, when they say they'll love you anyway. » Une inspiration, pénible. Les yeux qui se referment. La plaie qui le fait souffrir, et sa main qui y reste plaquée. Un soupir, mince. Puis, un souffle. Murmuré. Brisé. « You should've trust me, when I told you that I loved you exactly for who you were. And that I would love you forever, no matter what you did. No matter what was to happen to you. » Il déglutit. Renifle, lentement. « I meant it. » Une seconde de silence. Les paupières toujours fermées. Et au fond de sa poitrine, les morceaux de son coeur commencent enfin à se rassembler et à trouver une raison de se recoller. Une raison de recommencer à exister. « I still do. »

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MessageSujet: Re: (hurts like hell), ismain.   Mar 19 Juin - 20:34

Le pansement est arraché. L’un d’eux, du moins. Rain a tout dit, a tout déballé. Maintenant, Ismael sait. Sait qui est elle, ce qu’elle est. Comment elle a bien pu le survivre, pendant cette nuit d’horreur, comment elle a pu encaisser ses coups et lui en rendre d’autres. Comment c’est possible pour une fille comme elle de survivre à un loup-garou féroce. Le secret, enfoui depuis des années, qu’elle a su garder pendant tout ce temps qu’ils ont partagé un vie. Elle a honte, Rain, terriblement honte - mais elle n’a jamais su trouver les mots. Trop peur qu’il la rejette, comme son père lui avait toujours promis que les gens feraient - un monstre comme toi, personne n’en voudra. Alors Rain n’avait rien dit. À personne - ou presque. Les fois où sa langue avait glissée, c’était par accident, ou par la force des choses. Quand elle n’avait plus eu le choix - comme aujourd’hui. La boule dans sa gorge est épaisse, le creux dans son estomac profond. Elle a mal, elle est terrifiée. Que ce sera la fin, qu’Ismael se lèvera pour claquer la porte et que la solitude la prenne pour de bon. Que la chute finira par la tuer, les os brisés, le coeur fracassé.

Ismael ne dit rien. Ismael reste silencieux. Au bout de longues, il se met à bouger pour venir s’accouder au mur à nouveau. Il n’est pas loin, leurs jambes se touchent toujours - mais il laisse derrière lui un froid qui lui sert les os. Please baby. Please don’t go. Elle attend, les yeux remplis de larmes, attend qu’il ne donne le verdict. Elle n’ose pas le regarder. Elle sait qu’il a mal, et qu’elle vient de lui rajouter une blessure, encore plus violente que celle qui est sur son abdomen. Un coup de poignard qu’elle ne se pardonne pas - alors pourquoi le ferait-il ? Elle garde les yeux fixés au sol, les larmes qui menacent de tomber. Et quand la voix d’Ismael s’élève enfin, elle est rauque, creuse. « You should have told me earlier. » Elle ferme les yeux. Deux larmes s’échappent et viennent s’écraser au sol. Rain ne bouge pas. I know. I know. « I would’ve loved you anyway. » Le coeur de Rain se serre. Le souffle lui manque, le temps qu’elle enregistre les mots qu’il vient de prononcer. Elle rouvre les yeux, relève la tête. Le regarde. Ismael, mal en point. Ismael, à la respiration lourde. Ismael, qu’elle vient de blesser plus violemment que tout coup de couteau. « I understand why you didn’t. » La lèvre de Rain se mets à trembler. Tout son corps semble vouloir s’enfoncer dans le sol. « But it’ll never change what I felt for you. » Rain cligne des yeux. Deux autres larmes roulent sur ses joues. Felt. He said felt. La poigne est glaciale autour de son coeur. « Your father’s an asshole. »

Elle pourrait sourire, si elle en avait la force. Mais ça lui fait juste détourner le regard. Elle sait qui est son père. Elle sait qu’elle le déteste. Mais sa poigne sur elle est de fer. Jamais complètement capable de s’en délaisser. « At some point, in your life, you have to tell somebody. You have to trust someone about it. » Elle renifle, alors que les larmes continuent de s’accumuler dans ses yeux. Elle ne le regarde pas. Lui non plus. Elle aimerait lui dire, all the people who know, I can’t trust. « You have to believe them, when they say they’ll love you anyway. » Elle pince des lèvres, emprisonnant le sanglot dans sa gorge. Nobody ever told me that. « You should’ve trusted me, when I told you that I loved you exactly for who you were. And that I would love you forever, no matter what you did. No matter what was to happen to you. » Elle ferme les yeux, soupire lentement. Chaque mot est un coup de poignard dans les poumons, coupant son air, coupant son coeur. « I meant it. » Il s’arrête. Meant. Meant. He said meant. « I still do. »

Elle rouvre les yeux. Le regarde. Il a les yeux fermés. Les lèvres de Rain qui tremblent. Son corps bouge avant qu’elle ne soit capable de se mettre à penser - et elle se recroqueville sur elle-même, secoue la tête. « I’m so sorry. » Elle glisse sur le plancher, vient se coller contre lui. Son corps qui trouve le sien, délicatement, sans le forcer à bouger, sans le forcer à se faire davantage mal. Juste pour le sentir là, contre elle, juste pour le toucher. « I love you so much. » Ça n’excuse rien, ça n’explique rien, ça ne pardonne rien. Mais elle a besoin de lui dire, de le lui répéter, qu’il le sache, que ça, ça n’a jamais été remis en cause, au grand jamais. Le coeur de Rain, en miettes, son âme, perdue dans la noirceur. Ismael, sa seule lumière. « I don’t have any excuse » qu’elle souffle, son corps secoué de sanglots. « I never wanted to hide anything from you. But the more I waited, the more guilty I felt, and it just became worse and worse... » Until now. Elle relève la tête, le regarde, les yeux fuyants, débordant de sa honte. « Everyone always told me I was a monster. » Sa voix qui casse, ses épaules qui se haussent. « So I just started to believe it, you know ? » Rain qui serre les dents, pensant à son père, pensant à son frère, à tous ceux qui savent, à tous ceux qui l’ont fait souffrir pour ce qu’ils savaient. « Who would want anything to do with a monster ? » Le souffle, répète les mots qu’on lui a tant dit. Qu’on lui a répété, mélodie qui l’a toujours hantée. Monster. Monster. « But you’re right. I should’ve told you. I just didn’t know how. » Stop making excuses. « It’s unforgivable. You don’t deserve it. You deserve so much more. Not me. » Elle s’emballe. Se perd. Se perd dans tout ce qu’on lui a dit, dans tout ce qu’elle se répète à elle-même. « All I do is ruin things. Hurt people. Hurt you. »

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MessageSujet: Re: (hurts like hell), ismain.   Jeu 28 Juin - 14:26

« I’m so sorry. » Il la sent glisser lentement contre le mur. Se recroqueviller, pour venir se caler contre lui. Et il tourne lentement la tête. Rouvre les yeux, pour l'observer. Oh, Rain. « I love you so much. » Il dégage doucement son bras. Le décolle de sous le petit corps affalé contre le sien, pour poser délicatement sa paume sur sa tête. Ses doigts qui caressent un instant ses cheveux. Rajustent quelques mèches. It's ok, baby. Malgré le silence, malgré le secret. Malgré le choc qui venait de le ravager, et qui avait retourné quelque chose qu'il ne pouvait nommer. Ça changeait tout — et pourtant rien. Ça changeait ce qu'ils avaient été, ce qui les avait séparés, ce qu'ils seraient. Mais l'histoire n'en était pas réécrite. Complétée, tout au plus. Et à mesure que les mots de Rain s'avançaient, à mesure qu'elle se réfugiait dans les sanglots et les épaules haussées, dans les excuses sans cesse plus peinées et coupables, Ismael le sentait. Ça expliquait des silences qu'ils avaient laissé flotter, plus joueurs qua jamais. Ces silences adolescents, dont ils avaient profité, plutôt que de tenter de les combler. Il avait son pouvoir, elle avait le sien. Il avait toujours ressenti le secret comme incomplet, mais ne s'était jamais obstiné. Partant du principe qu'elle le lui dirait dans son entièreté, le jour où elle serait finalement prête à le dévoiler. Incapable d'imaginer, alors, les circonstances dans lesquelles cela se ferait. Incapable d'imaginer ce que lui serait devenu, lorsque tout cela sortirait.

« Who would want anything to do with a monster ? » Et il comprend. Plus qu'il ne voudrait l'admettre, plus qu'il n'aurait jamais pensé pouvoir le faire. Il comprend ce qu'elle ressent, saisit la portée des mots. Se les est tant répétés, ces derniers temps. Il n'avait jamais voulu lui avouer la vérité, malgré le désir de la retrouver pour se réfugier à ses côtés. N'avait jamais réussi à franchir le gouffre que l'attaque avait creusé. Gouffre que sa monstruosité n'avait fait qu'empirer. Mais voilà que, désormais, elle comprenait plus qu'il ne l'aurait jamais pensé. Oh, Rain. « But you’re right. I should’ve told you. I just didn’t know how. » Les mots qui font écho à ses pensées, à ce secret qu'il aurait dû, lui aussi, lui déballer. Se reposer sur elle, qu'elle puisse l'aider à encaisser. Mais il n'en avait rien fait. Alors plus que quiconque, il comprenait. Une compassion qui lui faisait gonfler la gorge, de mots refoulés et d'un chagrin difficile à ne pas laisser déborder, lorsqu'elle cessait finalement de le retenir pour le laisser couler. « It’s unforgivable. You don’t deserve it. You deserve so much more. Not me. » Et une fois de plus, il se force à ravaler ses sentiments. Se force à faire la sourde oreille à la douleur qui le fend en deux, sous le coup de cette plaie qui se résorbait toujours aussi lentement. Stop it, Rain. Mais elle n'en est pas capable. Projetée au fond du fossé par sa culpabilité, choisissant de s'y laisser pourrir depuis ces deux dernières années. Why don't you keep doing that to yourself ? Why, baby ? Tell me. « All I do is ruin things. Hurt people. Hurt you. » Et il ne peut s'empêcher de secouer la tête. Les traits défigurés par une grimace légère, peinée. L'envie de pleurer ravalée sous le coup de la colère douce et tendre qui est en train de l'envelopper. That's bullshit, baby. That's bullshit and you know it. « No you don't. » Il a la voix rauque, secouée par sa propre peine, ébranlée par le poids qu'elle le forçait une fois de plus à porter. « Stop telling that. Please. » Mais son ton n'est pas brusque, ni agressif. Tout au plus las de la douleur qu'elle s'inflige, jour après jour, en restant cantonnée dans ce mode de pensée qu'on lui avait imposé. « We hurt each other. That's life. » À nouveau, il secoue la tête. Les yeux rouverts, son regard perdu sur un point invisible, flottant au milieu de la pièce. « I don't care what your father or your brother told you. Whatever it is, it's bullshit. They've been hated your guts since you're a kid. You never listened to them. So don't start now. » Il renifle doucement. Referme les yeux, sans cesser un seul instant de jouer dans ses cheveux. La haine d'une belle-famille qu'il n'avait jamais considérée. « We're all monsters in the end. We all do bad things. We can't help it. » Il fronce les sourcils. Brisé. Le coeur battant sourdement au fond de sa poitrine, à la pensée du sang sur ses mains, certains matins où il se réveillait — le sang qui n'était que rarement le sien. « And if we're to be completely honest with ourselves, well... There's not much that we truly deserve. » Il rouvre lentement les yeux. Le menton baissé, son regard capturant lentement les traits tirés de Rain. Sa fatigue, sa peine. Why are we doing this to ourselves, baby ? « I don't care what I deserve. » Lentement, il déglutit. Sa poitrine qui se soulève paisiblement, son coeur qui bat plus violemment à chaque seconde qui passe. « But I know what I want. » You. You. You. It was alway you. Will always be you.

Un instant, il relève les yeux. Prend une inspiration plus lente, et laisse son regard dériver vers les fissures qui parsèment le plafond défoncé. « Now that we're here, now that it's out, I don't want you to hide anymore. I won't either. » Please, Rain. Please. Stop hiding from me.  Et la déglutition se fait pénible. Une expiration longue. Contrôlée. Calme-toi, Ismael. « I'm sorry I failed to protect you. » L'aveu qui tombe, doux mais peiné. Le coeur trop lourd, à la pensée de la manière dont il avait pris la fuite, en pensant la préserver. Oh I'm so sorry, baby. So sorry.

If only I knew what we were really going through.

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MessageSujet: Re: (hurts like hell), ismain.   Ven 29 Juin - 17:48

Il ne la repousse pas. Quand elle vient se caler contre lui, quand elle vient glisser sa tête contre son corps, il ne la repousse pas. Au contraire, il vient l’accueillir, la serrer contre lui. Les doigts familiers qui se perdent dans ses cheveux. Le coeur de Rain qui s’emballe, il ne la repousse pas, peut-être que tout n’est pas perdu. Qu’elle n’en a pas trop fait, qu’elle n’a pas commis l’erreur de trop. Que les choses parviendront à se régler, si seulement elle parvient à arracher le dernier pansement. Si seulement elle arrive à articuler le dernier secret qui la ronge, et qui la pousse à boire autant, à avoir autant besoin de s’oublier. Ismael - les années passées ensemble, les années passées séparés. Il la laisse parler. La laisser déblatérer tout ce qui lui crève l’âme, tout ce qui la dérobe de sa capacité à être heureuse. Tous les mots qu’on lui a sussuré à l’oreille depuis son plus jeune âge. Les accusations, les menaces, les empoisonnements. Monstre. Meurtrière. Pensées devenues communes, acceptées, dans la tête de la plus jeune Crawford. Elle n’aime pas être comme ça, mais avec Ismael ça va. Avec lui, elle peut être vulnérable - qu’avec lui, même. Elle n’a pas peur de ce qu’il fera. Peu importe ce qu’il décide, elle acceptera. Se laissera emporter par sa décision, qu’elle soit de la reconstruire ou de la détruire pour de bon. Peu importe - dans les bras d’Ismael, son destin sera déterminé. Elle ne voudrait être nulle part ailleurs que juste là avec lui. Il reste silencieux, alors qu’elle laisse pleuvoir les mots, sa haine contre le monde, contre elle-même, contre ceux qui ont fait d’elle ce qu’elle est. On lui a tout arraché et on lui demandé de vivre ; et puis quoi ? Rain, la tête lourde, le corps meurtri, l’âme en lambeaux. Il ne lui reste que lui - lui et quelques poussières. Ismael avait toujours été le seul capable de l’arracher à tout ça. Le seul capable de lui dire ce qu’elle avait besoin d’entendre, le seul qui avait jamais voulu le faire. Dès l’adolescence, dès les premiers regards croisés, il avait été la main se raccrochant à elle, l’empêchant de se noyer. Le seul à l’avoir regardé dans les yeux, et lui dire, you’re worth something. Et encore aujourd’hui, des années et des erreurs plus tard, elle est là. À s’accrocher à lui, à avoir besoin qu’il le répète.

« No you don’t. » Elle sait qu’il ne va pas bien non plus, que sa blessure doit lui faire un mal de chien, et que le monde s’écroule autour d’eux sans qu’ils ne puissent rien faire pour l’en empêcher. Qu’elle a mal, qu’il a mal, qu’ils ne sont tous les deux qu’à moitié en vie. Et ça lui brise le coeur, comme elle voudrait autre chose pour lui - comme elle ne sait pas comment lui offrir. « Stop saying that. Please. » Elle ferme les yeux, pince des lèvres. Il n’est pas brusque avec elle - doux, comme il l’a toujours été. Elle l’admire, Ismael. Autant qu’elle peut l’aimer. « We hurt each other. That’s life. » Elle s’agrippe à lui. Poigne invisible, mais toujours là. Et elle s’en veut de le tirer au fond - s’en veut de ne pas avoir la force ou la capacité de le ramener vers le haut. « I don’t care what your father or your brother told you. Whatever it is, it’s bullshit. They’ve been hating your guts since you’re a kid. You never listened to them. So don’t start now. » La gorge de Rain gonfle, alors que les larmes redoublent. But I did. I did listen to them. I still do. However hard I pretend. Mais Ismael l’a dit - lui, s’en fiche. Et c’est ça qui avait fait toute la différence à l’époque - et qui le fait encore. Que les mots des Crawford n’ont pas de poids sur le Drake, cette capacité qui permets à Rain de rester à flots et de ne pas se laisser noyer. Il renifle, et elle a peur qu’il soit en train de pleurer, mais elle pleure avec lui. « We’re all monsters in the end. We all do bad things. We can’t help it. » Ismael, loup-garou - le sang inévitable sur les mains, le matin venu. Rain expire doucement, alors que les larmes glissent silencieusement sur ses joues. Les doigts rassurants d’Ismael dans ses cheveux, qui lui permettent de se rattacher à la réalité. « And if we’re to be completely honest with ourselves, well… There’s not much that we truly deserve. » Elle rouvre les yeux, doucement. Glisse ses doigts sur ses joues pour sécher ses larmes. Renifle. Fatiguée. « I don’t care what I deserve. But I know what I want. » Ses yeux se referment, alors que son coeur déraille, s’ouvre à Ismael. Encore plus grand que jamais, son amour qui se raffermit. Un amour toujours présent, jamais disparu, jamais oublié - me too, baby. You. I want you. Nothing else. If I only have you, I’m fine.

« Now that we’re here, now that it’s out, I don’t want you to hide anymore. I won’t either. » Sa poitrine se serre à nouveau. Elle se redresse lentement, afin de pouvoir mieux le regarder. Toujours tout près, toujours à le toucher. À se rappeler qu’il est là, elle aussi. Oh, baby. Don’t say that. « I sorry I failed to protect you. » Elle secoue la tête. « Don’t say that. » Le murmure est brisé, mais tout de même prononcé. Les secrets qui lui remontent à la gorge. I don’t want you to hide anymore. Ismael mérite la vérité. La vérité qu’elle ne veut pas dire. La vérité qui fait trop mal pour être prononcée à voix haute. You don’t have a choice, Rain. You have to tell him. He deserves to be told. « Don’t, baby... » Un sanglot lui échappe, et elle baisse la tête un instant, essayant avec peine de reprendre son souffle. Relève les yeux, inspire profondément. It cannot be avoided anymore.

Face your pain, Rain.


« I lost the baby. » Ça tombe, comme un bloc de ciment. Tellement de choses qu’elle aimerait dire. Tellement de choses qu’elle devrait dire. Avant de se jeter à l’eau, avant d’aller se brûler dans les flammes. Mais c’est tout ce qui lui échappe. Plus envie de se cacher. Plus envie de vivre seule avec ce fardeau. De vivre seule avec cette vie dans la tête. Cette vie qui ne lui appartenait pas qu’à elle. « Our baby. » Et ça se déchire, massacre sanglant dans son coeur. Le souvenir d’un ventre même pas encore arrondi, et de la douleur de la nuit fatale. Elle inspire, les yeux rivés sur ses mains. Aimerait le tenir. Aimerait qu’il comprenne. Aimerait ne pas avoir à le dire. « When I got back here from Vancouver, I… I found out I was pregnant. » Elle renifle. Lèvres tremblantes, le coeur en miettes. Baby I’m sorry. I’m so sorry. I can’t hide anymore. You told me not to hide anymore. « I didn’t know what to do. From what I gathered it’d been two months. » Le sourire triste qui lui étreint les lèvres. Elle qui n'avait pas quoi faire, vers où se tourner. Le reste, arrivé tellement vite, trop vite. « And then I started working for my father again. They wanted me to transform for a mission. I - I told them no, it was too dangerous. » Elle serre les doigts, jusqu’à ce qu’ils en deviennent blancs, le corps tremblant. Sait qu’elle est en train de lui briser le coeur, pour de bon, qu’elle vient de le précipiter au fond du gouffre. « But they made me do it anyway. » La voix qui déraille vers la fin, qui se brise. Elle ferme les yeux, essaie d’inspirer, mais elle n’en est pas capable. Trop de douleur, trop de peine. « I lost the baby that night. » Rouvre les yeux, timide, brisés. I lost the baby.

I lost our baby.
Ismael.
How can you ever forgive me ?

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MessageSujet: Re: (hurts like hell), ismain.   Ven 29 Juin - 21:48

Don't say that. Et pourtant, il l'a dit. N'a pas hésité — pas alors que son coeur trop lourd le lui hurlait. Il sent la peine de Rain, sent sa difficulté à retrouver des repères. Dans sa vie, dans leur couple anéanti. Auprès de sa nature, même — cette nature qu'elle s'était tant échinée à cacher, et qu'elle venait d'être obligée de lui révéler. Et il aurait aimé pouvoir faire plus. Pouvoir la protéger du monde entier. L'arracher des griffes de son père, de celles de son frère. Lui donner la chance qu'elle n'avait jamais eue, et qu'elle méritait. La chance que lui aurait pu lui offrir, voilà bien des années — mais qu'il avait finalement échoué à faire perdurer. Des regrets, et de la culpabilité. Plus qu'il ne pouvait en porter. Ses épaules qui ployaient davantage à chaque jour, chaque semaine. Chaque heure passée loin d'elle. Et voilà qu'ils avaient l'occasion de se rattraper. Voilà qu'elle avait découvert ce secret qu'il avait mis tant de soin à lui garder. Et qu'elle avait été obligé de lui révéler ce qu'elle lui avait dissimulé, toutes ces années. Une part de lui qui a encore du mal à admettre qu'elle n'ait rien dit. Qui considère encore que si elle avait gardé le silence, c'était qu'il y avait eu, quelque part, une faille dans la confiance.

« Don’t, baby... » Et il entend le sanglot. La voit essayer de se rassembler, essayer de respirer. Sa main qui s'ouvre pour se poser sur son crâne. Doucement, l'envelopper. Breathe, baby. Naviguer au travers de la douleur qui s'estompe progressivement. Au travers de la souffrance de son coeur qui, elle, ne fait que s'approfondir à chaque instant. Breathe, baby. Breathe with me.

« I lost the baby. »

What ?

What baby ?


Son coeur semble rater un battement. Un trop grand battement. Le genre qui ne pardonne pas. Qui lui coupe le souffle en même temps, et qui fait immédiatement revenir le point chaud dont sa nuque avait eu tant de mal à se départir. Comme s'il sentait ce qui arrivait. Qu'il cherchait à accuser le choc avant de le recevoir en plein coeur de l'estomac. « Our baby. » No. No. That can't be. Le point chaud qui se mue en vertige, mais la main ne bouge pas. Le coeur trop engourdi par le choc de l'aveu qui se dessine face à lui. Don't say that. Don't. « When I got back here from Vancouver, I… I found out I was pregnant. » Elle ne le regarde même pas. Renifle. No. Don't say that, baby. Don't. Et pourtant, il sait que c'est vrai. Ne remet pas un seul instant en doute ce qu'elle est en train de lui raconter, malgré les mots qui lui labourent le coeur, les tripes, l'ensemble du corps. L'empêchent de respirer. I don't feel so good. « I didn’t know what to do. From what I gathered it’d been two months. » No. Please, baby, stop. Sa main qui le brûle. Il voudrait la retirer. N'en a pas encore la force. Cherche à retrouver de l'oxygène. À remplir à nouveau ses poumons. That can't be real. Can't be. « And then I started working for my father again. They wanted me to transform for a mission. I - I told them no, it was too dangerous. » Le cauchemar qui se dessine au travers de la réalité. La tête d'Ismael, trop lourde, qui tombe contre le mur derrière lui. En douceur, et en silence. Dans la plus tendre des horreurs, alors que son corps et son esprit essaient de survivre au choc. « But they made me do it anyway. » Les yeux qui se sont fermés. La cage thoracique qui peine à se soulever normalement. Peine à oxygéner l'ensemble de son coeur. Le tournis, le vertige. La nausée, brûlante. Et l'impression que le monde venait une nouvelle fois de s'effondrer sous ses pieds. « I lost the baby that night. » À la commissure de ses paupières fermées, les larmes ont finalement percé. Coulant sur ses joues, sans que son visage ne laisse transparaître la moindre expression de chagrin. Sans que les sanglots ne parviennent encore à percer sa poitrine pour remonter dans sa gorge, et s'élever dans l'air putride que les secrets et l'acharnement avaient créé.

No.

Et pourtant, il sait. Sait que c'est vrai, sait que Rain n'inventerait jamais ça. Sait qu'il y a eu un bébé, qu'elle l'a perdu. Qu'elle ne le lui a jamais dit. Qu'elle ne le lui a jamais dit. Sa main est restée posée sur la tête de la petite Crawford, et l'autre se relève. Vient se poser sur ses traits, tenir son front, tenir sa tête. L'empêcher de sombrer. Sur ses joues, les perles salées coulent toujours. Peu nombreuses. Haïes, chacune d'elle. La faiblesse qui l'envahit. Le poids de trop sur ses épaules. Le drame qu'il ne peut pas encaisser. Tout, mais pas ça.

Ça lui prend quelques secondes supplémentaires avant d'enfin agir. D'essuyer machinalement, presque furieusement, les larmes qui ont coulé, et de rouvrir les yeux. Ne pas la regarder, pourtant. Le coeur trop brisé pour ça. Trop brisé pour quoi que ce soit. « Why didn't you tell me ? » Et cette fois, la question est différente. Ne sonne pas comme la précédente. Des intonations désespérées. Une voix brisée par un chagrin plus gros que ce qu'il ne pouvait porter. « You should have found me. Told me. Especially when... Especially when you lost it. » Trop pour lui. Trop pour ces deux dernières années, au cours desquelles les malheurs n'avaient fait que s'empiler. Les vies brisées, vies arrachées. Le sang sur les pattes, sang sur les mains, et une malédiction face à laquelle il ne pouvait rien. Mais ça, il aurait pu. Ça, il aurait pu. « Why didn't you tell me ? » Et cette fois, l'expression de chagrin trouve ses traits. Les tord, alors que sa main glisse pour couvrir ses yeux. Sa tête qui se secoue. Ses pensées qui essaient de rester à flots, mais son coeur qui peine à garder le cap. Son autre paume toujours sur la tête à Rain. Incapable de rompre le contact. Incapable de lui donner un froid qu'elle ne méritait pas, pour tout ce qu'elle n'avait jamais mérité. « I would've come back. I would've figured something out. » I would've made sure you were ok, the baby were ok, made sure I wouldn't be a danger for any of you.

I would've done anything, baby.

Anything for you and him.
You and her.

For you.

Why didn't you tell me, baby ?

Why did you have to keep that for you, like you always do ?

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MessageSujet: Re: (hurts like hell), ismain.   Lun 2 Juil - 11:20

Oh, Rain.
What did you do ?


Briser Ismael, encore une fois. Son coeur, son âme. Le coup de grâce qu’il ne mérite pas. Mais les faits sont là, tout ça est arrivé, et il mérite de le savoir. De savoir qu’il y a un jour eu un bébé, leur bébé, et que la vie leur a arraché. Comme tout le reste. Comme l’histoire pour laquelle ils se sont enfuis, comme l’amour qu’ils ont et auquel ils se sont raccrochés - auquel ils se raccrochent encore. Ce qu’ils ont pu faire pour mériter une telle cruauté, Rain n’en sait rien. Née maudite, née le sang sur les mains, une vie contre une autre. Le bonheur à portée de main, sans être capable de l’attraper, sans être capable de pouvoir s’y attarder. Et ce bébé, cette toute petite chose qu’elle a portée. Ça s’était passé si rapidement - elle avait compris, elle avait passé le test, et avant qu’elle ne puisse décider quoi faire, c’était terminé. L’étincelle d’un bonheur possible, éteinte par les eaux noires et glaciales de l’organisation. We could have been happy, baby. Les cauchemars qui se sont fracassés dans la tête de Rain, elle, Ismael, leur enfant, à table, dans le parc, ensommeillés. Une vie pareil, ce n’était pas pour elle, autant qu’elle pouvait l’espérer. Le bébé à Ismael, qu’elle avait porté, le bébé à Ismael, qu’elle avait perdu. La honte, la culpabilité, couches sur sa peau qu’elle ne parvenait pas à enlever, qu’elle avait beau frotter avec désespoir, sans pouvoir les faire disparaître, sans pouvoir cesser de les savoir là. L’alcool comme seul remède - les lèvres trempées dans le liquide ambré pour s’oublier.

« Why didn’t you tell me ? » Ce n’est même pas de la colère, ce n’est que du désespoir. La main sur sa tête, le chagrin dans les yeux, les larmes qui lui serrent le coeur. Rain a honte, Rain a mal, veut s’enfuir, veut disparaître. Elle sait qu’il est blessé, par le secret de trop, le secret trop lourd, le secret trop douloureux. Ce n’était pas son bébé, c’étati le leur, il aurait du savoir, elle aurait du lui dire. Mais elle n’avait trouvé rien d’autre à faire que s’enfoncer dans la spirale de noirceur dans laquelle elle était déjà piégée. Que laisser les sables mouvants l’emporter, que laisser les ombres la dissimuler. Une énième erreur, une énième vie arrachée alors qu’elle se tenait toujours debout. « You should have found me. Told me. Especially when… Especially when you lost it. » La voix brisée d’Ismael, les cassures dans l’air, Rain et son vertige, le vertige d’avoir tout gâché, le vertige de ne pas avoir été à la hauteur, d’avoir merdé, encore, encore, encore. « Why didn’t you tell me ? » Elle secoue la tête, les larmes qui glissent sur ses joues, elle aimerait lui dire, I don’t know, mais les mots ne tombent pas, les mots restent coincés, amers, tranchants. Ses yeux qui se relèvent vers lui, les larmes qu’il a furieusement essuyées. « I would’ve come back. I would’ve figured something out. » Elle renifle, hausse les épaules. Ses doigts qui viennent attraper ceux d’Ismael, pour les serrer entre les siens. Comme pour le rattraper, s’il veut partir, elle est terrifiée qu’il veuille s’en aller, que ce soit trop cette fois, qu’il ne veuille plus la voir. « I was ashamed. » Les grands yeux, les traits d’Ismael, le visage qu’elle aimerait pouvoir caresser du bout des doigts, embrasser, mais elle ne bouge pas. « I couldn’t save our baby. » Les larmes redoubent, les mots font mal, piquent la langue, brûlent la gorge. Rain renifle, à nouveau. « It all happened so fast, and… » Elle déglutit, secoue la tête. Les yeux remplis de la détresse des dernières années, le trauma qu’elle n’a jamais su comprendre et assimiler. « I hated myself so much, I just… I just wanted to die. » Mourir, disparaître. Loin de ceux qu’elle pourrait à nouveau faire souffrir, inévitablement faire souffrir. « And I was scared, I was - petrified, and a coward. A huge coward. I couldn’t look at you and tell you that I had lost it. » La voix tremble, se casse. Mais le regard qui demeure, qui ne fuit pas, qui ne fuit plus. « That I had failed to protect it. » Les mots se transforment en un murmure.

Et finalement, les yeux se baissent, retournent vers les mains, le sol, n’importe où. « I didn’t want to find you because I knew you would come back. And you coming back would mean they would find you. » I only wanted to protect you. Une protection dissimulée, mais vraie tout de même - sincère tout de même. Ce que Dylan aurait fait pour mettre la main sur Ismael à l’époque. « You have no idea how much they threatened you. I-I wanted to protect you. The further you were from me, the further you were from them. » Elle hausse les épaules, alors que ça gronde dans sa poitrine. Les sanglots au bord des lèvres. Elle passe une main sur ses yeux, essuie les larmes. « You were always my weakness. And they knew it. They weren’t afraid to use it. And I was ready to endure anything if that meant you were somewhere safe. I still am. » Elle ne sait pas pourquoi elle dit ça - si ce sont des excuses, des explications. Si ce sont des justifications, ou juste des pensées qui la hantent depuis trop longtemps en solitaire - et qu’elle a finalement besoin d’exprimer. Rain jette un bref coup d’oeil à Ismael. Les yeux humides, les yeux fatigués. « I’m sorry. »

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