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 "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}

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MessageSujet: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Ven 11 Mai - 5:13




L'homme qui joue au jeu de l'art
se mêle de ce qui le regarde avec le risque d'ouvrir une brèche
sur ce qui ne le regarde pas.

Jean Cocteau

Ce RP ce situe entre  celui-ci et celui là.


Le travail avait repris. Il le fallait.
"Tout ce que vous faites, faites-le de tout votre cœur, comme pour le Seigneur et non pour des hommes." La parole divine avait beau être gravée en son âme, dans le repli de chaque geste, sa tête était pleine de l'Ange qui avait rabattu ses ailes sur lui.
Il y avait ses sourires frêles, ses promesses soupirées dans le noir, la chaleur de son corps contre le sien. Les badineries et le pain rompu. Il y avait les mots, coupants comme des poignards, la colère, le déni.
Il y avait Anthony.

Il avait pleuré.
Cela ne l'avait pas suffit à laver son péché pour autant.
Cela n'avait fait que saler ses nouvelles plaies.
Le monde est douloureux, il vous cloue au pilori, tel une phalène qu'on expose sous une plaque de verre. Il vous contemple, malgré tout, pour savoir si vous valez la peine d'être exposé.

Le travail avait repris.
C'était cela, ou tomber.

***

Ohanzee nettoie les verres, mécaniquement. Les choses ordinaires lui sont couteuses en effort et il ne comprend nullement pourquoi : servir, sourire, verser, nettoyer, encaisser, trier, ramasser... Il enfile les gestes comme les perles d'un chapelet. Son rosaire, lui, demeurent toujours au cou d'Ange.

Ohanzee ferme les yeux.
Il ne doit pas y penser. Il doit oublier.
" Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la; mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie, que d'avoir les deux mains et d'aller dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint point."
Il voudrait s'arracher le cœur et ne jamais avoir vécu cette nuit de cauchemars. Il n'y arrive point. Sous son crâne s'égrainent les plumes de l'Oiseau qui y est perché. Son Bel Oiseau.
Lorsqu'il les ouvre, c’est pour remarquer que la journée s’est éteinte et que le temps à défilé sans son consentement. En bon automate, il n'a rien trahi de son hiver intérieur. C'est en mettant les chaises sur les tables pour passer une serpillère, qu'il le remarque.

Le carnet est là.
Sagement posé sur la banquette.

Il sait pertinemment à qui il appartient : Dame Nora est une habituée des lieux et sa place est invariable. Il ne la connait que très peu, mais il eu l'occasion de remarquer son talent, à la dérobée.
Il se remémore Caoimhe, la première fois qu'elle lui a fait tenir un crayon entre ses doigts gourds. Elle peignait merveilles et splendeurs au travers de son regard perçant, laissant pour un temps sa langue de serpent au repos. Dans ces instants, il la redécouvrait toujours, comme touchée par la grâce. Son gout du dessin avait été contagieux, et, timidement, il s'était mis à l'accompagner dans ces égarements artistiques.

Depuis quand n'a-t-il pas posé une graphite sur du papier... ?

La curiosité le démange de feuilleter. Son respect de la propriété d'autrui l'en défend. Il pose sa découverte sur le comptoir, repoussant ses vilains penchants. Par mégarde, alors qu'il retourne un tabouret sur le plan de travail, il balaie le calepin qui choit au sol et s'ouvre en pleine page.
Ohanzee déglutit.
L'appel est trop franc, trop vibrant. Il y succombe malgré lui. Une page, puis deux, et doucement il glisse, dos au mur, absorbé par sa lecture, parfois ému aux larmes par les révélations consignées en tâches colorées intimes. Poignantes. Humaines.

Pas une seul fois, il ne pense à Ange.

***

Le lendemain, il l'attend. Il l'espère. Lorsqu'elle s'assoie à sa place, commandant invariablement la même chose, il prend place en face d'elle pour mieux la regarder. Sa crainte naturelle du genre féminin remonte, lui noue l'estomac. Il baisse le regard presque instantanément.
Le carnet glisse vers elle, rompt la distance. Ohanzee se mordille la lèvre dans le plus grand silence.

- B.. Bonjour, bégaie-t-il enfin. V.. Vous l'avez oublié hier.

Il pourrait se relever - il le devrait - et s'en aller, pourtant il reste là, muet. Paralysé. Une nouvelle fois, c'est la parole du seigneur qui le sauve :

- "Il était beau par sa grandeur, par l'étendue de ses branches, Car ses racines plongeaient dans des eaux abondantes. Les cèdres du jardin de Dieu ne le surpassaient point, Les cyprès n'égalaient point ses branches, Et les platanes n'étaient point comme ses rameaux; Aucun arbre du jardin de Dieu ne lui était comparable en beauté. Je l'avais embelli par la multitude de ses branches, Et tous les arbres d'Éden, dans le jardin de Dieu, lui portaient envie. " cite-t-il avant de ponctuer dans un souffle. C.. C’est ce que j'ai ressenti.
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MessageSujet: Re: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Ven 11 Mai - 7:15

Nora est sensible aux choses. Pas toujours, c’est certain. Quand elle ne fait pas attention aux autres, c’est qu’elle est perdue dans sa bulle, dans ses souvenirs les plus sombres. Mais le métier de chasseur lui a appris à être à l’écoute, curieuse, attentive. Parfois elle rate les indices les plus évidents, mais nul n’est parfait. Parfois elle fait semblant de ne pas les voir, car c’est trop difficile de faire face aux démons qui habitent nos proches. De temps en temps, elle se contente d’être hermétique, parce qu’on ne peut pas supporter toute la misère du monde. La jeune femme marche souvent à l’instinct, aux découvertes impromptues, aux âmes un peu moins lisses. Et c’est pour ça que ce bar est son préféré. Toutes les aspérités du monde semblaient se retrouver ici pour se côtoyer, s’aimer et se choyer sans que personne ne juge, n’attende, n’espère. Il y avait une douceur dans le regarde des gens, dans la mélodie des cœurs qui se jouait entre les tables, que Nora pouvait y passer des heures, rien que pour croquer une scène de vie qu’elle n’aurait pu apprécier ailleurs. Comme un sentiment de protection, qui n’avait rien à voir avec la coquetterie de l’endroit — bien qu’il soit parfaitement aménagé — mais plutôt avec une symphonie des énergies, des âmes et des regards hébétés.

Aujourd’hui toutefois, c’est autre chose qui l’amène au Qal. Elle a égaré son carnet et espère que quelqu’un l’aura retrouvé. Elle file commander son Virgin Mojito Fraise, toujours la même chose, parce que Nora n’est pas une femme qui se détache facilement, et elle commence à inspecter du regard la table où elle était la veille — toujours la même, aussi, pour y accumuler les souvenirs. Et puis Ohanzee, l’un des barmans, s’approche et fait glisser son carnet sur la table.

Ohanzee faisait partie de ces cœurs qui palpitaient sans qu’elle ne puisse les appréhender. Elle le regardait souvent faire, méticuleux, volontaire, mais à la fois dans la retenue. Elle l’avait dessiné, une fois. Enfin, quelques coups de crayons éhontés, car Nora ne dessinait jamais de visage. C’étaient des corps désarticulés, avec des embryons d’yeux et de bouche. Ses longs cheveux le rendaient reconnaissables, et puis ses vêtements assez amples, peut-être pour cacher les aspérités de ses pensées. Au-dessus, elle avait croqué un loup et un hibou, ne sachant pas trop pourquoi elle lui avait assimilé ces deux animaux. Peut-être pour la solitude empreinte d’une férocité douce, et d’une patience à toute épreuve. Ohanzee, elle ne le connaissait pas, elle savait juste qu’il avait sa voix douce et ses yeux noyés, et ça lui suffisait.

« B… bonjour. V… vous l’avez oublié hier. »

Il se mordille la lèvre, mal à l’aise. Nora se contente de sourire, ce genre de sourire qui illuminent le visage et aussi les cœurs, parce qu’elle a retrouvé, non pas « son précieux », mais quelque chose comme ça. Son carnet de dessin, c’est un peu comme son journal intime, le porche de ses songes, et elle préfère garder une chronologie de ce qu’elle a vécu. Pour ne pas se perdre dans les mirages qu’elle se crée parfois. Il est assis en face d’elle, le jeune homme aux traits d’argile.

« Il était beau par sa grandeur, par l’étendue de ses branches, car ses racines plongeaient dans des eaux abondantes. Les cèdres du jardin de Dieu ne le surpassaient point. Les cyprès n’égalaient point ses branches. Et les platanes n’étaient point comme ses rameaux. Aucun arbre du jardin de Dieu ne lui était comparable en beauté. Je l’avais embelli par la multitude de ses branches. Et tous les arbres d’Eden, dans le jardin de Dieu, lui portaient envie. »

Ezéchiel chapitre 31. Son corps cesse de battre un moment. L’homme cite tout un passage. Le genre de passage qu’il est beau de citer mais bien difficile à retenir. Nora se sent touchée. Déjà parce qu’il a retrouvé son carnet et qu’il est en parfait état, et ensuite parce qu’il lui cite quelque chose de sublime. Des vers incroyables. Si Nora voulait rencontrer un auteur, c’était bien celui qui détenait le record du best-seller, bon sang.

« C’est ce que j’ai ressenti. »

Nora a le souffle coupé, une fois de plus. Trois fois en une minute, c’est compliqué.

« Son feuillage était beau, et ses fruits abondants. Il portait de la nourriture pour tous : les bêtes des champs s’abritaient sous son ombre, les oiseaux du ciel faisaient leur demeure parmi ses branches, et tout être vivant tirait de lui sa nourriture. »

Elle n’est pas certaine de tout. Parfois son esprit fait des coupures, ne retient pas les mots exacts. Mais ce qu’elle préfère dans les écrits saints, c’était cette faculté première à analyser, comprendre et retirer l’essence du message plutôt que de recracher bêtement de jolies phrases dépourvues de sens.

« C’est ce que je voudrais insuffler, chuchote-t-elle, en parcourant la couverture de son carnet du bout des doigts. Merci beaucoup. Ohanzee, n’est-ce pas ? Vous n’avez pas idée du service que vous venez de me rendre. J’avais vraiment peur de l’avoir égaré. Vous l’avez feuilleté, alors ? Je… Merci. Est-ce que je peux faire quelque chose de plus pour vous témoigner toute ma gratitude ? »

Elle est encore un peu sur le cul Nora, et un début de rougeur souligne ses pommettes. Elle n’est pas habituée à ce qu’on la complimente ainsi sur son travail. Et elle ne sait pas encore s'il a cité ça parce qu'elle a l'habitude de dessiner des arbres, ou parce qu'il a vu l'intégralité de son travail.

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MessageSujet: Re: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Mer 16 Mai - 7:18

- Son feuillage était beau, et ses fruits abondants. Il portait de la nourriture pour tous : les bêtes des champs s’abritaient sous son ombre, les oiseaux du ciel faisaient leur demeure parmi ses branches, et tout être vivant tirait de lui sa nourriture.
- Daniel, chapitre quatre, verset 12.... murmure-t-il ébahi. Il ose, alors la regarder dans les yeux.

Une femme qui cite les saintes écritures ne peut pas être qu'admirable. Il comprend peut-être mieux, la proximité éprouvée à la lecture du carnet.

- C’est ce que je voudrais insuffler. Merci beaucoup. Ohanzee, n’est-ce pas ?
- O... Oui, balbutie-t-il. Et vous êtes Nora. Je l'ai lu sur la garde.
- Vous n’avez pas idée du service que vous venez de me rendre. J’avais vraiment peur de l’avoir égaré.
- Ce trésor renferme une partie de votre âme. On n'égare jamais son âme quand on en remet la garde au Seigneur.
- Vous l’avez feuilleté, alors ? Je… Merci. Est-ce que je peux faire quelque chose de plus pour vous témoigner toute ma gratitude ?
- Je.. J'en suis navré. La curiosité est chose vilaine mais il est tombé, il s’est ouvert et... dès lors que mes yeux se sont posés dessus je n'ai pas pu me soustraire à son attrait. Veuillez acceptez mes humbles excuses. J'ai conscience d'avoir fait incursion dans les alcôves secrètes d'un domaine intime, que je n'aurais pas du fouler.

Beaucoup de mots pour simplement lui signifier qu'elle ne lui doit rien.

- J..Juste.... J'aimerai juste...

Par où commencer ? Ohanzee cherche les mots justes, comme un égaré loin du chemin d'éloquence. Il rassemble soudain sa résolution et parle. Après tout," les voies du Seigneur sont des voies agréables, Et tous ses sentiers sont paisibles." Il n'y a rien à craindre pour la brebis comme le berger.

- Autrefois, je tenais un carnet, tout comme le vôtre. Il y a malheureusement bien longtemps que je n'ai plus fait usage de mes crayons ou de mes aquarelle. Je suis fasciné par.. par votre usage de la couleur....Et.... Enfin là n'est pas la question.... Il se dégage de vos paroles et de vos dessins une.. Une sorte de profonde solitude, une détresse qui m'a touché...

Il se pince les lèvres.

- Je ne souhaite aucunement vous manquer de respect en disant cela. J'aimerais simplement en apprendre un peu plus de la personne dont j'ai entrevu une spiritualité...

Silence.
Infime.
Le temps d'une respiration.

- ... Qui m’est familière.
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MessageSujet: Re: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Ven 18 Mai - 5:55

« Daniel, chapitre quatre, verset 12… »

Nora aime beaucoup la bible mais n’a jamais cherché à retenir leur nom exact. Elle se contente déjà de retenir de nombreuses citations qui l’inspirent, qu’elles trouvent vraiment belles… Et les arbres, les arbres ! Ça l’inspire ça, surtout cette idée d’arbre-monde, pas forcément dans la religion chrétienne. Nora est inspirée par un peu tout, surtout quand ça touche aux dieux.

« O… oui. Et vous êtes Nora. Je l’ai lu sur la garde. »

Toujours mettre son nom sur ses affaires personnelles. Une habitude héritée du collège, époque à laquelle on commençait à lui voler ses affaires. Beaucoup plus facile de prouver ensuite que ça lui appartenait et qu’elle avait décemment le droit de foutre un pain à celui qui essayait de toucher à ce qui lui appartenait.

« Ce trésor renferme une partie de votre âme. On n’égare jamais son âme quand on en remet la garde au Seigneur. »

Elle ne peut s’empêcher de sourire, avec douceur, en entendant celle d’Ohanzee. Voilà un homme bien plus croyant qu’elle. Elle, bien sûr, elle aimait la religion et s’y dévouait au maximum – même si certains commandements, comme « tu ne tueras point » écopaient de quelques problèmes avec elle – ayant lu la bible plusieurs fois, allant à l’église le plus souvent possible… mais ce n’était pas non plus dans sa manière de réfléchir, d’envisager le quotidien. Dieu n’avait ni pour but ni pour occupation de retrouver ses affaires quand elle avait la fâcheuse tendance de les égarer. Car si Nora était plus méticuleuse qu’une fourmi lors des chasses, son quotidien ressemblait parfois à un capharnaüm d’oublis et de pertes.

« Je… J’en suis navré. La curiosité est chose vilaine mais il est tombé, il s’est ouvert et… dès lors que mes yeux se sont posés dessus je n’ai pas pu me soustraire à son attrait. Veuillez accepter mes humbles excuses. J’ai conscience d’avoir fait incursion dans les alcôves secrètes d’un domaine intime, que je n’aurais pas dû fouler. »

Il a du verbe, dis-donc ! Nora ne peut s’empêcher de sourire un peu plus, pas pour se moquer, mais parce qu’elle aime les personnalités un peu atypiques. Les gens en dehors du monde, qui ne voient pas les choses comme les autres. Et Ohanzee doit définitivement être un artiste – ses mots, sa perception, tout en lui transpire l’homme en quête d’art et de sens. Les mots, peut-être ? Les poèmes, sûrement.

« J…Juste… j’aimerais juste… »

Nora a conscience qu’il a du mal à trouver ses mots. A ordonner ses pensées. Alors elle ne l’interrompt pas même si elle en meurt d’envie, de contente de jouer avec la paille de son cocktail avant de prendre une gorgée. Et quand il reprend, Nora réalise qu’elle s’est trompée, que ce n’est pas les mots qu’il manie, mais bel et bien les crayons, tout comme elle. Que ce carnet, ce tout petit carnet qu’il a ramassé pour elle et a gardé précieusement, il en tenait un aussi.

« Je suis fasciné par… par votre usage de la couleur… Et… enfin là n’est pas la question… Il se dégage de vos paroles et de vos dessins une… une sorte de profonde solitude, une détresse qui m’a touchée. »

Si au début elle pouvait croire qu’il la draguait, ce n’est maintenant plus le cas. Les mots du jeune homme la heurtent en plein cœur, bien plus qu’elle ne voudrait se l’avouer, mais jouer avec sa paille lui donne encore un peu de contenance. Elle porte son regard sur la couverture de ce carnet dans lequel elle dépose ses dessins sans vraiment réfléchir, sans vraiment penser qu’ils peuvent revêtir un sens particulier pour d’autres. Qu’ils puissent y percevoir… de la solitude. Ou de la détresse. Deux choses qu’elle essaye particulièrement de sortir de sa vie, deux choses qu’elle ne préfère aborder avec personne. Elle n’est pas seule. Elle n’est pas en détresse.
Et elle espère qu’à force de se le répéter, elle finisse par s’en convaincre.

« Je ne souhaite aucunement vous manquer de respect en disant cela. J’aimerais simplement en apprendre un peu plus de la personne dont j’ai entrevu une spiritualité… »

Gentils mots. Bonne intention. Et l’enfer en est pavé. Nora ne s’attendait pas à ce que quelqu’un transperce sa coquille en une fraction de seconde, en regardant trente pauvres dessins entachant les pages blanches. Ni que quelqu’un ose le dire à haut voix. La confronter face à l’écho des silences qui l’étreignent, le soir, quand elle va se coucher. Et le pire, c’est qu’Ohanzee est plein de cette compassion et de cette volonté d’aider. Il n’utiliser pas cette impression, cette constatation pour lui faire du mal ou de la peine. Et ça aussi, ça la perturbe.

« … qui m’est familière. »

Elle relève la tête, curieuse. Voilà. On y est. S’il l’a ressentie, c’est surtout parce qu’il a l’impression de le vivre lui. La solitude ? La détresse ? Les deux en même temps ? Deux âmes qui s’interpellent, qui se ressemblent, qui attrapent la curiosité. Elle peut respirer un peu plus en sachant qu’elle peut aussi se servir de cette information. Nora n’est pas manipulatrice – pas avec les gens généreux – mais elle n’aime pas être en asymétrie d’informations.

« Je… Déjà, sache que tu – on devrait se tutoyer vu le sujet de notre conversation – n’as aucune raison de t’en vouloir pour avoir ouvert ou vu mon carnet. Si c’était secret, je ne me baladerais pas avec. Donc, pas de problème. »

Elle lui sourit, avant de faire tourner la paille dans son verre. Elle ne sait pas trop comment aborder le reste.

« Ensuite… eh bien, tu devrais peut-être te renseigner pour devenir psychologue plutôt que de servir dans un bar, s’esclaffe-t-elle, se cachant toujours sous des traits d’humour quand elle le peut. C’est vrai que ce carnet est assez sombre. Ou que je le suis en général, si on ne joue pas sur les mots. Je trouve ça… surprenant que tu aies pu le déduire de quelques dessins. Et si je peux me permettre, pourquoi est-ce que tu as arrêté, toi, de dessiner ? J’aurais été ravie de voir… ce qu’il y avait à l’intérieur de ta tête, sourit-elle à nouveau, amusée. »

Oui, terriblement amusée. De voir qu’on a pu briser ses barrières en un clin d’œil. Et un peu inquiète, aussi.
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MessageSujet: Re: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Sam 19 Mai - 18:51

-  Je… Déjà, sache que tu – on devrait se tutoyer vu le sujet de notre conversation – n’as aucune raison de t’en vouloir pour avoir ouvert ou vu mon carnet. Si c’était secret, je ne me baladerais pas avec. Donc, pas de problème.

Ohanzee acquiesce, libéré d'un poids qui -ne nous le cachons pas- le travaille depuis la veille. La suite provoque chez lui un profond sentiment de malaise. La pique comme le rire le liquéfient. Une pierre chute dans son estomac, entraînant toute une pelote de boyaux dans sa dégringolade.

- J.. Je vous.. tu..  Je t'ai manqué de respect, je le comprends. Je ne veux pas vous.. tu... T'importuner plus... débite-t-il, yeux baissés.
- C’est vrai que ce carnet est assez sombre.

Ohanzee se tait, figé par la soudaine affirmation.

- Ou que je le suis en général, si on ne joue pas sur les mots. Je trouve ça… surprenant que tu aies pu le déduire de quelques dessins.
- Ah.. Je... Rire un peu gêné, Je ne vous connais pas ass... Il ferme les yeux et fronce les sourcils.... Je ne te connais pas assez pour oser dire cela. C'est juste... Une intuition, une sensation qui me renvoie humblement à ma propre histoire...

A son père.
A sa mort.
A sa résurrection.
A son don.
A son infinie solitude, Mort-vivant qui voit les les Vivants-morts.

Et à Ange.


Son coeur se sert. C'est trop frais et trop douloureux.
Saignant.

Tout se lit trop franchement sur son visage constellé.

- Et si je peux me permettre, pourquoi est-ce que tu as arrêté, toi, de dessiner ? J’aurais été ravie de voir… ce qu’il y avait à l’intérieur de ta tête...

Son sourire comme sa question font lever le menton du jeune croyant. Cette femme est singulière. La certitude que le Seigneur ourdit ces fameuses rencontres selon des desseins bien précis s'ancre un peu plus en lui. Il n'est pas seul sur la voie que Dieu a tracé pour lui. Il doit conserver cette foi qui l'anime malgré la détresse des sentiments.

- J'ai... Il hésite, opte finalement pour une version édulcorée de son récit. J'ai été dans le coma un certain nombre d'années. Je ne me suis réveillé qu'il y a peu et dans l’intervalle, ma famille et tous mes biens ont disparu. C'est pour cela que je suis venu m'installer chez ma cousine.

Succinct, grossier, mais il n'a pas menti. Il ne le veut pas.

- Depuis ma réinsertion dans la vie de tous les jours, je n'ai pas repris le dessin. Vo...ton oeuvre m'a donné envie de tenter à nouveau.

Son visage arbore une étrange expression.

-En verité, J'ai besoin de le faire, pour exorciser ce que ma tête a de saccagé. Élaguer pour permettre à mon esprit de continuer à pousser et épanouir se frondaisons...  Comprends-tu ?


"M'aideras-tu ?" n'est pas prononcé, pour autant il résonne dans l’atmosphère distinctement.
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MessageSujet: Re: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Mar 22 Mai - 5:51

@Nora Jefferson a écrit:
« Je... vous… tu… Je t’ai manqué de respect, je le comprends. Je ne veux pas vous… tu… t’importuner plus… »

Cette tendresse chez le garçon – car elle a du mal à le voir comme homme, pas encore, pas pour le moment, la touche. Il dégage une pureté qu’elle n’a pas croisée depuis longtemps. Pas de celles feintes, pas de celles dont certains se parent pour faire ployer les cœurs. Non, Ohanzee a cette véracité dans le regard, cette flamme qui la convainc que, quelque part, elle peut lui faire confiance. Elle est peut-être un peu trop naïve. Mais elle veut bien prendre le risque. Nora ne peut s’empêcher de sourire en voyant sa gêne, pas méchamment, au contraire ; elle l’envie. Elle aussi aurait voulu être comme ça. Dénuée de toute méchanceté. Malheureusement, le monde ne tourne pas toujours dans le sens que l’on souhaiterait.

« Ah… Je… Je ne vous connais pas assez… Je ne te connais pas assez pour oser dire cela. C’est juste… Une intuition, une sensation qui me renvoie humblement à ma propre histoire. »

Nora n’est pas une fana des contacts physiques. D’ailleurs, elle déteste qu’on décide de la toucher sans qu’elle n’ait donné son accord d’abord, alors elle se retient de lui prendre la main. Peut-être que cette naïveté vient de quelque chose de plus profond. D’une marque, une blessure. Elle aurait pu y penser plus tôt – on se reconnait, entre éclopés. Une vague de douleur passe sur son visage, fronce ses sourcils, courbe la commissure de ses lèvres.

« J’ai… J’ai été dans le coma un certain nombre d’années. Je ne me suis réveillé qu’il y a peu et dans l’intervalle, ma famille et tous mes biens ont disparu. C’est pour cela que je suis venu m’installer chez ma cousine. »

Coup de poing. Coup de couteau au cœur. Nora calme sa respiration, ne laisse rien transparaître. Elle ne cherche même plus à se cacher derrière as paille ou son verre quand elle réalise le passé traumatisant qu’il porte avec lui. En lui. Sur lui.

« Depuis ma réinsertion dans la vie de tous les jours, je n’ai pas repris le dessin… Vo… ton œuvre m’a donné envie de tenter de nouveau. »

C’est le plus beau compliment qu’on aurait pu lui faire. Nora adore quand les gens prennent les pinceaux, qu’ils se décident enfin à relâcher les monstres qu’ils cultivent innocemment à l’arrière de leur crâne. C’est parfois bien plus efficace qu’une psychothérapie, et beaucoup moins cher même en achetant les plus beaux crayons du monde. Pas moins éprouvant, par contre, long travail sur soi et sa personnalité que peu sont enclins à entamer.

« En vérité, j’ai besoin de le faire, pour exorciser ce que ma tête a de saccagé. Elaguer pour permettre à mon esprit de continuer à pousser et épanouir ses frondaisons… Comprends-tu ? »

Tant de questions qui s’égarent sur les lèvres de Nora. Elle voudrait toutes les poser, forcer les postes frontières d’Ohanzee, ouvrir son crâne pour en découvrir le circuit neurologique. Ça fait quoi d’être dans le coma, dit ? Ça fait quoi, d’ouvrir les yeux comme si une seconde avait passé et ne pas réaliser que toute ta famille est partie, dit ? Ça fait quoi de vouloir prendre un crayon et de le jeter à l’autre bout de la pièce parce que t’as mal, dit ? Ah, non, cette dernière, c’est pour elle-même, car la colère ça n’a pas l’air de le connaître, Ohanzee. Mais ne pas poser toutes les questions maintenant. Le laisser s'ouvrir, comme une fleur, peut-être pas à elle, mais au papier.

« Je suis tellement désolée… désolée de l’entendre, et désolée que ça te soit arrivé. Personne ne devrait avoir à vivre ça un jour. Dessiner est toujours un bon moyen de… de jeter ce fardeau qui nous hante. Ou au moins l’alléger un peu. Ça ne permet pas d’oublier, mais au moins d’avancer, un peu, un pas après l’autre. Avec quel matériel tu dessinais, avant ? Et dans quelles conditions ? D’ailleurs… tu en as des souvenirs ? Je ne peux que te recommander de t’y remettre, bien sûr… »

Elle tait ce qu’elle voudrait proposer – je pourrais peut-être t’y aider. Non pas prendre ta main pour dessiner à ta place, mais te laisser un moyen de t’épanouir pour croquer ce qui te hante.

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