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on vous invite à privilégier les fantômes et les petits humaiiiiiiins
nous sommes présentement en automne 2017 (septembre, octobre, novembre) I love you
RH célèbre ses deux ans ! merci à tous, on vous aime !

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 "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}

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MessageSujet: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Ven 11 Mai - 5:13




Confessez donc vos péchés les uns aux autres,
et priez les uns pour les autres,
afin que vous soyez guéris.
La prière agissante du juste
a une grande efficacité.

Jacques 5:16


Suite directe de ce RP


La brise fraîche d'été balaie la petite chambre malmenée, amenant des odeurs de sol mouillé dans la pièce. La fenêtre cassée s'est apaisée et le soleil filtre avec un joie ignorante. Le visage baigné de jour, Ohanzee s'éveille. Son esprit demeure encore dans la nuit.
Il se trouve un instant déboussolé, perdu dans les méandres d'un sommeil de plomb. Alors tout lui revient, avec la dureté d'un coup de bâton. Il se redresse sur ses coudes, le dos lui tire, il s'assoie complètement et froisse les draps maculés de sang. Son sang.

- Ange..., coasse-t-il d'une voix enrouée.

Le jeune homme n'est pas là. La chambre respire son absence. La défection de l'Oiseau s'infuse, insidieusement, dans sa mémoire. L'impression d'avoir retrouvé son âme soeur et de l'avoir soudainement perdu, en l'espace d'une resiration. La trahison d'Ange vaut bien celle de Dalila. La poitrine d'Ohanzee se sert. Le mensonge le cloue de douleur bien plus que ses blessures bandées. Sa tête est un brouillard épais et son palpitant, une bombe. L'envie de pleurer s'invite, en sournoises oraisons. Qu'il pleuve, une fois de plus, sur ce parquet infécond! Mais nulle larme ne coule, rien que de la sécheresse et des interrogations.

Soudain, du bruit se fait entendre quelque part dans l’appartement. Le ressuscité revient brusquement à la vie.

- Ange ?!

Il n'est pas parti, son Ange déchu, il n'a pas renié Dieu. Il ne l'a pas rejeté, lui. Il prépare simplement le petit déjeuner. Voilà tout ! Le palpitant en alerte et le soulagement au coin des os, le métisse se lève, vacille un peu, mais s'extirpe résolument de son tombeau. Il se précipite vers la cuisine.

Il ne s'agit pas de Ange.

- Sara ?!

Un œillade rapide à la pendule, indique qu'il est neuf heure du matin. Sara se tient là, aussi mâchouillée par la nuit qu'il ne l’est lui même, avec son air défait, ses bandages renoué à la va-vite, son air parfaitement ahuri. La vue de sa toute petite nièce, dans la familiarité balbutiante de la matinée, fait brusquement éclater les nuages. Il fond en larmes, comme ça, comme un petit garçon perdu, comme un homme profondément blessé.

Tels les yeux de Samson, crevés.










L'homme qui joue au jeu de l'art
se mêle de ce qui le regarde avec le risque d'ouvrir une brèche
sur ce qui ne le regarde pas.

Jean Cocteau




Le travail avait repris. Il le fallait.
"Tout ce que vous faites, faites-le de tout votre cœur, comme pour le Seigneur et non pour des hommes." La parole divine avait beau être gravée en son âme, dans le repli de chaque geste, sa tête était pleine de l'Ange qui avait rabattu ses ailes sur lui.
Il y avait ses sourires frêles, ses promesses soupirées dans le noir, la chaleur de son corps contre le sien. Les badineries et le pain rompu. Il y avait les mots, coupants comme des poignards, la colère, le déni.
Il y avait Anthony.

Il avait pleuré.
Cela ne l'avait pas suffit à laver son péché pour autant.
Cela n'avait fait que saler ses nouvelles plaies.
Le monde est douloureux, il vous cloue au pilori, tel une phalène qu'on expose sous une plaque de verre. Il vous contemple, malgré tout, pour savoir si vous valez la peine d'être exposé.

Le travail avait repris.
C'était cela, ou tomber.

***

Ohanzee nettoie les verres, mécaniquement. Les choses ordinaires lui sont couteuses en effort et il ne comprend nullement pourquoi : servir, sourire, verser, nettoyer, encaisser, trier, ramasser... Il enfile les gestes comme les perles d'un chapelet. Son rosaire, lui, demeurent toujours au cou d'Ange.

Ohanzee ferme les yeux.
Il ne doit pas y penser. Il doit oublier.
" Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la; mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie, que d'avoir les deux mains et d'aller dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint point."
Il voudrait s'arracher le cœur et ne jamais avoir vécu cette nuit de cauchemars. Il n'y arrive point. Sous son crâne s'égrainent les plumes de l'Oiseau qui y est perché. Son Bel Oiseau.
Lorsqu'il les ouvre, c’est pour remarquer que la journée s’est éteinte et que le temps à défilé sans son consentement. En bon automate, il n'a rien trahi de son hiver intérieur. C'est en mettant les chaises sur les tables pour passer une serpillère, qu'il le remarque.

Le carnet est là.
Sagement posé sur la banquette.

Il sait pertinemment à qui il appartient : Dame Nora est une habituée des lieux et sa place est invariable. Il ne la connait que très peu, mais il eu l'occasion de remarquer son talent, à la dérobée.
Il se remémore Caoimhe, la première fois qu'elle lui a fait tenir un crayon entre ses doigts gourds. Elle peignait merveilles et splendeurs au travers de son regard perçant, laissant pour un temps sa langue de serpent au repos. Dans ces instants, il la redécouvrait toujours, comme touchée par la grâce. Son gout du dessin avait été contagieux, et, timidement, il s'était mis à l'accompagner dans ces égarements artistiques.

Depuis quand n'a-t-il pas posé une graphite sur du papier... ?

La curiosité le démange de feuilleter. Son respect de la propriété d'autrui l'en défend. Il pose sa découverte sur le comptoir, repoussant ses vilains penchants. Par mégarde, alors qu'il retourne un tabouret sur le plan de travail, il balaie le calepin qui choit au sol et s'ouvre en pleine page.
Ohanzee déglutit.
L'appel est trop franc, trop vibrant. Il y succombe malgré lui. Une page, puis deux, et doucement il glisse, dos au mur, absorbé par sa lecture, parfois ému aux larmes par les révélations consignées en tâches colorées intimes. Poignantes. Humaines.

Pas une seul fois, il ne pense à Ange.

***

Le lendemain, il l'attend. Il l'espère. Lorsqu'elle s'assoie à sa place, commandant invariablement la même chose, il prend place en face d'elle pour mieux la regarder. Sa crainte naturelle du genre féminin remonte, lui noue l'estomac. Il baisse le regard presque instantanément.
Le carnet glisse vers elle, rompt la distance. Ohanzee se mordille la lèvre dans le plus grand silence.

- B.. Bonjour, bégaie-t-il enfin. V.. Vous l'avez oublié hier.

Il pourrait se relever - il le devrait - et s'en aller, pourtant il reste là, muet. Paralysé. Une nouvelle fois, c'est la parole du seigneur qui le sauve :

- "Il était beau par sa grandeur, par l'étendue de ses branches, Car ses racines plongeaient dans des eaux abondantes. Les cèdres du jardin de Dieu ne le surpassaient point, Les cyprès n'égalaient point ses branches, Et les platanes n'étaient point comme ses rameaux; Aucun arbre du jardin de Dieu ne lui était comparable en beauté. Je l'avais embelli par la multitude de ses branches, Et tous les arbres d'Éden, dans le jardin de Dieu, lui portaient envie. " cite-t-il avant de ponctuer dans un souffle. C.. C’est ce que j'ai ressenti.
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MessageSujet: Re: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Ven 11 Mai - 7:15

Nora est sensible aux choses. Pas toujours, c’est certain. Quand elle ne fait pas attention aux autres, c’est qu’elle est perdue dans sa bulle, dans ses souvenirs les plus sombres. Mais le métier de chasseur lui a appris à être à l’écoute, curieuse, attentive. Parfois elle rate les indices les plus évidents, mais nul n’est parfait. Parfois elle fait semblant de ne pas les voir, car c’est trop difficile de faire face aux démons qui habitent nos proches. De temps en temps, elle se contente d’être hermétique, parce qu’on ne peut pas supporter toute la misère du monde. La jeune femme marche souvent à l’instinct, aux découvertes impromptues, aux âmes un peu moins lisses. Et c’est pour ça que ce bar est son préféré. Toutes les aspérités du monde semblaient se retrouver ici pour se côtoyer, s’aimer et se choyer sans que personne ne juge, n’attende, n’espère. Il y avait une douceur dans le regarde des gens, dans la mélodie des cœurs qui se jouait entre les tables, que Nora pouvait y passer des heures, rien que pour croquer une scène de vie qu’elle n’aurait pu apprécier ailleurs. Comme un sentiment de protection, qui n’avait rien à voir avec la coquetterie de l’endroit — bien qu’il soit parfaitement aménagé — mais plutôt avec une symphonie des énergies, des âmes et des regards hébétés.

Aujourd’hui toutefois, c’est autre chose qui l’amène au Qal. Elle a égaré son carnet et espère que quelqu’un l’aura retrouvé. Elle file commander son Virgin Mojito Fraise, toujours la même chose, parce que Nora n’est pas une femme qui se détache facilement, et elle commence à inspecter du regard la table où elle était la veille — toujours la même, aussi, pour y accumuler les souvenirs. Et puis Ohanzee, l’un des barmans, s’approche et fait glisser son carnet sur la table.

Ohanzee faisait partie de ces cœurs qui palpitaient sans qu’elle ne puisse les appréhender. Elle le regardait souvent faire, méticuleux, volontaire, mais à la fois dans la retenue. Elle l’avait dessiné, une fois. Enfin, quelques coups de crayons éhontés, car Nora ne dessinait jamais de visage. C’étaient des corps désarticulés, avec des embryons d’yeux et de bouche. Ses longs cheveux le rendaient reconnaissables, et puis ses vêtements assez amples, peut-être pour cacher les aspérités de ses pensées. Au-dessus, elle avait croqué un loup et un hibou, ne sachant pas trop pourquoi elle lui avait assimilé ces deux animaux. Peut-être pour la solitude empreinte d’une férocité douce, et d’une patience à toute épreuve. Ohanzee, elle ne le connaissait pas, elle savait juste qu’il avait sa voix douce et ses yeux noyés, et ça lui suffisait.

« B… bonjour. V… vous l’avez oublié hier. »

Il se mordille la lèvre, mal à l’aise. Nora se contente de sourire, ce genre de sourire qui illuminent le visage et aussi les cœurs, parce qu’elle a retrouvé, non pas « son précieux », mais quelque chose comme ça. Son carnet de dessin, c’est un peu comme son journal intime, le porche de ses songes, et elle préfère garder une chronologie de ce qu’elle a vécu. Pour ne pas se perdre dans les mirages qu’elle se crée parfois. Il est assis en face d’elle, le jeune homme aux traits d’argile.

« Il était beau par sa grandeur, par l’étendue de ses branches, car ses racines plongeaient dans des eaux abondantes. Les cèdres du jardin de Dieu ne le surpassaient point. Les cyprès n’égalaient point ses branches. Et les platanes n’étaient point comme ses rameaux. Aucun arbre du jardin de Dieu ne lui était comparable en beauté. Je l’avais embelli par la multitude de ses branches. Et tous les arbres d’Eden, dans le jardin de Dieu, lui portaient envie. »

Ezéchiel chapitre 31. Son corps cesse de battre un moment. L’homme cite tout un passage. Le genre de passage qu’il est beau de citer mais bien difficile à retenir. Nora se sent touchée. Déjà parce qu’il a retrouvé son carnet et qu’il est en parfait état, et ensuite parce qu’il lui cite quelque chose de sublime. Des vers incroyables. Si Nora voulait rencontrer un auteur, c’était bien celui qui détenait le record du best-seller, bon sang.

« C’est ce que j’ai ressenti. »

Nora a le souffle coupé, une fois de plus. Trois fois en une minute, c’est compliqué.

« Son feuillage était beau, et ses fruits abondants. Il portait de la nourriture pour tous : les bêtes des champs s’abritaient sous son ombre, les oiseaux du ciel faisaient leur demeure parmi ses branches, et tout être vivant tirait de lui sa nourriture. »

Elle n’est pas certaine de tout. Parfois son esprit fait des coupures, ne retient pas les mots exacts. Mais ce qu’elle préfère dans les écrits saints, c’était cette faculté première à analyser, comprendre et retirer l’essence du message plutôt que de recracher bêtement de jolies phrases dépourvues de sens.

« C’est ce que je voudrais insuffler, chuchote-t-elle, en parcourant la couverture de son carnet du bout des doigts. Merci beaucoup. Ohanzee, n’est-ce pas ? Vous n’avez pas idée du service que vous venez de me rendre. J’avais vraiment peur de l’avoir égaré. Vous l’avez feuilleté, alors ? Je… Merci. Est-ce que je peux faire quelque chose de plus pour vous témoigner toute ma gratitude ? »

Elle est encore un peu sur le cul Nora, et un début de rougeur souligne ses pommettes. Elle n’est pas habituée à ce qu’on la complimente ainsi sur son travail. Et elle ne sait pas encore s'il a cité ça parce qu'elle a l'habitude de dessiner des arbres, ou parce qu'il a vu l'intégralité de son travail.

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MessageSujet: Re: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Mer 16 Mai - 7:18

- Son feuillage était beau, et ses fruits abondants. Il portait de la nourriture pour tous : les bêtes des champs s’abritaient sous son ombre, les oiseaux du ciel faisaient leur demeure parmi ses branches, et tout être vivant tirait de lui sa nourriture.
- Daniel, chapitre quatre, verset 12.... murmure-t-il ébahi. Il ose, alors la regarder dans les yeux.

Une femme qui cite les saintes écritures ne peut pas être qu'admirable. Il comprend peut-être mieux, la proximité éprouvée à la lecture du carnet.

- C’est ce que je voudrais insuffler. Merci beaucoup. Ohanzee, n’est-ce pas ?
- O... Oui, balbutie-t-il. Et vous êtes Nora. Je l'ai lu sur la garde.
- Vous n’avez pas idée du service que vous venez de me rendre. J’avais vraiment peur de l’avoir égaré.
- Ce trésor renferme une partie de votre âme. On n'égare jamais son âme quand on en remet la garde au Seigneur.
- Vous l’avez feuilleté, alors ? Je… Merci. Est-ce que je peux faire quelque chose de plus pour vous témoigner toute ma gratitude ?
- Je.. J'en suis navré. La curiosité est chose vilaine mais il est tombé, il s’est ouvert et... dès lors que mes yeux se sont posés dessus je n'ai pas pu me soustraire à son attrait. Veuillez acceptez mes humbles excuses. J'ai conscience d'avoir fait incursion dans les alcôves secrètes d'un domaine intime, que je n'aurais pas du fouler.

Beaucoup de mots pour simplement lui signifier qu'elle ne lui doit rien.

- J..Juste.... J'aimerai juste...

Par où commencer ? Ohanzee cherche les mots justes, comme un égaré loin du chemin d'éloquence. Il rassemble soudain sa résolution et parle. Après tout," les voies du Seigneur sont des voies agréables, Et tous ses sentiers sont paisibles." Il n'y a rien à craindre pour la brebis comme le berger.

- Autrefois, je tenais un carnet, tout comme le vôtre. Il y a malheureusement bien longtemps que je n'ai plus fait usage de mes crayons ou de mes aquarelle. Je suis fasciné par.. par votre usage de la couleur....Et.... Enfin là n'est pas la question.... Il se dégage de vos paroles et de vos dessins une.. Une sorte de profonde solitude, une détresse qui m'a touché...

Il se pince les lèvres.

- Je ne souhaite aucunement vous manquer de respect en disant cela. J'aimerais simplement en apprendre un peu plus de la personne dont j'ai entrevu une spiritualité...

Silence.
Infime.
Le temps d'une respiration.

- ... Qui m’est familière.
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MessageSujet: Re: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Ven 18 Mai - 5:55

« Daniel, chapitre quatre, verset 12… »

Nora aime beaucoup la bible mais n’a jamais cherché à retenir leur nom exact. Elle se contente déjà de retenir de nombreuses citations qui l’inspirent, qu’elles trouvent vraiment belles… Et les arbres, les arbres ! Ça l’inspire ça, surtout cette idée d’arbre-monde, pas forcément dans la religion chrétienne. Nora est inspirée par un peu tout, surtout quand ça touche aux dieux.

« O… oui. Et vous êtes Nora. Je l’ai lu sur la garde. »

Toujours mettre son nom sur ses affaires personnelles. Une habitude héritée du collège, époque à laquelle on commençait à lui voler ses affaires. Beaucoup plus facile de prouver ensuite que ça lui appartenait et qu’elle avait décemment le droit de foutre un pain à celui qui essayait de toucher à ce qui lui appartenait.

« Ce trésor renferme une partie de votre âme. On n’égare jamais son âme quand on en remet la garde au Seigneur. »

Elle ne peut s’empêcher de sourire, avec douceur, en entendant celle d’Ohanzee. Voilà un homme bien plus croyant qu’elle. Elle, bien sûr, elle aimait la religion et s’y dévouait au maximum – même si certains commandements, comme « tu ne tueras point » écopaient de quelques problèmes avec elle – ayant lu la bible plusieurs fois, allant à l’église le plus souvent possible… mais ce n’était pas non plus dans sa manière de réfléchir, d’envisager le quotidien. Dieu n’avait ni pour but ni pour occupation de retrouver ses affaires quand elle avait la fâcheuse tendance de les égarer. Car si Nora était plus méticuleuse qu’une fourmi lors des chasses, son quotidien ressemblait parfois à un capharnaüm d’oublis et de pertes.

« Je… J’en suis navré. La curiosité est chose vilaine mais il est tombé, il s’est ouvert et… dès lors que mes yeux se sont posés dessus je n’ai pas pu me soustraire à son attrait. Veuillez accepter mes humbles excuses. J’ai conscience d’avoir fait incursion dans les alcôves secrètes d’un domaine intime, que je n’aurais pas dû fouler. »

Il a du verbe, dis-donc ! Nora ne peut s’empêcher de sourire un peu plus, pas pour se moquer, mais parce qu’elle aime les personnalités un peu atypiques. Les gens en dehors du monde, qui ne voient pas les choses comme les autres. Et Ohanzee doit définitivement être un artiste – ses mots, sa perception, tout en lui transpire l’homme en quête d’art et de sens. Les mots, peut-être ? Les poèmes, sûrement.

« J…Juste… j’aimerais juste… »

Nora a conscience qu’il a du mal à trouver ses mots. A ordonner ses pensées. Alors elle ne l’interrompt pas même si elle en meurt d’envie, de contente de jouer avec la paille de son cocktail avant de prendre une gorgée. Et quand il reprend, Nora réalise qu’elle s’est trompée, que ce n’est pas les mots qu’il manie, mais bel et bien les crayons, tout comme elle. Que ce carnet, ce tout petit carnet qu’il a ramassé pour elle et a gardé précieusement, il en tenait un aussi.

« Je suis fasciné par… par votre usage de la couleur… Et… enfin là n’est pas la question… Il se dégage de vos paroles et de vos dessins une… une sorte de profonde solitude, une détresse qui m’a touchée. »

Si au début elle pouvait croire qu’il la draguait, ce n’est maintenant plus le cas. Les mots du jeune homme la heurtent en plein cœur, bien plus qu’elle ne voudrait se l’avouer, mais jouer avec sa paille lui donne encore un peu de contenance. Elle porte son regard sur la couverture de ce carnet dans lequel elle dépose ses dessins sans vraiment réfléchir, sans vraiment penser qu’ils peuvent revêtir un sens particulier pour d’autres. Qu’ils puissent y percevoir… de la solitude. Ou de la détresse. Deux choses qu’elle essaye particulièrement de sortir de sa vie, deux choses qu’elle ne préfère aborder avec personne. Elle n’est pas seule. Elle n’est pas en détresse.
Et elle espère qu’à force de se le répéter, elle finisse par s’en convaincre.

« Je ne souhaite aucunement vous manquer de respect en disant cela. J’aimerais simplement en apprendre un peu plus de la personne dont j’ai entrevu une spiritualité… »

Gentils mots. Bonne intention. Et l’enfer en est pavé. Nora ne s’attendait pas à ce que quelqu’un transperce sa coquille en une fraction de seconde, en regardant trente pauvres dessins entachant les pages blanches. Ni que quelqu’un ose le dire à haut voix. La confronter face à l’écho des silences qui l’étreignent, le soir, quand elle va se coucher. Et le pire, c’est qu’Ohanzee est plein de cette compassion et de cette volonté d’aider. Il n’utiliser pas cette impression, cette constatation pour lui faire du mal ou de la peine. Et ça aussi, ça la perturbe.

« … qui m’est familière. »

Elle relève la tête, curieuse. Voilà. On y est. S’il l’a ressentie, c’est surtout parce qu’il a l’impression de le vivre lui. La solitude ? La détresse ? Les deux en même temps ? Deux âmes qui s’interpellent, qui se ressemblent, qui attrapent la curiosité. Elle peut respirer un peu plus en sachant qu’elle peut aussi se servir de cette information. Nora n’est pas manipulatrice – pas avec les gens généreux – mais elle n’aime pas être en asymétrie d’informations.

« Je… Déjà, sache que tu – on devrait se tutoyer vu le sujet de notre conversation – n’as aucune raison de t’en vouloir pour avoir ouvert ou vu mon carnet. Si c’était secret, je ne me baladerais pas avec. Donc, pas de problème. »

Elle lui sourit, avant de faire tourner la paille dans son verre. Elle ne sait pas trop comment aborder le reste.

« Ensuite… eh bien, tu devrais peut-être te renseigner pour devenir psychologue plutôt que de servir dans un bar, s’esclaffe-t-elle, se cachant toujours sous des traits d’humour quand elle le peut. C’est vrai que ce carnet est assez sombre. Ou que je le suis en général, si on ne joue pas sur les mots. Je trouve ça… surprenant que tu aies pu le déduire de quelques dessins. Et si je peux me permettre, pourquoi est-ce que tu as arrêté, toi, de dessiner ? J’aurais été ravie de voir… ce qu’il y avait à l’intérieur de ta tête, sourit-elle à nouveau, amusée. »

Oui, terriblement amusée. De voir qu’on a pu briser ses barrières en un clin d’œil. Et un peu inquiète, aussi.
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MessageSujet: Re: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Sam 19 Mai - 18:51

-  Je… Déjà, sache que tu – on devrait se tutoyer vu le sujet de notre conversation – n’as aucune raison de t’en vouloir pour avoir ouvert ou vu mon carnet. Si c’était secret, je ne me baladerais pas avec. Donc, pas de problème.

Ohanzee acquiesce, libéré d'un poids qui -ne nous le cachons pas- le travaille depuis la veille. La suite provoque chez lui un profond sentiment de malaise. La pique comme le rire le liquéfient. Une pierre chute dans son estomac, entraînant toute une pelote de boyaux dans sa dégringolade.

- J.. Je vous.. tu..  Je t'ai manqué de respect, je le comprends. Je ne veux pas vous.. tu... T'importuner plus... débite-t-il, yeux baissés.
- C’est vrai que ce carnet est assez sombre.

Ohanzee se tait, figé par la soudaine affirmation.

- Ou que je le suis en général, si on ne joue pas sur les mots. Je trouve ça… surprenant que tu aies pu le déduire de quelques dessins.
- Ah.. Je... Rire un peu gêné, Je ne vous connais pas ass... Il ferme les yeux et fronce les sourcils.... Je ne te connais pas assez pour oser dire cela. C'est juste... Une intuition, une sensation qui me renvoie humblement à ma propre histoire...

A son père.
A sa mort.
A sa résurrection.
A son don.
A son infinie solitude, Mort-vivant qui voit les les Vivants-morts.

Et à Ange.


Son coeur se sert. C'est trop frais et trop douloureux.
Saignant.

Tout se lit trop franchement sur son visage constellé.

- Et si je peux me permettre, pourquoi est-ce que tu as arrêté, toi, de dessiner ? J’aurais été ravie de voir… ce qu’il y avait à l’intérieur de ta tête...

Son sourire comme sa question font lever le menton du jeune croyant. Cette femme est singulière. La certitude que le Seigneur ourdit ces fameuses rencontres selon des desseins bien précis s'ancre un peu plus en lui. Il n'est pas seul sur la voie que Dieu a tracé pour lui. Il doit conserver cette foi qui l'anime malgré la détresse des sentiments.

- J'ai... Il hésite, opte finalement pour une version édulcorée de son récit. J'ai été dans le coma un certain nombre d'années. Je ne me suis réveillé qu'il y a peu et dans l’intervalle, ma famille et tous mes biens ont disparu. C'est pour cela que je suis venu m'installer chez ma cousine.

Succinct, grossier, mais il n'a pas menti. Il ne le veut pas.

- Depuis ma réinsertion dans la vie de tous les jours, je n'ai pas repris le dessin. Vo...ton oeuvre m'a donné envie de tenter à nouveau.

Son visage arbore une étrange expression.

-En verité, J'ai besoin de le faire, pour exorciser ce que ma tête a de saccagé. Élaguer pour permettre à mon esprit de continuer à pousser et épanouir se frondaisons...  Comprends-tu ?


"M'aideras-tu ?" n'est pas prononcé, pour autant il résonne dans l’atmosphère distinctement.
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MessageSujet: Re: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Mar 22 Mai - 5:51

« Je... vous… tu… Je t’ai manqué de respect, je le comprends. Je ne veux pas vous… tu… t’importuner plus… »

Cette tendresse chez le garçon – car elle a du mal à le voir comme homme, pas encore, pas pour le moment, la touche. Il dégage une pureté qu’elle n’a pas croisée depuis longtemps. Pas de celles feintes, pas de celles dont certains se parent pour faire ployer les cœurs. Non, Ohanzee a cette véracité dans le regard, cette flamme qui la convainc que, quelque part, elle peut lui faire confiance. Elle est peut-être un peu trop naïve. Mais elle veut bien prendre le risque. Nora ne peut s’empêcher de sourire en voyant sa gêne, pas méchamment, au contraire ; elle l’envie. Elle aussi aurait voulu être comme ça. Dénuée de toute méchanceté. Malheureusement, le monde ne tourne pas toujours dans le sens que l’on souhaiterait.

« Ah… Je… Je ne vous connais pas assez… Je ne te connais pas assez pour oser dire cela. C’est juste… Une intuition, une sensation qui me renvoie humblement à ma propre histoire. »

Nora n’est pas une fana des contacts physiques. D’ailleurs, elle déteste qu’on décide de la toucher sans qu’elle n’ait donné son accord d’abord, alors elle se retient de lui prendre la main. Peut-être que cette naïveté vient de quelque chose de plus profond. D’une marque, une blessure. Elle aurait pu y penser plus tôt – on se reconnait, entre éclopés. Une vague de douleur passe sur son visage, fronce ses sourcils, courbe la commissure de ses lèvres.

« J’ai… J’ai été dans le coma un certain nombre d’années. Je ne me suis réveillé qu’il y a peu et dans l’intervalle, ma famille et tous mes biens ont disparu. C’est pour cela que je suis venu m’installer chez ma cousine. »

Coup de poing. Coup de couteau au cœur. Nora calme sa respiration, ne laisse rien transparaître. Elle ne cherche même plus à se cacher derrière as paille ou son verre quand elle réalise le passé traumatisant qu’il porte avec lui. En lui. Sur lui.

« Depuis ma réinsertion dans la vie de tous les jours, je n’ai pas repris le dessin… Vo… ton œuvre m’a donné envie de tenter de nouveau. »

C’est le plus beau compliment qu’on aurait pu lui faire. Nora adore quand les gens prennent les pinceaux, qu’ils se décident enfin à relâcher les monstres qu’ils cultivent innocemment à l’arrière de leur crâne. C’est parfois bien plus efficace qu’une psychothérapie, et beaucoup moins cher même en achetant les plus beaux crayons du monde. Pas moins éprouvant, par contre, long travail sur soi et sa personnalité que peu sont enclins à entamer.

« En vérité, j’ai besoin de le faire, pour exorciser ce que ma tête a de saccagé. Elaguer pour permettre à mon esprit de continuer à pousser et épanouir ses frondaisons… Comprends-tu ? »

Tant de questions qui s’égarent sur les lèvres de Nora. Elle voudrait toutes les poser, forcer les postes frontières d’Ohanzee, ouvrir son crâne pour en découvrir le circuit neurologique. Ça fait quoi d’être dans le coma, dit ? Ça fait quoi, d’ouvrir les yeux comme si une seconde avait passé et ne pas réaliser que toute ta famille est partie, dit ? Ça fait quoi de vouloir prendre un crayon et de le jeter à l’autre bout de la pièce parce que t’as mal, dit ? Ah, non, cette dernière, c’est pour elle-même, car la colère ça n’a pas l’air de le connaître, Ohanzee. Mais ne pas poser toutes les questions maintenant. Le laisser s'ouvrir, comme une fleur, peut-être pas à elle, mais au papier.

« Je suis tellement désolée… désolée de l’entendre, et désolée que ça te soit arrivé. Personne ne devrait avoir à vivre ça un jour. Dessiner est toujours un bon moyen de… de jeter ce fardeau qui nous hante. Ou au moins l’alléger un peu. Ça ne permet pas d’oublier, mais au moins d’avancer, un peu, un pas après l’autre. Avec quel matériel tu dessinais, avant ? Et dans quelles conditions ? D’ailleurs… tu en as des souvenirs ? Je ne peux que te recommander de t’y remettre, bien sûr… »

Elle tait ce qu’elle voudrait proposer – je pourrais peut-être t’y aider. Non pas prendre ta main pour dessiner à ta place, mais te laisser un moyen de t’épanouir pour croquer ce qui te hante.

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MessageSujet: Re: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Dim 27 Mai - 16:49

- Je suis tellement désolée… désolée de l’entendre, et désolée que ça te soit arrivé. Personne ne devrait avoir à vivre ça un jour.
- "Tu oublieras tes souffrances, Tu t'en souviendras comme des eaux écoulées." Dieux nous envoie des épreuves qu'il faut endurer avec foi et confiance. Je m'y exhorte, réplique Ohanzee avec un sourire pétri de mélancolie.
-Dessiner est toujours un bon moyen de… de jeter ce fardeau qui nous hante. Ou au moins l’alléger un peu. Ça ne permet pas d’oublier, mais au moins d’avancer, un peu, un pas après l’autre.
- Est-ce ainsi qu'il en fut ainsi de ton propre fardeau ? demande-t-il, avec douceur.

Nora, sans doute habituée des pièges de la confidence, dévie le sujet habilement.

-Avec quel matériel tu dessinais, avant ? Et dans quelles conditions ? D’ailleurs… tu en as des souvenirs ? Je ne peux que te recommander de t’y remettre, bien sûr…
- Hé bien... Débute-t-il en se tortillant les doigts. Je n'avais pas beaucoup de moyens. Un simple carnet et des fusains. J'ai appris en regardant une "amie" peindre. En vérité c'est elle qui m'a initié à l'art en général, aux grands maîtres, à l'anatomie et la perspective... C'était une érudite et une peintre de talent. Je n'ai été qu'un modeste barbouilleur en comparaison, bien peu doué pour la couleur et les paysages, davantage pour capturer l'humain. J'y prenais plaisir. Je la dessinais souvent en train de s’évertuer sur sa toile. A.. A présent les rôles sont inversés : c’est elle qui me regarde vivre de là où elle est.

Ohanzee rougit brutalement.

- P.. pardonne mon impudence. Je suis très... verbeux et sans doute trop... Personnel.

Un silence. Ses phalanges dansent toujours la gigue sur la table de bois.

- A.. A vrai dire, perdre cette compagne artistique m'a fait réaliser que j'avais besoin d'émulation et... Phrase en suspend perdue dans ce verre, malmené par cette paille. Il prend son courage à demain et la regarde droit dans les yeux Il se jette à l’eau... Pourriez -v... pourrais-tu me guider, s'il te plait ?

Il baisse à nouveau la tête, réflexe d'humilité.
Ohanzee n'a jamais fait que courber l'échine pour marcher. Pour autant, même vouté, un vieillard avance.
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MessageSujet: Re: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Mar 29 Mai - 10:03

« Tu oublieras tes souffrances, tu t’en souviendras comme des eaux écoulées. Dieu nous envoie des épreuves qu’il faut endurer avec foi et confiance. Je m’y exhorte. »

Job. Et il a l’air de s’y exhorter plutôt bien. Parfois Nora trouve qu’elle manque un peu de foi. Qu’elle pourrait croire un peu plus en Son dessin. Peut-être qu’Il a mis Ohanzee sur son chemin pour ça. Pour qu’elle réalise qu’il y a encore beaucoup de choses à accepter… ou au contraire, pour qu’elle lui montre combien il est sain, de parfois décréter l’injustice d’une épreuve à subir ?

« Est-ce ainsi qu’il en fut de ton propre fardeau ? »

Elle aime la curiosité douce du garçon qui se tient en face d’elle. Il ne pose pas les questions par envie malsaine d’en savoir plus sur elle, mais parce qu’il voudrait qu’elle s’ouvre un peu, comme il vient de le faire. Ce n’est pas pour obtenir un quelconque gain. Peut-être même que c’est juste pour lui donner la parole. Pour l’écouter. Tous ceux qui auraient pu le faire se sont détachés d’elle avant qu’elle n’ait eu le temps de s’ouvrir. Depuis, exposer ses lacunes, son fardeau, comme il l’appelle si bien, devient extrêmement compliqué.
Alors, n’ayant pas grand-monde à qui le donner, son mal-être, Nora s’est contenté de le retranscrire dans les feuilles. Parce que c’est plus simple, aussi. Pas besoin de se regarder dans un miroir, de subir le jugement de l’autre (voire sa pitié). Juste cracher son venin dans ses pinceaux. Oui, bien plus simple…

Ohanzee lui raconte ensuite les fusains, les carnets, le lent apprentissage aux côtés d’une demoiselle l’ayant aujourd’hui laissé poursuivre sa vie. « Amie », qu’il emploie, comme terme. Nora se demande quel crédit elle peut accorder à ce mot. « Amie ». Tout en lui transpire autre chose qu’une amie mais elle ne préfère pas enfoncer le couteau dans la plaie.

« On est toujours l’inférieur de quelqu’un, se contente-t-elle de répondre en hochant lentement la tête, tout en sirotant son Virgin Mojito Fraise.
- Pardonne mon impudence. Je suis très… verbeux et sans doute trop… personnel. A… A vrai dire, perdre cette compagne artistique m’a fait réaliser que j’avais besoin d’émulation et… pourriez-v… pourrais-tu me guider, s’il te plait ?
- Tu n’es pas plus personnel que moi. Cesse de t’excuser… Tu n’as besoin de t’excuser de rien et envers personne. Pas auprès de moi en tout cas. Nous échangeons sur des sujets qui nous sont chers. Je devrais peut-être même te remercier de ton honnêteté. »

Car moi je me contente de me complaire dans la plupart de mes mensonges, a-t-elle envie de répondre. Mais elle se retient, contemple cet homme qui cherche son chemin, qui malgré Ses directives et Ses conseils, n’arrive pas à retrouver la vie qu’il menait « avant ». Nora ne s’est jamais considérée comme une guide – à peine capable de se guider elle-même, elle s’imagine bien mal donner des conseils aux autres. Mais elle a trop peur que son refus soit vu comme une pique, une sorte de traîtrise alors qu’elle vient de lui dire qu’il peut s’exprimer librement. Et puis quelque part, ça booste son ego, aussi. Être utile à quelqu’un. Servir. C’est un concept qui lui plait.

« Je ne suis pas certaine d’être très douée dans le domaine… Guide… C’est un peu… Hautain, comme terme. Je ne pourrais jamais guider qui que ce soit. Mais on peut dessiner, ça oui. Je peux t’apprendre des techniques, différents matériaux. Pour être totalement honnête, je suis professeur de dessin. On peut s’amuser et j’en serais ravie. Ravie de savoir comment se visualise tout ce que tu peux avoir comme pensées. Car pour répondre à ta question de tout à l’heure, oui, c’est ainsi que j’ai fait avec mon fardeau. »

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MessageSujet: Re: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Mar 5 Juin - 4:57

- On est toujours l’inférieur de quelqu’un.

Les mortels sont tous inférieurs à Dieu.
"L'Éternel règne, il est revêtu de majesté, L'Éternel est revêtu, il est ceint de force. Aussi le monde est ferme, il ne chancelle pas."
Vraiment ?
Ohanzee repense à ce qu'il sait désormais du monde qui l'entoure, aux préceptes de la chasse que lui a transmis Sara. Il y a les prédateurs et les proies. Et d'autres prédateurs qui chassent les prédateurs. Et puis il y a les morts, les errants, les âmes que personne ne libère.
Et si ses croyances n'était que foutaises ?

Alors, désirer un autre homme ne serait pas un péché...
Alors, il pourrait...

- Tu n’es pas plus personnel que moi. Cesse de t’excuser… Tu n’as besoin de t’excuser de rien et envers personne. Pas auprès de moi en tout cas.
- C'... C’est ce que j'ai dit à Ange. I.. Il s'excuse tout le temps de ses moindre gestes et paroles, de.. d'exister.... Il....

Il veut mourir pour rejoindre Anthony.
Ses mots s'étiolent, fanent sur sa langue.
Ses doigts tremblent, son émotion suppure.
C'est trop tôt.

- Nous échangeons sur des sujets qui nous sont chers. Je devrais peut-être même te remercier de ton honnêteté.

"Je ne suis pas honnête !" A-t-il envie de hurler. "J'ai volé quelque chose qui n'était pas à moi. J'ai dérobé et convoité ce qui ne m'était pas destiné."

- Je ne suis pas certaine d’être très douée dans le domaine… Guide… C’est un peu… Hautain, comme terme. Je ne pourrais jamais guider qui que ce soit. Mais on peut dessiner, ça oui. Je peux t’apprendre des techniques, différents matériaux.
- Ce.. ce serait très bien... bredouille-il , la boule roulant toujours dans sa gorge.
- Pour être totalement honnête, je suis professeur de dessin. On peut s’amuser et j’en serais ravie. Ravie de savoir comment se visualise tout ce que tu peux avoir comme pensées. Car pour répondre à ta question de tout à l’heure, oui, c’est ainsi que j’ai fait avec mon fardeau.

Le métisse esquisse un sourire pétrie de reconnaissance, qui lui délie les yeux. Il pleut sur ses joues.

- Merci... Fait-il en lui prenant les mains. Merci de votre aide. J'en ai besoin. Je ne peux plus contenir ce qui tempête en moi. Ni la confession, ni la prière n'y parviennent...

Il reflue, soudain honteux. Il se détourne d'elle, de la salle, pour s'essuyer pudiquement le visage, reprendre son calme. Il n’est plus un enfant.
Son innocence s'en est allée une nuit d'orage.

- Excuse-moi. Encore une fois, la culpabilité le ronge.
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MessageSujet: Re: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Jeu 21 Juin - 5:27

« C’… c’est ce que j’ai dit à Ange. I… il s’excuse tout le temps de ses moindres gestes et paroles, de… d’exister… Il… »

Oui, Ohanzee a aussi l’air de s’excuser d’exister. S’il pouvait s’excuser de respirer, elle croit qu’il le ferait. Pas que ça la dérange, au moins ça la change de ceux qui jurent toutes les cinq minutes ou qui n’ont aucun respect. Mais comme pour tout, le mieux est toujours un bon équilibre. Les extrêmes n’ont jamais été très bons, même si elle n’arrive pas vraiment à suivre ce credo. Elle, équilibrée… ? Toujours un peu dans l’extrême, surtout en ce qui concernent ces saletés de créatures surnaturelles.

« Merci… »

Mon dieu ! Il lui prend les mains, s’approche d’elle, brise l’accord tacite que Nora entretient avec toute chose de ce monde – ne me touche pas sans que je ne t’en ai donné l’autorisation, ne me touche pas physiquement, psychologiquement, tiens-toi à l’écart, évite mes regards… N’essaye pas de me comprendre, de passer la barrière que j’essaye tant bien que mal d’ériger avec les gens.

« Merci de votre aide. J’en ai besoin. Je ne peux plus contenir ce qui tempête en moi. Ni la confession, ni la prière n’y parviennent… »

Il pleure, laisse échapper les tourbillons de son désarroi, ses doigts chauds caressant sa propre paume. Elle se fige, ne sait pas comment adapter son comportement. Elle ne peut pas le repousser, bien sûr que non mais ce contact, elle ne s’y attendait pas. Regarder son journal intime, se pencher sur ses dessins, pas de problème… rendre la relation plus concrète, avec ce contact. Nora sourit, timidement, essaye de ne rien laisser paraître – elle aurait trop peur qu’il se vexe, qu’il s’excuse, qu’il interprète mal ce mouvement de recul.
Elle n’a pour autant pas besoin de réagir, il repart au quart de tour, réalisant ce qu’il vient de faire. Il se recule, se détourne, essuie les larmes qui ont roulé sur ses joues, essaye de retrouver son calme.

« Excuse-moi.
— Arrête de t’excuser. C’est bon, tout va bien. Tout va bien. »

Elle reprend ses mains, essaye de renouer le contact. Ohanzee a l’air malheureux, terriblement malheureux, de cette douleur qu’il n’arrive même plus à garder enfermée en lui.

« Tu as tellement de choses sur le cœur. Il faut que tu expies tout ça, c’est normal. C’est comme ça que fonctionne les gens, tu sais, il n’y a aucune honte à avoir. Qui est cet Ange dont tu m’as parlé ? Il faut que tu acceptes qui tu es et ce que tu ressens. Tu ne peux pas continuer comme ça, comme une cocotte-minute… les gens ne sont pas faits pour… refouler tout ça. Alors il y a le dessin, oui, mais parler aussi, ça aide. Vraiment. Et il faut arrêter de croire que chacune de tes respirations dérange les autres. »

Nora a un peu honte de le forcer à se confier alors qu’elle-même n’arrive pas à s’ouvrir aux autres. Ces problèmes, ce sont les siens, peut-être pas ceux d’Ohanzee — la honte, le regret, l’incapacité chronique à se confier aux autres. Peut-être que la thérapie fonctionnera des deux côtés, finalement…

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MessageSujet: Re: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Ven 13 Juil - 5:20

- Arrête de t’excuser. C’est bon, tout va bien. Tout va bien.

La châtaigne dans sa gorge lui blesse toujours la trachée. Il n''ose dire un mot de peur de fondre en larmes à nouveau. Il se contente de se laisser happer par ce contact étranger, gorgée d'une chaleur qui n'est pas la sienne.
Ni celle d'Ange.
Nouvelle et digne intempérie. La bruine est sournoise en cette saison.

- Tu as tellement de choses sur le cœur. Il faut que tu expies tout ça, c’est normal. C’est comme ça que fonctionne les gens, tu sais, il n’y a aucune honte à avoir. Qui est cet Ange dont tu m’as parlé ?

- C'est... Beaucoup trop de choses à la fois. Beaucoup trop, pour pas assez de mots.
- Il faut que tu acceptes qui tu es et ce que tu ressens.

Lit-elle en lui avec autant d’acuité ? C'est troublant comme la phrase fait écho à toute une nasse bombée d'émotions sur lesquelles il ne parvient pas à mettre de noms.

- Tu ne peux pas continuer comme ça, comme une cocotte-minute…

- Une quoi ? fait-il d'une voix éraillée par le chagrin.

Il ignore ce que désigne une "cocotte-minute". Il se remémore les cocottes en papier que la nourrisse de Caoimhe pliait parfois pour décorer le rebord des fenêtres. Il se dit naïvement qu'une cocote-minute est un origami réalisé en moins de soixante secondes.
Il ne comprend guère l'image.

- Les gens ne sont pas faits pour… refouler tout ça. Alors il y a le dessin, oui, mais parler aussi, ça aide. Vraiment. Et il faut arrêter de croire que chacune de tes respirations dérange les autres.

- Les bienfaits de la confession, ponctue-t-il  d'un air méditatif. Ohanzee hoche doucement la tête. "Confessez donc vos péchés les uns aux autres, et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris."

Cela fait sens.

Le jeune homme s'accorde une inspiration. Les doigts de son interlocutrice sont davantage une  amarre qu'une caresse. Il s'accroche à ce radeau de Méduse tel un noyé : Nora est son Argus.

- Ange... Pincement de lèvres, pudique... est un jeune homme qui... qui possède les mêmes dons que moi. Avant lui... Comme il est délicat et intime d'évoquer ces choses là. Une révélation qui lui semble plus insurmontable que ses premiers émois sodomites. Avant lui, je n'avais jamais rencontré de personne... "Comme moi".

Le regard d'Ohanzee se perd dans les marbrures du bois. Un pétillement infime dans son regard détrempé. Un sourire léger.

- Il est blond comme les blés, avec des nuances de cendres parfois. Son visage est presque celui d'un enfant, avec une lippe boudeuse et des yeux limpides. Il a la peau si blanche que je parais sale à son coté. Il est arrivé un jour, ici, par hasard tout auréolé de soleil. C'est la plus belle chose que je n'avais jamais vu.

Ohanzee trémule d'un frisson léger, comme si son esprit le reconnectait brusquement à l'assise de ces phalanges  et de la Réalité sur lui. Le métisse rougit légèrement.

- Il est diabétique, il a fait un malaise. Je l'ai amené chez moi, au dessus du bar pour qu'il s'y repose. Il ose glisser un regard honteux vers elle. Et je l'ai gardé pour moi. Lapsus... Auprès de moi... Une partie de la nuit. Nous voyons les Morts lui et moi, comme je vous parle. C'est une chasseuse, elle doit comprendre cela. Ce ne doit pas être une nouveauté. C'est un don de Dieu qui isole terriblement. Sa solitude résonnait en la mienne. C’est comme si le destin m'offrait un compagnon en récompense de mes prières.. J'ai.. Cru... Naïvement... Que nous étions destinés....

"L"un à l'autre".
Quelle opprobre pour un fils de prêtre, que d'avouer de tels penchants. Lui même, ne s'explique pas vraiment ce qui leur a pris.  Deux étrangers se connaissant à peine, soudain pris dans l'euphorie d'une alchimie qui s'accorde. Presque parfaite.
Presque.

-  J'ai découvert qu'Ange était lié à un errant possessif et belliqueux. Ils...


Anthony…
Je t’aimerai toujours…
On se retrouvera un jour…

Comme la chose lui semble difficile à prononcer de voix vive.

- Ils sont amants.
Et l'emploi du présent lui esquinte le coeur. J'ai subi la colère de cet errant bafoué. Je me suis évanoui. A mon réveil, Ange n'était plus là.

Le volume de son timbre n'a cessé de s'amenuiser jusqu’à complètement s'éteindre. Ohanzee conserve une dignité de façade effritée.

- J'ai tenté de me convaincre que j'avais rêvé, que tout ceci n'avait été qu'un cauchemar perpétré par la chaleur. Mais... Je ne parviens pas à oublier.

Et dans les prunelles du cri, vibre toute sa détresse.

- Je n'y arrive pas...
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MessageSujet: Re: "Le Jeu de L'Art et de la Vie" {Nora&Ohanzee}   Mar 17 Juil - 6:47

Elle l’a convaincu, ça y est. Quelques mots, une main caressée, rien qu’un pont entre eux créé par ce foutu cahier qu’elle a oublié. Nora sait ce que ça fait, d’être brisé. Elle aurait envie d’en parler, à quelqu’un, un jour, mais pour le moment toutes les portes sont closes. Alors si elle peut permettre à celui d’en face d’y arriver… Si rien qu’une fois, elle pouvait être utile dans ce sens-là à quelqu’un… Un jour, peut-être, quelqu’un forcera le cadenas qu’elle a à la place du cœur. Elle l’espère oui… et quand elle contemple Ohanzee, elle ne peut qu’être impressionnée par la force d’âme de ce garçon. Lui il ose. Tout mettre à plat. Tout cracher, pour aller mieux. Nora ne fait que ressasser, rajouter un peu de sel sur ses plaies, dans l’espoir que la douleur des chairs emportera la douleur du cœur. Attention spoiler : ça ne marche pas. Ca n’a jamais marché. Mais elle continue, comme une mécanique grippée, s’enfonçant un peu plus dans les méandres de sa bêtise. Et à mesure que les gens se confient à elle, elle ne peut s’empêcher de croire un peu plus qu’un jour, ça lui arrivera à elle aussi.

Ohanzee revient sur Ange. Ange qui marque ses pensées. Homme, femme, qu’importe, le résultat est là : la douleur est bien réelle et elle ne veut pas s’en aller. La réponse arrive finalement, un jeune homme… qui possède les mêmes dons que lui. Nora essaye de ne pas se figer, de garder un sourire ce circonstance sur les lèvres quand elle comprend ça. « Don » ? Elle note ça pour plus tard, elle n’a pas envie de creuser ce sujet pour le moment mais définitivement… elle veut en savoir plus. Il le décrit, cet ange qui a traversé son quotidien pour l’illuminer. Ohanzee est amoureux, voilà tout, et Nora sait combien les affres de l’amour peuvent être douloureux. « Nous voyons les Morts lui et moi, comme je vous parle. » Ah, très bien, remake du sixième sens, elle est tombée sur ces humains dotés de pouvoir, ces gens dont elle ne sait pas quoi faire. Car ils sont liés au surnaturel, pour sûr, mais pas assez surnaturels pour mériter la mort, n’est-ce pas… ? Ils sont encore humains, eux, malgré leurs liens avec une spiritualité différente… « C’est un don de Dieu qui isole terriblement. Sa solitude résonnait en la mienne. C’est comme si le destin m’offrait un compagnon en récompense de mes ornières… J’ai… Cru… Naïvement… Que nous étions destinés… » Un don de Dieu, vraiment ? Nora en doute, mais la jeune femme ne peut pas lancer un débat à ce sujet maintenant, pas alors qu’il s’ouvre presque totalement. « J’ai découvert qu’Ange était lié à un errant possessif et belliqueux. Ils… ils sont amants. » Et ça tourne mal. Ça tourne toujours mal, l’amour, de toute façon. « Je ne parviens pas à oublier. » Qui oublie vraiment, au fond ? Il serait utopique de croire que la douleur n’est que physique, qu’il ne faut que des éraflures pour souffrir. « Tu as essayé de le recontacter ? Tu aurais même un moyen de le faire ? Et… Ca fait combien de temps, maintenant ? » Ange sait très bien où il travaille, s’il avait envie de revenir il n’aurait pas mis mille ans à retrouver le chemin du bar. « Parfois certaines choses que l’on aime mérite que l’on se batte pour. Je ne dis pas d’y passer toute ton énergie, je crois que tu as déjà beaucoup de choses à faire de ton propre côté mais… quand on tient à quelque chose, il n’quand on tient à quelque chose, il n’y a aucune honte à faire des efforts supplémentaires. Je comprends que ça te travaille mais… si tu ne le connaissais pas avant et qu’il avait un amant… jusque-là, il n’y a rien de dramatique, ou alors j’ai loupé un épisode ? Il faut du temps aux gens pour mettre de l’ordre dans leur bazar… » Et il doit bien savoir de quoi elle parle.
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