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on vous invite à privilégier les fantômes et les petits humaiiiiiiins
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 (fade until i'm gone), wazyl.

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MessageSujet: (fade until i'm gone), wazyl.   Lun 21 Mai - 15:08

Rage.

La bête glisse entre les arbres, les griffes s’enfoncent dans la boue. Les crocs salivent, le museau s’agite. Y’a une odeur pas loin. Une odeur alléchante, une odeur qui rend le prédateur fou. L’odeur bouge, essaie de se défiler. La bête freine, sa patte s’accroche à un tronc, tourne sur le côté. L’écorce de l’arbre se détache sous le choc, et le grognement remplit la quiétude de la forêt. La noirceur s’amincit, il fera bientôt jour. Mais le loup ne le voie pas, ne fait que courir, l’arôme l’enveloppe entier, il ne pense qu’à se nourrir. Qu’à traquer, qu’à sentir la peur, qu’à déchirer la peau et dévorer la chair. Garder le souffle éfréné alors qu’il torture, alors qu’il grignote et tourmente. Douleur. Le sang sur les lèvres, la chair entre les dents. Et le coeur, palpitant, qu’il pourra attraper d’une griffe. L’effluve se fait de plus en plus puissante, jusqu’à ce que brutalement, elle cesse. La bête freine, agite la tête, le museau relevé. Plus rien. Elle ne sent plus rien. Le grognement est sauvage, déborde de colère. Et puis l’éclat de lumière aveugle son regard. Le hurlement déchire l’aube, alors que les os se cassent, alors que la peau tombe, alors que l’esprit revient. La nuit tire à sa fin.

Une bête s’endort, l’autre se réveille.



* * *


Bazyl ouvre les yeux. La lumière du jour qui s’éveille est encore douce, mais l’aveugle tout de même. Son corps est endolori, et la fatigue l’écrase au sol. Il se sent compressé dans tous les sens, ses os se remettent à leur place, les articulations craquent, la peau renaît, le souffle s’emballe. Tout n’est que flammes et fumée à l’intérieur de son corps, ses yeux se referment. La réalité, il n’en veut pas, ne veut plus se réveiller, ne veut plus. Et pourtant il le fait, pourtant il bouge, juste assez longtemps pour se replier sur lui-même. Envie de pleurer, envie de hurler, il a mal, partout, au corps et à l’âme. Ses poings se referment, ses yeux pleurent, son corps tremble. Il a mal, il a froid. L’été se termine, le vent se lève, les nuits sont de plus en plus glaciales. Nu dans la boue et l’herbe, Bazyl enfonce son crane dans la terre, comme espérant que le sol ne l’avale tout rond. Rien n’y fait, il demeure sur la terre des hommes, et son esprit reprend. Les pensées s’alignent, la bestalité s’éloigne, mais jamais ne disparaît. Il ne se souvient de rien, ne sait pas ce qu’il a fait, ce que ses mains viennent de propager comme malheur. Il ne veut pas savoir, mais il veut savoir. Que sa honte ait un visage, que sa culpabilité ait un nom. Pas seulement un nuage noir qui le suit partout, mais quelque chose de tangible, à lequel il peut penser. Il rouvre finalement les yeux, et se redresse. Autour de lui, que le vide et le silence. Que les arbres fins l’entourant, que la bruine du petit matin, que l’odeur des pins, que le chant tranquille de quelques oiseaux plus loin. C’est un beau spectacle, quand on s’y attarde, quand on sait l’apprécier. Bazyl n’est pas en mesure de le faire. Y’a trop l’odeur fantôme du sang dans sa bouche, et le froid qui vient l’assaillir. Il lui faut quelque chose pour se couvrir, il lui faut regagner la civilisation, qu’il puisse s’étendre quelque part dans la noirceur et se remettre de sa nuit. À chaque fois c’est pire, à chaque fois la torture est amplifiée. À chaque fois, Bazyl a envie de baisser les bras. À chaque fois, il se relève. Un prénom traverse son esprit confus, qui s’éveille doucement après la violence et la bestialité.

Wanda.

Où est-elle ? Il ne peut pas la voir, mais il peut la sentir. Là, quelque part, entre les arbres, ou plus loin peut-être, il ne saurait dire. Mais sa soeur n’est pas loin, Bazyl peut le sentir, il a toujours su quand elle était dans les environs. Elle savait que c’était la pleine lune, elle n’est jamais loin quand il s’éveille, quand la véritable bête s’endort. Alors il cherche le visage rassurant de sa soeur, de yeux avides de se réfugier dans les traits de la belle. Se relève, avance. La modestie ne le pousse pas à se couvrir, il doute de croiser quelqu’un à cette heure sauf sa soeur. Son pas est titubant, il grogne derrière ses dents, mal partout, à chaque fois c’est aussi compliqué, ça ne va jamais s’améliorer, il a cessé d’espérer. Sous ses pieds, l’herbe est humide et boueuse, des jours qu’il pleut. Au moins ce n’est pas le cas ce matin, mais entre les épinettes Bazyl discerne un ciel d’aube nuageux, encore une journée à la température merdique, y’a rien qu’autre qui existe dans cette ville de toute façon. Alors qu’il avance, son pied droit se prend une branche acérée, et il lâche un juron sous la surprise. Relève le pied, le sang perle un peu, et il observe la goutte retomber dans la boue. Le rouge est absorbé par l’humidité, et il reste là un peu, à observer le phénomène. C’est un craquement qui lui fait relever la tête quelques secondes - minutes ? il ne saurait dire - plus tard. Le regard qui creuse l’horizon, jusqu’à tomber sur une frêle silhouette qui vient faire trembler les cordes de ses artères. Wanda.

Il avance plus rapidement, oubliant le pied, oubliant le reste. Wanda. Le nom résonne dans sa tête, il ne pense plus à rien, ne veut plus rien d’autre qu’elle. Il grelotte, ses lèvres sont presque bleutés, son corps pâle et boueux. Wanda est là, juste là, fantômatique dans l’aube humide, et Bazyl la rejoint rapidement, se réfugiant auprès d’elle. « Wanda. » Il ne se retient pas, son corps vient fracasser celui de sa soeur, la serre contre lui, le corps tremblant comme une feuille. Il ne parle pas, ne peut rien dire, sa voix reste bloquée dans ses poumons, mais il lui crie silencieusement, aide-moi, aide-moi, dis quelque chose, je t’en supplie, soulage moi. Elle seule qui sache le faire, même don à part, la seule qui ait jamais su le faire. Marionnetiste, elle connaît son frère, et lui la laisse guider les cordes, confiance aveugle. Il aimerait dire quelque chose, n’importe quoi, mais il n’y arrive pas, à chaque fois c’est la même chose. La bête qui ne sait que grogner, la bête qui ne sait que hurler, voilà qu’elle doit recommencer à parler, mais les mots ne viennent pas, juste les regards, juste les gestes. Y’a que le nom qui fasse du sens, nom qu’il murmure dans sa noirceur depuis toujours, et qu’il fera jusqu’au dernier souffle.

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MessageSujet: Re: (fade until i'm gone), wazyl.   Mar 19 Juin - 17:39

L’humidité dans l’air colle ses vêtements contre sa peau, absorbant dans la bruine tombante depuis le déclin du soleil, toute la misère d’un autre monde. La silhouette avance avec précaution entre les arbres, prend garde à ne pas trébucher sur les racines emmêlées devenues glissantes. Des gouttelettes suintent sur la capuche de sa veste, s’effilochent sur ses vêtements, et perlent sur sa frange et les mèches de cheveux qui dépassent lorsqu’elle lève les yeux vers le ciel. La lune pleine demeure dans son empire, une nuit sans étoiles pour éclairer les sous-bois – seulement de sombres nuages comme augure d’un mauvais temps pour le lendemain. Peu d’âmes s’aventurent dans la forêt à la nuit tombée, encore moins en cas de pleine lune. Pour tout un tas de raisons qui tiennent éloignés les plus raisonnables mais qui se heurtent perpétuellement à son indifférence. Ce rendez-vous dans le calendrier lunaire, elle ne le raterait pour rien au monde. Elle sait parfaitement que quelqu’un d’assez stupide et de profondément inconscient trouvera le chemin de son flair. Bazyl est en chasse, et sa sœur le traque. À distance mesurée, d’autant plus depuis l’incident – mais pour cette nuit, il est facile de le suivre à la trace et de prendre son temps. Les pattes du loup demeurent figées dans la boue avant d’être déformées par ses propres pas, afin d’effacer les traces tout en suivant le chemin qui lui est tout désigné. Quand le grognement emplit le silence pesant de la nuit et qu’un cri déchire l’atmosphère avant d’être abruptement interrompu, elle sait. Elle comprend, qu’une victime de plus s’inscrit sur son palmarès lupin – sur leur palmarès macabre. Wanda continue son avancée plus lentement, laisse le temps au loup de prendre la fuite sans avoir à croiser son chemin. La cicatrice de son bas-ventre vient la brûler comme une piqûre de rappel, avant qu’une forte odeur métallique n’emplisse l’air en surchargeant la bruine d’électricité statique. Elle trouve rapidement la proie abandonnée et comme elle s’y attendait, c’est un carnage. Elle s’accroupit auprès du corps déchiqueté, constate que la carcasse n’abandonne pas. Aucunement ébranlée par cette vision qui ferait trembler la plus digne des consciences. La poitrine se soulève avec difficulté, deux orbites vitreuses sont posées sur elle. Il n’y a que ce contact visuel pour la déranger au fond de ses entrailles, au milieu de cette peinture infernale. Elle sait, avec ce niveau d’éveil chez la victime, que les secours peuvent arriver à temps pour la prendre en charge si elle les prévient maintenant et qu’elle lui administre un premier secours. Pourtant, cette fois-ci, et comme toutes les précédentes, elle n’en fait rien. Elle ne peut pas agir physiquement sur une personne et c’est pourquoi elle a toujours quelques fioles empoisonnées  et une lame sur elle dans ce genre de situation – mais quand la raison du corps meurtri ne l’a pas encore abandonné, elle peut agir autrement. Ne respire plus. Jusqu’à ce que la conscience éclate, jusqu’à ce qu’elle trépasse. Qu’elle entraîne avec elle l’inconscience aguerrie et l’instinct de survie, sans qu’aucun des deux n’ait assez de force pour s’interposer contre la volonté infecte d’une ombre de misère.
 
⌘⌘⌘
 
Le temps semble suspendu alors qu’elle observe la silhouette de l’homme figé dans la nature, le regard hagard et le corps dans son plus simple appareil. Wanda ne détourne pas le regard, le connait pas cœur depuis plus de vingt-neuf ans – sans qu’il n’y ait rien de dérangeant à ça. Elle se déleste de son sac à dos qui contient les vêtements de Bazyl, parmi des affaires qu’il laisse toujours chez elle ou qu’elle a récupéré par prévoyance chez lui, le pose au sol et s’avance doucement pour ne pas l’effrayer. Dans le silence de catacombe qui plane autour de leurs êtres, le craquement des brindilles brisées sous ses pas percute l’air comme une déflagration. Elle s'immobilise et enlève sa capuche en même temps que le regard de son jumeau la transperce, décharge dans son échine quand les prunelles bleutées la reconnaissent. Elle a le cœur qui se renverse en même temps que leurs corps entrent en collision ; et dans l’aube naissant, déborde la certitude inébranlable qu’elle est à sa place. Que nulle part ailleurs qu’entre ses bras, elle est à la maison. La vraie, pas celle qui a une traînée de souffre au creux de son âme et l’amer arrière-goût d’une solitude forgée dans une violence indifférente. Bazyl l’enveloppe de sa présence, épiderme frémissant dans la fraîcheur de cette nouvelle journée, dans les songes lointains d’une nuit pourtant à peine révolue. Il a l’odeur des sous-bois imprégnée dans la peau, emmêlée à la sueur gelée des tumultes de ses heures nocturnes. Fragrance de la mousse humide dans le creux des bois, de la boue qui stagne aussi bien sous leurs pieds que dans les airs ; là où ne persiste que le silence de sa prestance. Les mains de Wanda se faufilent dans l’étreinte rigoureuse, désespérée, se glissent dans son dos pour l’enlacer contre elle – pour qu’il ressente sa présence, que sa chaleur corporelle se diffuse et disperse les vestiges fantomatiques de son existence féline. Pour que les battements effrénés de son cœur se calquent sur les siens, qui raisonnent calmement à travers sa cage thoracique.  « Je suis là, Bazyl … Je suis là. » Murmures éperdus contre sa peau, de l’amour déversé au creux de son cou pour l’enfermer dans une bulle qui se veut rassurante. Seulement quelques instants, quelques secondes tout au plus, mais cela suffit au monde pour tourner à contre-sens. Elle se détache délicatement de lui, impose à son corps ankylosé par le froid de défaire son emprise pour qu’elle puisse se pencher et attraper le sac abandonné à leurs pieds. Elle n’en sort qu’une serviette pour le moment, qu’elle passe dans le dos de son frère après s’être redressée et l’enroule dedans comme une mère le ferait avec son enfant – comme leur propre mère ne l’a jamais fait pour eux. Quand elle est sûre qu’il tient l’extrémité du tissu épais et qu’il ne le laissera pas tomber, elle laisse son regard vagabonder silencieusement dans les plis usés sur son front et dans le coin de ses yeux. Wanda a ce visage que seul son jumeau peut connaître, seul témoin d’un amour qui déborde tellement pour lui que le reste du monde en est dépourvu. Cette esquisse flottante au bord de ses lèvres qu’elle lui témoigne depuis qu’ils sont des mômes en vadrouille, quand elle veut lui assurer que tout va bien, que tout ira toujours bien tant qu’ils seront ensemble. Ses traits sont apaisés, transparaissent sa confiance aveuglante en eux ainsi que cette maîtrise de soi qu’elle abandonne difficilement. Son inquiétude est enfouie bien en deçà, sous des kilomètres d’hémoglobine déraillée dans ses tissus sanguins, sous le poids de la nécrose de son cerveau. Alors elle prend enfin son visage entre ses mains, effleurent ses joues où sa transformation a laissé des traces humides et salées et se hisse légèrement pour combler les cinq centimètres qui la séparent du sommet de son crâne. Wanda ferme les yeux, dépose un baiser sur son front avant de se rétablir convenablement sur la terre ferme. Le visage de son frère toujours entre ses paumes, elle appose son front contre le sien et ne rompt la quiétude de l’instant qu’avec de nouveaux murmures. « Tout va bien. C’est terminé. » Elle prend une lente inspiration, espérant qu’il suive le mouvement. Respire, Bazyl. Les paroles ne se font plus entendre, pourtant elle sait que la conscience de son jumeau entendra – et qu’elle obtempérera. Respire calmement. La symbiose entre leurs âmes en raison de leur lien unique a toujours apporté une force décuplée sur sa faculté psychique – et Bazyl a toujours été le premier réceptacle de ses dérives. Volonté soufflée pour en assiéger une autre, pour la meilleure des raisons sous les couches de pénombre. 

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MessageSujet: Re: (fade until i'm gone), wazyl.   Lun 25 Juin - 23:49


Il tremble. Il tremble, et il la cherche. L’aube est froide et boueuse, Wanda chaude et lisse. Flamme stable entre les silhouettes des arbres, elle brûle en silence, puissante et tranquille. L’accueille dans ses bras comme on fait un enfant, et Bazyl la serre, sans trop le faire. Il connaît les blessures qui lacèrent la chair de sa soeur, la peau en phase de cicatrisation. Des coupures d’une provenance inconnue, ou presque, peut-être pas, Bazyl ne sait plus. Son esprit est confus et brumeux, imite le vent qui souffle dans la forêt déserte. Le monde est cruel et violent, tout comme les jumeaux le sont. Poings toujours serrés, mâchoire toujours contractée, ce n’est que dans les bras de sa soeur que Bazyl parvient à véritablement se détendre. À relâcher ses muscles fatigués un à un, à laisser ses paupières retomber, sombrer sans glisser, tomber dans le vide en ne se sachant pas seul. Wanda est là, son petit corps solide lorsqu’il la percute, sa peau douce contre sa rugeur, elle est là, elle est là. Les doigts se glissent sur son dos, il voudrait pouvoir s’enfoncer dans le sol en sa compagnie, rester là, oublier le monde, juste être eux. Ce monde qu’ils écrasent du revers de la main, ce monde qu’ils serrent entre leurs doigts pour oublier la douleur qu’il leur fait subir à chaque jour qui passe. Il a besoin d’elle, en ce moment, tout le temps, la seule raison pour laquelle il respire, Wanda. « Je suis là, Bazyl… Je suis là. » La musique de sa voix parvient aux oreilles de la bête, dont le corps se détend davantage. Les tambours fracassants dans sa tête se calment, se transforme en un grondement, puis un murmure. Oui, elle est là. Elle est là et elle le tient ; respire, Bazyl. La nuit est terminée.

Elle se détache, et il la laisse faire. Corps frigorifié, rendu presque morbidement mortifié par l’horreur de la nuit, Bazyl encore à demi-vivant, à demi-humain. Mais la bête s’éloigne, la bête se calme. Wanda sort une serviette qu’elle enroule autour de son corps, et Bazyl s’y réfugie, la douceur du tissu lui caresse la peau, sa légère chaleur lui fait du bien. Enveloppe entre lui et la brume du matin, couverture épaisse. Il soulève la main afin de l’attraper et de la tenir, directive silencieuse de sa jumelle. Cette routine, elle est loin d’être nouvelle. Huit ans à faire le même manège, et elle est toujours là. Toujours là malgré la chair lacérée, toujours là malgré le poids des années. Bazyl est reconnaissant, Bazyl a peur. Peur qu’un jour elle ne soit pas là, à son réveil, qu’il n’y ait que le silence, que le froid. Les yeux de Wanda posés sur lui, il lui rend son regard, voilé par la honte, par ce qu’il n’a pas besoin de dire, ce qu’elle sait déjà. Sa respiration se fait un peu plus lourde, le fantôme de la nuit qui le terrasse toujours. Qu’est-ce que tu as fait cette nuit, Bazyl ? La voix gronde.

Qu’est-ce que tu déchiqueté ?
Quel sang tu as fait couler ?
Quelles vies tu as détruites ?


Les doigts de Wanda sur ses joues. Un baiser sur le front ; puis elle dépose le sien où ses lèvres ont effleurées la peau. Bazyl ferme les yeux. Inspire profondément. Ça siffle un peu, ça tonne un peu. Mais il expire. La voix de Wanda le berce. « Tout va bien. C’est terminé. » Il s’agrippe à la serviette. Inspire, suit le rythme de la respiration de sa soeur. Les noeuds se délient, le tonnerre se calme. Elle est là. Et silencieusement, elle est capable de le calmer. Capable de l’apaiser, comme personne d’autre ne sait le faire. Ses épaules sont moins lourdes, la peur moins étouffante. Wanda, de ses doigts agiles, s’enroulent autour de la voix et l’étrangle. La puissance de sa soeur, venin qui le guérit au lieu de l’empoisonner. Lentement, Bazyl acquiesce. Oui. C’est terminé. Le matin est levé. La nuit est passée. Il a froid, il a soif, il a faim, il a peur, mais Wanda fait taire les voix hostiles pour installer la sienne, qui se répand en écho dans la tête de Bazyl, tout va bien, c’est terminé.

« J’ai un drôle de sentiment, Wanda. » Sa voix vient troubler les vagues. Un goût inhabituel sur la langue, un noeud qui refuse de se délier, il ne saurait dire. Il rouvre les yeux, lève une main pour glisser ses propres doigts sur la joue de sa jumelle. Fait glisser une mèche sombre sur la peau presque fantômatique, geste tendre. « Cette nuit était pas comme les autres. C'est d'pire en pire, je... » Il secoue la tête, resserre la serviette entre ses doigts. Éloigne un peu son visage, afin de pouvoir la regarder. Glisse sa main dans la sienne, afin de la serrer, doucement, pour ne pas broyer les os sous une force qu’il ne sait pas toujours contrôler. « J’m’enfonce. » Les mots sont murmurés, mais c’est comme s’il les hurlait. Ils se répercutent contre les écorces des arbres, contre les feuilles humides de la rosée. « Et tu... » Il déglutit, ne peut s’enlever de la tête les blessures de sa jumelle, le fait qu’elle soit là, toujours là, sachant ce qu’elle fait, quels actes elle commet pour terminer sa violence, pour éponger le sang déjà éclaboussé. « J’peux pas continuer d'te faire ça. » J’en ai marre, Wanda. J’veux que ça s’arrête. J’veux que tu restes avec moi.

Et si la prochaine vie que je déchire est la tienne ?

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