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 under an italian sun (magdalena)

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MessageSujet: under an italian sun (magdalena)   Dim 8 Juil - 16:54

under an italian sun
Magdalena & Leora

Le soleil tapait déjà fort sur la terrasse du café Napolitain où Leora s’était installée pour déjeuner. Il avait fait un temps monstrueux ces dernières semaines et elle avait été cloîtrée dans les auberges de jeunesse où elle était descendue, mais le soleil refaisait enfin son apparition et Leora en profitait avec bonheur. Se trouver en Italie sous la pluie, c’était l’enfer. Elle avait bien rencontré un groupe de danois avec qui elle avait sympathisé, mais ils étaient partis quelques jours plus tôt et elle était restée seule, désœuvrée, à regarder les nuages noirs en attendant sans aucune patience qu’ils veuillent bien déguerpir. Elle avait une ville à découvrir et elle n’avait pas l’intention de le faire sous les trombes d’eau ! Elle commençait à s’enfoncer lentement mais sûrement dans la morosité à rester enfermée, et ça ne lui faisait pas du bien. Si le soleil ne revenait pas, elle risquait même de se laisser tenter par un retour au pays. Hazel lui manquait cruellement et peut-être qu’elle pourrait aller lui rendre visite à Cincinnati … Quitte à être sous la pluie, autant y être avec elle, son sourire suffirait sûrement à réchauffer son cœur et ses journées. Ca ferait aussi mal que ça ferait du bien, Leora le savait, mais Hazel avait remplacé la drogue et Leora ne comptait pas se désintoxiquer d’aussi tôt. Elle se laisserait crever plutôt que de renoncer à sa meilleure amie. Même s’il fallait supporter de la voir si heureuse avec son fiancé … Mais le soleil était revenu avant qu’elle ne prenne de billet pour les USA, avant qu’elle ne se laisse envahir trop durablement par la nostalgie d’Hazel. Leora n’avait pas attendu, et après avoir arpenté des vieux quartiers toute la matinée, elle s’était installée à ce café.

A présent qu’elle avait terminé sa bruschetta, et en attendant que le serveur ne revienne pour lui demander un café, Leora sortit son carnet et jeta un regard autour d’elle. Elle adorait les napolitains, elle s’était déjà arrêtée un bon moment durant la matinée pour dessiner une scène sur un marché. Les gens étaient hauts en couleur, ils parlaient fort et leurs gestes étaient pleins d’énergie, c’était un plaisir de les croquer du bout du crayon. Après avoir dessiné Hazel sous toutes les coutures – certaines moins avouables que d’autres – sur des pages et des pages, Leora se sentait soulagée d’avoir d’autres modèles pour se l’enlever un peu de la tête. Son regard fut attiré par la femme à quelques tables de là, qu’elle avait déjà repérée en s’installant. Elle s’était mise là pour lire visiblement, mais son téléphone ne cessait de sonner et Leora ne pensait pas l’avoir vu tourner une seule page depuis qu’elle était arrivée. Et justement, son téléphone sonnait à nouveau … Amusée, Leora entreprit de la dessiner. Son modèle étant plutôt statique, elle put prendre son temps pour la représenter correctement. Ce ne serait pas un esquisse de quelques coups de crayons comme elle le faisait sur le vif quand elle saisissait une scène de quelques instants, mais un véritable portrait sur lequel elle se concentra entièrement. La femme avait un visage plutôt atypique et des traits acérés, et son accent n’était pas celui d’une Napolitaine. Etrangère tout comme elle, sans doute … Mais pas une touriste, non. Elle n’en avait pas le profil, et ce téléphone qui sonnait sans discontinuer laissait présager qu’elle n’était pas ici pour profiter de la ville. Businesswoman, peut-être. Leora imagina la femme à la bourse de Chicago, ou au barreau d’un tribunal … Un sourire naquit lentement sur ses lèvres et elle délaissa un instant son portrait pour griffonner sur la page d’à côté quelques petites bulles sous forme de cartoon, tous représentant la femme. Elle la crayonna avec une perruque de juge suprême, puis en costume tailleur dans un bureau rempli d’hommes qui la fixaient avec appréhension … Ses yeux faisaient des allers-retours incessants en la femme et son carnet tandis qu’elle griffonnait ses bêtises.

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MessageSujet: Re: under an italian sun (magdalena)   Sam 14 Juil - 15:46


Le soleil frappe avec force, faisant luire les fronts ; les genoux ; les bras. La transpiration agréable, procurée par un soleil de feu qui, sans relâche, brunit les peaux les plus délicates. Au milieu de tout cela, dans la cohue d’une terrasse italienne, tu as allongé tes longues jambes un poil trop maigre sous une table de tôle blanche, libérées par un short de lin tout aussi pâle qu’adéquat pour les rêves de bronzage de sa propriétaire. Sandales au bout des pieds, chevilles croisées, tu essayes de lire du mieux que tu le peux. Tu essayes malheureusement, de tout ton cœur, mais sans succès. Les mystères de la littérature française resteront un secret pour toi tant que tu n’auras pas répondu aux appels incessants de Paul. Une oreillette Bluetooth pendouillant à ton lobe, tu appuies deux fois sur le bouton central. « What can I do for you, Paul ? Yes, the Baxter’s files are on my desk. Yes, on the right. Nice, you got it. Can I read my book, now ? Thank you, Paul. Good luck, Paul. » Et tu repars, comme si de rien n’était.

En réalité, c’est la septième fois que Paul t’appelles. Pas pour ce dossier, c’est certain, mais tout de même. La chaleur cogne toujours alors que tu attaques à nouveau la même phrase pour la huitième fois, parce que ta concentration n’en finit plus d’être troublée. La foule ne cesse d’être bruyante, et tu commences à te demander si c’était vraiment le bon endroit pour lire. Le béton de la terrasse chauffe sous tes talons, malgré le parasol orange qui te surplombe de toute sa grandeur. A chaque poignet, une chaine des plus fines orne ta peau alors que tu retournes à la page précédente, les sourcils froncés. Tu. As. Encore. Oublié.

Le téléphone sonne et tu souffles en laissant tes yeux rouler dans leurs orbites alors que tu poses le livre face contre la tôle avant de reprendre l’appel. « Yes, Paul ? No, it’s Irvin. Ask him, perhaps ? Let me read, Paul. » Et tu cliques sur le bouton au centre de l’appareil accroché à ton oreille sans attendre de réponse. L’index passe dans tes mèches pour les ramener en arrière, tes mèches blondes qui viennent chatouiller ta nuque malgré la longueur de celles-ci. Agacée, tu regardes autour de toi en conservant la tête haute et les épaules reculées. Ton regard est tel un scanner, observant chaque têtes de la terrasse comme lorsque tu accroches celui d’une jeune femme qui t’observes. Le reflexe prend le dessus sur la raison et tu détournes la tête pour reprendre ton livre, mais son visage reste planté dans tes pensées : est-ce qu’elle te regarde ?

Il y a tout un tas de gens qui regardent sans voir, qui analyse sans regarder. Des gens qui regardent sans vie, l’iris aussi vide que l’esprit est loin. Peut-être était-ce son cas ? Alors tu abandonne encore ta lecture et regarde du coin de l’œil. Tu l’observes avec discrétion, le livre légèrement remontée sur ton débardeur bleu ciel. Peut-être qu’elle te regarde, au final, et alors ? Et alors, peut-être qu’elle veut engager la conversation ? Tu te demandes un instant où en est ton italien, mais l’illusion risque d’être altérée dès que les mots franchiront tes lèvres. Tu n’as appris la langue que pour les vacances après tout. Doucement, ta tête se tourne pour faire craquer ta nuque pendant que tu réfléchis.
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MessageSujet: Re: under an italian sun (magdalena)   Mer 25 Juil - 14:49

under an italian sun
Magdalena & Leora

Les petites bulles de Leora s’animaient sous son crayon, alimentées par les bribes de conversation qu’elle parvenait à saisir de la femme. Elle s’était mise à parler en anglais pour son plus grand plaisir, et la jeune artiste se mit à griffonner le pauvre Paul, perdu au milieu du bureau de sa patronne. Elle songea au film The Devil Wears Prada, et releva les yeux pour scruter son modèle avec attention. Elle avait des traits lui rappelant un peu la Meryl Streep du film – qu’elle adorait, soit dit en passant. En avait-elle également le caractère ? Etait-elle un tyran qui écrasait tous ceux qui se dressaient sur son chemin ? Son visage inspirait une certaine force, mais Leora rechignait à y voir là du négatif. De la force, oui, mais également de la patience, comme elle pouvait en juger par sa conversation. Elle n’était pas une patronne si brutale que ça. Il n’en fallait pas beaucoup à Leora pour que son imagination s’emballe, et elle brodait allègrement sur les petits détails qu’elle avait déjà glanés. Elle hésitait encore quant à sa profession mais elle s’était déjà construit mentalement tout un personnage. Tant pis si ce n’était pas la réalité : qui s’en souciait ? Elle faisait le portrait d’une inconnue et elle mêlait ce qu’elle voyait à ce qu’elle imaginait. Cela rendait ses dessins plus vivants, et ils lui plaisaient bien mieux comme ça. Elle prenait plaisir à les revoir ensuite, et à se remémorer ces bribes de souvenirs.

Elle termina rapidement ses petits dessins secondaires, puis reposa les yeux sur la femme avant de reprendre son portrait. Il ne fallait pas non plus qu’elle perde trop de temps avec ses bêtises si elle voulait terminer de dessiner correctement la femme avant qu’elle ne s’en aille. Elle ne savait pas de combien de temps elle disposait. Elle voulait faire ça correctement, mais si son modèle décidait soudain de s’en aller … Ce serait terrible. Elle détestait avoir un dessin inachevé dans son carnet. Et pour le coup, celui-là serait vraiment très inachevé si elle décidait de se lever maintenant. Ne me faites pas ça, hein ? Restez là encore un moment. Leora avait mis de côté ses petites interrogations sur la femme, à présent. Elle se concentrait complètement sur son dessin. Et quand elle releva la tête, ses yeux croisèrent ceux de son modèle. Loin de se laisser démonter, Leora lui sourit, puis courba de nouveau la nuque pour continuer à crayonner. Sur sa page, le portrait prenait forme, et le visage commençait à être reconnaissable. Elle se sentait inspirée, sa main n’hésitait pas. Elle dessinait avec précision et rapidité, entraînée par une passion dévorante. Naples, autour d’elle, avait disparu. Il n’existait plus que ce café, et l’inconnue à quelques mètres d’elle qui posait si parfaitement sans même s’en rendre compte.

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MessageSujet: Re: under an italian sun (magdalena)   Lun 30 Juil - 3:44


Avec douceur, tu croises tes jambes entre elles pour te donner un peu plus contenance alors que la jeune femme te souris. Un sourire doux, vaporeux, qui te fait te sentir à l’aise d’une certaine manière. Chaleureux, puisque tel est le mot : son sourire chaleureux te fait doucement penser aux rues de Naples sous le soleil de la fin d’après-midi, avec sa foule éparse et ses pavés réchauffés par la lumières. Tu n’as pourtant pas gardé les yeux dans les siens trop longtemps, malgré un sourire à ton tour. Comme si tu te brulais, ton regard est retourné sur les mots un peu flous, les expressions poussiéreuses d’un français que tu ne maitrise qu’à peine. Foutues lubies que d’apprendre trois langues en même temps, comme si tu n’allais pas t’emmêler les pinceaux. Peinturlurer ta face du rouge de la honte et du rose de l’embarras, avec ce petit sourire dessiné au ciseau qui balafre ton visage d’un peu plus de gêne. C’est à ce moment que tu réalises que voilà déjà vingt bonnes minutes que tu relis inlassablement les mêmes mots. Avec une amertume à peine feinte, tu retourne le livre face contre la tôle de la table et pousse un profond soupir. Ta tasse est vidée en quelques gorgées, les doigts encerclant la tasse avec légèrement trop de force, de peur de la laisser réchapper de son destin. C’est le moment que choisis le serveur pour passer près de toi.

Un mouvement élégant de la main pour l’appeler, quelques mots brouillons en italien pour commander quelque chose d’autre, puis d’un ton légèrement plus taquin tu glisses quelques mots d’anglais. Ils sont presque là pour décorer, de ton accent roumain presque effacé, presque oublié mais qui persistera toujours sur les –r de chaque mot, de chaque phrase. Tu souris, solaire que tu es, face au garçon qui dodeline vivement et repart vers l’intérieur de l’enseigne après un léger regard derrière lui. Un marque page glissé au sein de l’ouvrage, tu ranges celui-ci dans un petit sac de cuir et repose ton attention sur la jeune femme qui ne cesse de te lancer de petits regards furtifs. Il n’y a plus vraiment de doutes à avoir, elle ne fait que te dessiner. Et, oubliant sans doute combien la scène peut être dérangeante d’un certain point de vue, tu l’observes t’observer. Tu fixes son poignet qui s’affole, sa main qui s’active. Un sourire étirant tes traits marqués, creusant quelques fossettes dans la peau de tes joues.

Le temps passe et la scène reste inchangée. Magdalena, le port altier et le dos droit, reste à regarder l’inconnue au dessin avec un sourire fantomatique sur ses traits (comme là pour l’éternité) alors que la course du temps ne s’arrêtera pour rien au monde. Peut-être que tu prends trop de plaisir à cela, Magdalena. Peut-être que ton égo ne remerciera pas cette jeune fille, qui ne pensait sans doute pas à mal ou à faire grossir ton égocentrisme. Peut-être que tu aurais de toute manière trouver une manière d’attirer l’attention. Toujours est-il que dès lors que son poignet de calme, que sa main ne fait plus qu’effleurer le papier de son dessin, tu te redresses finalement de toute ta hauteur. Déroulant ton mètre quatre-vingt, tu rassembles tes affaires en dodelinant de la tête, aux rythmes d’une chanson que tu fredonnes sans vraiment réfléchir. Une comptine que tu chantais étant enfant, qu’on t’avais apprise à l’école et qui n’avait plus jamais quitté ta caboche. Tu fredonnes en rangeant tes affaires, qui ne sont pas nombreuses, et en rassemblant la vaisselle agencée devant toi. Le pot de crème, la tasse de café vidée, la cuillère déposée sur le rebord de la coupelle avec une précision presque maladive.

Mais tes hanches ne se dirigent pas vers la caisse, loin de là. Elles se rapprochent d’elle, plus qu’autre chose. Ses cheveux noirs, son air concentré. Tu avances vers elle avec ton sourire le plus doux affiché sur ton visage comme on accroche un tableau sur un crochet. Doucement ta langue se déroule et laisse glisser un ton affable « I'd like to see how I look. May I ?» mais tu n’as pas réfléchis, tu n’as pas pensé. Petite pause rapide avant d’essayer quelque chose d’autre, bourré d’un accent bien malheureux. « Parlate inglese? » Tu déposes une main sur ta taille, l’enveloppant de tous tes doigts alors que tu t’appuies sur une chaise, attendant sa réponse avec impatience.

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MessageSujet: Re: under an italian sun (magdalena)   Dim 26 Aoû - 8:18

under an italian sun
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Encore une fois, Leora s’oubliait toute entière dans son dessin. Il n’y avait pas de meilleure sensation que celle-ci, où elle flottait dans un monde qui n’existait que pour elle. Où le crayon faisait un tout avec elle, et où le dessin prenait vie avec fluidité, avec facilité. Envolées, les pensées parasites, les inquiétudes et les interrogations. Il n’y avait que quand elle dessinait que Leora s’affranchissait réellement des nuages noirs qui semblaient perpétuellement flotter autour de sa tête, et ça lui faisait un bien fou. Elle ne se souciait plus de rien, alors. Elle en oubliait que son modèle était une vraie personne, qu’elle vivait elle aussi et qu’elle finirait par partir. Elle oubliait qu’à force de fixer les gens ainsi, elle pouvait se montrer impolie. Elle oubliait tous les regards courroucés qu’elle avait déjà récoltés ainsi, qui ne l’avaient d’ailleurs jamais fait changer de comportement. Elle se fichait de ce que les gens pensaient d’elle, tant qu’ils ne l’empêchaient pas de dessiner. Elle se montrait un minimum discrète … D’habitude. Peut-être pas aujourd’hui. Elle avait croisé le regard de la femme et il y avait peu de chances que ce qu’elle faisait soit passé inaperçu. Mais tant pis. Tout ce qu’elle demandait, c’était du temps. Et la femme lui en donnait, consciemment ou non. Elle avait forcément compris ce que Leora était en train de faire, elles étaient trop proches et cette dernière ne se cachait plus du tout. Mais la femme restait là, altière, immobile. Un léger sourire s’était mis à flotter sur ses lèvres, que Leora accepta avec une reconnaissance instinctive en l’ajoutant à son portrait.

Finalement, sa main ralentit et Leora passa aux finitions. Quelques ombres ici, accentuer un trait là. Elle n’était pas encore satisfaite d’elle-même mais elle n’en était vraiment pas loin, elle le sentait. Elle n’avait plus besoin de son modèle à présent, tout n’était plus qu’une question de ressenti. Elle voulait que ce soit un de ses meilleurs dessins, ça s’était décidé pendant le processus de création sans qu’elle n’en soit vraiment consciente. Avec un modèle de cette qualité, il ne pouvait pas en être autrement. Il fallait y aller doucement, pas question de bâcler les derniers instants. Ce ne serait pas un croquis comme les autres, elle y tenait particulièrement. Elle avait quasiment terminé quand une voix retentit à ses côtés, la faisant légèrement sursauter. Par chance, son crayon était levé à ce moment – elle aurait tué quiconque lui aurait fait faire un faux mouvement. Elle leva les yeux pour découvrir son modèle, juste devant elle. Un geste automatique lui fit couvrir d’une main le dessin sur son carnet, comme elle le faisait toujours quand on l’approchait sans qu’elle s’en rende compte. Mais un sourire éclaira finalement son visage et elle retira sa main pour présenter sa création à la femme. Elle lui devait bien ça. « Oui, je parle anglais, bien mieux qu’italien. Je suis américaine. Vous ? » Tout en parlant, elle la laissa prendre le carnet, oubliant les petits sketchs qu’elle avait dessinés sur la page adjacente au portrait. Elle ne songeait plus qu’à ce dernier, et à l’avis que la femme porterait dessus. D’ordinaire, Leora apportait peu d’importance à ce que les inconnus pensaient de ses dessins, mais cette fois elle avait réellement envie que celui-ci plaise à la femme, et elle attendit son verdict avec un peu d’anxiété. « Vous avez été parfaite. » Fit-elle soudain, pour meubler le silence. « Merci de m’avoir laissé terminer. » Parce qu’il ne faisait aucun doute à ses yeux que la femme s’était prêtée au jeu de bonne grâce.


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MessageSujet: Re: under an italian sun (magdalena)   Jeu 13 Sep - 2:54


« Romanian, but I live in Canada since few years. » Tu ne réfléchis pas vraiment aux conséquences de cette information. Après tout, il est naturel pour deux touristes de discuter.

Tu es imposante, Magdalena. La main sur la hanche, les épaules en arrière, le buste bombé, tu observes la jeune femme de haut sans même t’en apercevoir. Mais ton regard n’est que chaleur et ton attention est douce, tu ne lui veux aucun mal et tu n’as pas prévu de la penser inférieure à toi malgré tes grands airs. Et alors qu’elle retire sa main de son carnet, tu te permets de faire le tour de la table pour la rejoindre et prendre le carnet entre tes mains, penchée en avant pour observer la feuille. Ton sourire se fait plus entier, ta bonne humeur non feinte se répand dans tout ton visage et tu dodelines « Oh, it’s really me ! » Il y a quelque chose d’enfantin dans cette réalisation, comme une gamine qui se découvre pour la première fois en photo et se reconnais. Tu as l’air vraiment excitée à l’idée de te reconnaitre derrière ces coups de crayons. « Tu t’en sors merveilleusement bien, tu dessines depuis longtemps ? »

Dans ton sac, tu entends ton téléphone vibrer et sonner presque aussitôt une fois ta phrase terminée et tu roules presque immédiatement les yeux dans leurs orbites comme une adolescente qu’on réprimande. Un ou deux soupirs plus tard, tu glisses un rapide « Excuse me just a minute. » avant de cliquer de nouveau sur le bouton central de ton oreillette. « Paul… Oh, hello Irvin. I’m busy, right now. Can you call in like half an hour ? Thank you. » et tu raccroches sans attendre confirmation. Tu n’en as pas besoin. Ce sont de grandes personnes, responsables et capables. Ils peuvent survivre sans toi pendant trente minutes.

Ton regard passe aux petits dessins sur le côté et ton air admiratif se transforme définitivement en amusement en voyant la perruque et la robe dans laquelle la petite toi semble engoncée. Délicatement, tu retournes le carnet vers elle et pointe les dessins du doigt en soufflant un rire qui remonte jusqu’à tes yeux. « Is that me ? » Tu dodelines doucement, avant de continuer : « Je respire tant que ça l’avocate ? » Mais vous êtes coupée rapidement par le serveur qui revient vous voir et s’essaye à l’anglais le plus maladroit qu’il t’ai été donné d’entendre. Le pauvre. « Excuse me, you want something ? » Magdalena dodeline et se tourne naturellement vers la jeune femme. « J’insiste pour que vous preniez quelque chose. Je vous l’offre. Vous m’avez fait beaucoup trop belle. »

Naturellement tu souris et tire la chaise près d’elle pour t’y asseoir à ton tour, faisant signe au serveur. « Un caffè, por favor » que tu glisses simplement, bien consciente d’en être à ton deuxième en même pas une heure. Et tu replonges dans le dessin plus sérieusement en attendant que la jeune femme passe sa propre commande, croisant les jambes pour y déposer le cahier. « May I ? » que tu glisses poliment, soulevant le coin d’une feuille pour demander si tu peux regarder le reste des dessins.
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MessageSujet: Re: under an italian sun (magdalena)   Ven 5 Oct - 17:03

under an italian sun
Magdalena & Leora

« Oh, la Roumanie ! Il faut absolument que j’y aille. Je suis allée jusqu’à la Hongrie l’année dernière, mais … Enfin, bref. J’irais dans votre pays, un de ces jours. » Leora s’était un peu emballée en entendant la nationalité de son portrait, comme toujours quand elle rencontrait des étrangers et que leur pays ne faisait pas encore partie de sa liste de voyages. Elle avait bien failli parler d’Hazel et de leur road-trip en Europe de l’Est qui avait avorté que son amie était rentrée retrouver son petit ami. Grosse déception pour Leora, une déception qui lui pesait encore lourdement sur le cœur, et qu’il était absolument inutile d’évoquer avec une inconnue. Mieux valait parler de son portrait – un sujet inépuisable pour la jeune dessinatrice. « C’est vous ! » Approuva-t-elle avec un sourire en coin, amusée de cette réaction. Elle était également soulagée que la femme ne se soit pas assombrie en découvrant le dessin qu’elle avait fait d’elle. Elle était positivement surprise, et Leora se sentit gonfler de fierté. « Merci ! Je dessine depuis que je sais tenir un crayon, bien avant de savoir écrire mon prénom. » A vrai dire c’était le cas de tous les gamins, mais pour Leora cela prenait une autre signification. Le dessin, c’était toute sa vie, depuis toujours. Elle avait dessiné pour sa mère avant qu’elle ne meure, et elle avait dessiné pour son père avant que lui aussi ne lui soit retiré. Le dessin lui avait permis de tenir la barre, ça avait même été la seule chose positive dans sa vie pendant très longtemps.

Leora observa la femme pendant son (énième) coup de téléphone, et se sentit flattée qu’elle éconduise son interlocuteur aussi rapidement pour revenir à elle. Et puis, elle se souvint brutalement de ses petits sketchs à côté de son portrait alors que la femme les découvrait, et elle se mordilla la lèvre en attendant son jugement. Elle les avait fait à la va-vite, et elle avait totalement présumé du caractère de son modèle … Mais elle n’avait peut-être pas tapé à côté, au vu de la réflexion que lui fit la femme. « C’est vrai, vous êtes avocate ? J’avais misé sur juge. » Elle haussa les épaules. « Ca ou cheffe d’entreprise, en tout cas quelque chose qui justifie les appels désespérés de votre assistant. » Ajouta-t-elle avec un peu d’ironie. Elle ne songea pas à s’excuser pour avoir écouté ses conversations, qui n’avaient pas été si discrets que ça. Elle n’avait rien espionné, elle avait juste entendu, et les bribes de paroles avaient nourri son coup de crayon.

Elles furent interrompues par le serveur, et Leora accepta avec plaisir l’offre de la femme. « Merci, c’est gentil. Un café pour moi aussi, s’il vous plaît. » Quand le serveur se fut éloignée, elle revint à la femme et à sa réflexion sur son portrait, qu’elle trouvait beaucoup trop beau pour la réalité. « Oh non, vous ne connaissez pas les trucs. Si j’étais venue vous accoster directement et que je vous avais proposé un portrait contre rétribution, là j’aurais triché pour obtenir un peu plus de vous, ça marche mieux si les gens se trouvent beaux. Mais là je ne pensais pas que vous verriez le résultat, j’ai dessiné pour moi. » Elle eut un sourire, et ses yeux se prirent dans ceux de la femme à présent assise en face d’elle. « Vous êtes comme je vous vois. Majestueuse, et belle. » Mais comme elle l’avait dit, Leora n’avait aucun intérêt à faire de faux compliments à quelqu’un de qui elle n’attendait rien. Elle était parfaitement sincère, heureuse et fière que son portrait reflète si bien le modèle. Et quand la femme désigna son carnet en lui demandant la permission de tourner les pages, elle accepta sans hésiter. « Allez-y. » La plupart des pages précédentes représentaient Hazel, qui avait beaucoup trop occupé les pensées de Leora pendant les jours de pluies. Et pour le coup, elle avait représenté sa beauté telle qu’elle se la représentait, telle qu’elle la désirait. Sans objectivité aucune, mais avec toute la passion dont elle était capable. Ces dessins étaient très intimes, ils reflétaient des désirs que Leora avait du mal à s’avouer à elle-même, mais elle les trouvait beaux et elle désirait les partager, d’autant plus avec quelqu’un qui ne connaissait pas Hazel. Leora n’en attendait rien, juste le plaisir de voir quelqu’un parcourir ses créations.


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